Table des matières
CONTEXTE
« Toute crise possède désormais son volet web[1]Thierry Libaert, la communication de crise, Paris, Les topos Dunod, 2015, … Suite... ». C’est l’une des conséquences de l’évolution d’Internet qui est devenu accessible et généralisé, donnant ainsi deux avantages en termes de diffusion de l’information : l’instantanéité et l’universalité. C’est le cas de la crise sanitaire que nous vivons aujourd’hui avec la pandémie Covid-19 aussi bien au Maroc qu’ailleurs. Cette crise, sans précèdent en termes de mesures l’ayant accompagnée, a été marquée par une explosion de l’utilisation des réseaux sociaux, et plus précisément, juste après la déclaration officielle du premier cas de contamination au niveau national (le 02 mars 2020). Cet état de fait pourrait être illustré à travers les résultats d’une étude publiée par l’agence digitale Equity portant sur « Coronavirus : Ce que disent les Marocains sur les réseaux sociaux ». En effet, durant la période allant du 13 mars au 12 avril 2020, les internautes marocains ont été très actifs sur le réseau social Facebook à travers la publication de plus de 167.700 posts relatifs au nouveau coronavirus, qui ont généré à leur tour près de 55 millions de réactions, soit une augmentation de plus de 990% par rapport à la période comprise entre le 12 février et le 12 mars de la même année, soit un mois plus tôt.
Face à cette forte ouverture sur les réseaux sociaux, comme attestent les chiffrent ci-dessus, les parties prenantes du dispositif de gestion de cette crise sanitaire au Maroc ont dû avoir recours à ces nouveaux canaux d’information et de communication, car à l’heure actuelle « la question n’est plus de se demander si les organisations doivent intégrer ces réseaux à leurs stratégies de communication, mais plutôt comment[2]Don Tapscott & Anthony Williams, Wikinomics, Wikipédia, Linux, … Suite... ». Le principe ici est d’être là où est l’action (Coombs, 2015). Dans ce cadre, le ministère de la Santé, qui se trouve entre le marteau du devoir communiquer sur le risque épidémiologique et l’enclume de préserver la santé publique, s’est servi de sa présence sur le monde du digital, en l’occurrence sa page Facebook qui compte au moment de l’écriture de ces lignes plus de 1,4 million d’abonnés, pour informer les citoyens de l’évolution de la situation épidémiologique nationale, répondre à leurs interrogations, les sensibiliser quant aux différents risques, mais également démentir toute fausse information touchant à la santé publique.
Problématique
Cette étude aura le mérite d’apporter des éléments nouveaux, mais surtout pratiques et factuels sur l’intégration des réseaux sociaux dans la dimension communicationnelle de la réponse à la pandémie Covid-19. Pour répondre à cet enjeu, il apparaît donc intéressant de nous interroger sur la manière dont le ministère de la Santé du Maroc a mené, sur le réseau social Facebook, sa communication durant la période allant du 20 mars au 20 avril 2020, soit la première période de l’état d’urgence sanitaire décrété au Maroc.
La communication du risque à l’ère des réseaux sociaux numériques
La communication, un outil à maîtriser lors des situations d’urgence sanitaire
Après chaque crise sanitaire, une situation se répète souvent : « les populations méconnaissent le risque subi et les comportements à adopter ; le déni du risque souligne les faiblesses de la culture des risques[3]Charly Duplan, « communiquer sur les risques pour responsabiliser la … Suite...». Un constat qui laisse à penser qu’un phénomène « risqué » est connu parce qu’il est dénommé ainsi. C’est pour cela d’ailleurs qu’une communication efficace et effective est particulièrement importante lors des situations d’urgence sanitaire, vu qu’elle permet de faire participer les personnes au processus de planification et de gestion et, par conséquent, permettre aux personnes de comprendre les comportements adéquats à adopter pour se protéger contre les risques prioritaires de santé publique tels que le virus de grippe à potentiel pandémique, le coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient, la maladie à virus Ebola, etc. Elle constitue également l’un des outils incontournables permettant de contrôler les flux informationnels et communicationnels générés, de façon générale, pendant les situations crisogènes.
Vu que notre cas d’étude porte sur une crise touchant à la santé publique, nous nous sommes intéressés à définir la communication pour la santé avant de traiter la communication du risque qui fait partie intégrante de toute intervention dans le domaine de la santé publique. En effet, nous désignons par communication pour la santé « l’étude et l’utilisation de stratégies de communication interpersonnelles, organisationnelles et médiatiques visant à informer et à influencer les décisions individuelles et collectives propices à l’amélioration de la santé[4]Jean-Paul Lafrance, Anne-Marie Laulan & Carmen Sotelo, place et rôle … Suite... », ou de manière générale, « toute forme de communication humaine dont le contenu est en rapport avec la santé[5]Jean-William Rogers, « preventive health psychology from a developmental … Suite... ». Ses objectifs sont divers et variés et peuvent concerner la diffusion d’informations sur la santé, l’implication d’une population dans l’application de recommandations spécifiques, la diffusion d’informations utiles sur l’accès aux soins, la sensibilisation des populations aux risques sanitaires auxquels elles sont exposées, etc. Cette dernière est l’une des finalités de la communication du risque qui se définit, d’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), comme étant un outil de partage et de transmission d’informations ou des messages élaborés par des experts et destinés à une population faisant face à une menace à sa survie[6]Organisation Mondiale de Santé, communication du risque pendant les … Suite.... L’objectif majeur ici est de préparer les personnes exposées au risque pour être capable d’atténuer les effets de la menace et prendre des mesures de protection et de prévention adaptées. Ce type de communication est régie par plusieurs principes directeurs notamment l’établissement d’un lien de confiance entre les gestionnaires de la crise et la population, la capacité de communiquer dans l’incertitude et l’obligation d’être transparent et rapide dans toutes les actions de communication.
La réussite d’une communication du risque reste tributaire du choix de la stratégie la plus adaptée au contexte dans lequel se déroule la crise. Dans ce cadre, Peter M.Sandman[7]Peter M. Sandman, Four kinds of risk communication, 2003. Lien : … Suite... a établi deux paramètres qui peuvent aider le communicant et l’organisation dans le choix de la stratégie à adopter, en l’occurrence le niveau de criticité du risque (faible-élevé) et la réaction émotionnelle des populations touchées ou à risque (apathie-indignation/peur). Ainsi, en fonction de ces deux critères, la réponse au risque évolue en quatre grands types de stratégies, celle de l’éducation pour la santé (sweet spot) quand le risque est faible et la population menacée est apathique, la gestion de l’indignation (outrage management) lorsque le risque est jugé faible et la population manifeste la peur, le plaidoyer préventif (precaution advocacy) quand on est devant un risque élevé et une population apathique, et enfin celle de la communication de crise (crisis communication) où le risque est élevé et la population a peur de la situation.
Les réseaux sociaux au cœur de la gestion des crises
Il n’est pas excessif de dire qu’aujourd’hui toutes les crises sont des crises 2.0. Qu’elles prennent naissance dans le monde réel ou sur le web, elles évoluent, s’amplifient et se gèrent même sur la toile. « Toute crise possède désormais son volet web[8]Thierry Libaert, la communication de crise, Paris, Les topos Dunod, 2015, … Suite... ». C’est pour cela d’ailleurs que le web se place aujourd’hui au cœur des préoccupations des gestionnaires de crise et des communicants, car la communication a toujours accompagné l’évolution de la société et « a su se développer à travers l’usage des autres outils naissants[9]Gilles Guerin-Taplin, la communication de crise, Bordeaux, Éditions … Suite... ». En effet, l’utilisation des réseaux sociaux dans la gestion des situations de crise est désormais généralisée, car les organisations qui « se sortent le mieux des situations de crise sur Internet sont à chaque fois celles qui connaissent vraiment leurs communautés[10]Emmanuel Bloch, communication de crise et médias sociaux, Paris, Dunod, … Suite... ». En d’autres termes, les réseaux sociaux constituent des outils efficaces pour « faire participer le grand public, faciliter la communication entre pairs, faire prendre conscience de la situation, surveiller et répondre aux rumeurs, aux réactions de la population et aux préoccupations en cas d’urgence[11]Organisation Mondiale de Santé, communication du risque pendant les … Suite... ».
Face à cette réalité, les organisations d’aujourd’hui ne peuvent plus monopoliser l’information et doivent, si le cas se présente, revoir leur communication « top down » sur les réseaux sociaux, qui se caractérisent par l’absence du dialogue et de l’interaction et créent un déphasage entre l’internaute social et l’organisation institutionnelle elle-même. Elles se trouvent également devant la nécessité de remplacer le schéma traditionnel « one to many » par celui de « many to many » où les communications ascendante et descendante sont ouvertes à tous. Il suffit de se rendre compte qu’avec les réseaux sociaux, le pouvoir n’appartient plus à celui qui détient l’information, mais à celui qui la partage avec la communauté gratuitement.
Dans ce cadre, Emmanuel Bloch (2012, 8) propose une stratégie de communication sur les réseaux sociaux suivant l’approche « nuage d’influence » qui consiste à communiquer progressivement autour d’un sujet sensible, en identifiant d’abord son environnement sémantique pour relever les lieux virtuels où peuvent se rendre les internautes pour avoir de l’information. Ajoutons à cela la nécessité d’évaluer la stratégie de communication menée sur les réseaux sociaux à travers une approche quantitative et qualitative. L’approche quantitative consiste à évaluer la visibilité de l’organisation sur Internet en mesurant les résultats des recherches sur Google par exemple. Quant à l’approche qualitative, elle consiste à voir si les productions de l’organisation ont été reprises par d’autres sources et si ses discours ont été perçus comme crédibles et positifs.
Méthodologie
Approche méthodologique
Afin de pouvoir formuler des réponses aussi complètes que possible à notre problématique, l’étude adoptera une approche mixte à la fois quantitative et qualitative. La première consistera à faire ressortir des données observables et quantifiables qui, après leur analyse à travers les différents outils et méthodes, fourniront des paramètres divers tels que la moyenne journalière des publications sur une page Facebook ou bien encore le taux d’engagement des internautes par rapport à un contenu partagé sur l’un des réseaux sociaux.
Cette étude quantitative est complétée par une analyse qualitative grâce à la technique d’analyse de contenu qui « porte sur des messages aussi variés que des œuvres littéraires, des articles de journaux, des documents officiels, des programmes audiovisuels, des déclarations politiques, des rapports de réunion ou des comptes rendus d’entretiens semi-directifs[12]Luc Van Camenhoudt, Raymond Quivy, manuel de recherche en sciences … Suite... ». Autrement dit, il s’agit, après avoir mis en œuvre des procédures techniques relativement précises (par exemple, le calcul des fréquences relatives ou des occurrences des termes utilisés), de retracer, de quantifier, voire même d’évaluer les sujets et les thématiques abordés dans un corpus donné.
Collecte de données et constitution du corpus
Dans le cadre de notre étude, les données recueillies proviennent exclusivement des pages dont dispose le ministère de la Santé du Maroc sur le réseau social Facebook, à savoir la page « Ministère de la Santé du Royaume du Maroc » et la page « Sehati[13]À travers cette page, le ministère de la Santé du Maroc entend … Suite... » qui comptent respectivement, jusqu’à la date du 25 septembre 2020, 1.427.553 et 143.326 abonnés. L’étude a concerné les publications mises en ligne durant la période allant du 20 mars au 20 avril 2020, qui coïncide avec la première période de l’état d’urgence sanitaire décrété au Maroc. Le choix du Facebook est justifié par le fait qu’il s’agit du premier réseau social utilisé au Maroc, car d’après la plateforme communautaire Hootsuite, 77,2% des internautes marocains actifs sur les réseaux sociaux sont présents sur Facebook[14]Rapport « Digital in 2018 », publié sur la plateforme communautaire … Suite....
La collecte a concerné les publications qui font mention d’un contenu relatif à la pandémie Covid-19, le long de la période susmentionnée. En effet, l’analyse manuelle nous a permis de constituer un corpus de 207 publications dont 157 sur la page « Ministère de la Santé du Royaume du Maroc » et 50 sur la page « Sehati ». De plus, notre travail a consisté à collecter toutes les informations se rapportant à chaque publication qui sont par la suite retranscrites dans un fichier Excel (cf. tableau 1) pour être analysées en faisant recours aux diverses fonctionnalités offertes par cet outil numérique (tableaux et graphiques croisés dynamiques).
Tableau 1 : recueil des données à partir des deux pages Facebook du Ministère de la Santé (construction d’auteur)
| Journée | Page | Contenu de la publication | Thématique de la publication | Cible de la publication | Langue | Type de la publication | J’aime | Commentaire | Partage | Nombre de vues (Vidéo et live) | Hashtag |
Par ailleurs, dans un souci de cohérence méthodologique et vu que la sensibilisation est l’un des principaux objectifs de la communication pendant les situations d’urgence sanitaire[15]Organisation Mondiale de la Santé, la communication des risques : sauve … Suite..., l’analyse de contenu a concerné uniquement les publications visant la sensibilisation des internautes sur l’un des aspects liés à la pandémie Covid-19. Dans ce cadre, l’analyse de notre corpus du début nous a permis de faire ressortir 89 publications, soit 43% du total, ayant compris des messages de sensibilisation et dont l’ensemble est publié soit en langue arabe ou en dialecte marocain ou bien en français.
Analyse du contenu à l’aide du logiciel Iramuteq
Une fois le corpus établi, les publications contenant des messages de sensibilisation ont été retranscrites dans la langue dans laquelle elles ont été publiées avant de procéder à leur traduction en langue française[16]La traduction des messages a été faite dans le respect des choix … Suite..., et ce, vu les spécificités de l’outil de traitement sur lequel nous nous sommes basés dans le cadre de cette étude. Il s’agit du logiciel d’analyse de textes et de tableaux de données, appelé « Iramuteq », qui propose « un ensemble de traitements et d’outils pour l’aide à la description et à l’analyse de corpus textuels et de matrices de types individus/caractères[17]https://iramuteq.org (consulté le 12 août 2020). ». En termes d’analyse et d’interprétation, ce logiciel offre plusieurs possibilités, à savoir :
- Statistiques textuelles : il s’agit d’un exposé détaillé des statistiques des formes contenues dans le corpus, notamment le nombre d’occurrences, de formes et d’hapax[18]Un hapax est un mot qui n’a qu’une seule occurrence dans un corpus … Suite...;
- Nuage de mots : il permet de représenter sur un graphique l’ensemble des termes constituant le corpus soumis à l’analyse, avec une différenciation sur le plan visuel, entre les termes ayant le plus grand nombre d’occurrences et ceux ayant été moins utilisés ;
- Méthode Reinert : elle permet de regrouper les grandes thématiques traitées dans le corpus en des classes constituées des termes ayant des liens sémantiques ;
- Analyse de similitudes : elles consistent à représenter sur un graphique une arborescence axée sur le terme principal qui constitue le noyau central autour duquel gravitent les autres termes composant notre corpus.
Sur les quatre types d’analyses présentées, nous nous sommes uniquement focalisés sur deux à savoir : le nuage de mots et la méthode Reinert.
Présentation des résultats
Analyse des publications des deux pages du ministère de la Santé
Durant la période allant du 20 mars au 20 avril 2020, 157 posts ont été publiés sur la page Facebook « Ministère de la Santé du Royaume du Maroc » contre 50 publications sur la page « Sehati » (cf. figure 1), avec une moyenne journalière de 5 et 1,5 publications respectivement. Ces publications ont principalement concerné deux axes majeurs, à savoir : la sensibilisation et l’information des citoyennes et citoyens (n=114) et le bilan de la situation épidémiologique (n=93), à travers la publication régulière du bilan et la diffusion des points et des conférences de presse. Il est à noter que l’ensemble des posts publiés sur la page Facebook « Sehati » vise la sensibilisation au risque dû à la Covid-19.

Quant aux langues utilisées, nous avons relevé que la langue arabe est utilisée dans 172 publications, soit 83% du corpus, suivie du dialecte marocain (n=29) au moment où seulement 6 publications ont été publiées en langue française (cf. figure 2).

Enfin, les publications constituant notre corpus, dont plus des trois quarts sont destinés au grand public au moment où le reste a été réservé à certaines catégories spécifiques[19]Environ 23% des posts publiés par le ministère de la Santé à travers … Suite..., ont généré un total de 579.779 interactions réparties entre 479.602 mentions « j’aime », 44.023 « commentaires » et 55.404 « partages ». Quant à la répartition des interactions par rapport aux axes susmentionnés, nous avons relevé que les publications ayant trait au bilan de la situation épidémiologique ont enregistré le taux le plus élevé des interactions avec 412.943 contre 118.295 pour les publications comportant des messages d’information et de sensibilisation qui seront par la suite soumises à une analyse de contenu approfondie.S’agissant des types des publications, environ 88% d’elles se présentent sous la forme d’un contenu multimédia, soit 136 photos et 46 vidéos dont plus du tiers (n=16) ont été diffusées à l’aide de l’option « Facebook Live ». En effet, à partir du lundi 30 mars 2020, ces vidéos live ont constitué un rendez-vous quotidien, à l’exception des weekends, où sont invités des professionnels de la santé pour répondre aux interrogations des internautes. Sur le plan statistique, ces vidéos diffusées en direct ont généré 354.693 interactions et enregistré 1.461.200 vues[20]Le nombre de vues de vidéo indique le nombre d’utilisateurs ayant … Suite....
Analyse d’engagement
Afin de savoir quelle influence ont les deux pages du ministère de la Santé sur le réseau social Facebook, nous avons essayé de calculer le « taux d’engagement » de chacune d’elle. Il s’agit d’une mesure qui permet de savoir à quel point les internautes sont engagés quant au contenu publié par la page en question. Pour cela, nous avons utilisé la formule suivante qui consiste à prendre les éléments caractérisant une page Facebook :
[(Commentaires + J’aime + Partages) / (Nombre d’abonnés)] X 100
Avec :
- Page Facebook « Ministère de la Santé du Royaume du Maroc » :
- 1.427.553 abonnés ;
- 44.012 commentaires ;
- 478.306 j’aime ;
- 55.405 partages.
- Page Facebook « Sehati » :
- 143.326 abonnés ;
- 11 commentaires ;
- 1296 j’aime ;
- 749 partages.
S’agissant des résultats obtenus, les pages Facebook « Ministère de la Santé du Royaume du Maroc » et « Sehati » ont enregistré durant la première période de l’état d’urgence sanitaire décrété au Maroc, un taux d’engagement de 40,46% et 1,43% respectivement. Un résultat que nous pouvons qualifier comme de positif pour la première page et négatif pour la deuxième, car « de manière globale, on peut considérer que 5% est un objectif à atteindre et au-delà de 7% c’est un très bon taux d’engagement[21] … Suite.... »
Analyse des messages de sensibilisation à l’aide du logiciel Iramuteq
- Nuage de mots
Comme nous avons déjà mentionné, le nuage de mots est une représentation graphique des termes du corpus textuel regroupés sous forme de nuage. En effet, les termes contenus dans les messages de sensibilisation et qui ont le plus grand nombre d’occurrences occupent une place importante dans ce nuage (cf. figure 3). Autrement dit, plus le terme est utilisé plusieurs fois, plus sa taille de police est grande. D’après la figure ci-dessous, « eau, main, laver et coronavirus » sont, entre autres, les termes les plus visibles dans les messages de sensibilisation élaborés par le ministère de la Santé et diffusés via ses deux pages Facebook. Cette représentation graphique devrait être mise en contexte caractérisant le corpus, et ce, dans le but de mettre la lumière sur certains termes peu visibles mais très significatifs ou, au contraire, éliminer des termes très visibles dans le nuage mais peu ou pas représentatifs. C’est le cas par exemple de l’expression « distance physique » qui n’a été utilisée que très rarement même si elle constitue une des principales mesures de protection et de prévention à respecter pour limiter la propagation du virus.

- L’analyse de la méthode Reinert nous a permis de regrouper les termes utilisés dans les publications comprenant des messages de sensibilisation en trois grandes classes (cf. figure 4) et qui peuvent être thématisées comme suit :Analyse de la méthode Reinert
- Classe 1 : gestes et pratiques à éviter ;
- Classe 2 : moyens et produits de prévention et de protection ;
- Classe 3 : méthodes de lavage des aliments.

Ensuite, le deuxième thème portant sur « les moyens et produits de prévention et de protection » trouve toute sa pertinence, vu que « la mise en œuvre des mesures de prévention des infections et les bonnes pratiques d’hygiène[22] … Suite... » constituent des facteurs clés pour lutter contre la propagation de la pandémie Covid-19. L’importance donnée aux trois termes « savon, main et laver » s’explique par le fait que le lavage des mains à l’eau et au savon est primordial, car « les mains sont également l’une des manières les plus courantes de transmettre le virus d’une personne à une autre[23] … Suite... ».D’abord, le fait que « les gestes et pratiques à éviter » occupe la première position dans le classement fourni grâce au logiciel Iramuteq se justifie par la multitude de messages diffusés par le ministère de la Santé invitant les citoyennes et citoyens à éviter certaines pratiques pouvant présenter un risque ou un danger pour leur santé. Par exemple, le ministère de la Santé s’est arrêté dans une publication sur la dangerosité que peut provoquer le fait de mélanger l’alcool et l’eau javel, car leur réaction donne lieu à la formation du chloroforme qui provoque une vapeur toxique et suffocante.
Enfin, nous avons « les méthodes de lavage des aliments » comme troisième et dernière thématique de ce classement. Dans ce cadre, le ministère de la Santé a invité les gens à prendre les précautions nécessaires et à suivre certaines règles lors de l’opération consistant à laver les légumes et les fruits, et ce, afin de mieux les désinfecter et éviter toute contamination.
Discussion
De manière générale, les organisations ayant compris le fonctionnement des réseaux sociaux et ayant mis en place des stratégies de communication digitale fiables et adaptées tirent le meilleur profit de ces outils lors des situations de crise, comme celle due à la pandémie Covid-19. « Même si une crise ne se déclare jamais là où on l’attend, il est indispensable de s’organiser en amont pour anticiper[24]Véronique Reille-Soult, « gestion de crise sur les réseaux sociaux : … Suite... ». Il faut tout d’abord écouter ses différents publics pour ensuite avoir la possibilité d’engager un dialogue avec eux grâce aux fonctionnalités offertes par les réseaux sociaux. C’est ce qu’a fait le ministère de la Santé à travers les 16 vidéos live qu’il a diffusées sur ses deux pages Facebook. Il a voulu répondre aux diverses questions des citoyennes et citoyens pour montrer qu’il « accorde beaucoup d’importance à ce que les parties prenantes pensent et qu’on peut compter sur lui[25]Shari Veil, Tara Buehner & Micheal Palenchar, « a work-in-process … Suite... ». Ensuite, les résultats obtenus nous ont révélé que plus de 97% des publications ont été mises en ligne en langue arabe dont une partie avec le dialecte marocain, car, d’après l’Organisation Mondiale de la Santé, le fait de diffuser des informations par des canaux que la population utilise et dans les langues qu’elle comprend, permettent aux personnes menacées de se protéger, de protéger leur famille et leur communauté des risques sanitaires.
Et comme il a été déjà mentionné, le ministère de la Santé a donné une grande importance aux contenus multimédia (photo, vidéo, etc.) dans ses publications, particulièrement celles relatives aux messages d’information et de sensibilisation, en répondant ainsi aux besoins de l’internaute du 21ème siècle qui « ne veut pas seulement de l’information textuelle, mais aussi du contenu audiovisuel[26]Karen Freberg, Kristin Salling, Kathleen Vidoloff & Gina Eosco, « … Suite... ». De plus, plusieurs études ont montré que les publications contenant des fonctionnalités multimédia sont les plus susceptibles d’être partagées et, par conséquent, augmenter la possibilité d’atteindre le maximum de personnes. Cependant, en s’arrêtant sur le taux d’engagement calculé dans les parties précédentes, nous remarquons que la page Facebook « Sehati », destinée exclusivement à l’éducation sanitaire, enregistre un taux faible en-dessous de la moyenne recommandée, un constat qui peut impacter négativement la portée des messages de sensibilisation que le ministère de la Santé diffuse via cette page. Le nombre d’interactions enregistré confirme cette observation, vu que les interactions générées par cette page ne dépassent pas les 0,5% du total d’interactions générées par les publications constituant notre corpus d’étude.
Conclusion
En guise de conclusion, nous pouvons dire que les réseaux sociaux sont devenus l’un des outils indispensables dans la communication de crise, et ce, vu la multitude d’avantages qu’ils offrent en termes de rapidité de diffusion d’information et de capacité d’atteindre une plus grande population.
Pour rappel, à travers ce travail de recherche, nous visons apprendre comment le ministère de la Santé du Maroc a géré sa communication lors de la pandémie Covid-19 en nous servant de sa présence sur le réseau social Facebook. En effet, et de manière générale, il apparaît que le ministère, objet de notre étude, a déployé et mis en œuvre les diverses possibilités dont dispose Facebook afin de communiquer sur les risques sanitaires dus à la Covid-19. À cet égard, nous avons pu noter qu’à travers ses deux pages Facebook, le Ministère a mis à la disposition des internautes les bonnes pratiques à adopter pour se protéger et éviter toute contamination à travers la publication de messages de sensibilisation sous diverses formes (photo, vidéo, etc.). Le ministère de la Santé s’est également servi de sa page Facebook « Ministère de la Santé du Royaume du Maroc » qui dépasse un million d’abonnés, pour informer régulièrement l’opinion publique de l’évolution de la situation épidémiologique nationale. Enfin, ledit Ministère a fait recours au réseau social « Facebook » pour répondre aux interrogations et aux besoins d’information des citoyens, et ce, via la diffusion des « vidéos Live ».
Ainsi, et comme dans tout travail de recherche, les résultats obtenus dans la présente étude montrent leurs limites et méritent d’être développés et approfondis. Tout d’abord, la traduction faite par l’auteur du corpus, bien qu’elle a été vérifiée par un traducteur agrée, il est fort probable qu’elle comporte des biais. Cette limite aurait un effet sur l’objectivité devant caractériser l’analyse et le traitement du corpus. Ensuite, si ce travail de recherche vise à étudier la façon avec laquelle le Ministère de la Santé s’est servi du réseau social Facebook durant la pandémie Covid-19, nous souhaiterions étudier l’interaction des internautes quant aux publications dudit Ministère sur ses deux pages à travers le traitement et l’analyse de leurs réactions et commentaires. Enfin, nous désirerions élargir notre champ d’étude en intégrant l’ensemble des canaux de communication mis en œuvre par le Ministère de la Santé durant cette pandémie.
Références
| - 1 | Thierry Libaert, la communication de crise, Paris, Les topos Dunod, 2015, p. 97. |
|---|---|
| - 2 | Don Tapscott & Anthony Williams, Wikinomics, Wikipédia, Linux, YouTube… How mass collaboration changes everything, Person, 2006. |
| - 3 | Charly Duplan, « communiquer sur les risques pour responsabiliser la population », Magazine de la Communication de Crise et Sensible, mars 2014, p.12. |
| - 4 | Jean-Paul Lafrance, Anne-Marie Laulan & Carmen Sotelo, place et rôle de la communication dans le développement internationale, Québec, Presses de l’Université du Québec, p.32. |
| - 5 | Jean-William Rogers, « preventive health psychology from a developmental perspective: an extension of protection motivation theory », Health Psychol, n°35, p.15. |
| - 6 | Organisation Mondiale de Santé, communication du risque pendant les urgences sanitaires : directives stratégiques et pratiques de l’OMS pour la communication sur les risques en situation d’urgence, 2018. Lien : https://apps.who.int/iris/handle/10665/272269 (consulté le 15 août 2020). |
| - 7 | Peter M. Sandman, Four kinds of risk communication, 2003. Lien : https://www.psandman.com/col/4kind-1/htm (consulté le 05 août 2020). |
| - 8 | Thierry Libaert, la communication de crise, Paris, Les topos Dunod, 2015, p.97. |
| - 9 | Gilles Guerin-Taplin, la communication de crise, Bordeaux, Éditions Préventique, 2003, p.17. |
| - 10 | Emmanuel Bloch, communication de crise et médias sociaux, Paris, Dunod, 2012, p.8. |
| - 11 | Organisation Mondiale de Santé, communication du risque pendant les urgences sanitaires : directives stratégiques et pratiques de l’OMS pour la communication sur les risques en situation d’urgence, Op. Cit. |
| - 12 | Luc Van Camenhoudt, Raymond Quivy, manuel de recherche en sciences sociales, Paris, 4° édition Dunod, 2011, p.106. |
| - 13 | À travers cette page, le ministère de la Santé du Maroc entend sensibiliser les citoyennes et citoyens sur des sujets relatifs à la santé publique en leur inculquant une culture sanitaire. |
| - 14 | Rapport « Digital in 2018 », publié sur la plateforme communautaire Hootsuite. Lien : https://hootsuite.com/fr/pages/digital-in-2018 (consulté le 22 juillet 2020). |
| - 15 | Organisation Mondiale de la Santé, la communication des risques : sauve des vies et préserve les moyens de substance, cadre de préparation en cas de grippe aviaire, 2015. |
| - 16 | La traduction des messages a été faite dans le respect des choix syntaxiques, lexicaux et rhétoriques. Elle a été validée par un traducteur agréé. |
| - 17 | https://iramuteq.org (consulté le 12 août 2020). |
| - 18 | Un hapax est un mot qui n’a qu’une seule occurrence dans un corpus donné. |
| - 19 | Environ 23% des posts publiés par le ministère de la Santé à travers ses deux pages Facebook ont été destinés à des catégories bien déterminées, en l’occurrence : le personnel sanitaire, les femmes enceintes, les personnes souffrant d’une maladie chronique, etc. |
| - 20 | Le nombre de vues de vidéo indique le nombre d’utilisateurs ayant visionné une vidéo pendant au moins trois secondes. |
| - 21 | https://www/agence-community-management.com/tout-savoir-sur-le-taux-d-engagement-facebook/ (consulté le 13 août 2020). |
| - 22 | https://www.sante.gov.ma/documents/2020/mesures%20de%20pr%c3a9vention%20en%20milieu%20de%.pdf (consulté le 24 juin 2020). |
| - 23 | https://www.unicef.org/fr/coronavirus/tout-savoir-sur-le-lavage-des-mains-pour-vous-proteger-de-la-maladie-a-coronavirus-COVID-19 (consulté le 16 juillet 2020). |
| - 24 | Véronique Reille-Soult, « gestion de crise sur les réseaux sociaux : d’abord une gestion de temps », article mis en ligne le 09/07/2012 sur le lien : https://bfmbusniess.bfmtv.com/01-business-forum/gestion-de-crise-sur-les-reseaux-sociaux-d-abord-une-gestion-du-temps/ (consulté le 5 août 2020). |
| - 25 | Shari Veil, Tara Buehner & Micheal Palenchar, « a work-in-process literature review: incorporating social media in risk and crisis communication », Journal of Contingencies and Crisis Management, 2011, 19(2), 110-122. |
| - 26 | Karen Freberg, Kristin Salling, Kathleen Vidoloff & Gina Eosco, « using value modeling to evaluate social media messages: the case of Hurricane Irene », Public Relations Review, 2013, 39(3), 185-192. |
Références bibliographiques
- Anfray Charles-Edouard, « Les réseaux sociaux et la crise », Magazine de la communication de crise et sensible, N°20, novembre 2011, pp. 1-18.
- Bloch Emmanuel, Communication de crise et médias sociaux, Paris, Dunod, 2012, 224 pages.
- Freberg Karen, Salling Kristin, Vidoloff Kathleen et Eosco Gina, « using value modeling to evaluate social media messages: the case of Hurricane Irene », Public Relations Review, 2013, 39(3), 185-192.
- Duplan Charly, « communiquer sur les risques pour responsabiliser la population », Magazine de la Communication de Crise et Sensible, mars 2014, p.12.
- Fallon Catherine, Brunet Sébastien, Ozer Pierre, Schiffino Nathalie & Thiry Aline, Articuler, risques, planification d’urgence et gestion de crise, édition De Boeck supérieur, 2012, 138 pages.
- Heiderich Didier, MAROUN Nathalie, « Les relations publiques de crise. Une nouvelle approche structurelle de la communication en situation de crise », Magazine de la communication de crise et sensible, janvier 2014, pp. 1-18.
- Guerin-Taplin Gilles, la communication de crise, Bordeaux, Éditions Préventique, 2003, 160 pages.
- Lafrance Jean-Paul, Laulan Anne-Marie et Sotelo Carmen, place et rôle de la communication dans le développement internationale, Québec, Presses de l’Université du Québec, 168 pages.
- Lagadec Patrick, La gestion de crise outil de réflexion à l’usage des décideurs, Paris, Mc Graw Hill 1991, 326 pages.
- Libaert Thierry, La communication de crise, Paris, Les topos Dunod, 2015, 128 pages.
- Libaert Thierry, « La communication sensible, nouvelle discipline de communication organisationnelle », Magazine de la communication de crise et sensible, N°20, novembre 2011, pp. 1-18.
- Mazier Didier, Community management votre stratégie marketing et communication sur les réseaux sociaux, Saint-Herblain, ENI éditions, 2012, 246 pages.
- Organisation Mondiale de Santé, communication du risque pendant les urgences sanitaires : directives stratégiques et pratiques de l’OMS pour la communication sur les risques en situation d’urgence, 2018.
- Organisation Mondiale de la Santé, la communication des risques : sauve des vies et préserve les moyens de substance, cadre de préparation en cas de grippe aviaire, 2015.
- Reille-Soult Véronique, « gestion de crise sur les réseaux sociaux : d’abord une gestion de temps », article mis en ligne le 09/07/2012 sur le lien : https://bfmbusniess.bfmtv.com/01-business-forum/gestion-de-crise-sur-les-reseaux-sociaux-d-abord-une-gestion-du-temps/
- Rogers Jean-William, « preventive health psychology from a developmental perspective: an extension of protection motivation theory », Health Psychol, n°35, p.15.
- Sartre Véronique, La communication de crise anticiper et communiquer en situation de crise, Paris, Les éditions DÉMOS, 2012, 148 pages.
- Tapscott Don et Williams Anthony, Wikinomics, Wikipédia, Linux, YouTube… How mass collaboration changes everything, Person, 2006.
- Thimothy Coombs, Ongoing Crisis Communication. Californie : Sage Publications Inc, 2015.
- Van Camenhoudt Luc et Quivy Raymond, manuel de recherche en sciences sociales, Paris, 4° édition Dunod, 2011, 348 pages.
- Veil Shari, Buehner Tara et Palenchar Micheal, « a work-in-process literature review: incorporating social media in risk and crisis communication », Journal of Contingencies and Crisis Management, 2011, 19(2), 110-122.
Les contenus de la revue