De l’inclusion numérique à la médiation numérique : Le cas des Maisons de Médiation du Numérique

Résumés

Notre contribution traite de l’inclusion numérique et de la médiation numérique. Cette contribution intervient dans le cadre d’une recherche exploratoire centrée sur les rapports entre numérique et éducation populaire. L’objectif de l’article est d’essayer de rendre compte des relations existantes entre le numérique du point de vue des structures et des acteurs existants à ce jour avec l’éducation populaire à différents niveaux : macro, méso et micro. Cette étude repose sur la mise en avant du développement des politiques publiques centrées sur le numérique inclusif, la transformation des territoires par le numérique, et l’arrivée d’organisations destinées à accompagner les citoyens aux usages du numérique sur le territoire.
Our contribution highlights the issue of digital inclusion and its mediation. This contribution is part of an exploratory research focused on the relationship between digital and popular education. The objective of the article is to try to give an account of the existing relations between digital from the point of view of the structures and actors existing to date with popular education at different levels: macro, meso and micro. This study is based on the development of public policies centered on inclusive digital, the transformation of territories by digital, and the arrival of organizations designed to accompany citizens to the uses of digital on the territory.

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Table des matières

Le point de départ de cette recherche démarre suite à la lecture du rapport « Citoyens d’une société numérique » de 2013 dont nous avons pris connaissance lors de notre thèse de doctorat sur les nouvelles formes d’organisations du travail et de la formation du numérique. Ce rapport remis au ministère de l’innovation et de l’économie numérique rappelle la période d’introduction des TIC et leur révolution dans la société en considérant un accroissement des inégalités qu’entraine le numérique à la fois du point de vue social que du point de vue économique. Le rapport réalisé par plusieurs chercheurs  (Peugeot V. Abiteboul S., Thieulin B. etc.) et acteurs du numérique (Délégation des usages de l’Internet, Télécom Bretagne, Ville de Brest etc.) indiquait à cette période qu’il devient urgent de combattre les inégalités qui tendent à se développer depuis plusieurs années à l’aide de programmes d’accompagnement et d’inclusion numérique pour les publics en difficulté et du développement de la médiation numérique entendue comme des moyens humains et techniques qui conduisent à la compréhension et la maîtrise du numérique auprès des populations les plus concernées par ces inégalités.

Concernant la structure de l’article, il est organisé en plusieurs parties. Dans un premier temps, il s’agit de faire état d’un ensemble de programmes des politiques publiques numériques (Peugeot et al., 2013, CNNum 2021) mis en place depuis plusieurs années (Boullier, 2019, Riutort, 2020) à destination des publics éloignés du numérique. Dans un deuxième temps, il s’agit de proposer une définition de ce que l’on entend par l’inclusion numérique, et la médiation numérique à partir d’une contribution d’acteurs engagés travaillant dans une coopérative dédiée à ces questions, la MedNum, qui structure un réseau d’acteurs sensibles aux usages du numérique sur le territoire. Également, il est aussi question de proposer une définition de l’éducation populaire (Mignon, 2007) et du numérique ainsi qu’une définition des communautés dans un contexte d’accès au numérique. Enfin, la dernière partie de l’article se termine par une étude de cas d’un espace public numérique qu’est la Maison de la Médiation Numérique située à Paris.

En ce qui concerne la problématique de notre recherche exploratoire, la question initiale posée est la suivante : Comment les programmes d’accompagnement d’inclusion et de médiation numérique ont-ils permis le déploiement de nouveaux acteurs engagés dans la médiation numérique sur le territoire ? Cette question vise à interroger les évolutions des programmes d’accompagnements au numérique en France avec pour terrain l’observation d’un cas concret d’un espace public numérique qu’est la Maison de la Médiation Numérique.

Les programmes publics d’accompagnements au numérique (inclusion et médiation) en France.

Les programmes publics d’accompagnement au numérique en France démarre en 1998[1]LOMPRÉ, Nicole ; DESPIN, Laurent ; et LAMIGEON, Marylène. Chapitre 14. … Suite..., lorsque le Ministère de la Culture et de la Communication met en place un programme de création des Espaces Culture Multimédia avec un réseau de 4500 lieux publics d’accès à Internet en France afin de répondre à l’accompagnement des publics pour l’accès à Internet et à l’initiation des TIC et au multimédia. En 2002, les dispositifs EPN (pour Espace Public Numérique) sont mis en place notamment à Paris avec des associations et des centres sociaux visant à réduire la fracture numérique chez les citoyens. 19 EPN sont développés dont 2 gérés par l’association Sciences Technologies et Société. En 2003, la Délégation aux usages de l’Internet propose une action afin de « fédérer les différents réseaux d’espaces publics numérique et espaces isolés sous le label réseau : NetPublics » et en relation avec les collectivités territoriales. Il s’agit d’une délégation liée au Ministère de l’Education Nationale. Toujours la même année, le réseau NetPublic complété par une démocratisation des EPN est proposé afin d’accompagner les publics aux usages de l’Internet. En 2015, l’Agence Du Numérique chargée de l’accompagnement et du pilotage de projets numériques dans les territoires avait pour mission de « préparer avec ses partenaires publics et privés, l’ensemble de la société française à la révolution numérique » (Amblard, 2016).

Aujourd’hui et depuis 2017, les programmes politiques d’accompagnement au numérique ayant évolué, de nouveaux acteurs se sont développés et organisés pour traiter de ces questions tels que le Conseil National du Numérique (CNNum) ou à un niveau plus micro, l’écosystème MedNum, lequel rassemble depuis 2017 différents acteurs impliqués sur l’accès au numérique pour les publics. La Coopérative des acteurs de la médiation numérique MedNum est dédiée à l’inclusion numérique et à la médiation numérique sur le territoire avec un réseau de 85 sociétaires comme la Fondation Internet Nouvelle Génération, l’ANIS, Médias Cité et l’ASTS.

Partant de ce constat, deux définitions centrées sur ces questions d’inclusion et de médiation numérique ont été recensées.

L’inclusion numérique correspond au fait de « favoriser l’apprentissage du numérique et développer les usages ». Cette définition est issue du Plan de Relance de 2020 qui vise par une stratégie nationale à lutter contre la fracture numérique. La stratégie comprend trois axes :

  1. « Outiller et former les aidants (travailleurs sociaux, bénévoles, agents de service public, etc.) qui accompagnent ceux qui ne veulent pas et ne peuvent pas devenir autonomes avec les outils numériques ».
  2. « Proposer aux personnes qui le peuvent et le veulent de se former avec des professionnels référencés et à proximité de chez eux en finançant ces formations et en soutenant la multiplication des lieux proposant ce type d’activités (Espaces Publics Numériques, Tiers-Lieux, France Services, bibliothèques, centres sociaux, etc.) ; »
  3. « Soutenir les initiatives des collectivités territoires qui sont le bon échelon de mise en œuvre d’actions cohérentes et coordonnées en faveur des habitants et adaptées à leurs besoins ».

La médiation numérique est désignée de son côté, et selon le rapport Camani – Verdier de 2014 comme étant l’accompagnement humain, qualifié et de proximité, au service de l’inclusion numérique. Elle s’inscrit dans des lieux pérennes ou éphémères où des liens s’organisent entre des individus médiateurs (experts, animateurs spécialisés, bénévoles, travailleurs sociaux initiés, médiateurs culturels, enseignants, et des collectifs humains (habitants, associations, entreprises, élèves, étudiants, parents, professionnels, autour d’outils numériques qui favorisent les coopérations.

En revanche, du point de vue théorique et scientifique, la médiation numérique s’inscrit dans la continuité des travaux centrés sur la médiation culturelle (Rigoni, 2022) qui a comme particularité de rendre accessible au plus grand nombre les productions dites culturelles jusqu’à lors réservées à une certaine élite. De fait, en y associant la question du numérique, il s’agit d’accompagner les citoyens dans l’accès à de nouveaux usages et outils afin de favoriser la coopération en vue de répondre à des initiatives citoyennes à travers une implication dans des lieux d’initiation et de formation au numérique tels que les EPN, les Tiers-Lieux, et les Bibliothèques 2.0.

Dans la continuité de ces mises en visibilité de l’inclusion numérique et de la médiation numérique, il est pertinent de se concentrer sur les spécificités du concept d’éducation populaire numérique, de « communautés numériques » et des usagers qui bénéficient de l’accompagnement aux TIC dans ces activités éducatives, qui constituent l’élément central de cette contribution.

Éducation Populaire et Numérique

Si au départ, l’éducation populaire s’inscrit dans le prolongement de la réforme de Condorcet de 1792 qui visait à émanciper la classe sociale la plus importante et la plus pauvre à l’époque à travers la mise en place « des activités scolaires, péri et post-scolaires » comme l’explique Arnaud (Arnaud, 2018), elle repose aujourd’hui, comme l’indique Boucher-Petrovic sur une tradition à la fois « républicaine et socialiste » (Boucher-Petrovic, 2008). Cette éducation populaire tend à accompagner la jeunesse à travers des activités à la fois sociales et éducatives comme « les voyages, la défense de l’art, les visites dans les entreprises » (Mignon, 2007), avec des accompagnements centrés sur les questions de « tourisme éducatif, les classes de découverte, les séjours dans la nature, l’éducation artistique etc. » (Mignon, 2007).

Effectivement, en considérant la diffusion du numérique et des pratiques du web 2.0 dans la société, de nouveaux défis voient le jour dans cet univers social notamment par le développement d’innovations à la fois technologiques et organisationnelles qui viseraient à « favoriser l’empowerment » (Arnaud, 2018). L’éducation populaire associée au numérique demeure en réalité un phénomène singulier qui en considérant une société marquée par des crises sociales et économiques majeures, cherche à partir d’activités éducatives au numérique à mettre en place des débats, une transmission de savoirs éclairante avec des outils destinés, par exemple, à développer la pratique numérique comme la « littératie numérique » (Caclard, 2012). En effet, cette littératie implique plusieurs savoirs comme ceux de rechercher, d’analyser ou encore d’évaluer l’information par des pratiques numériques spécifiques proposées, par exemple, durant des ateliers d’initiations au numérique par des structures de médiations que sont les lieux d’initiation et de formation au numérique comme les Espaces Publics Numériques[2]Les Espaces Publics Numériques sont des lieux publics d’accès à … Suite..., Tiers Lieux[3]Les Tiers Lieux comme les espaces de co-travail ou les ateliers de … Suite... et bibliothèques 2.0[4]Les bibliothèques 2.0 concernent des bibliothèques dont les services … Suite.... L’implication de publics nouveaux et anciens dans ces lieux rend compte d’une nécessité d’être accompagné à de nouveaux usages au numérique comme le sont l’utilisation de l’informatique, la navigation sur Internet, la recherche d’informations, l’envoi et la réception de mails, les pratiques des réseaux sociaux et la consultation de vidéo, ces outils permettant l’accès à des nouvelles formes de socialisations et d’accès aux connaissances.

Mais l’éducation populaire vise également à travers son histoire à s’engager dans de nouveaux défis à la fois portant sur l’éducation aux médias et à l’information[5]https://eduscol.education.fr/1531/education-aux-medias-et-l-information, notamment sur la manière pour accompagner les publics à l’usage des outils et technologies numériques, mais également à les initier qu’ils soient jeunes ou séniors. Au niveau de la culture numérique, il est aussi intéressant de rappeler que certains acteurs de l’éducation populaire font la promotion d’une culture du libre et francophone destinée à transmettre les principes de la « coopération et du partage » (Porte, 2018) avec le souci « d’accompagner les individus à s’épanouir comme citoyens libres dans la société numérique » (Porte, 2021) notamment en considérant un internet solidaire et citoyen, avec l’émergence de communautés numériques.

Les Communautés Numériques

En ce qui concerne la question des communautés dite numériques qui demeure un outil d’analyse et de grille de lecture en sciences sociales, elle implique en s’intéressant à son origine historique épistémologie de faire références aux communautés au sens de Weber et de Tonnïes qui introduisent ce concept comme un phénomène « d’activités socialisées » (Weber, 2019). La communauté et le numérique sont dans cette contribution mis en perspective avec des questionnements sur ce rapport et à partir de plusieurs approches théoriques contemporaines (Cardon, 2019, Gramaccia, 2015, Perea, 2010) pour expliquer ces relations entre du vivre ensemble, et de nouvelles formes de sociabilités, synonyme de « coprésence sociale » (Gramaccia, 2015). Si certains individus sont en situation de fracture numérique synonyme de précarité ou de difficultés pour suivre les évolutions et les transformations du numériques, il existe une volonté réelle et affichée de mettre en place des dispositifs d’accompagnements aux usages d’outils et pratiques du numérique depuis plusieurs années comme c’est le cas avec les Espaces Public Numérique, vecteurs d’une dynamique citoyenne proposée en réponse aux enjeux du numérique.

Pour Weber (2019) dans son ouvrage sur les communautés, le terme de communautisation correspond à un phénomène qui dispose de relation entre acteurs et dont on retrouve une définition dans le texte classique « les catégories de la sociologie de la compréhension » (Weber, 2019). Pour le sociologue, parler d’activité communautaire ou de communautés, c’est parler d’activités socialisées lorsque celles-ci « s’oriente au plan du sens, d’après des attentes qui se sont nourries sur la base d’ordres et que ces ordres ont été instaurés de manière rationnelle » et en se référant à l’action. La communautisation concerne ainsi « une relation sociale » associant un sentiment subjectif en une appartenance commune (affective et ou traditionnelle).

De fait, la typologie wébérienne des communautés fait appel à un outil à dimension heuristique et central : c’est l’oïkos, terme qui trouve son origine dans les conceptions philosophiques de l’Antiquité. Pour Weber, l’activité est sociale lorsque le rapport à autrui est « impliqué dans le sens subjectif attribué à cette dernière » ce qui signifie pour certains commentateurs une difficulté de rendre possible l’existence même de la communauté au sens de Weber. La communauté au sens pure c’est-à-dire celui de l’oïkos antique correspond en définitif à une « unité économique seigneuriale ou princière rigoureusement autarcique ». Cette unité pourvoit à des besoins économiques et prend appui sur une « spécialisation du travail » la plus souvent poussée. Dans le contexte des communautés apprenantes, la question de ces dimensions heuristiques et d’appartenances demeurent centrales (Hill, 1985).

La définition des communautés numériques proposée dans cette contribution correspond à « un environnement dans lequel se traduisent des situations de communications horizontales entre usagers avec des échanges, des interactions en lien avec le web social (web 2.0), du vivre ensemble, et des formes de sociabilité » (Lorre, 2022). Il s’agit d’un environnement dans lesquels se réalisent des interactions d’information et de communication à la fois entre des usagers du numérique en présentiel (par exemple dans des EPN, des bibliothèques 2.0 ou des Tiers Lieux) mais aussi en distanciel par le biais de l’usage d’outils (ordinateurs, ou application de téléphonie mobile).

Partant de cette définition, il est intéressant de présenter l’existence d’un programme d’accompagnement au numérique qui s’est développé depuis plusieurs années à Paris et à destination de publics jeunes et séniors pouvant être éloignés du numérique.

Le programme des Maison de la Médiation Numérique de l’ASTS

L’association ASTS (Association Sciences Technologies et Sociétés) existe depuis 1981, elle dispose de deux espaces de médiations numériques des EPN (Espace Public Numérique ou MMN pour Maison de la Médiation Numérique) avec des lieux qui constituent des environnements importants pour les publics fragilisés et qui souhaitent être accompagnés et formés au numérique. En termes d’animations, l’association dispose d’un FabLab (Atelier de Fabrication Numérique) et dispense des formations centrées sur l’accès au numérique aux citoyens.

L’association est subventionnée par la Ville de Paris, et les activités des MMN concernent des accès libres individuels et personnalisés pour les usagers. En effet, des formations comme l’accès au site internet de Pôle Emploi, complètent l’organisation d’ateliers à travers un programme d’accompagnement au numérique baptisé « E-Service » et durant lesquels les usagers peuvent acquérir de nouvelles compétences dans la pratique de l’ordinateur et du numérique. En termes d’accompagnement des publics, les ateliers peuvent être échelonnés sur plusieurs niveaux : de 0 à 3.

Pour ce faire, les médiateurs et les médiatrices de l’association viennent en aide à des personnes d’origine sociale modeste et précaires qui ne parlent pas forcément le français. De même, des activités de mises en situations peuvent être réalisées, comme l’écriture de poèmes, pour apprendre à maîtriser le clavier des ordinateurs. Au niveau du programme de formation que propose l’association ASTS aux usages du numériques, on trouve trois ateliers : 1. E-service, 2. Linguistique, et 3. Parenté numérique.

Du point de vue de l’accompagnement, par exemple, le fait étant que les MMN sont publics, l’État a pu distribuer durant la crise sanitaire des tablettes numériques aux enfants des familles les plus précaires. Ceci a permis aux MMN de former les enfants et les parents à l’usage des tablettes. Sur le plan de la mobilisation des publics, les usagers proviennent parfois de structures locales comme Pôle Emploi ou Emmaüs Connect.

Pour autant, le bouche à oreille est aussi l’un des modes de mobilisation des publics, de même que des propositions institutionnelles provenant des mairies de départements en Ile-de-France. Au niveau des ateliers, leurs mises en place sont parfois organisées à partir d’autres organismes comme Pôle Emploi.

Les bénéficiaires participent à des ateliers emplois, à l’initiative de l’association qui travaille de manière assez indépendante. Plusieurs médiateurs numériques accompagnent les publics par structure MNN. Les publics sont diversifiés avec des groupes d’usagers qui peuvent avoir des origines culturelles et ethniques différentes, et pour la plupart d’âge avancé (séniors). Les jeunes ne constituent pas la majorité des usagers.

En revanche de nombreux demandeurs d’emplois, avec des parents d’âge jeune, des femmes célibataires avec des enfants participent aux ateliers. Si des retours d’expériences sont envisagés par l’association avec des outils de types questionnaires et des feuilles d’émargements proposés à la fin des ateliers pour obtenir les avis des usagers des MNN, l’impression générale indique qu’il est difficile de créer une véritable communauté entre les usagers. En effet, il apparait que la mise en place des communautés d’usagers demeure compliquée à mettre en place notamment parce que les participants aux ateliers disposent d’une certaine liberté d’actions et d’autonomie dans leurs choix et ce malgré parfois quelques difficultés à s’approprier et à maîtriser les TIC basés sur l’acquisition de nouvelles compétences.

De même, l’un des objectifs de l’association est de développer des groupes de travail pour les usagers, tout en reposant sur des accès libres complétés par des formations au numérique. Les dispositifs d’animations sont assez variés, à la fois avec la présence d’un FabLab et d’une imprimante 3D à la MNN du 20ème arrondissement de Paris ou des ateliers de formation à l’initiative de la fondation Orange. Des projets comme du montage vidéo sont aussi organisés ou des ateliers tablettes pour les séniors à des fins d’initiation et de formation aux usages numériques

Dans cette partie, il a été question de présenter le programme des MMN et des enjeux de l’association ASTS. L’association fonctionne par le biais de subventions de la ville de Paris et vise à accompagner des bénéficiaires au numérique par la mise en place d’ateliers d’accompagnement et d’initiation aux usages numériques. La partie suivante présente le cadre méthodologique utilisé pour répondre à notre problématique et les résultats exploratoires de la recherche centrée sur cette question d’inclusion et de médiation numérique.

Méthodologie et résultats exploratoires de la recherche

Les résultats de notre recherche sont à ce niveau exploratoire. Le cadre méthodologique de cette étude a visé à la réalisation d’entretiens avec plusieurs acteurs de l’éducation populaire, d’une étude documentaire liée aux politiques publiques d’accompagnement à l’inclusion du numérique spécifiquement dans le champ de l’éducation populaire ainsi que la réalisation d’une observation d’un atelier d’initiation à l’informatique proposé par l’une des Maisons de la Médiation Numérique avec des activités de formations et de réceptions au numérique chez une population âgée nous a permis de mettre en évidence plusieurs constats.

Le premier constat repéré a été celui de la création de groupe de travail pour les usagers avec un accès libre au numérique et à la formation au numérique par les médiateurs de la MMN. Ces activités peuvent être par exemple des animations et des formations depuis la prise en main des outils d’un Fablab (ou atelier de fabrication numérique), de montage vidéo, d’utilisation de tablettes, et d’initiation à l’Informatique pour les séniors. En revanche, une des difficultés repérées est celle de créer une « communauté » entre les usagers, ces derniers étant pour la plupart indépendants, c’est-à-dire sans que ce présente durant l’observation, nous insistons, une appartenance sociale forte au sens de Weber. De même, concernant les catégories d’âges, il apparait à la fois durant l’observation de l’atelier et à partir des entretiens et échanges formels et informels conduits, que les jeunes ne constituent pas la majorité des usagers qui prennent part aux ateliers numériques, à la différence de la population des séniors qui participent le plus souvent à ces temps d’accompagnements.

Pour autant, les analyses obtenues traduisent durant les sessions de formations des temps d’entraides et de partages d’informations qui peuvent avoir lieu entre les usagers à travers l’accompagnement dynamique des médiateurs. En effet, la figure du médiateur[6] … Suite... ou de l’animateur d’espace public numérique demeure centrale pour l’accompagnement et la formation des usages numériques à destination des citoyens. Son travail repose sur plusieurs activités comme l’information et le conseil des publics sur les usages du numérique, la mise en place d’action de médiation dans les structures numériques, avec des activités à la fois ludiques mais également éducatives, et l’animation d’ateliers aux usages du numérique. Ces compétences reposent sur une maîtrise de la pédagogie, de la communication, et nécessite un sens du relationnel et de la patience. De fait, la posture du médiateur numérique (Gervais, 2017) implique un souci constant du travail de veille qui consiste à interroger ce que font les acteurs du numérique sur les territoires. Elle se complète d’une activité d’accompagnement destinée à transmettre des connaissances aux publics notamment afin qu’ils puissent maîtriser les techniques et outils numériques comme l’utilisation d’un clavier informatique, ou la réalisation de recherche sur Internet, en plus de faciliter l’accès à une culture numérique, c’est-à-dire « donner du sens aux outils » (Gervais, 2017) utilisés. En revanche et concernant l’accès aux compétences numériques pour les participants aux ateliers, l’observation révèle une ambivalence dans l’accès à de nouvelles compétences numériques par les publics. En effet, tous les usagers n’arrivent pas à manipuler spontanément les outils numériques, suscitant parfois des décalages entre les conseils bienveillants du médiateur et la réussite à la pratique et aux usages notamment chez les populations les plus âgées dites séniors. Il existe ainsi et suivant les publics des difficultés dans la compréhension des fonctions principales de l’ordinateur ou de la maîtrise du clavier. En effet, l’activité de pratique nécessite chez certains participant.e.s, un renfort de l’accompagnement pour le développement des compétences au numérique encouragé par la réalisation d’exercices pratiques comme l’appropriation du navigateur Internet, l’écriture sur clavier et le typage rapide. De fait, ces difficultés d’appropriation et d’usages du numérique indiquent à l’évidence un certain décalage entre des discours d’acteurs institutionnels destinés à faire la promotion au niveau sociétale d’une transformation au tout numérique, et en contrepartie, des citoyens qui peuvent être moins susceptible de réussir à maîtriser suffisamment les usages numériques de manière autonome et effective.

Conclusion

Pour conclure, nous pourrions peut-être interroger cette question complémentaire à notre problématique de départ : Comment viser à améliorer le déroulement des ateliers numériques sur le territoire (à la fois en considérant les ancrages en milieux urbains et ruraux) en vue de réduire la fracture numérique auprès des populations les plus éloignées de ces différents enjeux ? A cette question, il s’agit de poser d’inviter le lecteur à s’emparer de la mise en discussion des travaux portant sur le rapport entre médiation et numérique et de la fracture numérique pour lequel, il a été question d’introduire quelques éléments de cadrage théorique et empirique. En effet, et concernant la fracture numérique celle-ci repose sur deux aspects. D’une part, elle concerne les inégalités d’accès aux équipements et technologies du numérique par les acteurs, d’autres part, elle implique de considérer l’existence d’inégalités en termes d’usages et d’appropriations des TIC. Si le numérique a transformé le monde du travail depuis les années antérieures, il tend à s’être imposé progressivement dans le champ de la sphère privée avec des effets certains sur les manières de vivre des individus. On convoquera à ce sujet, le travail d’Olivier Donnat (Donnat,2009) sur les pratiques culturelles liées au numérique[7]Grumet A. 2011. Quel service public culturel face à la révolution … Suite... qui indique que dans les années 2008 la culture numérique et de l’Internet a connu un essor important chez les jeunes générations au détriment de la radio, de la télévision ainsi que de la « lecture de quotidiens et de livres » (Donnat, 2009).

Le constat à visée là encore exploratoire met en lumière encore aujourd’hui l’existence d’inégalités pré-existantes au numérique liées au social, à l’économie mais aussi à la situation géographique et culturelle des citoyens. Il existe encore de personnes exclues et marginales vis-à-vis de l’accès et de l’utilisation du numérique dans un contexte spécifique, et ce, bien qu’il existe des initiatives territoriales destinées à les émanciper par le numérique. Aussi, pour réfléchir à ces phénomènes, il peut être pertinent de poser plusieurs questions destinées à ouvrir le débat par la suite.

Premièrement, comment accompagner les publics les plus exclus de ces équipements, qui ne disposent pas encore de matériels ou d’outils connectés dans un monde en évolution ?

Deuxièmement, comment renforcer la formation de médiateurs numériques et de leurs implications dans des structures comme les Espace Public Numérique, les bibliothèques 2.0 ou encore les Maisons de Médiation Numérique ?

Troisièmement, comment augmenter l’accompagnement au numérique dans des zones parfois enclavées et dans certaines zones géographiques urbaines, et/ou rurales, de province pour des citoyens parfois encore éloignés de ces outils et dont certains peuvent disposer parfois de handicaps ou de soucis de santé ?

Enfin, comment rendre possible cet accompagnement ? avec quels outils ou équipements spécifiques, et avec quels acteurs qui disposent de compétences facilitatrices, de soutiens aux publics ? Et quid de celles et ceux qui ne maîtrisent pas encore suffisamment l’utilisation des TIC à des fins d’accès au numérique ? Quelques questions conclusives posées ici, qui visent à interroger l’accès et les usages aux outils et dispositifs numériques pour des publics parfois encore en difficultés dans leurs pratiques du numérique, et pouvant être éloignés de cette fameuse « transition au numérique ».

Références

Références
- 1 LOMPRÉ, Nicole ; DESPIN, Laurent ; et LAMIGEON, Marylène. Chapitre 14. Espaces Publics Numériques en France : des lieux pour des liens In : L’espace public à l’épreuve : Régressions et émergences [en ligne]. Pessac : Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine, 2004
- 2 Les Espaces Publics Numériques sont des lieux publics d’accès à Internet (on en comptabilise plus de 4500 en France) http://observatoire-reussite-educative.fr.
- 3 Les Tiers Lieux comme les espaces de co-travail ou les ateliers de fabrication numérique) sont des environnements hybrides destinés aux citoyens favorisant la coopération afin de répondre à des enjeux sur les territoires : https://francetierslieux.fr/quest-ce-quun-tiers-lieu/.
- 4 Les bibliothèques 2.0 concernent des bibliothèques dont les services sont en ligne : blog, wikis, podcast etc. avec une information qui circule entre la bibliothèque et les usagers et réciproquemment : https://bibliopedia.geobib.fr/wiki/Bibliothèque_2.0
- 5 https://eduscol.education.fr/1531/education-aux-medias-et-l-information
- 6 https://www.grandeecolenumerique.fr/metiers-d-avenir/les-metiers-de-la-communication-digitale-du-marketing-et-e-commerce/le-metier-de-0
- 7 Grumet A. 2011. Quel service public culturel face à la révolution numérique ? L’Observatoire. Editions Observatoire des politiques culturelles.


Références bibliographiques

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Sitographie

La MédNum : https://lamednum.coop/

L’ASTS : http://asts.paris/

Cohésion Territoire : https://www.cohesion-territoires.gouv.fr/inclusion-numerique-favoriser-lapprentissage-du-numerique-et-developper-les-usages#scroll-nav__

Grande Ecole Numérique : https://www.grandeecolenumerique.fr/metiers-d-avenir/les-metiers-de-la-communication-digitale-du-marketing-et-e-commerce/le-metier-de-0

Pour citer cet article

, "De l’inclusion numérique à la médiation numérique : Le cas des Maisons de Médiation du Numérique", REFSICOM [en ligne], Réseaux et expérience numérique : enjeux de médiation au numérique et par le numérique, mis en ligne le 14 juin 2023, consulté le Tuesday 15 September 2026. URL: https://refsicom.org/1305


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