La communication digitale des industries culturelles et créatives : Le cas de la musique traditionnelle de Salé

Résumés

La communication, qu’elle soit traditionnelle ou numérique, constitue un outil essentiel pour préserver et valoriser la musique traditionnelle de Salé, notamment à l’ère de la digitalisation. Bien que les réseaux sociaux comme Facebook, Instagram et TikTok soient plébiscités pour leur accessibilité et leur impact, leur exploitation reste limitée en raison d’un manque de stratégies structurées et de formations adaptées. Les acteurs locaux reconnaissent l’urgence d’adopter des approches modernes pour engager les nouvelles générations et garantir la pérennité de ce patrimoine. Cependant, des défis subsistent, notamment l’évaluation de l’efficacité des outils numériques et l’adaptation aux évolutions technologiques, nécessitant une collaboration renforcée entre acteurs et experts.
Communication, whether traditional or digital, is an essential tool for preserving and promoting the traditional music of Salé, particularly in the digital age. While social media platforms such as Facebook, Instagram, and TikTok are favored for their accessibility and impact, their use remains limited due to a lack of structured strategies and adequate training. Local actors recognize the urgency of adopting modern approaches to engage younger generations and ensure the sustainability of this heritage. However, challenges persist, including the evaluation of the effectiveness of digital tools and adaptation to technological advancements, requiring strengthened collaboration between stakeholders and experts.

Texte intégral
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Introduction

Les industries culturelles et créatives (ICC) occupent une place centrale dans le développement économique et culturel des nations.[1] Ces secteurs, qui englobent des domaines aussi variés que les arts visuels, la littérature, le cinéma ou encore la musique, jouent un rôle majeur dans la valorisation des identités culturelles et la préservation du patrimoine immatériel. Parmi ces formes d’expression, la musique traditionnelle, en tant que témoin vivant des héritages culturels, reflète les valeurs, l’histoire et les dynamiques sociales d’une communauté. Dans la ville de Salé, au Maroc, la musique traditionnelle, notamment à travers des genres tels que le Malhoun, les Issawa ou la musique andalouse, constitue un pilier de l’identité locale et un vecteur de transmission intergénérationnelle.

Cependant, cette richesse culturelle se heurte aujourd’hui à plusieurs défis. D’une part, la mondialisation et la standardisation des contenus culturels ont tendance à marginaliser les expressions locales au profit d’une culture globale standardisée. D’autre part, l’émergence des technologies numériques a profondément modifié les modes de production, de diffusion et de consommation des produits culturels. Si ces technologies offrent des opportunités sans précédent pour promouvoir et valoriser la musique traditionnelle, elles nécessitent également une maîtrise des outils digitaux et une réflexion stratégique pour éviter une simple folklorisation ou une perte d’authenticité.

Le défi principal pour ces industries culturelles réside dans la capacité à concevoir des stratégies de communication digitale pertinentes, respectueuses de l’authenticité de la musique traditionnelle, tout en répondant aux exigences d’une diffusion moderne et efficace. Les outils numériques tels que les plateformes de streaming, les réseaux sociaux, ou encore les campagnes événementielles en ligne offrent des opportunités de visibilité inégalées. Toutefois, leur exploitation nécessite une compréhension approfondie des publics cibles, une narration cohérente qui valorise la singularité de ces musiques, et une capacité à innover tout en conservant l’essence culturelle et artistique des pratiques traditionnelles.

Au-delà de la question de la visibilité, la communication digitale représente également un levier pour renforcer les dynamiques de préservation et de transmission de ce patrimoine. Les outils numériques peuvent jouer un rôle clé dans la création d’archives interactives, dans l’organisation de formations pour les artistes locaux, ou encore dans la sensibilisation des jeunes générations à ces formes musicales. Cependant, ces potentialités restent largement inexploitées, notamment en raison de contraintes liées au manque de compétences numériques, de ressources financières limitées, ou encore de l’absence d’une coordination stratégique entre les différents acteurs culturels locaux.

Ainsi, l’enjeu n’est pas uniquement d’adopter les technologies numériques, mais d’en faire un vecteur d’innovation et de résilience pour les industries culturelles et créatives. Cela implique une réflexion approfondie sur les outils, les méthodes et les approches à mettre en place pour transformer la communication digitale en un catalyseur de valorisation, de préservation et de dynamisation de la musique traditionnelle de Salé.

 

Problématique

 

La musique traditionnelle de Salé, riche en histoire et en symboles culturels, représente un patrimoine immatériel menacé par la globalisation et la standardisation culturelle. La digitalisation offre des opportunités pour préserver et valoriser ce patrimoine, mais l’adoption des outils numériques par les acteurs locaux reste limitée et mal structurée, freinée par des défis techniques, économiques et humains. Cette étude vise à démontrer que, malgré ces obstacles, la communication digitale peut devenir un levier essentiel pour promouvoir, préserver et moderniser la musique traditionnelle de Salé, notamment à travers des stratégies adaptées et cohérentes. Structurée en sept chapitres, elle explore les fondements théoriques de la communication digitale, l’importance des industries culturelles, les spécificités de la musique traditionnelle de Salé, les opportunités numériques, et les stratégies employées, tout en proposant des solutions pour maximiser l’impact durable de ces efforts dans un monde interconnecté.

Fondements théoriques de la communication digitale

La communication digitale, née avec l’avènement des technologies de l’information et de la communication (TIC), a transformé de manière radicale les modes de transmission de l’information, d’interaction et d’engagement des individus au sein des sociétés contemporaines. Ce phénomène a donné naissance à de nouvelles pratiques, mais aussi à des concepts et théories qui en expliquent les dynamiques. Dans cette optique, il est crucial de revenir sur les fondements théoriques de la communication digitale, en explorant son évolution, ses concepts clés, ainsi que les modèles et théories qui en soutiennent la compréhension.

Évolution et concepts clés

La communication digitale a connu une évolution rapide, transformant les paradigmes traditionnels de la communication. Cette mutation trouve ses racines dans le développement des technologies de l’information et de la communication (TIC), ainsi que dans l’avènement d’Internet dans les années 1990. Aujourd’hui, la communication digitale englobe un large éventail de pratiques, incluant le marketing numérique, les médias sociaux, et les stratégies de contenu.

Les travaux de Manuel Castells (1996) sur la société en réseau mettent en lumière comment Internet a transformé les écosystèmes de communication, introduisant des « réseaux d’échange » qui favorisent la diffusion rapide des informations.[2]

D’autres chercheurs, comme Jenkins (2006), ont développé la notion de convergence médiatique, décrivant l’intégration des contenus à travers différents canaux et plateformes. Cette convergence redéfinit les relations entre les producteurs et les consommateurs, transformant ces derniers en « prosommateurs ».[3]

Modèles et théories de la communication digitale

Plusieurs modèles et théories permettent de comprendre les dynamiques de la communication digitale.

La théorie des usages et gratifications (Katz, Blumler et Gurevitch, 1974) : une approche centrée sur l’audience pour comprendre les médias et leurs effets. Contrairement aux théories traditionnelles qui considèrent le public comme un récepteur passif, cette théorie postule que les individus sont des acteurs actifs qui choisissent et utilisent les médias en fonction de leurs besoins et motivations. Selon cette perspective, les publics recherchent des gratifications spécifiques à travers leur consommation médiatique, que ce soit pour s’informer, se divertir, renforcer leur identité sociale ou échapper au quotidien.

Appliquée aux industries culturelles et créatives, cette approche permet d’analyser comment les publics consomment la musique traditionnelle (comme le Malhoun ou la musique andalouse) via les plateformes numériques. Par exemple, certains auditeurs cherchent un lien avec leur patrimoine culturel (gratification identitaire), tandis que d’autres y voient une curiosité artistique (gratification esthétique). Dans le contexte de Salé, cette théorie pourrait éclairer les stratégies de communication digitale en identifiant les attentes des différents publics (jeunes générations, diaspora, chercheurs, etc.) pour mieux adapter les contenus et canaux de diffusion.

Enfin, la théorie des usages et gratifications souligne l’importance de l’interactivité dans les médias modernes : avec l’essor des réseaux sociaux et du streaming, les utilisateurs ne se contentent plus de consommer passivement, mais participent à la diffusion et à la réinterprétation des contenus culturels. Cela ouvre des perspectives pour une valorisation dynamique de la musique traditionnelle, où les outils numériques deviennent des vecteurs de transmission et de réinvention du patrimoine.[4]

La théorie de la propagation des innovations (Rogers, 1962) : Cette théorie explique comment les nouvelles technologies, comme les plateformes digitales, se diffusent dans la société. Elle met en avant les rôles des adopteurs précoces et des leaders d’opinion dans l’acceptation des nouveaux modes de communication.[5]

Le modèle des “cinq A” de Kotler et al. (2017) : Adapté au marketing digital, ce modèle met en avant cinq étapes de l’expérience client dans l’écosystème numérique : sensibilisation (Aware), attrait (Appeal), questionnement (Ask), action (Act), et défense (Advocate).[6]

Les trois théories abordent l’interaction des individus avec les médias et technologies numériques sous des angles différents. La théorie des usages et gratifications (Katz, Blumler et Gurevitch, 1974) se concentre sur les motivations individuelles des utilisateurs, expliquant pourquoi ils choisissent certains contenus en ligne en fonction de besoins spécifiques tels que l’information, le divertissement ou la construction de leur identité sociale. En revanche, la théorie de la propagation des innovations (Rogers, 1962) met l’accent sur les facteurs sociaux et collectifs influençant l’adoption des nouvelles technologies, en identifiant des groupes d’adoptants et en soulignant le rôle des leaders d’opinion dans la diffusion des innovations. Enfin, le modèle des “cinq A” de Kotler et al. (2017) propose une approche centrée sur le parcours client dans l’écosystème numérique, décrivant les étapes de sensibilisation, attrait, questionnement, action et défense, qui représentent l’évolution du comportement des consommateurs dans le cadre du marketing digital. Bien que ces théories diffèrent dans leur approche, elles convergent dans leur analyse de la manière dont les individus interagissent avec les technologies numériques, qu’il s’agisse de leurs motivations personnelles, des dynamiques sociales de diffusion ou des processus d’engagement client dans le marketing digital.

L’évolution de la communication digitale a non seulement modifié la manière dont l’information est véhiculée, mais elle a également donné naissance à de nouvelles théories et modèles qui permettent de mieux appréhender les dynamiques en jeu. En comprenant les concepts clés tels que l’interactivité, la participation et la globalisation, ainsi que les théories et modèles tels que l’utilisation et la gratification, ou l’interactivité communicative, on peut mieux saisir les enjeux contemporains de la communication dans un environnement numérique en constante mutation.

L’industrie culturelle et créative : concepts et enjeux

Les industries culturelles et créatives (ICC) désignent un ensemble d’activités économiques qui combinent la création, la production, la distribution et la consommation de biens et services liés à la culture et à la créativité. Ces secteurs, qui incluent des domaines tels que la musique, le cinéma, la mode, le design, la publicité et l’édition, jouent un rôle central dans l’économie mondiale contemporaine. Ils se distinguent par leur capacité à générer de la valeur économique à partir de la culture et de l’innovation, tout en étant au cœur des dynamiques sociales et culturelles d’un pays. Ce texte explore les définitions, les caractéristiques des ICC ainsi que leur importance économique et sociale.

Définitions et caractéristiques

Les industries culturelles et créatives sont souvent définies par leur capacité à produire des biens et services qui ont une valeur symbolique et artistique, en plus de leur valeur marchande. Selon l’UNESCO (2005), les industries culturelles englobent les activités qui génèrent des produits culturels qui ont pour objectif principal la transmission de valeurs culturelles, artistiques et sociales. Cette définition s’étend aux biens matériels (comme les livres, les films ou les œuvres d’art) mais aussi aux services immatériels comme les spectacles vivants ou la diffusion numérique de contenus culturels.[7]

Une caractéristique essentielle des ICC est la créativité. Les ICC reposent en effet sur l’innovation et l’originalité pour générer des produits qui peuvent être à la fois artistiques et commerciaux. De ce fait, les ICC sont souvent vues comme une interface entre l’art et l’économie, dans laquelle la culture devient une ressource pour l’innovation économique. Un autre aspect fondamental est l’intangibilité des biens produits. Les produits créatifs, qu’il s’agisse de musique, d’œuvres d’art ou de jeux vidéo, sont souvent immatériels, ce qui soulève des questions concernant la propriété intellectuelle et les droits d’auteur.[8]

En outre, les ICC sont marquées par leur diversité sectorielle. Les activités qui les composent sont très variées et incluent à la fois des secteurs traditionnels, comme l’édition et le cinéma, et des secteurs émergents, tels que les technologies numériques appliquées à la création (réalité virtuelle, jeux vidéo, design interactif). Cette diversité implique des interactions entre des acteurs issus de différents horizons (artistes, entrepreneurs, techniciens, institutions publiques), et souligne l’importance des politiques culturelles pour soutenir cette dynamique.

Importance économique et sociale

Les industries culturelles et créatives (ICC) occupent une place stratégique dans l’économie mondiale contemporaine. Elles génèrent des milliards de dollars chaque année et créent des millions d’emplois dans des domaines variés tels que la musique, le cinéma, ou encore la gestion d’événements. Cependant, leur impact dépasse le cadre économique : elles contribuent à renforcer l’identité culturelle, préserver le patrimoine, diffuser la diversité et promouvoir le soft power d’un pays à l’international.[9]

Avec l’essor des plateformes numériques, les ICC facilitent la mondialisation des échanges culturels et rendent la culture plus accessible, réduisant les inégalités géographiques et sociales. En outre, elles renforcent la cohésion sociale en créant des espaces d’échange et en abordant des thématiques sociétales majeures à travers les œuvres des créateurs. Ce secteur, dynamique et en évolution constante, constitue ainsi un pilier essentiel de l’économie, de la culture et de la transformation sociale contemporaine.[10]

La musique traditionnelle de Salé : Histoire et spécificités

Origines et évolution de la musique traditionnelle de Salé

Située sur les rives du Bouregreg, Salé est l’une des plus anciennes cités du Maroc. Fondée au XIe siècle, cette ville au riche passé historique a toujours été un carrefour culturel où se sont croisées les influences arabo-andalouses, berbères, africaines et hébraïques. Cette diversité se reflète particulièrement dans son patrimoine musical, qui constitue aujourd’hui un héritage vivant d’une exceptionnelle richesse.

La musique andalouse : l’âme raffinée de Salé

La musique andalouse, appelée localement “at-Tarab al-Andaloussi” (l’enchantement de la musique andalouse), est l’un des joyaux culturels de Salé. Héritière directe de la civilisation hispano-maghrébine, cette tradition musicale se distingue par ses mélodies complexes et ses textes poétiques. Contrairement aux chants religieux où les instruments sont souvent limités, la musique andalouse intègre une grande variété d’instruments tels que le oud, le violon et le rebab. Transmise oralement depuis des siècles, elle reste un symbole majeur de l’identité culturelle de la ville.

Le Malhoun : une poésie chantée entre arabe et hébreu

Parmi les expressions musicales les plus originales de Salé figure le Malhoun, une forme poétique chantée qui puise ses thèmes dans la spiritualité, l’amour et la vie quotidienne. Ce qui rend cette tradition particulièrement fascinante est son usage linguistique unique : si l’arabe dialectal marocain en constitue la base, on y trouve également des vers en hébreu, témoignant des échanges culturels qui ont marqué l’histoire de la ville. Cette singularité fait du Malhoun un véritable pont entre les communautés et les traditions.

La confrérie des Issawa : entre mysticisme et musique

Autre pilier de la vie musicale slaouie, la confrérie des Issawa, fondée au XVIe siècle par Sidi Haddi Ben Issa, allie spiritualité soufie et expression artistique. Ses rituels, associant chants, percussions et danses de transe, continuent de captiver autant les fidèles que les mélomanes. Les Mkedem Slaoui, gardiens de cette tradition, jouent un rôle essentiel dans sa préservation et sa transmission aux nouvelles générations.

Un patrimoine à sauvegarder

Malgré sa valeur inestimable, la musique traditionnelle de Salé demeure insuffisamment connue au-delà des frontières marocaines. Aujourd’hui, sa pérennité dépend de plusieurs enjeux cruciaux : la transmission aux jeunes générations, l’adaptation aux nouvelles technologies de diffusion et la préservation de sa diversité linguistique et musicale. En mettant en lumière ce patrimoine, Salé affirme non seulement son identité culturelle, mais aussi son rôle de trait d’union entre les différentes influences qui ont façonné le Maroc.

Ce riche héritage musical, à la fois ancestral et vivant, continue de résonner comme un écho des siècles passés, tout en s’adaptant aux réalités contemporaines. Il reste l’un des témoignages les plus vibrants de la créativité et du dialogue interculturel qui caractérisent la ville de Salé.[11]

Ces genres musicaux traditionnels sont des témoins vivants de l’histoire et de la culture de Salé. Cependant, l’adaptation à la conjoncture actuelle reste un défi crucial pour maintenir cet héritage. Les organisations locales jouent un rôle central dans la préservation, la promotion et la valorisation de ce patrimoine immatériel, contribuant ainsi à la diversité culturelle et à la vitalité de la scène musicale traditionnelle. Leur action est essentielle pour que ces pratiques restent vivantes et continuent d’enrichir la société contemporaine.

Les efforts de préservation et de valorisation des genres musicaux traditionnels à Salé ne peuvent se passer d’une communication efficace de la part des organisations locales. Cette communication joue un rôle déterminant dans la manière dont ces traditions sont perçues et intégrées dans la société moderne. En mettant en lumière la richesse et la pertinence de ces pratiques, les organisations peuvent non seulement attirer l’attention du public mais aussi obtenir le soutien nécessaire pour leurs initiatives. Ainsi, la manière dont elles communiquent influence directement la promotion et la préservation du patrimoine musical local, tout en permettant une adaptation harmonieuse à la conjoncture actuelle.

Caractéristiques et instruments traditionnels

La musique traditionnelle de Salé se caractérise par une instrumentation sophistiquée et des particularités stylistiques qui reflètent la richesse de son héritage culturel. L’orchestre andalou classique repose sur un ensemble d’instruments à cordes et à percussion soigneusement sélectionnés. Le oud, considéré comme le roi des instruments dans la tradition arabo-andalouse, produit des mélodies profondes et nuancées. Il est souvent accompagné du rebab, dont le son chaud et légèrement nasillard apporte une dimension mélancolique aux compositions. Le violon arabe, légèrement différent de son homologue occidental par son accordage et sa technique de jeu, vient compléter cette section mélodique.

Les percussions occupent une place centrale dans cette tradition musicale. La darbouka, tambour en forme de gobelet, fournit les rythmes de base tandis que le tar, plus large et plus grave, ajoute des accents rythmiques complexes. Dans le répertoire du Malhoun, l’accompagnement instrumental prend une forme plus intime. Le swisen, version réduite du oud, crée une atmosphère chaleureuse et propice à la déclamation poétique. Le tbal, imposante percussion cylindrique, marque le rythme de façon solennelle, soutenant la voix du mounchid (chanteur principal).

Les confréries comme les Issawa développent une approche instrumentale différente, centrée sur les percussions et visant à induire des états modifiés de conscience. Le bendir, grand tambour sur cadre, produit des vibrations profondes et continues. La taarija, petite timbale en terre cuite, apporte des contre-temps précis. Les qraqeb, castagnettes métalliques, créent un tissu sonore envoûtant qui s’intensifie progressivement. Chacun de ces instruments fait l’objet d’un savoir-faire artisanal spécifique, avec des techniques de fabrication transmises depuis des siècles.

Au-delà de leur fonction musicale, ces instruments incarnent des valeurs culturelles et sociales. Leur apprentissage requiert des années de pratique sous la direction de maîtres reconnus. Leur usage obéit à des codes précis lors des cérémonies et des fêtes. Certains instruments sont même associés à des symboliques particulières – le oud représentant la sagesse, les percussions évoquant les battements du cœur. Cette dimension symbolique renforce leur importance dans la préservation de l’identité culturelle slaouie.

La facture instrumentale elle-même constitue un art à part entière. Les luthiers de Salé perpétuent des méthodes traditionnelles de fabrication, utilisant des essences de bois spécifiques, des peaux d’animal soigneusement sélectionnées et des techniques d’assemblage particulières. Ce savoir-faire artisanal, jalousement gardé par certaines familles, contribue à donner aux instruments leur sonorité caractéristique, immédiatement reconnaissable pour les initiés.

La communication digitale dans le secteur de la musique

Transformation numérique et opportunités

La musique traditionnelle, bien qu’enracinée dans des pratiques culturelles spécifiques, évolue aujourd’hui dans un monde dominé par les médias et les industries culturelles globalisées. Dans ce contexte, la manière dont elle est communiquée, diffusée, et perçue est largement façonnée par les logiques communicationnelles contemporaines.

La logique communicationnelle autour de la musique traditionnelle peut être comprise à travers plusieurs niveaux d’interaction, impliquant des acteurs locaux, nationaux et internationaux. À l’échelle locale, la musique traditionnelle est souvent communiquée à travers des canaux informels, tels que les performances en direct lors d’événements communautaires, les rituels religieux ou les célébrations festives. Dans ces contextes, la musique traditionnelle sert de moyen de communication entre les membres d’une communauté, renforçant les liens sociaux et culturels. La transmission de la musique, souvent orale, repose sur l’interaction directe entre les musiciens et leur public, et se caractérise par une forte dimension participative.[12]

L’un des principaux changements apportés par la communication de masse concerne la transformation de la musique traditionnelle en produit de consommation culturelle. La musique, autrefois perçue comme une pratique ancrée dans des contextes rituels ou festifs, est aujourd’hui souvent transformée en objet marchand, adapté aux attentes d’un public globalisé. Les festivals de musique du monde, par exemple, jouent un rôle central dans la diffusion internationale de la musique traditionnelle. Ces événements, qui attirent un public diversifié, contribuent à promouvoir des artistes issus de cultures marginalisées, mais ils imposent également des exigences en termes de performance scénique, de timing et de présentation visuelle qui ne correspondent pas toujours aux traditions originales. La musique traditionnelle devient ainsi, dans une certaine mesure, une performance mise en scène pour répondre aux attentes des spectateurs et aux logiques du marché global.

Les plateformes numériques et les réseaux sociaux ont également révolutionné la communication autour de la musique traditionnelle. YouTube, Spotify, SoundCloud, et d’autres plateformes de streaming permettent aujourd’hui à des artistes issus de cultures locales de diffuser leur musique à un public international, souvent sans passer par les intermédiaires traditionnels tels que les maisons de disques. Cela offre aux musiciens une plus grande autonomie dans la gestion de leur image et de leur communication, tout en leur permettant de toucher un public mondial. Par exemple, des musiciens traditionnels de communautés autochtones en Amérique du Sud ou en Afrique subsaharienne ont utilisé YouTube pour partager des performances locales, permettant ainsi à leur musique d’atteindre des auditeurs dans des pays éloignés.[13]

Outils et plateformes de communication digitale

Dans le contexte actuel de la mondialisation et de la numérisation croissante, la préservation et la promotion des industries culturelles, et plus particulièrement de la musique traditionnelle, sont devenues des enjeux cruciaux. Les innovations technologiques et les nouveaux canaux de communication offrent de multiples opportunités pour diffuser et préserver ce patrimoine immatériel. Parmi ces outils, les médias sociaux, les plateformes de streaming, les sites web spécialisés, les festivals, ainsi que les émissions de radio et de télévision occupent une place centrale. Ces canaux de diffusion permettent non seulement de toucher un public plus large, mais contribuent aussi à faire revivre et à adapter ces traditions musicales ancestrales aux réalités contemporaines. Il est essentiel de comprendre comment ces outils sont utilisés pour renforcer la place de la musique traditionnelle dans un monde de plus en plus connecté.

Les médias sociaux, tels que Facebook, Instagram, Twitter (X) ou encore YouTube, sont devenus des espaces privilégiés pour la promotion de la musique traditionnelle. Ces plateformes permettent aux artistes de partager directement leur musique avec leurs abonnés tout en interagissant avec eux de manière instantanée et interactive. En effet, grâce à des vidéos de performances, des enregistrements en coulisses, ou encore des récits personnels, les musiciens créent un lien fort avec leur public. Les plateformes telles qu’Instagram et TikTok, par exemple, offrent la possibilité de publier de courts extraits qui peuvent être largement partagés, augmentant ainsi la visibilité des artistes. Les fans peuvent commenter, partager ou identifier leurs amis, ce qui favorise une diffusion virale de la musique traditionnelle. Cette interactivité est particulièrement importante car elle permet d’établir un dialogue entre les artistes et leur public, tout en attirant un public plus jeune, moins familier avec les modes traditionnels de diffusion musicale.[14]

Étude de cas : La musique traditionnelle de Salé

Contexte et acteurs principaux

L’histoire de Salé est marquée par des vagues successives d’immigrations et d’influences culturelles. La ville a été un centre important de commerce et de piraterie, ce qui a favorisé une grande diversité culturelle. Salé a été fondée par les Berbères au 11ème siècle, mais elle a également été influencée par les Arabes après l’invasion islamique au 7ème siècle. La ville a connu une période de prospérité au Moyen Âge en tant que port de commerce important et refuge pour les pirates barbaresques. Cette diversité culturelle se retrouve dans sa musique traditionnelle, qui est un héritage précieux transmis de génération en génération. Les Slaouis ont su préserver cet héritage malgré les changements et les défis des temps modernes, notamment grâce à la transmission orale et à l’enseignement des anciens maîtres musiciens aux jeunes générations.

La musique traditionnelle de Salé se décline en plusieurs genres, chacun avec ses caractéristiques uniques.

La musique traditionnelle joue un rôle crucial dans la vie sociale et culturelle de Salé. Elle est omniprésente dans les événements importants tels que les fêtes religieuses, les mariages, les festivals et les cérémonies publiques. La musique est un moyen de rassembler les gens, de célébrer les moments importants de la vie et de renforcer les liens communautaires. Elle sert également de lien entre les générations, permettant aux jeunes de comprendre et d’apprécier leur héritage culturel. Les fêtes de mariage à Salé, par exemple, sont souvent animées par des groupes de musique traditionnelle qui jouent des chants et des danses spécifiques à l’occasion. De même, les fêtes religieuses, telles que l’Aïd al-Fitr et l’Aïd al-Adha, sont marquées par des chants religieux et des processions musicales.

Malgré sa richesse, la musique traditionnelle de Salé fait face à des défis importants. La modernisation et la mondialisation menacent de diluer les traditions locales et de remplacer les formes musicales traditionnelles par des genres plus modernes et commerciaux. Cependant, il y a un regain d’intérêt pour ces traditions parmi les jeunes, soutenu par des initiatives locales et nationales visant à promouvoir et préserver ce patrimoine. Des efforts continus sont nécessaires pour assurer que cette musique continue d’être une partie vivante et dynamique de la culture de Salé.

La musique traditionnelle de Salé est un trésor culturel inestimable qui reflète l’histoire et la diversité de la ville. Elle joue un rôle central dans la vie sociale et culturelle de Salé, reliant le passé au présent et enrichissant la vie des gens de la ville. La préservation et la promotion de cette musique sont essentielles pour maintenir la richesse culturelle de Salé et pour garantir que ce patrimoine continue d’inspirer et d’enchanter les générations futures. En célébrant et en soutenant la musique traditionnelle, Salé peut non seulement préserver son héritage unique, mais aussi contribuer à un dialogue culturel plus large et à la compréhension entre les peuples.

Pour mener cette recherche exploratoire nous avons fait le choix de travailler sur une population cible qui comprend les différents praticiens de la musique traditionnelle à Salé. Cette population cible englobe les différents artistes, les organisateurs et chercheurs liés à ce domaine. Nous avons ainsi mené 7 entretiens semi-directifs avec les différents praticiens qui représentent ce patrimoine immatériel.

Suite à la demande de certains des interviewés, nous avons donné les seules initiales de leurs noms et prénoms afin de préserver leur anonymat.

Nom et prénom Fonction
A.D Mkadem taifa issawa et Melhoun
A. S Fonctionnaire et Chercheur en Melhoun
A.F Professeur, Chercheur et expert dans le Melhoun
M.EH Fonctionnaire et chef d’orchestre d’Andaloussi et pratiquant du Melhoun
A.M Retraité et Mkedem taifa issawa
T.EH Fonctionnaire et chercheur en Melhoun
A.S Chanteur de Melhoun et de musique andalouse

Ces entretiens semi-directifs nous ont permis d’explorer en profondeur les expériences individuelles, les perceptions et les pratiques en matière de communication,  avec la flexibilité nécessaire pour approfondir les thèmes émergents au fur et à mesure de notre recherche. Cela nous a été particulièrement utile étant donné la nature du domaine étudié qui englobe les croyances, les attitudes, les expériences personnelles et les points de vue des participants[15].

Évaluation des retombées

Canaux de communication principalement utilisés

Lors de nos échanges sur les canaux de communication utilisés, les interrogés montrent une nette préférence pour les réseaux sociaux comme principal canal de communication pour promouvoir les événements musicaux. Cela témoigne de l’importance croissante du digital dans la diffusion des informations et l’engagement du public, particulièrement sur des plateformes accessibles et interactives.

Les autres canaux traditionnels comme la télévision, la radio et la presse écrite sont beaucoup moins utilisés, avec respectivement 1 ou 2 réponses. Cela peut indiquer un déclin dans leur popularité, peut-être dû à une audience plus ciblée ou des coûts plus élevés pour ces médias traditionnels.

Enfin, le site web ou l’application n’ont reçu aucune réponse, ce qui suggère soit une absence de stratégie numérique dédiée via ce canal, soit une plus grande confiance dans les réseaux sociaux pour atteindre le public rapidement et efficacement.

Cela montre clairement une transition vers des formes plus modernes et interactives de communication pour la promotion d’événements, en particulier dans le domaine de la musique.

Usage des media sociaux

L’analyse des entretiens montre que WhatsApp, avec 7 réponses, est le média social le plus utilisé pour promouvoir des événements musicaux. Cela reflète la popularité de cette plateforme pour les communications directes et personnalisées, notamment en raison de ses fonctionnalités de messagerie instantanée et de groupes, permettant une diffusion rapide et ciblée des informations.

Instagram suit de près avec 6 réponses, ce qui souligne l’importance de ce réseau pour la promotion visuelle. En tant que plateforme axée sur l’image et la vidéo, elle est bien adaptée à la promotion d’événements musicaux où l’impact visuel et l’engagement des utilisateurs jouent un rôle clé.

Facebook et TikTok se positionnent également comme des canaux importants avec 5 réponses chacun. Facebook, bien que plus ancien, reste pertinent, en particulier pour des audiences plus larges ou plus âgées, tandis que TikTok, populaire auprès des jeunes, est utilisé pour sa capacité à rendre virale une promotion à travers des formats courts et engageants.

Twitter, avec seulement 1 réponse, et Telegram, avec aucune réponse, semblent être peu utilisés pour ce type de promotion. Cela pourrait s’expliquer par une base d’utilisateurs moins importante ou un manque de fonctionnalités adaptées aux événements musicaux.

Globalement, ces résultats montrent une préférence pour les plateformes qui favorisent l’interaction directe, la visualisation rapide de contenu et l’engagement communautaire, avec une attention particulière portée aux formats visuels et courts.

La mesure de l’efficacité de la communication pour les événements musicaux traditionnels

Nom et prénom  
A.D A travers le nombre de vues, les likes et les commentaires
A. S Je ne mesure pas à vrai dire
A.F Le nombre de personnes qui viennent à nos événements et le nombre des messages que je reçois par la suite
M.Eh Les messages, les vues, les likes, les commentaires sont tous des critères de mesure
A.m Les likes et les commentaires
T.eh Les likes et les commentaires
A.S Les réactions des personnes qui ont vu mes annonces

Les méthodes de mesure de l’efficacité de la communication et de la promotion varient selon les individus. A.D utilise le nombre de vues, les likes et les commentaires pour évaluer l’impact de ses actions. A.S, en revanche, avoue ne pas mesurer ces aspects.

A.F se base sur le nombre de participants à ses événements et le nombre de messages reçus par la suite pour juger de l’efficacité de ses communications. M.Eh utilise une combinaison de critères, incluant les messages, les vues, les likes et les commentaires pour mesurer l’impact.

A.m et T.eh se concentrent principalement sur les likes et les commentaires pour évaluer l’effet de leur communication. Enfin, A.S évalue l’efficacité de ses communications à travers les réactions des personnes ayant vu ses annonces.

Bien que certains utilisent des mesures spécifiques comme les vues, les likes, les commentaires et les messages reçus, d’autres, comme A.S, ne mesurent pas du tout l’impact de leurs actions.

L’intérêt de bénéficier d’une formation en communication

Nom et prénom  
A.D Oui, bien sûr
A. S Oui c’est une évidence
A.F Si on veut que ce patrimoine immatériel reste dans le temps, faire des formations dans la communication et ses stratégies est une obligation
M.Eh Sans un ombre de doute, c’est une nécessité
A.m Oui
T.eh Oui pour garder ce patrimoine pour des générations future
A.S Oui, c’est très important pour que ce genre musical ne se perde pas

Tous les participants s’accordent sur l’importance des formations en « communication et stratégies » pour préserver et promouvoir la musique traditionnelle. A.D répond affirmativement en soulignant l’évidence de cette nécessité. A.S partage cet avis, qualifiant cela d’évidence. A.F met en avant que, pour assurer la pérennité de ce patrimoine immatériel, il est impératif de proposer des formations dans la communication et ses stratégies. M.Eh et A.m affirment également que ces formations sont une nécessité. T.eh souligne l’importance de ces initiatives pour préserver ce patrimoine pour les générations futures. Enfin, A.S insiste sur l’importance de ces formations pour éviter que ce genre musical ne se perde. En résumé, tous reconnaissent la nécessité cruciale des formations pour la pérennité et la valorisation de la musique traditionnelle.

Synthèse

Les résultats révèlent une nette préférence pour les réseaux sociaux, en particulier WhatsApp, Instagram, Facebook, et TikTok, comme principaux canaux de communication pour promouvoir les événements musicaux. Ces plateformes se distinguent par leur capacité à favoriser l’interaction directe, l’engagement communautaire et la diffusion visuelle rapide de contenus. WhatsApp, avec ses fonctionnalités de messagerie instantanée, domine (7 réponses), suivi d’Instagram (6 réponses), idéal pour les promotions visuelles. Facebook et TikTok (5 réponses chacun) restent significatifs pour leurs audiences respectives, tandis que Twitter et Telegram sont marginalisés.

En revanche, les canaux traditionnels comme la télévision, la radio et la presse écrite sont peu utilisés, probablement en raison de leur coût élevé ou de leur audience plus limitée. Le site web ou l’application ne reçoivent aucune mention, témoignant d’une absence probable de stratégie numérique sur ces supports ou d’une préférence générale pour les réseaux sociaux.

La mesure de l’efficacité des actions de communication varie selon les participants. Certains, comme A.D et M.Eh, privilégient des indicateurs numériques tels que les vues, likes, commentaires et messages reçus, tandis que d’autres, comme A.F, évaluent l’impact en fonction du nombre de participants aux événements. À l’inverse, A.S n’adopte pas de méthode de mesure spécifique mais s’appuie sur les réactions perçues.

Tous les participants s’accordent sur la nécessité des formations en communication et en stratégies pour préserver et promouvoir la musique traditionnelle. Ils soulignent que ces initiatives sont essentielles pour assurer la pérennité de ce patrimoine immatériel, sensibiliser les générations futures et éviter la disparition de ce genre musical.

En somme, cette analyse met en lumière une transition vers des stratégies modernes et interactives de communication, tout en soulignant l’importance des formations pour renforcer la préservation et la valorisation de la musique traditionnelle.

Conclusion

La communication, qu’elle soit formelle ou informelle, traditionnelle ou numérique, représente un levier essentiel pour la transmission des valeurs et des savoirs liés à la musique traditionnelle de Salé. Elle joue un rôle central dans la diffusion des récits qui entourent cette musique, en favorisant une plus grande reconnaissance de son importance culturelle et en encourageant la participation active des publics. Grâce à des stratégies communicationnelles bien pensées et adaptées, la musique traditionnelle peut continuer à s’épanouir, à être valorisée et à trouver sa place dans l’environnement culturel contemporain, tant au niveau local qu’international.

La musique traditionnelle de Salé, riche de son histoire et de ses symboles culturels, se trouve à un carrefour entre menace et opportunité à l’ère de la globalisation. Si la digitalisation émerge comme un outil prometteur pour préserver et valoriser ce patrimoine immatériel, l’adoption des technologies numériques reste encore limitée et mal organisée parmi les acteurs locaux, en raison d’obstacles techniques, économiques et humains. Toutefois, l’analyse des préférences et pratiques de communication des acteurs impliqués dans la promotion musicale révèle des dynamiques intéressantes qui soutiennent la pertinence de la communication digitale comme levier stratégique.

Les résultats montrent une forte transition vers des canaux numériques modernes, les réseaux sociaux étant largement privilégiés pour la promotion des événements musicaux. WhatsApp, Instagram, Facebook et TikTok dominent grâce à leur capacité à engager directement les publics et à diffuser des contenus visuels percutants. Cette préférence illustre l’attrait des outils numériques pour leur interactivité et leur accessibilité, bien que des canaux comme Twitter et Telegram restent marginalisés. Les médias traditionnels, tels que la télévision, la radio et la presse écrite, perdent en influence, renforçant l’idée d’une évolution vers des modes de communication plus agiles et plus économiques. Cependant, l’absence de stratégies dédiées pour exploiter pleinement les sites web ou applications suggère un besoin d’organisation et de formation pour structurer l’utilisation des outils numériques.

Les méthodes de mesure de l’efficacité des communications numériques révèlent également des pratiques disparates. Si certains acteurs s’appuient sur des indicateurs comme les vues, likes et commentaires pour évaluer leur impact, d’autres ne disposent pas de processus formalisés, limitant leur capacité à ajuster leurs stratégies pour maximiser les résultats. Cela met en lumière la nécessité de renforcer les compétences des acteurs locaux en communication digitale, un point crucial pour assurer la pérennité de ce patrimoine.

Tous les participants s’accordent sur l’importance des formations en communication et en stratégies numériques pour préserver et promouvoir la musique traditionnelle. Ces formations sont perçues comme un outil indispensable pour sensibiliser les nouvelles générations, valoriser ce patrimoine dans un contexte globalisé et éviter qu’il ne tombe dans l’oubli.

Ainsi, malgré les défis identifiés, la digitalisation offre des opportunités concrètes pour moderniser et pérenniser la musique traditionnelle de Salé. Avec des stratégies adaptées et une meilleure organisation, elle pourrait devenir un pilier central pour promouvoir ce patrimoine, tout en répondant aux attentes d’un monde interconnecté. Cette approche nécessite cependant des efforts coordonnés entre les acteurs locaux, les institutions et les experts en communication pour maximiser l’impact durable des initiatives.

La limite réside dans la difficulté d’évaluer précisément l’impact des technologies numériques sur la transmission et la préservation de la musique traditionnelle. En raison de la rapide évolution de ces technologies, il est difficile de prédire comment elles influenceront à long terme la pratique et la diffusion de ce patrimoine. Les résultats obtenus dans cette recherche sont ainsi basés sur un état des lieux à un moment donné, mais pourraient évoluer avec l’émergence de nouvelles pratiques numériques, nécessitant ainsi un suivi régulier des tendances technologiques dans ce domaine.

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Pour citer cet article

, "La communication digitale des industries culturelles et créatives : Le cas de la musique traditionnelle de Salé", REFSICOM [en ligne], Expérience de recherche, mis en ligne le 24 juillet 2025, consulté le Tuesday 15 September 2026. URL: https://refsicom.org/1559


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