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Se regarder se montrer aux autres
Le bras tendu pousse loin l’appareil. Le plus haut possible pour obtenir l’effet de contre-plongée désiré. Regard direct vers l’objectif. Sourire triomphant, baiser pointu ou, mieux, moue boudeuse, les lèvres ramassées, tendues vers l’appareil. Le décolleté n’est pas obligatoire, mais il ajoute une touche précieuse à l’ensemble. Il n’aura pas fallu longtemps pour qu’une convention photographique impose une figuration commune des adolescents sur les réseaux sociaux. La « photo Myspace »[1] Sessions (Lauren F.), “You looked better on MySpace” Deception and … Suite... et la « duck face » (moue de canard)[2] Genthialon (Anne-Claire), « Fais pas cette gueule, mon canard », … Suite... étaient dès 2005 devenues un quasi genre, une pratique partagée, répétée, imitée et sans cesse rejouée sur les plateformes relationnelles de l’Internet. Véritable signature iconique de la nouvelle culture de l’exposition de soi, la « photo MySpace » aujourd’hui popularisée et généralisée sous le nom de selfie, figure d’abord quelqu’un qui se montre. Mais le geste ostensible du bras tenant l’appareil, signale aussi que le montreur est à lui-même son premier regardeur et que cette exhibition est d’abord faite à soi-même, à la manière, amateure et expérimentale, d’une mise en scène. L’image de contrôle de l’appareil photographique lui permet d’ajuster la représentation. La photo au miroir qui a inauguré cette lignée de pratique de l’autoportrait numérique avouait sans détour sa fonction. Le miroir est un moniteur. Comme l’ont très vite compris les fabricants d’appareil téléphonique, le montreur calcule le spectacle qu’il se donne à lui-même avant de l’exhiber aux autres[3] Gunthert (André), L’image partagée. La photographie numérique, … Suite.... Or cette gymnastique du bras tendu figure aussi une des dimensions qui est propre aux activités expressives sur le web : la distanciation[4]Cardon (Dominique), « Confiner le clair-obscur : réflexions sur la … Suite.... Si l’exhibition apparaît bien comme une figure centrale des nouvelles formes d’expressivité sur le web 2.0, il serait en revanche naïf de prendre cette forme d’exposition comme un oubli de soi, un abandon irréfléchi au regard avide du public. À bien regarder, la singularisation expressive de la fabrication du selfie trouve deux manières de se caractériser : elle est dans le sourire (ou la moue ou le baiser) et dans la main qui tend l’appareil. Elle expose en exposant son exposition. Elle manifeste de part en part une forme de réflexivité qui constitue une dimension essentielle de la manière dont, avec les nouvelles technologies de communication, une distance à soi s’insère dans les pratiques de production de soi.
Dans ce texte, on propose de caractériser cette distance à soi comme un effet de la socialisation de formes publiques disponibles dans la fabrication des singularités numériques. À travers un détour par la réflexion conduite sur les mécanismes de « contrôle du dé-contrôle » qui font suite aux travaux de Norbert Elias (1), on voudrait identifier quelques caractéristiques des nouvelles figures d’expression personnelle en ligne à partir d’une enquête collective sur la pudeur et l’impudeur en ligne (2). Ces deux fils, interprétatif et empirique, invitent à regarder les formes de la production de l’identité sur le web comme une manière originale d’introduire le fait de la publicité dans la construction réflexive de soi.
L’hypothèse du contrôle du dé-contrôle
Dans la fresque historique proposée par Norbert Elias, le développement du sentiment de pudeur est étroitement associé au processus de civilisation de la dynamique de l’occident et apparaît comme un mouvement que rien ne saurait arrêter ou contrarier[5]Elias (Norbert), La dynamique de l’occident, Paris, Calmann-Lévy, 1975.. Le renforcement continu des processus d’autocontrôle conduit les individus à faire montre de comportements de plus en plus policés et retenus. Dans les sociétés hautement individualisées, soutient Norbert Elias, l’intériorisation des contraintes morales se substituent progressivement à l’exercice par l’État, d’une contrainte externe sur les comportements. Les individus contemporains, écrit-il, sont des « êtres que la constitution de leur société a forcé à un très haut degré de réserve, de contrôle des réactions affectives, d’inhibitions ou de transformations de l’instinct, et qui sont habitués à reléguer une foule de dispositions, de manifestations instinctives et de désirs dans les enclaves de l’intimité, à l’abris des regards du “monde extérieur”, voire dans les caves du domicile intérieur, dans le subconscient ou dans l’inconscient »[6]Elias (Norbert), La société des individus, Paris, Fayard, 1991, p. 65.. Des règles d’hygiène à la disciplinarisation des comportements en public, des manuels de civilités aux ouvrages de thérapie personnelle, des façons de manger et de s’habiller à la distance qui s’installe entre les corps, tout vient documenter le phénomène de domestication progressive des attitudes corporelles et de gestion de l’image de soi qui a fait l’originalité d’une thèse associant étroitement la transformation des formes sociales à celle des contraintes psychiques pesant sur les individus.
Il existe donc un paradoxe à observer le développement contemporain d’une « nouvelle » impudeur dont les selfies et la culture démonstrative des réseaux sociaux seraient les témoins. La représentation du web social comme le théâtre d’une expressivité désinhibée et sans contrainte, affranchie et impudique, qui s’est imposée dans les médias vient-elle donner tort à cette tendance historique dont Norbert Elias avait indiqué l’irréversibilité ? Comment est-il possible que s’impose et se généralise un style expressif naturel, décomplexé et parfois impudique, alors que ne cessent de se renforcer les mécanismes d’autocontrôle qui devraient conduire à une intériorisation toujours plus forte des interdits, à un cloisonnement des espaces public et privé et à une privatisation de plus en plus forte des manifestations pulsionnelles ? Un retour sur l’argumentation du sociologue permettra de faire quelques propositions pour résoudre ce paradoxe mais surtout pour inscrire dans un cadre culturel et social global, les phénomènes qui s’observent aujourd’hui sur le web social. Car, en effet, dès La civilisation des mœurs (1969), Norbert Elias avait observé qu’il pouvait exister des phases de « relâchement » dans le mouvement général d’autocontrôle.
« Certains comportements naguère honnis sont maintenant tolérés. Le mouvement général semble s’orienter dans un sens contraire à ce que nous venons d’établir pour le passé ; tout semble indiquer que l’emprise de la société sur l’individu s’atténue. Mais quand on y regarde d’un peu plus près on reconnaît sans peine que nous avons affaire à un léger “reflux”, à un petit effet en retour, comme en comporte chaque petite phase d’un processus global. Pour ne citer qu’un exemple : nos mœurs balnéaires. Il est impensable qu’une femme ait pu se montrer au XIXe siècle en public, sans se faire conspuer par la société, dans un de ces costumes de bain qui sont aujourd’hui d’usage courant. En réalité, ces changements, ainsi que la pratique universelle des sports par les hommes aussi bien que par les femmes, présupposent un niveau élevé de maitrise des pulsions. Car nos coutumes sportives et balnéaires, les libertés que nous nous accordons – par rapport aux phases précédentes – sont la marque d’une société au sein de laquelle la plus grande retenue est considérée comme allant de soi, et où les hommes et femmes sont assurés que de fortes autocontraintes et des règles strictes de savoir-vivre limitent l’initiative des individus. Il s’agit d’un “relâchement” s’inscrivant parfaitement dans le cadre d’un “comportement standard” civilisé, c’est-à-dire d’une répression et d’une transformation de l’affectivité qui, du fait même du “conditionnement”, ont pris le caractère d’une habitude pour ainsi dire automatique »[7]Elias (Norbert), La civilisation des mœurs, Paris, Calmann-Lévy, 1973, … Suite...
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Si Norbert Elias invitait à considérer qu’un « relâchement » pouvait se produire dans la dynamique générale de contrôle des conduites, il semble pourtant que la « déconventionalisation » contemporaine des mécanismes de retenue et de pudeur soit beaucoup plus qu’un accident de parcours. Aussi faut-il inscrire les formats d’exposition de soi qui s’affichent sur les réseaux sociaux numériques dans un processus de plus grande ampleur qui s’insère en la transformant dans la dynamique plus longue de l’autocontrôle des pulsions. Cas Wouter a donné le nom d’« informalisation » à ce relâchement des conduites commencé à la fin du XIXème siècle, accentué dans les années 1960 et en pleine accélération aujourd’hui. Comme le souligne Roger Chartier, ce mouvement vers l’informalisation « n’entraîne aucunement un retour en arrière, substituant aux mécanismes d’autocontrôle une contrainte externe. Au contraire, avec la moindre rigidité des conventions qui brident les spontanéités, le contrôle intériorisé des pulsions et des émotions devient encore plus nécessaire et plus exigeant. De cet “highly controlled decontrolling of emotional controls”, de cette stricte contrainte qui borne les libertés prises par rapport à la répression des émotions, le sport comme pratique ou spectacle, constitue pour Elias une pratique exemplaire »[8]Chartier (Roger), « Avant propos. Conscience de soi et lien social », … Suite.... Car, en effet, Norbert Elias et Éric Dunning vont surtout utiliser la notion de « contrôle du dé-contrôle » pour analyser des effets de relâchement cathartique du sport : « La dé-routinisation s’exerce plus fortement dans les activités de loisir, mais même là apparaît une question d’équilibre. La dé-routinisation et le dé-contrôle des contraintes sur les émotions sont étroitement liés. Une caractéristique essentielle des activités de loisir, non seulement dans les sociétés industrielles hautement avancées mais, aussi loin que l’on puisse le voir, dans tous les types de sociétés, est que le dé-contrôle des restrictions portant sur les émotions est lui-même socialement et personnellement contrôlé »[9]Elias (Norbert), Dunning (Eric), “Leisure on Sparetime Spectrum”, in … Suite.... Tardivement développée avec Éric Dunning dans le cadre de l’analyse du hooliganisme et des foules sportives, l’intuition éliasienne d’un contrôle du dé-contrôle offre une très riche hypothèse pour analyser les formes prises par l’exposition de l’identité en ligne.
Elle a notamment été développé par un élève de Norbert Elias, Cas Wouters, qui a procédé à une reconstruction de l’analyse historique du sociologue de La société des individus en proposant une interprétation associant étroitement les modifications dans l’équilibre des contrôles sociaux externes et internes au processus d’intégration sociale qui s’est développé dans les démocraties occidentales au XXème siècle[10]Une grande partie de ce développement reprend directement l’article de … Suite.... Le « processus de civilisation » initié par les cours royales du XVIIème siècle a pris au XIXème un tournant, explique Cas Wouters, en se diffusant au sein de la bourgeoisie afin de discipliner les individus en formalisant les mœurs et en obligeant à la contention des émotions dangereuses et de la violence physique et sexuelle. S’invente ainsi une « seconde nature » qui vient contenir le bouillonnement indiscipliné de la « première nature ». Elle a mis en place un processus d’autocontrôle et de refoulement qui participe à la formation d’une « personnalité dominée par la conscience ». La « seconde nature » de la conscience austère et rigide ayant intériorisée des prescriptions précédemment extérieures est, souligne Cas Wouter, une conséquence de « l’influence des forces disciplinaires de réseaux grandissants d’interdépendances liés à la formation de l’État et au développement du marché, processus qui ne cesse de s’affirmer avec l’émergence de la bonne société et de la bourgeoisie »[11]Processus d’informatisation des manières dont Cas Wouters a rendu … Suite.... Le renforcement des obligations contraignantes, la tenue, la correction et le rang de la « bonne société » sont inséparables de la forme prise par les rapports sociaux. « La crainte de la perte ou de la diminution du prestige social, écrit Norbert Elias, est l’un des motifs les plus puissants de transformation des contraintes par les autres en autocontraintes »[12]Elias (Norbert), La civilisation des mœurs, Paris, Calmann-Lévy, 1973.. La retenue poussée jusqu’à l’obsession rigide s’est établie dans la peur qu’un relâchement coupable des contraintes conduise vers la « mauvaise pente » du déclassement social. La conscience autoritaire de la « seconde nature » de la bourgeoisie victorienne a d’abord été façonnée par la volonté de s’arracher et de se distinguer du naturel incontrôlé, dangereux et impulsif des humeurs populaires.
Cependant, avec l’apogée de l’ère victorienne, la force de cette contrainte externe s’est progressivement amenuisée pour devenir plus ritualisée : l’intériorisation de la « seconde nature » s’est mise, comme l’écrivait Norbert Elias, à fonctionner « de façon automatique » pour produire le type de personnalité que David Riesman a décrite comme étant « dirigée de l’intérieur » (inner directed)[13]Riesman (David), La foule solitaire, Paris, Arthaud, 1964.. La domestication des pulsions n’étant plus motivée par la crainte du déclassement et le souci de se différencier du « naturel » populaire, la rigueur de la discipline de soi n’est plus apparue comme un refus des manières naturelles ; celles-ci pouvant dès lors apparaître, retraduite dans les contraintes de la « seconde nature », comme un style de vie désirable. Au cours des années 1930, les manuels de savoir-vivre encouragent certes la « bonne conduite » mais rendent de plus en plus les bonnes manières indépendantes des questions de distinction et de rang. Elles ne servent plus à l’affirmation de classe d’une identité bourgeoise, mais à afficher depuis un horizon interne, des vertus qui deviennent des qualités plus individuelles comme la beauté, le charme, le goût et la sensibilité à soi[14]Vigarello (Georges), Le sentiment de soi. Histoire de la perception du … Suite.... Les cadres externes servant de référence à l’exigence d’autocontrôle comme l’appartenance au « beau monde », les « cercles mondains » ou la « bonne société » apparurent alors comme une manière inutile et condamnable de soumettre des exigences internes à des valeurs factices et artificielles. C’est désormais depuis l’individu que l’horizon de valeurs façonnant en chacun les mécanismes d’autocontraintes devait être orienté par la recherche d’une décence instinctive, d’une intégrité éthique, du respect de soi et de la loyauté. Il s’est ainsi opéré un déplacement décisif au sein de l’économie morale de la seconde nature : ses mécanismes d’autocontrôle ne visent plus l’évitement des classes populaires mais le refoulement du sentiment de supériorité. Les grandes transformations des représentations de la société consécutives aux processus d’intégration sociale des classes populaires au XXème siècle contribuèrent à disqualifier de plus en plus le marquage explicite des différences hiérarchiques. L’adoption d’attitudes naturelles et spontanées est devenue une manière contrôlée de revendiquer l’abolition des différences de statut social. Aussi, cette transformation de la conscience de soi doit-elle être mise en relation avec le mouvement de massification des sociétés, l’accroissement des interdépendances entre des segments multiples de la société, la diminution des inégalités, la montrée des revendications d’égalité entre les sexes, les origines et les générations. Les transformations sociologiques des années 1970 notamment ont fait apparaître cette nouvelle exigence de réduction de la distance sociale et psychique entre les individus, mis à mal les codifications sociales et sexuelles des rôles statutaires et ce faisant, renforcé des mécanismes d’identification mutuelle passant par la compréhension et l’appréhension des traits personnels et émotionnels.
C’est dans ce processus d’égalisation des représentations de la condition des individus que la critique des attitudes cérémonieuses et le refoulement du sentiment de supériorité donna naissance à une« troisième nature » correspondant à un mode d’autorégulation à la fois plus intense et plus souple. Celui-ci exige à la fois la contention des sentiments de supériorité et de trouver en soi les ressorts d’une fabrication plus personnelle, et plus naturelle, de sa personnalité. Cas Wouters donne comme point de départ de ce processus d’informalisation, le moment où « la contrainte à s’habituer à l’autocontrainte était en même temps une contrainte à être non contraint, à être confiant, et à l’aise »[15]Wouters (Cas), « Comment les processus de civilisation se sont-ils … Suite.... Contre les habits rigides des rôles publics, les manières guindées et maniérées, s’est développé un style naturel, une quête d’authenticité, qui, jouant toujours avec les rôles institués, constituait cependant une manière de les habiter d’une singularité personnelle révélant un détachement, une distance, à l’égard des rôles exigés. Ces manières plus détendues et désinvoltes de paraître en public par lesquelles les individus se montrent « contraints à être non contraint » se sont multipliées avec la flexibilité et la différenciation accrue des codes sociaux. Alors que les formes de différenciation sociale ne peuvent plus prendre appui avec la même évidence sur les ressources offertes par le statut social, la compétition des réputations entre les individus a pris une forme plus individuelle qu’incarne cette « manière douce » de révéler, au naturel, sa personnalité. La révélation des émotions et de l’intimité encouragée comme une connaissance de soi par la psychologie et les thérapies de conduites de soi[16]Bourdieu (Pierre), « La dissolution du religieux », Choses dites, Paris, … Suite...
est alors apparue comme une technique de construction de l’identité, alors qu’elle aurait été jadis considérée avec des sentiments de honte et de crainte. Si cette libération des émotions invite à retrouver la « première nature », elle n’abandonne pas pour autant le contrôle procuré par la « seconde nature ». La « troisième nature » est une prise de distance à l’égard des contraintes et des opportunités de la première et de la seconde nature. « À une autorégulation via la mise en action quasi-automatique des contre-émotions et contre-pulsions de la conscience a succédé une régulation via la prise de conscience »[17]Wouters (Cas), « Comment les processus de civilisation se sont-ils … Suite.... Si l’évitement des comportements trahissant un sentiment de supériorité a été fortement intériorisé, elle transforme les tensions entre les individus en tensions qui se manifestent à l’intérieur des individus. On peut faire l’hypothèse que les formes expressives prises par la mise en scène de soi sur les réseaux sociaux constituent un des lieux où s’affichent les effets de cette tension. Et celle-ci peut s’observer de façon empirique.
L’exposition de soi en ligne
Il existe, en effet, des manières très différentes de s’exposer en public. Dans une enquête sur la pudeur et l’impudeur en ligne, conduite sous le nom de Sociogeek en 2009[18]Initiée dans une démarche expérimentale, l’enquête a été … Suite..., nous avons cherché à observer les différentes stratégies d’exposition dont les personnes font montre en décomposant la manière dont elles assemblent différents types de photos les représentant dans des contextes variés[19]Les résultats complet de l’enquête ont été public dans Aguiton … Suite.... Administrée sous la forme d’un jeu en ligne, nous demandions aux répondants de cette enquête de choisir « jusqu’où ils se montreraient » si ils avaient à publier une photo les représentant dans différentes situations (danser, manger, en vacances, au travail, triste, amoureux, etc.) sur leur page personnelle sur Internet (Fig 1.). Afin de ne pas complexifier les choix des répondants, nous laissions délibérément dans le flou le type de site sur lequel ils étaient censés publier ces photos : page personnelle, blog, fiche fermée ou ouverte de Facebook ou d’un tout autre site de réseau social. L’objectif était de savoir dans quelle mesure les répondants acceptaient d’être « vu sur le web » dans telle ou telle posture, même s’il va de soi que les espaces de visibilité de l’Internet présentent en réalité des formes très diverses et que, grâce à l’anonymat notamment, il est possible d’y déployer des stratégies de masquage et de dissimulation multiples[20]Cardon (Dominique), « Le design de la visibilité. Un essai de … Suite.... Dans un esprit de simplification nécessaire à la réussite du jeu, les répondants avaient à choisir vingt photos présentées dans des séries de quatre rangées de la plus « pudique », « traditionnelle » ou « réservée » à la plus « impudique », « incorrecte » ou « trash ». Le classement des quatre photos sur une échelle d’impudeur est artificiel et discutable même si nous avons essayé de reproduire des hiérarchies de sens commun correspondant aux représentations les plus communes dans nos sociétés de ce qui se montre aisément aux autres et de ce que nous préférons habituellement cacher.

Afin de faire apparaître différents styles d’exposition de soi en public, nous avons eu recours à une analyse factorielle en composantes principales. Cette méthode statistique permet d’explorer derrière les réponses des participants, les logiques de leurs choix. Elle consiste à regrouper les photos que les répondants ont choisies avec des intensités comparables. Le résultat de cette analyse permet de distinguer quatre composantes (« facteurs ») : l’exhibitionnisme ludique, l’impudeur corporelle, l’exposition traditionnelle et l’attitude provocante. Une fois ces « logiques de choix » isolées, nous avons conduit sur les notes factorielles individuelles une classification hiérarchique afin d’isoler des groupes de personnes qui ont privilégié l’un ou l’autre de ces principes de classement des séries de photos. Le résultat de cette analyse permet de distinguer, au sein de notre échantillon[21]L’analyse a été effectuée sur une base de 12.354 répondants, dont … Suite..., cinq groupes qui se caractérisent par des comportements d’exposition bien différents (cf. tableau 1).
Tableau 1 : Répartition des groupes (clusters) construits par la classification hiérarchique sur les notes factorielles de choix selon les caractéristiques sociodémographiques
| % par sexe | Pudique | Traditionnel | Impudeur
corporelle |
Exhib’ | Trash | Total |
| homme | 17,4 | 20,3 | 21,1 | 25,6 | 15,7 | 100 |
| femme | 22,8 | 33,4 | 17,2 | 20,8 | 5,8 | 100 |
| % par âge | ||||||
| <19 ans | 10,7 | 17,7 | 27,5 | 30,1 | 14,0 | 100 |
| 19-22 | 12,9 | 24,6 | 22,7 | 26,2 | 13,6 | 100 |
| 23-26 | 17,8 | 25,9 | 17,4 | 26,4 | 12,5 | 100 |
| 27-30 | 20,0 | 25,1 | 16,3 | 26,1 | 12,5 | 100 |
| 31-40 | 25,6 | 23,4 | 18,7 | 21,2 | 11,2 | 100 |
| 41 ans et + | 26,6 | 22,7 | 24,0 | 11,7 | 15,0 | 100 |
| % par diplôme | ||||||
| sans diplôme | 12,6 | 15,1 | 31,2 | 27,9 | 13,1 | 100 |
| CAP/BEP | 16,0 | 16,5 | 32,9 | 17,2 | 17,5 | 100 |
| BAC | 13,9 | 20,8 | 25,4 | 25,7 | 14,2 | 100 |
| BAC +2/3 | 17,3 | 22,0 | 21,6 | 23,7 | 15,3 | 100 |
| BAC +4/5 | 21,6 | 27,7 | 15,7 | 25,0 | 10,0 | 100 |
| Doctorat/Gd Ecole | 22,8 | 30,1 | 13,4 | 23,4 | 10,4 | 100 |
| % par CSP | ||||||
| Ouvriers | 11,1 | 15,6 | 32,6 | 23,0 | 17,8 | 100 |
| Employés | 18,5 | 10,9 | 27,0 | 10,9 | 12,7 | 100 |
| Artisans, commerçants… | 18,8 | 26,8 | 21,1 | 22,6 | 10,7 | 100 |
| Professions intermédiaires | 20,6 | 21,8 | 20,7 | 21,6 | 15,4 | 100 |
| Cadres, prof. intellectuelles | 22,2 | 26,8 | 16,9 | 23,2 | 11,0 | 100 |
| Etudiants | 14,0 | 24,0 | 21,1 | 27,9 | 12,9 | 100 |
| Total | 18,9 | 24,1 | 20,0 | 24,2 | 12,8 | 100 |
Les pudiques
Le premier segment de répondants correspond aux personnes faisant montre d’une attitude pudique (19% de l’échantillon). Pour ce groupe, le niveau de l’indicateur d’exposition de soi est le plus faible. Ces répondants ont systématiquement retenu les photos sur lesquelles il était difficile de reconnaître le visage de la personne ou des photos les représentant dans des situations très conventionnelles, à table ou en vacances. Ils se montrent de façon si discrète qu’il est en général impossible de les reconnaître sur les photos qu’ils acceptent de publier. Souvent, ils préfèrent utiliser des icones, des emblèmes, des slogans ou des images sur lesquelles ils n’y sont pas pour se représenter. Les pudiques se caractérisent par une forte proportion de femmes, un âge nettement plus élevé que la moyenne de l’échantillon et un niveau de diplôme élevé. De manière caractéristique, les cadres, les enseignants et les chercheurs sont fortement représentés dans ce groupe. Il faut par ailleurs noter que c’est aussi le groupe de répondants qui a la plus faible moyenne de nombre d’amis sur les plateformes de réseau social[22]Ce chiffre correspond au nombre le plus élevé d’amis sur une des … Suite....
Ce qui caractérise les attitudes de ce groupe, est un refus délibéré et presque stratégique de l’exposition de soi sur le web, une recherche de discrétion et de tact dans l’image d’eux-mêmes qu’ils affichent comme dans leurs relations avec les autres. Une telle attitude n’est pas incompatible avec un comportement actif sur certains sites, notamment professionnels, du web 2.0. Mais le comportement endossé sur ces sites est fait de contention, de retenue et de prudence. Il se caractérise aussi par une préférence marquée pour des contacts avec des personnes déjà connues (et des personnes qui ont souvent des caractéristiques sociodémographiques très similaires aux leurs) et une méfiance vis-à-vis des inconnus, des contacts éphémères et futiles. Ces derniers, par exemple, ne seront acceptés comme amis qu’après une stricte et rigoureuse vérification de leur profil. La place importante de ce groupe au sein de notre échantillon atteste de la variété des usages possibles des réseaux sociaux. Contre toute idée de déterminisme technologique, ce ne sont pas les plateformes relationnelles de l’Internet qui suscitent les comportements impudiques, mais les usages que l’on en fait en fonction de logiques sociologiques très traditionnelles.

Les photos préférées par les Pudiques
Les Traditionnels
Le second segment est constitué par des répondants qui manifestent un comportement traditionnel d’exposition en public (24%). Les photos qu’ils acceptent de publier sont les photos de famille, de vacances et de mariage. Cette forme de présentation de soi aux autres a fait l’objet d’un important travail de ritualisation dans l’histoire de la photographie amateur. Photos posées, regard caméra, mise en scène du bonheur familial, pose fière ou frimeuse devant les monuments, les formes conventionnelles qui se sont figées dans le premier âge de la photographie amateur ont aussi servi de support à l’exposition de son intimité vers les autres[23]Bourdieu (Pierre), dir., Un art moyen. Essai sur les usages sociaux de la … Suite.... L’exposition de soi en public a une longue histoire qui précède de beaucoup l’apparition de l’Internet comme nouveau support à l’exhibition personnelle. Les historiens de l’habitat, par exemple, ont montré comment, à la fin du XIXème siècle, l’appartement bourgeois s’était divisé en deux zones, la zone d’intimité de la chambre à coucher, et le salon qui, ouvert vers l’extérieur, permet de recevoir les amis et les personnes de passage. Scène publique dans un espace privée, le salon était aussi le lieu où les habitants révélaient aux visiteurs des éléments de leur vie privée à travers le cadre photographique au mur ou sur la cheminée présentant la réussite familiale exaltée à travers des clichés de mariage, de famille et de vacances[24]« Les pièces de réception étaient dissociées du refuge réservé à … Suite....
Les répondants de ce groupe héritent en quelque sorte de ces formes traditionnelles d’exposition de soi dont ils reprennent les canons tout en réclamant un plus grand naturel et une pose moins théâtrale. Un des traits singuliers de ces formes de figuration est la gêne à l’égard de la représentation individuelle et une préférence marquée pour une mise en scène qui place la famille ou les amis très proches au centre de la représentation[25]Jonas (Irène), Portrait de famille au naturel, Études photographiques, … Suite.... Cette caractéristique mérite d’être soulignée puisqu’on observera, au contraire, dans les autres catégories de notre typologie une très grande résistance, voire un refus de se représenter sur le web avec ses parents. L’enquête montre que les Traditionnels ont des âges très variés et présentent une réelle diversité sociale, même si les femmes, les personnes plus âgées que la moyenne de notre échantillon et les répondants très diplômées sont surreprésentées. Les cadres, professions libérales, chefs d’entreprise et ingénieurs dominent chez les Traditionnels. Et, comme on pouvait s’y attendre, ceux-ci déclarent des attitudes morales et politiques plus conservatrices : ils sont plus fréquemment croyants pratiquants, se positionnent plus à droite de l’échiquier politique et sont presque exclusivement hétérosexuels. Leur nombre moyen d’amis s’élève à 85, chiffre en dessous de la moyenne générale de l’échantillon.



Les photos préférées par les Traditionnels
Les Impudiques
S’opposant presque terme à terme aux Traditionnels, les Impudiques (20% de l’échantillon) rassemblent les répondants qui acceptent de se montrer sur le web dans des situations de nudité ou dans des représentations à caractère sensuel ou sexuel. Les photos retenues par ces répondants, et que les autres ont en revanche souvent refusé, les montre déshabillé, enceinte, en train de s’embrasser ou de s’enlacer. L’impudeur renvoie ici, de façon exclusive au corps et à la sexualité, et ne concerne pas d’autres éléments de l’identité des personnes. Le groupe des Impudiques s’oppose à celui des Traditionnels, comme le salon s’est ouvert quand la chambre à coucher s’est fermée dans l’appartement bourgeois du XIXème siècle. La constitution de la frontière entre public et privé, bourgeois et libertin, a longtemps été constituée comme une affaire de mœurs et de sexualité. Pendant l’été 2006, Justin Patchin et Sameer Hinduja ont procédé à une extraction de 2423 comptes MySpace au hasard. 39% de ces pages étaient « fermés » et donc inaccessibles pour une étude[26]Hinduja (S.), Patchin (J. W.), “Personal Information of Adolescents on … Suite.... Sur les 1475 autres pages, 57% présentaient une photo et, parmi ces pages de l’échantillon, 5,4% montrait l’utilisateur dans une situation « potentiellement risqué, en maillot de bain ou en sous-vêtement »[27]Sur la question des photos à risques sur MySpace : Mitchell (K. J.), … Suite.... Cependant, refaite quelques années plus tard par les mêmes auteurs, l’enquête montrait que les utilisateurs avaient adopté une attitude beaucoup plus prudente. Dans notre échantillon, les hommes, soit très jeunes, soit ayant plus de 40 ans, sont surreprésentés parmi les Impudiques. On constate aussi que les répondants de ce groupe ont un faible niveau de diplôme. Les étudiants en filières professionnelles, les employés, ouvriers et techniciens y sont surreprésentés. Leur nombre moyen d’amis s’élève à 104, chiffre au-dessus de la moyenne générale de l’échantillon.

Les photos préférées par les Impudiques
Les Exhibs
La catégorie Exhib’ (24,2% de notre échantillon) rassemble la population qui caractérise le mieux les nouveaux comportements d’exposition de soi sur les réseaux sociaux de l’Internet. Ils en forment, en quelque sorte, la culture dominante, notamment chez les jeunes. Ce qui spécifie les choix de photos fait par le groupe des Exhibs est le souci constant d’une théâtralisation de soi. Les répondants aiment à se montrer sur Internet en train de manger la bouche grande ouverte et grimaçante, les pieds sur la table au travail, en colère, ivres, dansant lors d’une fête, criant dans une manifestation ou donnant à voir leur lit en désordre. Ces différentes représentations se signalent par plusieurs traits. En premier lieu, il n’est pas question de se montrer dans une situation normale, calme et routinière. Les Exhibs préfèrent donner une accentuation à l’image d’eux qu’ils produisent : rire, crier, fêter, grimacer, se grimer, surjouer une attitude ou une émotion est essentiel. La réalité doit être théâtralisée dans une image qui individualise la personne et donne l’impression que son quotidien est heureux, festif, drôle et « cool ». En second lieu, beaucoup des représentations de soi choisies par les Exhibs les montrent dans des situations collectives qui les représentent avec des amis, heureux, sociables, festifs, mais jamais avec leur famille. Dans notre enquête, les étudiants sont surreprésentés dans ce groupe qui rassemble principalement des jeunes, même si à la différence des comportements de la provocation Trash (cf. infra), les Exhibs apparaissent moins jeunes et peuvent se retrouver chez les trentenaires. On remarque aussi que ce groupe de répondants a le niveau le plus fort sur l’indice d’extraversion qui caractérise les personnes ayant une vie sociale très active. En terme d’opinion, les Exhibs se déclarent enfin plus à gauche et non-croyant que le reste de notre échantillon. Leur nombre moyen d’amis s’élève à 99, ce qui correspond a une vie sociale numérique active dans notre échantillon.

Les photos préférées par les Exhibs’
Les Trashs
Le dernier groupe qu’isole l’analyse de classification hiérarchique rassemble les comportements de provocation des Trashs (12,8% de notre échantillon). Dû à l’insuffisance d’éléments, photographiques notamment, pour les caractériser, ce groupe s’avère être le plus difficile à qualifier dans notre enquête. Et, il est par ailleurs probable que les participants qui, en faible nombre, ont souhaité jouer avec le jeu plutôt que répondre avec une visée réaliste, s’y soient rassemblés en préférant les réponses les plus « provocantes ». Les répondants Trash ont en effet choisi des photographies les représentant dans un état d’ivresse avancé, montrant des boutons sur une fesse, manifestant une violence agressive et théâtrale ou laissant apercevoir leur lit dans le plus grand désordre. On retrouve dans ces présentations les traits de la culture Trash qui s’est développé dans une fraction de la jeunesse d’origine populaire[28]Olster (Stacey), The Trash Phenomenon. Contemporary Literature, Popular … Suite.... Provocations de toutes espèces, mise en danger corporel et mauvais goût signent ces formes d’affirmation identitaire qui nourrissent certains programmes de téléréalité et se retrouvent sur les plateformes de réseaux sociaux qui accueillent un public très jeune et populaire comme MySpace aux Etats-Unis ou Skyblog en France[29]boyd (danah), “Viewing American class divisions through Facebook and … Suite.... Dans notre enquête, le groupe des répondants Trash ne se distingue pas par l’âge des répondants (en raison sans doute des réponses ludiques qui se retrouvent aussi dans cette catégorie), mais est en revanche très fortement masculin et très peu diplômé. C’est aussi ce groupe de répondants qui a le nombre moyen d’amis le plus élevé sur les réseaux sociaux.

Les photos préférées par les Trashs
Une exposition distanciée
La typologie des formes d’exposition de soi sur internet que dessinent les différents choix de photos de notre enquête montre qu’à côté de l’opposition classique entre pudeur et impudeur corporelle, une nouvelle forme d’exposition identitaire domine les pratiques des internautes : l’Exhib’. Celle-ci caractérise particulièrement bien la manière dont l’exposition de soi sur le web, loin d’être un abandon naïf et irréfléchi à l’appel du réseau, est avant tout une activité stratégique. Les utilisateurs des réseaux sociaux sculptent leur représentation avec des objectifs souvent très explicites. Loin d’être composé de données objectives, attestées, vérifiables et calculables, le patchwork désordonné et proliférant de signes identitaires exhibés est tissé de jeux, de parodies, de pastiches, d’allusions et d’exagérations. L’exhib, dans le monde numérique, est moins un dévoilement qu’une projection de soi. Les utilisateurs produisent leur visibilité à travers un jeu de masques, de filtres ou de sélection de facettes. Les utilisateurs multiplient par ailleurs les stratégies d’anonymisation pour créer de la distance entre leur personne réelle et leur identité numérique, et ce jusqu’à défaire toute référence à ce qu’ils sont et font dans la « vraie vie ». Ces pratiques manifestent de façon particulièrement éclairante le processus de « contrôle du dé-contrôle » identifié dans la relecture du travail de Norbert Elias par Cas Wouters. Les internautes qui se livrent sur les réseaux sociaux se racontent d’une manière distanciée. Certains affichent une manière de raconter des événements personnels en ayant recours à des formes narratives publiques et partagées. Il est frappant d’observer à quel point les internautes ont intégré des codes stylistiques et narratifs littéraires ou esthétiques dans leur manière de s’exposer sur Internet. À l’exemple du selfie, ils se regardent eux-mêmes depuis un point de vue extérieur, une sorte de voix off, qui les conduit à introduire un décalage et une distance, un calcul aussi, entre leur personne et la représentation qu’ils confectionnent pour les autres. Dans la rédaction à la troisième personne de statut sur Facebook, dans les techniques de codage de leur propos, dans la manière décalée, sérielle ou ornementée de se raconter, ils empruntent et détournent des formes stylistiques disponibles pour en faire des canaux d’expression de leur personnalité.
La personnalité numérique des individus, cette manière de maquiller leur identité « réelle » sans jamais s’écarter d’elle, est au cœur des nouvelles techniques de mise en scène de soi qui assurent le succès des réseaux sociaux. La mise à distance de soi ne s’opère plus dans l’énonciation à travers le détachement de la figure de l’auteur, mais elle se joue au sein même de l’identité des énonciateurs. En mettant en scène sa personne, en l’habillant de phrases de statut, en exposant sa vie quotidienne, ses photos, son capital relationnel, la popularité de ses likes et de ses commentaires, l’énonciateur ajoute toutes sortes de signaux à la sculpture de sa personnalité. Apparaît alors un troisième lieu de l’énonciation qui n’est ni la Personne ni l’Auteur, mais la figure inédite d’une sorte de Personne-Auteur dont la vie serait contaminée par la réputation des récits qu’il en donne sur les réseaux sociaux. Le modèle d’acteur que promeut aujourd’hui l’internet des réseaux sociaux est un énonciateur qui est à la fois le personnage et le récitant de sa propre vie.
Références
| - 1 | Sessions (Lauren F.), “You looked better on MySpace” Deception and authenticity on Web 2.0”, First Monday, vol. 14, n° 7, 6 July 2009. |
|---|---|
| - 2 | Genthialon (Anne-Claire), « Fais pas cette gueule, mon canard », Libération, 24 juillet 2010 [http://www.ecrans.fr/Fais-pas-cette-gueule-mon-canard,10476.html]. |
| - 3 | Gunthert (André), L’image partagée. La photographie numérique, Paris, Textuel, 2015. |
| - 4 | Cardon (Dominique), « Confiner le clair-obscur : réflexions sur la protection de la vie personnelle sur le web 2.0 », in Millerand (Florence), Proulx (Serge), Rueff (Julien), dir., Web social. Mutation de la communication, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2010, pp. 315-328. |
| - 5 | Elias (Norbert), La dynamique de l’occident, Paris, Calmann-Lévy, 1975. |
| - 6 | Elias (Norbert), La société des individus, Paris, Fayard, 1991, p. 65. |
| - 7 | Elias (Norbert), La civilisation des mœurs, Paris, Calmann-Lévy, 1973, pp. 410-411. |
| - 8 | Chartier (Roger), « Avant propos. Conscience de soi et lien social », préface à La société des individus, Paris, Fayard, 1991, p. 27. |
| - 9 | Elias (Norbert), Dunning (Eric), “Leisure on Sparetime Spectrum”, in Albonico (R.), Pfister-Binz (K.), eds, Sociology of Sport, Basel, Birkhäuser, p. 31 (notre traduction, nous soulignons). |
| - 10 | Une grande partie de ce développement reprend directement l’article de Wouters (Cas), « Comment les processus de civilisation se sont-ils prolongés ? De la “seconde nature” à la “troisième nature” », XXème siècle, n°106, 2010, pp. 161-175. |
| - 11 | Processus d’informatisation des manières dont Cas Wouters a rendu compte dans Wouters (Cas), Sex and Manners : Female Emancipation in the West since 1890, Londres, Sage, 2004 ; Wouters (Cas), Informalization: Manners and Emotions since 1890, Londres, Sage, 2007. |
| - 12 | Elias (Norbert), La civilisation des mœurs, Paris, Calmann-Lévy, 1973. |
| - 13 | Riesman (David), La foule solitaire, Paris, Arthaud, 1964. |
| - 14 | Vigarello (Georges), Le sentiment de soi. Histoire de la perception du corps. XVIe-XXe siècles, Paris, Seuil, 2014. |
| - 15 | Wouters (Cas), « Comment les processus de civilisation se sont-ils prolongés ? …», art. cité, p. 171. |
| - 16 | Bourdieu (Pierre), « La dissolution du religieux », Choses dites, Paris, Minuit, 1987, pp. 117-123. |
| - 17 | Wouters (Cas), « Comment les processus de civilisation se sont-ils prolongés ? …», art. cité, p. 174. |
| - 18 | Initiée dans une démarche expérimentale, l’enquête a été élaborée en trois grandes parties dont la première est ainsi celle consacrée au choix des photographies que les répondants accepteraient de publier sur leur page personnelle. La seconde partie, quant à elle, consiste en un questionnaire à choix multiple et de questions semi-ouvertes portant sur les caractéristiques sociodémographiques des répondants, leurs pratiques sociales dans la réalité physique et leurs usages quotidiens des réseaux sociaux en ligne. Enfin, en reproduisant une situation de demande d’amitié dans laquelle les répondants sont amenés à choisir une par une, les informations à dévoiler sur des profils cachés, la dernière partie de l’enquête porte sur les préférences relationnelles de ces derniers. |
| - 19 | Les résultats complet de l’enquête ont été public dans Aguiton (Christophe), Cardon (Dominique), Castelain (Aymeric), Fremaux (Pierre), Girard (Hélène), Granjon (Fabien), Nepote (Charles), Smoreda (Zbigniew), Trupia (Dilara), Ziemlicki (Cezary), “Does showing off help to make friends? Experimenting a sociological game on self-exhibition and social networks”, International Conference on Weblog and Social Media’09, San José, California, 17-20 May 2009. Voir aussi : Granjon (Fabien), Denouël (Julie), “Exposition de soi et reconnaissance de singularités subjectives sur les sites de réseaux sociaux”, Sociologie, n°1, vol. 1, 2010. |
| - 20 | Cardon (Dominique), « Le design de la visibilité. Un essai de cartographie du web 2.0 », Réseaux, n°152, 2008, pp. 93-137. |
| - 21 | L’analyse a été effectuée sur une base de 12.354 répondants, dont presque l’ensemble (95,7%) se connecte à l’Internet plusieurs fois par jour et utilise au moins une plateforme relationnelle. |
| - 22 | Ce chiffre correspond au nombre le plus élevé d’amis sur une des plateformes utilisées par le répondant, lorsque celui-ci en utilise plusieurs. |
| - 23 | Bourdieu (Pierre), dir., Un art moyen. Essai sur les usages sociaux de la photographie, Paris, Minuit, 1965. |
| - 24 | « Les pièces de réception étaient dissociées du refuge réservé à la famille. Derrière la porte d’entrée se trouvait le foyer. C’est là que l’on triait et qu’on faisait attendre les visiteurs ? Lorsqu’on n’était pas convié, on n’allait pas plus loin. Dans la salle à manger, la famille se présentait à ses invités. A table, on concluait les affaires ou l’on nouait des mariages. Mais la famille s’y retrouvait aussi pour les conversations. Lorsque le repas était terminé, la femme prenant une broderie, l’homme un journal, les enfants leurs jouets. (…) A l’inverse, la chambre des parent était frappée de tabou pour les regards étrangers », Sofsky (Wolfgang), Le citoyen de verre. Entre surveillance et exhibition, Paris, L’Herne, 2011 (1ère éd. allemande : 2007), p. 78-79. |
| - 25 | Jonas (Irène), Portrait de famille au naturel, Études photographiques, no 22, 2008. |
| - 26 | Hinduja (S.), Patchin (J. W.), “Personal Information of Adolescents on the Internet: A Quantitative Content Analysis of MySpace”, Journal of Adolescence, 31(1), p. 125-146. |
| - 27 | Sur la question des photos à risques sur MySpace : Mitchell (K. J.), Finkelhor (D.), Wolak (J.), « Risk Factors and Impact of Online Sexual Solicitation of Youth », Journal of American Medical Association, 285(23), p. 1-4) |
| - 28 | Olster (Stacey), The Trash Phenomenon. Contemporary Literature, Popular Culture and the Making of American Century, Athens, The University of Georgia Press, 2003. |
| - 29 | boyd (danah), “Viewing American class divisions through Facebook and MySpace”, Apophenia, June 2007. |
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