Table des matières
Introduction
Á la suite de notre article[1]Le titre de l’article : « Éphéméride Facebook et le printemps arabe, … Suite... au colloque[2]5ème Colloque international pluridisciplinaire d’Agadir … Suite... d’Agadir 2020, nous pensons poursuivre avec ce que nous appelons les “Pop-ups politiques” c’est à dire les personnes et les groupes qui se manifestent dans l’espace public et prennent place à côté des structures conventionnelles. L’idée est de mettre en exergue certaines notions : la maxime du carpe diem et de l’éphémère. Une nouvelle philosophie épicurienne sage, ascétique et/ou de natura rerum. Les formes de sociabilisation, les modes et les lieux d’expression changent. Ils laissant place à des attentes plus saillantes chez les utilisateurs des réseaux sociaux numériques et auxquelles il faudra répondre. Ainsi les métamorphoses, pourraient-ils s’orienter dans les partis politiques traditionnels, vers des “Pop-ups” ? Des individus comme Kais Saied en Tunisie et peut-être Eric Zemmour en France vont-ils prendre plus de place et phagocyter l’intérêt des électeurs de demain ? Les crises à répétition auxquelles font face les sociétés occidentales (crise du chômage, crise de la représentation, crise migratoire, crise financière) ne cessent de remettre en cause la démocratie délibérative. Cette dernière est mise au box des accusés à chaque occasion, pour avoir fait le lit d’un concept extensif : celui du populisme. Face à la crise politique en Tunisie, doublée de la crise Covid-19, Kais Saied a décidé le 25 juillet 2021 le gel du parlement et s’est accaparé l’ensemble des pouvoirs. Suite à un discours solennel, diffusé sur la page officielle Facebook de la présidence de la république, la contestation dans la rue ce jour là, s’est transformée en liesse populaire. Après, l’épisode Donald Trump et Twitter, puis Jair Bolsonaro et whatsApp[3] … Suite..., assistons-nous à une adaptation Kais Saied et Facebook. Ces nouveaux couples Homme politique / réseau sociotechnique ouvrent-ils la voie à une nouvelle conception des énonciations discursives hors des médias traditionnels. La désintermédiation inaugure-t-elle une nouvelle forme de démocratie acclamative ?
Positionnement théorique
La sémiologie a longtemps concentrée son attention sur les textes. Elle recherche du sens et non des pourcentages et des récurrences statistiques. Elle s’intéresse plus aux connotations qu’aux dénotations. Roland Barthes dans son livre Mythologies (1957), utilise la sémiologie pour repérer dans la publicité, les produits de consommation courante, les chaînes d’association qui peuvent séduire « l’usager ». Il est admis l’idée que le sens du texte n’est pas un univers clos. On parle désormais de « contrats » proposés par les différents genres au spectateur, de « potentiel » de lecture. On met en avant la dimension dite « pragmatique » du sens, celle qui naît des rapports avec les « récepteurs », et s’ajoute aux dimensions dites « syntaxique » et « sémantique » (Jost, 1999). À titre d’exemples, signalons les travaux d’Umberto Eco et Christian Metz sur l’analyse des messages visuels et de la réception filmique ou bien ceux d’Eliseo Veron et Andrea Semprini sur les informations et le journal télévisé. Roger Odin dans ses travaux, propose une analyse sémio-pragmatique pour analyser le public du film (comprendre dans un film comment les textes sont construits). Pour lui, cette approche s’intéresse en priorité aux grandes modalités de la production de sens et d’affects (produit) ainsi qu’a leurs conditions de mise en œuvre.
Les réseaux sociaux numériques et leurs usages donnent des aspects nouveaux dans l’analyse de ces chaînes sociotechniques au sens de Daniel Bougnoux. Le flot énorme de communication politique, rend la tâche plus complexe mais le regard plus fin pour quadriller une nouvelle sociabilité et les liens de représentation. Le courant fonctionnaliste pour Serge Proulx apporte un cadre pour qui : « l’appropriation sociale des technologies est une source possible d’autonomie pour les personnes et d’émancipation sociale et politique pour les groupes »[4]Serge Proulx, « La sociologie des usages, et après ? », Revue … Suite.... Ainsi, nous avons estimé intéressant d’étendre le regard vers de nouvelles aires culturelles et géographiques tout en interrogeant les phénomènes sociotechniques et leurs jonctions possibles.
Corpus et méthodologie
Le contexte tunisien de crise, aussi bien socio-économique que sanitaire, nous suggère de revenir sur cette notion. En l’occurrence, Le Kairos (vs chronos) chez les Grecs, est un dieu du temps opportun à saisir. Les disciples d’Hippocrate le désigne comme propice à soigner. Ce moment est choisi pendant la crise, causée par la maladie. La crise offre un temps fort et privilégié au changement et à l’action. Elle permet ainsi de renvoyer à un cadre de pensée préexistant – « un déterminisme naturel » (Vollaire, 2009) – et, plus précisément, au cadre primaire de perception d’un événement dramatique, un événement « sans cause, ni intention » humaine, c’est-à-dire à un « cadre naturel » au sens de Goffman.
Kais Saied est élu avec 73% des suffrages. Deux ans après son élection, il a encore le soutien de 90% de la population. Nous avons fait une analyse qualitative de toutes les apparitions médiatiques de Kais Saied depuis le 25 juillet 2021. Elles sont exclusivement via le compte Facebook de la présidence de la république[5]https://www.facebook.com/Presidence.tn/. L’ensemble des vidéos illustre ses sorties médiatiques sur la page officielle durant les douze jours qui ont suivi. Nous avons estimé d’une part, que la durée est assez longue pour passer le pic de la crise politique. D’autre part, nous nous sommes limités aux énonciations en continuité avec la décision du 25 juillet. Dès qu’il y a eu changement dans le sujet des vidéos (incitation à la vaccination), nous avons considéré notre corpus constitué.
Á l’analyse sémantique des énonciations, nous avons relevé des redondances d’unités linguistiques et de cooccurrences. Kais Saied fait ses interventions avec des textes improvisés, sans papier et face à la caméra. Nous les avons classées par items. En l’absence d’un texte écrit pour une analyse discours (AD) et pour éviter les limites de la traduction, nous avons opté pour une analyse sémio-pragmatique de contenu. Nous avons obtenu à partir d’un tableau à double entrée, des fréquences d’apparition d’items dans le discours. En codant chronologiquement les vidéos nous avons obtenu une matrice qui nous a permis de mettre en avant les éléments les plus saillants dans le métadiscours énonciatif. Nous avons eu des items avec des fréquences supérieures à 20 que nous considérons comme primaires, les fréquences de 10 à 20 comme secondaires et de 1 à 9 comme tertiaires. Ils dénotent chacun de leurs importances énonciatives. Le choix de Facebook s’est imposé à nous, dans la mesure où la diffusion des vidéos se faisait exclusivement par le biais de ce canal.
Présentation du plan
Nous avons articulé notre texte autour de trois points. Le premier, c’est une approche diachronique de l’individu dans une évolution socio-économique. Le rapport entre conditions personnelles et intérêt collectif comme générateur de la contestation politique. La promesse vaine de la démocratie délibérative, aboutissant à la crise de la représentativité, a favorisé le Pop’up politique et le moi-puissant. Puis le deuxième, sans sombrer dans le déterminisme technique, c’est le rapprochement entre ce retour historico-politique en occident et son impact sur un pays arabo-africain comme la Tunisie. Il en découle, le questionnement du pouvoir et de l’efficacité symbolique d’un discours institutionnel, celui du Président Kais Saied, et sa circulation sur un réseau social numérique, en l’occurrence Facebook. Enfin le troisième, c’est l’examen du concept populiste dans son métadiscours, ses différentes manifestations ainsi que le registre des émotions auxquelles il s’adresse. Les répercussions de son acte, le 25 juillet 2021, posent la question de son succès populaire et de l’épée de Damoclès qui menace la transition démocratique déjà en crise.
De l’homosapiens à l’homo-médiaticus
L’individu est pris en étau entre l’Eden[6]Michel Desmurget, La fabrique du crétin digital – Les dangers des … Suite... que lui offrent les Réseaux Sociaux Numériques dans cette liberté de s’informer, de publier et de commenter d’un côté, et de l’autre l’emprise et le contrôle numérique que ces mêmes réseaux prennent sur le quotidien et sur les libertés ; libre-arbitre, libertés fondamentales et vie privée. Chaque décennie une fois passée, nous interpelle à revisiter les contours de ces valeurs, au centre du lien social et sa métamorphose sournoise[7]Eric Sadin, L’ère de l’individu tyran, la fin d’un monde … Suite....
L’agir citoyen-mutant
Á travers le retour sur l’évolution des modèles économiques, nous essayons de questionner la corrélation avec la condition de l’individualisme de masse d’aujourd’hui (Rancière, 2005). Cet enracinement permet d’expliquer le rapport entre conditions politico-économiques et déterminisme technologique dans l’éveil des conditions individuelles et les meut. Puis la convergence dans la société arabo-musulmane, en comparaison avec l’Occident, à ces mêmes crises de la représentation. L’objectif est de souligner les mêmes états émotionnels et les mêmes ressentis dans les épreuves, qui poussent à la contestation (Rosanvallon, 2021). Dans une approche médiologique, si le message c’est le médium (Mac Luhan, 1968) il a une articulation dans la transmission de l’information entre deux facettes. La première est technique qui permet sa diffusion et la deuxième est productrice cherchant à la propager en légitimant le support (Bougnoux, Bourdin, 2001).
Le chartisme anglais est né pour réclamer l’égalité à travers le suffrage. Depuis la magna-carta nous assistons à un changement constant du rôle de l’individu en tant qu’entité autonome. Á travers les siècles son agir prend une dimension de plus en plus expansive dans la société. La notion de droit et de liberté personnelle est redondante dans le débat public. Dans ses études l’historien Edward Palmer Thomson, insistait en termes d’économie morale (Hibou, 2011) sur la dimension d’injustice et de mépris au cœur des mouvements sociaux chez la classe ouvrière anglaise (Rosanvallon, op cit.,). L’avènement de la philosophie des lumières au sein de la doctrine libérale a marqué, une césure dans l’affranchissement de l’individu et sa volonté de se soustraire à ses oppresseurs d’antan ; religieux, monarchies, etc. Or, l’axiome libéral selon lequel l’initiative privée et intérêt général vont de pair, a montré ses limites (Sadin, op cit.,). En ce sens, la relation dialectique, entre le capital et les moyens de production d’un côté et le travail de l’autre, s’avère plus complexe pour tenir la promesse d’équilibre. Ainsi, les écarts ne cessent de s’agrandir au sein de la société. Les tensions politiques, économiques et sociales se succèdent.
Le libéralisme est remis en cause à chaque étape. Un discours prometteur de résilience, notamment avec la démocratie libérale, a jalonné les sorties de crises. Les mouvements de libération et de contestation dont Mai 68 en France (Dassa, 1970), amorcent la fin du « compromis fordien » (Leduc, 2004). Les années soixante-dix inaugurent les premières vagues de licenciement économique dans les usines. Les grèves ouvrières mettent à mal le pacte social (Crozier, Friedberg, 1977). Cet équilibre fragile entre croissance économique, service public et cohésion sociale (Guibet Lafaye, Kieffer, 2012) apparaît comme un vœu pieu. Durant les années quatre-vingt l’opposition idéologique entre les deux blocs de l’Est et de l’Ouest s’est soldée par la chute du mur de Berlin, ouvrant ainsi la voie à un autre modèle : la sociale-démocratie prometteuse d’une équation égalitaire entre bien être personnel et épanouissement collectif. Avec la globalisation et l’abolition des frontières dans le cadre des accords du GATT et de l’OMC, des nouvelles règles d’une économie mondiale sont instaurées. L’intérêt accordé pour l’entreprise individuelle et la performance personnelle est souvent célébré[8]Eric Sadin, L’ère de l’individu tyran, la fin d’un monde … Suite....
Les fondements du « Pop’up politique »
L’arrivée de l’internet et du téléphone portable libère l’homme de sa sédentarisation géographique. L’homme-mobile, est constamment joignable et en interaction permanente. Il est en libre accès aussi à l’information (hypertexte). Le web2.0 offrira, quant à lui, une sociabilisation nouvelle à travers les réseaux sociaux numériques. Le Smartphone projette l’usager dans une autre dimension de connectivité avec un engouement certain (Daghmi, 2015). Les dispositifs communicationnels l’insert dans des pratiques communicationnelles dans une logique sociétale (Paquienséguy, 2012). Avec l’arrivée des applications, les données personnelles, les comportements d’achats et la satisfaction client, sont au centre des convoitises. Donner son avis sans entrave lui accorde une place de plus en plus importante. Cette posture nouvelle, fait développer une psychologie hypertrophiée et dopée par la sollicitation continue d’acteurs socioéconomiques. Des perspectives relationnelles naissent et entraîne une modification dans l’image de soi tout-puissant (Sadin, op cit.,).
Le développement de l’entreprise (4.0) offre plus de possibilités d’immédiatetés. La quête de la satisfaction et de la rapidité donnent des solutions aux utilisateurs de ces plates-formes numériques ou de service. En déchargeant le sujet de ses problèmes de déplacement ou d’approvisionnement, ils lui permettent d’allouer le temps dégagé pour des activités plus attrayantes et plus autonomes. Ces mêmes plates-formes appliquent des méthodes de gestion et des processus de robotisation déléguant ainsi, la tâche à l’intelligence artificielle et réduisant la place des employés à des simples exécutants. Dépourvus de subjectivité, ils sont pris en otage dans une cadence suivant une technique algorithmique. Un désarroi se manifeste au quotidien entre la déliquescence réelle du service public, pouvoir d’achat, sécurité, représentation politique et l’expérience attrayante avec l’écran du Smartphone (Daghami, op cit.,). Ce contraste fait ballotter le sentiment conjoint entre estime de soi et rancœur ou encore entre insatisfaction et exaltation. Il fait surgir une dichotomie entre les possibilités qu’offre l’expérience numérique ; davantage de liberté, d’autonomie et de satisfaction, versus les difficultés d’un réel plus précarisant dans le travail, plus inégalitaire et moins solidaire.
La notion de l’éphémère et le paradigme digital
Socrate disait « N’oublie jamais que tout est éphémère. Alors tu seras jamais trop joyeux dans le bonheur ni trop triste dans le chagrin ». L’éphémère est une notion très présente dans la culture japonaise (Guichard-Anguis, 1997). Le « mono no aware » qui renvoie dans une philosophie bouddhiste de contemplation au « memento mori ». Ceci rejoint la pensée de Heidegger quant à « l’instant de passage » de l’homme sur terre. L’éphémère désigne souvent, tout ce qui est rapide, instantané et non durable. Il est une forme anachronique par rapport au temps habituel. Il n’est pas dé-temporalisant, il ne néglige pas le temps, au contraire il porte notre attention dessus (Darwiche, 2007). Cette notion se vulgarise dans le quotidien, de la boutique éphémère dans les centres commerciaux, aux hôpitaux éphémères pour faire face à la crise sanitaire Covid-19.
Les Réseaux Sociaux Numériques surfent aussi sur cette notion de brièveté, Snapchat[9] … Suite... en est une illustration. Les ventes éphémères ou plus connues sous l’appellation commerciale « One shot » sont perçues comme une aubaine, une opportunité du fait de la rareté. Pour le vendeur comme pour l’acheteur, c’est du « gagnant-gagnant ». Face à une crise politique, au même titre qu’une crise économique, faire appel à la méthode Pop’up relève-t-elle d’un ersatz de démocratie ? L’éphémère correspond aussi, à cette nouvelle forme d’action citoyenne, une implication post-it au sens de Jacques Ion, détachable et mobile (Liénard, Zlitni, 2012). Nous avons vu se manifester plusieurs mouvements : les Gilets Jaunes, Nuit Debout, Me too, Black Lives Matter, etc. Pour Max Weber l’Etat revendique le monopole de la contrainte physique. Or, la dernière décennie a ébranlé ce principe augmentant ainsi un sédiment contestataire. Nous avons vu surgir dès lors des médias alternatifs et des groupuscules comme les Black blocks ou QAnon. Les métamorphoses amorcées en Occident, donnent-elles les mêmes signes quant aux mutations des rapports à la représentation et à la désintermédiation dans le processus postrévolutionnaire tunisien ?
L’expérimentation tunisienne à transcrire !
Les rendez-vous électoraux par le faible taux de participation et le nombre de bulletins blancs ou nuls prouvent l’apostasie des scrutins[10] … Suite.... Revitaliser les notions de représentativité, de droit et d’équité sociale est un débat cyclique à chaque décompte des voix. Cette réalité démocratique que connait l’Europe malgré sa tradition, nous l’avons constaté en Tunisie lors des deux dernières élections en dates ; les municipales en 2018 et le premier tour de la présidentielle en 2019. D’ailleurs, le deuxième tour des présidentielles a plus mobilisé les électeurs[11] … Suite.... Une opposition inédite[12] … Suite... entre Kais Saied, sans parti politique et sans programme, face à Nabil Karoui, Président du parti « Kalb Tounes » et propriétaire de la chaîne de télévision Nesma TV.
L’impact occidental dans l’espace arabophone
Pour Gilles Kepel c’est à partir de la confrontation des deux mécanismes de fonctionnement social et politique, des sociétés musulmanes du 19ème siècle aux nouvelles valeurs de rationalisation en Europe, qu’une élite a tenté de concevoir un nouveau modèle de gestion[13]Gilles Kepel, Yann Richard., Intellectuels et militants de l’Islam … Suite.... L’intégration des règles de droit et de la loi humaine est le remède contre l’absolutisme, sources de toutes les crises (Arkoun, 1983). Selon Hichem Djaït[14]Hichem Djaït, La crise de la culture islamique, Fayard. Paris, octobre … Suite..., l’islamisme est une puissance de sauvegarde, c’est-à-dire la reviviscence de sentiments et de pratiques religieuses. C’est une étape nécessaire et ne lui permet pas pour l’instant, de passer à la construction démocratique[15]http://www.alternatives-citoyennes.sgdg.org/num12/cult-jait-w.html. Seymour Lipset (1959) voit dans les conditions économiques et sociales un élément favorable à la démocratisation politique. Alors que pour Samuel Huntington (1969) il y a un avantage à avoir dans les États autoritaires pour réaliser le développement. L’exemple tunisien détient des prédispositions charnières (Khiari, 2004). Ce pays possède des avantages comparatifs par rapport à ses voisins dans la région (Ben Romdhane, 2007). Les éléments d’étude de ce dernier, mis côte à côte lui donnent des facultés de voir naître des expériences et des mutations proches de celles en occident.
Facebook est un espace de pratiques unifiées et similaires (Bastard et al., 2017) depuis lequel il serait possible d’interroger d’un point de vue mercantile les échanges des biens, des services, mais aussi transversalement l’opinion publique et la diffusion des messages politiques. Dans les différents artefacts techniques que le web a connu, deux pratiquent s’opposent (Cardon et Prieur, 2016) ; la conversation distribuée et de groupe, puis la publication égocentrée et égovisible. Facebook a tenté de réunifier les deux, permettant simultanément la mise en discussion des publications et l’insertion des publications dans les discussions (Bastard et al., 2017). En ciblant les sept millions d’utilisateurs[16] … Suite... de Facebook (55% hommes et 45% femmes) et dont presque six millions sont des jeunes, le Président assure pour sa communication, une diffusion massive et une efficacité de circulation (Alice Krieg-Planque, 2013). Ceci signifie qu’une communication politico-médiatique cherche une certaine hégémonie au sens gramscien du terme. Elle possède par cette forme un pouvoir de transformation et d’agencement des représentations sociales communes des citoyens. Kais Saied tente de procéder à une normalisation (Foucault, 2004), en présentant sa vision de la situation de crise, ses origines et ses responsables. Par le biais méta-discursif il désigne celle du futur infrapolitique en Tunisie dépassant les clivages traditionnels (Rioux, 2007)
Dans notre analyse des résultats nous avons obtenu 58 items (cf les tableaux ici-bas), primaires (17), secondaires (8) et tertiaires (13). Les items primaires comme le Peuple, la Loi, sa fonction présidentielle, la Corruption, la Responsabilité, constituent le socle du discours Kais Saied. C’est une conviction profonde de ce qui est son rôle à la tête du pays, sa mission et le devoir qui lui incombe. Des items secondaires comme l’Eau, la Pauvreté, la Covid-19, la Solidarité, la Morale et des items tertiaires comme le Pouvoir d’achat, l’honnêteté, les Forces armées, la dignité, etc.
| Items primaires | ||||||
| Le Peuple | La Loi | Le Président | L’Etat | La Tunisie | ||
| 89 | 61 | 57 | 51 | 50 | ||
| La Corruption | La Responsabilité | La Constitution | L’Histoire | La Crise | ||
| 47 | 47 | 38 | 37 | 34 | ||
| Le Citoyen | Dieu | La Justice | Les Partis | La Liberté | ||
| 34 | 32 | 27 | 25 | 24 | ||
| Le Patriotisme | Le Devoir | |||||
| 24 | 21 | |||||
| Items secondaires | ||||||
| Objectifs | Baisse des Prix | Sauver | Eau | |||
| 10 | 10 | 10 | 11 | |||
| Les Pauvres | La Covid-19 | Solidarité | La Morale | |||
| 11 | 12 | 13 | 17 | |||
| Items tertiaires | ||||||
| Pouvoir d’achat | Honnêteté | Forces armées | Guerre | Pays amis | ||
| 9 | 9 | 9 | 8 | 8 | ||
| Dignité | Commerce | Vaccin | Coup d’Etat | Economie | ||
| 8 | 8 | 8 | 7 | 7 | ||
| Médicaments | Jeunesse | Etre Humain | ||||
| 6 | 6 | 6 | ||||
A l’observation du tableau, nous remarquons bien que l’item du Peuple se détache de tous les autres avec une fréquence de (89). C’est un peuple mystifié, écarté de la richesse, avec un monopole de représentation au sens légitime de Taguieff. Pour les autres on arriverait à former des couples avec une fréquence très proche voire égale. En cela, la Loi (61) et le Président (57) sont très proches. Idem pour l’Etat (51) et la Tunisie (50). Les couples (Corruption, Responsabilité), (Crise, Citoyen) et (Liberté, Patriotisme) ont des valeurs égales. C’est interpellant, dans le sens où ils nous révèlent leurs poids dans le méta-discours de Kais Saied. Un indicateur sur l’ADN discursive et ses représentations. Comme si le monde politique se divisait en deux ; eux et nous (Rosanvallon, 2020). Ceux qui mentent et ceux qui disent la vérité (Godin C., 2012), ceux qui sont dans la corruption et ceux qui sont dans la responsabilité. Une logique horizontale d’équivalence au sens de Laclau, agrégeant l’ensemble de la demande sociale et désignant un ennemi commun. Le rapport de force mettant les instances productrices et réceptrices plus dans des formes délibératives binaires (j’aime vs j’aime pas), tend à un équilibre de séduction consubstantielle à la démocratie selon Platon.
3.3. La délivrance pour un peuple et le cataclysme pour les partis
Début juillet 2021, des pages Facebook voient le jour protestant contre les indemnisations des opposants au régime de Ben Ali suite à l’amnistie législative générale de 2013. Les membres du parti Ennahda, proches des frères musulmans, étaient ceux qui en ont le plus profité. Devant les difficultés économiques et sanitaires que connaissent le pays, des appels sur Facebook et les « sollicitations d’amis » (Touati, 2013) à la mobilisation ont contribué au succès. Le soir même, le président Kais Saied, et à la surprise générale, fait une apparition sur la page Facebook de la présidence[17]https://fb.watch/83hc0KHAGz/. Il annonce le limogeage du chef du gouvernement. En se servant de l’article 80 de la constitution[18]https://anc.majles.marsad.tn/fr/constitution/article/80, il suspend les activités du parlement et de ses élus pour un mois. Le parti islamiste Ennahdha a fait des erreurs stratégiques qui sont à l’origine de sa perte de crédibilité politique (Geisser, op cit.,). Essentiellement, son obsession du projet théologique au détriment du projet social et économique selon Fethi Benslama[19] … Suite.... La pratique perverse du pouvoir a renforcé le ressenti d’injustice chez l’ensemble de la population. D’après l’étude de Hayat Moussa et Imed Melliti, les jeunes sont particulièrement exposés à l’injustice et ils voient « l’Etat comme responsable de tout ». Ce sentiment est encore plus frustrant chez les jeunes diplômés (Larzillière, 2018). Dans la révolution tunisienne de 2011, les mots comme respect, dignité et justice étaient au centre des réclamations. Le sentiment d’inexistence et d’absence de considération était le point commun durant la dernière décennie. Sylvie Laurent explique que le problème de l’anxiété économique se greffe à la crise politique et sociale : il se manifeste lorsque les gens voient que d’autres profitent de la situation. L’impasse face à laquelle s’est trouvé le pays découle d’un ensemble de manquements. Pour Vincent Geisser, les partis enfermés dans des querelles politiciennes[20] … Suite..., ont mal géré la crise sociale, économique et politique. Pour Leila Dakhli le parti Ennahdha endosse la responsabilité[21] … Suite... en incarnant le système.
L’état de grâce de Kais Saied
Les travaux sur les pratiques médiatiques de Stuart Hall sont un apport à la tradition des « Cultural studies ». Il accepte l’idée qu’il y a toujours « un certain degré de correspondance » entre encodage (le sens conçu par les auteurs des messages) et décodage (le sens effectivement reçu) et que le processus de communication est un processus selon lequel s’articulent des pratiques de significations. Pour lui, il est « possible (et utile) d’appréhender le processus communicationnel comme une structure produite et entretenue par l’articulation de moments liés entre eux, mais distincts – production, circulation, distribution, consommation, reproduction »[22]Stuart Hall, « Codage, décodage », in Réseaux n°68, Paris, CNET, … Suite.... S. Hall rejoint P. Bourdieu qui suggère de ne pas céder à « l’illusion du communisme linguistique » : employer la même « langue » ou les mêmes symboles ne doit pas conduire à l’idée d’interprétation universellement partagée par tous.
Décodage de l’image du Président
En Tunisie, les actualités politiques sont agitées par l’activité des fois « infâme » des parlementaires. Les médias et les réseaux sociaux sont là pour s’en nourrir et les faire circuler. Ces événements sont haletants et la fonction du Président est au centre des conflits. L’affrontement l’oppose depuis son élection en octobre 2019 à Ennahdha, première formation politique par son ancienneté, sa structuration et les moyens financiers dont elle dispose. Kais Saied par sa posture et l’image de droiture qu’il a su incarner, maintient une position inflexible et un discours inchangeable. Il surligne avec insistance son respect des accords, de la parole donnée et de l’engagement pour la Tunisie, son histoire et sa souveraineté. Il évoque sans détour, la feintise et la basse besogne qu’il ne cesse de soulever chez la classe politique. Ses adversaires sont nommés par un simple « ils » à chaque fois, laissant le flou de l’interprétation à chacun pour l’ennemi commun. Les vidéos de ses entretiens, avec les divers responsables, apparaissent comme des injonctions « se mettre du côté du peuple et non contre lui ». L’usage du slogan « le peuple veut » est redondant pour donner écho à la demande scandée depuis la révolution. L’appel fréquent à cette formule donne l’impression d’unité du peuple et de faire corps avec le président. Hardt M. et Negri T. pour qui l’action revendicative relativement unifiée, peut réduire la diversité d’une population à une identité singulière[23]Michael Hardt et Antonia Negri, Multitude, Editions 10/18, Paris, 2006, in … Suite....
Pop’up et populisme quel corollaire ?
Nous abordons le concept du populisme en donnant une définition. C’est un mot valise (Wallard, 2018) dont les contours restent à dessiner et le sens à définir. Pour l’instant, son usage fait part d’un raccourci sémantique en se déclinant partout et notamment, par une classe politique pour stigmatiser un discours politiquement incorrect. Étymologiquement le radical latin étant « populus », en faisant l’anatomie Pierre Rosanvallon[24]Pierre Rosanvallon , Le siècle du populisme Histoire, théories, … Suite... donne une conception du peuple. Il souligne la tension entre peuple-corps civique et peuple-corps social il explique la différence de posture entre le citoyen contribuable et l’individu contestataire qui prend place dans le débat public.
Dans les éléments constitutifs[25]Pierre Rosanvallon., Ibid., p.16. de la culture politique du populisme : à côté de la théorie démocratique, les modalités de la représentation et la philosophie économique, Pierre Rosanvallon accorde une place prépondérante au régime de passion et d’émotion dans l’analyse discursive. L’examen du populisme, même s’il n’est pas autant théorisé comme le furent certains principes du libéralisme avec Adam Smith, Karl Marx pour le communisme ou Jean Jaurès pour le socialisme, laisse entrevoir avec les essais d’Ernesto Laclau et Chantal Mouffe un champ intéressant à explorer. Indissociablement de cette idée, nous ajoutons que la notion du Pop’up politique se trouve au cœur des mutations rapides et exigeantes que connait l’individu dans sa singularité, motivé par une extension de son pouvoir à travers les Réseaux Sociaux Numériques et les possibilités d’interactions fédératrices qui existent. Le mix du populisme dans sa définition large et du Pop’up politique inaugure des changements dans la cartographie politique ainsi que dans la culture de la représentation, jusque-là fondatrice du circuit de circulation du discours et du débat.
Les émoticônes, les mèmes sont un premier indicateur sur l’adhésion des allocutaires et de la nature qu’ils font de la lecture du message. Le mode d’énonciation authentifiant qui a était choisi dans les sorties du président Kais Saied obéit à la logique des formes journalistiques télévisées : cette logique concerne les magazines, les débats politiques, le journal, etc. Jérôme Bianchi les appelle current affairs , ils comblent un besoin de curiosité auprès de l’usager. Il présente l’environnement dans lequel l’usager évolue et essaye d’expliquer les événements qui s’y produisent. Selon cette logique ces formes assurent une fonction sociale qui maintient l’usager au média. Dans ce choix l’instance énonciative réduite, productrice de contenu en vue de sa diffusion et sa circulation, Kais Saied a emprunté le format du Journal Télévisé. Tout en assurant son indépendance par le contournement des moyens institutionnels de médiation (Godin, 2012 ; Taguieff, 2007), il souligne une option de contact direct et de proximité avec les récepteurs.
La Symbolique de la date
Kais. Saied a su ressuscitée l’image des premiers instants de la révolution (Khayat, 2020) l’analyse du cas du Président tunisien, révèle une continuité entre le profil construit par le récepteur/électeur d’un côté, et les éléments de langage utilisés par le Président de l’autre. Nous ajoutons aussi ses digressions pour des symboles dans la littérature arabe comme Al-Mûtanabi, Ibn-al- Mukaffâa ou Ibn-Sûlala. C’est une forme de story-telling qu’il aime souvent inclure dans son discours. Cette symbolique se décline encore dans la date du 25 juillet ou le canal Facebook.
- Nous avons analysé vingt-et-une vidéos depuis le 25 juillet 2021. Une date qui célèbre l’instauration en 1957 par H. Bourguiba de la République à la place du Beylicat. Elle correspond aussi au deuxième anniversaire du décès en 2019 de l’ancien président Béji Caïd Essebsi dans l’exercice de son mandat. Deux personnalités politiques attaché à la république et qui ont marqué l’histoire de la Tunisie moderne. Une date chargée de sens que les manifestants ont choisi pour protester contre la classe politique en place.
- Le choix de Facebook est une obligation en considération du choix du Président et de ses équipes. Ce choix est aussi motivé par l’énorme adhésion des tunisiens à ce réseau sociotechnique[26]6.1 Millions de vues de la vidéo du 25 juillet 2021 pour 7.6 Millions … Suite... et puis l’antériorité que constitue Facebook dans la révolution tunisienne de 2011 (Touati, 2012). Dès l’annonce de sa candidature, et durant la campagne, les journalistes locaux ont reproché à Kais Saied un boycottage des chaînes de télévision tunisiennes, à part de rares apparitions. Certains journalistes, disent qu’il est exclusivement le produit des réseaux sociaux[27] … Suite.... Pour lui c’est un processus révolutionnaire qui continu.
- En ce faisant, Kais Saied s’est accaparé non seulement les pouvoirs, mais aussi la diffusion médiatique. Les séquences vidéo publiées, rythment l’actualité politique et ses discours en circulation monopolisent la sphère publique. Il y a tout de même une analogie entre les évènements du 25 juillet 2021 et les « évènements du pain », ancré dans la mémoire collective, sous le président H. Bourguiba en 1984. Ce dernier fait un discours avec sa phrase mythique « on revient comme avant » pour annuler l’augmentation du prix du pain, qui a causé une résurrection populaire. Le point commun est cette transformation subite, le temps d’un discours, des manifestations en liesse populaire. Le point de divergence c’est « la tabula rasa » que fait Kais Saied sur le passé. Il y a une antinomie, dans la mesure où la révolution qui a chassé un régime autoritaire, applaudie aujourd’hui, la concentration des pouvoirs entre les mains d’un seul homme. Kais Saied invoque dieu trente deux fois et exprime à répétition sa fameuse phrase « Nous sommes responsables devant dieu, le peuple et l’histoire ». Deux positions diamétralement opposées, séculières d’un côté et à la limite de la démocratie de l’autre.
La dystopie Kais Saied
Depuis ses apparitions médiatiques en 2011, Kais Saied s’est maintenu à une seule ligne de conduite en martelant presque les mêmes propos. Ceci lui a conféré l’image d’un anti-système, d’un apolitique et sa campagne présidentielle, insolite[28]Au Colloque d’Agadir 2020, nous avons utilisé le mot « campagne de … Suite... et peu onéreuse, a consacré chez le peuple l’idée de sa probité. Élu, il s’est toujours déclaré peu intéressé par l’argent et le pouvoir.
Le Président a dépassé les prérogatives de l’article 80 dans une échappée trans-constitutionnelle (Benslama, op cit.,). Une partie de la classe politique voit en cela un retour à la dictature, mettant en danger éminent tout le processus démocratique malgré ses défaillances. Chose que réfute Kais Saied en évoquant l’amalgame entre la légitimité et la légalité. En d’autres termes, la constitutionnalité et la supra-constitutionnalité de son acte pour sauver l’intégrité de l’État tunisien. Face à l’immobilisme politique, toute la classe dirigeante se trouve stigmatisée. Elle porte le fardeau de l’échec de dix gouvernements successifs n’ayant pas réussi à répondre aux attentes du peuple. Ce dernier a continué à manifester ses revendications comme en 2011, avec le sentiment partagé que les principes d’éthique de bien public et de normes légitimes de dignité ne sont plus respectés (Hibou, 2011).
Les exigences de la pratique démocratique n’ont pas été respectées, mais il ne faut pas soustraire à cela, selon la politologue Khadija Mohsen-Finan, le manque de culture politique des tunisiens[29]https://www.youtube.com/watch?v=_twOp4m0fAI. Or, cet état de confusion démocratique, fait sortir aux yeux de l’opinion la formation politique Ennahdha comme la seule tirant son épingle du jeu dans ce système. Ce sentiment s’est amplifié après chaque échéance électorale. Cette épreuve[30]Pierre Rosanvallon, Les épreuves de la vie, comprendre autrement les … Suite... de la transition démocratique a laissé chez les Tunisiens des émotions en pourrissement. Les sentiments anxiogènes d’impuissance, d’iniquité ont généré une conviction presque unanime qu’il faudra se délivrer de l’ensemble de ce paysage politique. Vu sous un angle social et non psychologique, ce vécu dans son intériorité devient une matrice d’un commun partageable sur les réseaux sociaux. Le mode de production des affects et les allégories de leurs manifestations s’inscrivent dans du sensible. Pierre Rosanvallon avance différentes typologies dans la fabrique des sentiments : 1- celles touchant à l’intégrité 2- celles abîmant le lien social 3- celles en rapport à l’incertitude du temps présent. Selon lui, ces questions informent sur nos conduites et les orientent. Kais Saied a-t-il surfé sur ces perceptions de l’ordre politique présent comparé à l’ordre politique passé, réel ou supposé (Hibou, op cit) ? En laissant un dépit diffus chez la population, le ferment de la contestation de 2011 (Chouikha , Gobe, 2011) a refait surface.
Conclusion
Les réseaux sociaux numériques s’avèrent un catalyseur et un accélérateur par la vitesse et l’interaction qu’ils suscitent. Nous avons examiné le cas du président tunisien, les conditions particulières de la Tunisie dans l’émergence d’un tel modèle dans le monde arabophone sans le décorréler de son aspect observable ailleurs. Dans la mesure où l’ascension populaire d’un acteur politique serait conditionnée par des mots et des termes succins éveillant du sens et en répondant aux émotions. La légitimité traditionnel, des partis politiques et des corps intermédiaires, d’être les portes voix est remise en cause. Pour l’individu non-atomisé, en présence des réseaux sociaux numériques, leur rôle de médiation est ébranlé. Le modèle démocratique est à l’épreuve des sentiments négatifs chez le citoyen méprisé et ignoré dans son unicité[31]https://www.arte.tv/fr/videos/103958-007-A/28-minutes/. Face à la crise de la représentativité la démocratie devra prendre en compte les épreuves de la vie des gens et d’utiliser un langage politique faisant de la dignité et du respect une question centrale (Rosanvallon, op cit.,). Dans une approche d’analyse des différentes facettes du cas Kais Saied et leurs déclinaisons, nous avons tenté de mettre en lumière un modèle de Pop’up politique. Ce qui est inédit, c’est que nous assistons à des formes énonciatives et langagières nouvelles. L’approche sémiotique met en évidence des modalités d’expression dont le cas Kais Saied fait une césure avec la fonction présidentielle traditionnelle. Plus généralement, face à la disharmonie mondiale, la créolisation de la démocratie passera-t-elle par les réseaux sociaux numériques ? Guyau disait « Ce n’est pas tout de constater le progrès, il faut encore en comprendre la valeur morale ».
Références
| - 1 | Le titre de l’article : « Éphéméride Facebook et le printemps arabe, une trace indélébile ! Le cas de la révolution tunisienne ». |
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| - 8 | Eric Sadin, L’ère de l’individu tyran, la fin d’un monde commun, Paris, Bernard Grasset, 2020, pp. 24-25. |
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| - 21 | https://www.franceculture.fr/emissions/la-question-du-jour/quelles-sont-les-causes-de-la-crise-politique-en-tunisie |
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| - 25 | Pierre Rosanvallon., Ibid., p.16. |
| - 26 | 6.1 Millions de vues de la vidéo du 25 juillet 2021 pour 7.6 Millions d’utilisateurs Facebook en Tunisie. |
| - 27 | https://www.lesechos.fr/monde/afrique-moyen-orient/kais-saied-luniversitaire-faconne-par-les-reseaux-sociaux-1139485 |
| - 28 | Au Colloque d’Agadir 2020, nous avons utilisé le mot « campagne de non campagne » pour désigner celle de Kais Saied pendant la présidentielle de 2019. Le « téléphone arabe » comme relais Facebook. |
| - 29 | https://www.youtube.com/watch?v=_twOp4m0fAI |
| - 30 | Pierre Rosanvallon, Les épreuves de la vie, comprendre autrement les Français, Du Seuil, Paris,2021. https://www.google.fr/books/edition/Les_Epreuves_de_la_vie/zCU6EAAAQBAJ?hl=fr&gbpv=1&printsec=frontcover |
| - 31 | https://www.arte.tv/fr/videos/103958-007-A/28-minutes/ |
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