L’usage de l’enseignement à distance en Algérie à l’heure de la crise sanitaire Covid-19 : Entre solutions provisoires et un nouveau mode d’apprentissage en ligne qui s’impose dans le futur. Cas de l’université de Béjaia

Résumés

La pandémie mondiale du covid-19 qui a frappé le monde entier a permis de transformer les habitudes de travail, d’enseignement, etc. Dans le domaine de l’enseignement supérieur, nous vivons particulièrement cette année en Algérie un réel changement dans le mode d’enseignement et de la recherche. En absence de l’enseignement en présentiel, le ministère de la tutelle a donné des instructions aux hauts responsables de chaque université d’utiliser les technologies numériques comme alternative pour remplacer l’enseignement en présentiel. Plusieurs plateformes ont été déployées pour accomplir cette mission, nous citons zoom, moodle, e-learning etc (MESRS, 2020). Notre question centrale est la suivante : Dans quelle mesure l’enseignement à distance à travers l’utilisation des TIC sous différentes formes permet-t-il des solutions provisoires ou une alternative pour répondre à la demande des étudiants, de la société ?
The global covid-19 pandemic that has hit the whole world has transformed the habits of work, education, etc. In the field of higher education, we especially live this year in Algeria real change in the mode of teaching and research. In the absence of face teaching, the Ministry of guardianship issued instructions to officials of each university to use digital technology as an alternative to replace the face teaching. Several platforms have been deployed to accomplish this mission, we mention zoom, moodle, e-learning etc (MESRS, 2020). Our central question is: To what extent does distance education through the use of ICTs in different forms allow temporary solutions or an alternative to meet the demand of students, of society?

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Table des matières

Introduction 

L’Algérie comme tous les pays du monde ont procédé à la fermeture des écoles, des universités, etc par mesure de prévention contre la propagation de la pandémie du Covid-19. Dans ce cadre, les autorités algériennes ont décidé le 12 mars 2020 la fermeture totale ou partielle de la grande majorité des institutions administratives, des établissements scolaires et universitaires ainsi que certaines activités économiques et de services. A cet effet, les universités algériennes ont procédé à la suspension de toutes les activités pédagogiques (enseignement, encadrement, etc) au profit des étudiants. (Directive du Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique MESRS, 2020)

En date du 2 avril 2020, une directive du MESRS (Ministère de l’Enseignement Supérieur et la Recherche Scientifique) a été adressée aux responsables des universités et des écoles supérieures leur demandant de dispenser les cours en ligne (MESRS,2020). L’administration universitaire, le corps enseignant et les étudiants se trouvent alors dans une situation inédite et exceptionnelle. Dans ce sens, nous avons essayé d’analyser l’usage de l’enseignement à distance en Algérie à l’heure de la crise sanitaire Covid-19. Nous partons d’un constat de départ concernant l’étude réalisée par le centre de recherche en économie appliquée pour le développement CREAD Alger Algérie. Cette dernière porte sur l’épreuve de l’enseignement à distance en Algérie : Université et enseignants face au Covid-19[1]M, Lassassi, N, Lounici, et al, « université et enseignants face au … Suite.... L’enquête a pour objectifs d’explorer l’impact de la pandémie du Covid-19 sur l’enseignement universitaire en Algérie. L’analyse est basée sur une enquête nationale en ligne. Les résultats de cette enquête auprès des enseignants de différentes universités algériennes, écoles supérieures, etc nous renseignent sur la possibilité d’opter pour une opérationnalisation et la généralisation de l’enseignement à distance dans les années à venir. Cette initiative est saluée par la plupart des responsables des universités et enseignants. Le ministère de l’enseignement supérieur a instruit à travers des communiqués destinés aux premiers responsables des universités algériennes tout le personnel agissant à l’université de prendre en considération ce mode d’enseignement à distance. De nouvelles mesures ont été adoptées, nous citons l’exemple d’assurer les cours de l’unité fondamentale et l’unité méthodologie en présentiel et les cours de l’unité découverte et l’unité transversale en ligne. Ces unités font partie du programme LMD des trois paliers (Licence, Master et Doctorat).

L’objectif de notre modeste contribution est de discuter les solutions entreprises par les universités par rapport à ce mode d’enseignement et d’apprentissage. Autrement dit, les solutions proposées par les universités, sont-elles provisoires pour une période donnée ? ou représentent des solutions définitives et qui pourront s’imposer dans le futur ? pour ce faire, nous avons pris un cas d’étude de l’université de Béjaia Algérie.  Notre question problématique est la suivante : Dans quelle mesure l’enseignement à distance à travers l’utilisation des TIC sous différentes formes (directive du MESRS) permet-t-il des solutions provisoires ou une alternative pour répondre à la demande des étudiants, de la société ? Pour apporter des éléments de réponses à cette problématique, nous considérons important de poser deux questions secondaires qui sont les suivantes :

Quelle est la situation actuelle de l’enseignement à distance en Algérie ?

Peut-on adopter ce mode d’enseignement à distance comme solution à long terme ou solution définitive ?

La réponse à notre questionnement problématique nous permet de poser deux hypothèses.

Hypothèse 1 : l’enseignement à distance est la seule solution pour valider l’année en cours (directive du ministère MESRS, 2020).

Hypothèse 2 : l’expérience actuelle de l’enseignement à distance pourrait être un nouveau mode d’enseignement et d’apprentissage dans le futur qui s’impose à travers les différents protocoles destinés dans ce cadre.

Expérience des universités algériennes dans l’enseignement à distance.

L’Algérie compte actuellement exactement 106 établissements de l’enseignement supérieur répartis sur l’ensemble des 48 wilayas[2]Wilaya : terme algérien qui veut dire un département : cinquante (50) Universités, treize (13) Centres Universitaires, vingt (20) Ecoles Nationales Supérieures, dix (10) Ecoles Supérieures Normales et deux (02) annexes. Les universités sont organisées en trois régions : dix-sept (17) au Centre, vingt-deux (22) à l’Ouest et onze (11) à l’Est[3]MESRS.dz, 2020 (MESRS : Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la … Suite.... Actuellement, en matière de potentiel humain, l’université algérienne compte, toute discipline confondue, un effectif de plus de soixante (60) mille enseignants-chercheurs, et plus d’un million sept cent mille (1.700.000) étudiants (figure 1 et 2). Ainsi, elle dispose d’une offre dense de formations universitaires dans les trois cycles (L=2789, M=3742, D=2032)[4]Ibd

Figure 1 : Effectifs des enseignants chercheurs par grade (2018-2019) Figure 2 : Effectifs des enseignants chercheurs par grands domaines d’enseignement1 (2018-2019)
Source : M, Lassassi, N, Lounici, et al, « université et enseignants face au Covid-19 : l’épreuve de l’enseignement à distance en Algérie », Les Cahiers du Cread -Vol. 36 - n° 03 - 2020

Enseignement à distance à l’université de Béjaia

L’université de Béjaia dispose d’une plateforme d’enseignement en ligne e-learning. Cette dernière sert à héberger des cours en ligne, conférences, des supports de cours des enseignants, des notes des étudiants de différents cycles. L’université de Béjaia a également un site WEBTV. Ce dernier permet d’héberger toutes les activités pédagogiques et de recherche qui s’effectuent à l’université de Béjaia (conférences nationales et internationales, colloques nationaux et internationaux, séminaires, journées d’études, journées professionnelles, etc).

Eléments de théorie

L’enseignement à distance est défini comme un mode d’enseignement, dispensé par une institution qui n’implique pas la présence physique du professeur (formateur) et des étudiant. Selon l’Association Française de Normalisation (AFNOR), l’enseignement à distance est défini comme étant un mode de formation à distance « conçu pour permettre à des individus de se former sans se déplacer sur le lieu de la formation et sans la présence physique d’un formateur. La formation à distance […] est incluse dans le concept plus général de formation ouverte et à distance ».

Daniel Peraya (2005)[5]PERAYA, D. La formation à distance : un dispositif de formation et de … Suite... considère que « La formation à distance parce qu’elle dissocie dans le temps et dans l’espace le processus d’enseignement/apprentissage apparaît d’emblée comme une formation en différé et, en conséquence, elle doit nécessairement se concevoir et être mise en œuvre comme une formation médiatisée[6]Tarek OUERFELLI et Kamel GHARBI, le dispositif d’enseignement à … Suite... » . A notre sens, l’enseignement à distance ou de formation à distance comme un dispositif composé d’un ensemble de ressources matérielles, techniques, humaines et pédagogiques mis en place pour fournir un enseignement à des individus qui sont distants.

Contexte de l’étude : approche théorique

Nous nous intéressons dans notre présente recherche à une approche par le rôle des technologies de l’information et de la communication à travers les plateformes d’enseignement à distance comme solutions provisoires ou définitives dans l’enseignement et apprentissage des étudiants. Notre recherche s’inscrit dans le cadre des études axées sur les usages des TIC, déterminés par les représentations et comportements des usagers (Breton & Proulx, 2002), et met l’accent sur les effets de l’appropriation (Jouët, 2000), des outils mis en œuvre. Les usages sont des « modes d’utilisation se manifestant avec récurrence, sous la forme d’habitudes relativement intégrées dans la quotidienneté, pour être capables de se reproduire et éventuellement de résister en tant que pratiques spécifiques ou de s’imposer aux pratiques existantes » (Lacroix, Moeglin, Tremblay, 1992).

Usage et appropriation[7]Isabelle Pybourdin. Appropriation des Technologies de l’information et … Suite...

Décrire, analyser ou expliquer les usages, comprendre les phénomènes d’appropriation des objets et des dispositifs techniques d’information et de communication consiste à savoir ce qu’en font réellement les gens dans leur vie quotidienne. L’usage est un phénomène complexe qui se traduit par une série de médiations enchevêtrées entre les dispositifs techniques et les acteurs humains (Hennion, 1993). La notion d’usage est un construit théorique et empirique, « l’usage n’est pas un objet naturel mais un construit social » (Chambat, 1994 : 253) ; la diffusion des Tic interfère avec des pratiques existantes, des routines, qui façonnent le quotidien des acteurs. Les études portant sur les usages prêtent attention à cette réalité sociale, à ces comportements microsociaux et à ce système organisé de pratiques qu’elles cherchent à articuler avec les tendances macrosociales. La notion d’usage est ambiguë et peut être l’occasion de confrontations. Sa conceptualisation peut passer par une double réflexion. La première concerne la différenciation sur les recherches dans les usages. La situation d’usage est-elle domestique ou professionnelle ? Quel type de technologie est considérée ? S’agit-il de pratiques ludiques, éducatives, professionnelles, de gestion domestique, de communication interpersonnelle ? Quelle forme de communication est investie (homme/machine ou homme/homme) ? La seconde réflexion porte sur la différenciation des figures de l’usager engagé dans la pénétration des Tic et dans les pratiques sociales. Les figures de client, de consommateur, de citoyen ou d’innovateur permettent d’appréhender l’usage comme un rapport social construit dans l’interaction de plusieurs logiques : logique technique, économique, symbolique, voire politique. La notion d’usage renvoie donc à un ensemble de définitions qui peut aller de la simple « adoption » par l’achat, la consommation ou l’expression d’une demande sociale, à « l’appropriation » qui exige pour l’usager la maîtrise technique et cognitive de l’objet technique, son intégration significative dans ses pratiques quotidiennes et la possibilité de pratiquer des détournements et des réinventions d’usage, voire de participer à la conception d’innovation.

L’entre deux est « l’utilisation » qui représente le simple emploi d’une technique dans un face-à-face avec la machine ou le dispositif (Proulx, 2002). L’appropriation est ainsi la finalité de la séquence « accessibilité-utilisation-usage » dans laquelle elle s’inscrit. « L’accès » prend en compte la possibilité pour l’usager de disposer de la technique. « L’utilisation » représente l’acquisition des connaissances suffisantes à la maîtrise du fonctionnement du dispositif technique. « L’usage » est l’adoption de cette technologie en vue de l’inscrire dans sa trajectoire propre (Proulx, 2002). Ainsi l’appropriation de la technologie est soumise à trois conditions : une maîtrise cognitive et technique minimale du dispositif technique, une intégration significative de l’usage de cette technologie dans le quotidien des acteurs, la possibilité de développer des gestes de création par lesquels l’usage de l’objet technique fait émerger de la nouveauté dans la vie de l’usager.

« L’appropriation » est l’acte par lequel l’usager devient un acteur actif et autonome qui construit ses usages en fonction de ses intérêts et se constitue « un soi » (Jouët, 2000). Elle se construit dans la relation avec l’objet au cours d’un processus qui met en jeu l’acquisition de savoirs (logiques et fonctionnalités des objets), de savoir-faire (code et mode opératoire des machines) et d’habilités de pratiques. L’appropriation est donc le résultat de négociations, d’adaptations, de médiations entre l’utilisateur et la technique.

Figure 3 : Continuum de définition de la notion d’usage (Breton, Proulx, 2002 : 256)
Adoption Utilisation Appropriation
Achat

Consommation

Objet stable

Diffusion

Emploi fonctionnel

Face-à-face avec l’objet

Conforme au mode d’emploi

Ergonomie des interfaces

Maîtrise technique

Intégration créatrice

Réinventions possibles

Sociologie des usages

Source : Isabelle Pybourdin, Appropriation des Technologies de l’information et de la communication : le cas d’un projet engageant conduit au sein d’une institution éducative du premier degré. Approche communicationnelle, accompagnement, médiations. Université du Sud Toulon Var, 2008. France.

Eléments de méthodologie

Nous procédons dans notre recherche par une méthode qualitative auprès des enseignants chercheurs et responsables de l’université de Béjaia (recteur, vice-recteurs, doyens, chefs de département, etc). À cet effet, nous menons des entretiens semi directifs qui sont destinés à la fois aux enseignants chercheurs et enseignants chercheurs occupant des fonctions de responsabilités administratives de l’université de Béjaia Nous choisissons dans ce sens trois facultés différentes (faculté des Sciences humaines et sociales (SHS), Faculté de Technologie et la faculté des sciences économiques, gestion et sciences commerciales SEGC) pour équilibrer entre les domaines d’enseignement. Les axes de l’entretien portent essentiellement sur : les données personnelles et professionnelles des interviewés, l’usage des TIC, l’usage des plateformes d’enseignement à distance.

Nous considérons toute l’importance de notre approche qualitative afin de faire ressortir les éléments de résultats nécessaires concernant l’apport des TIC à travers les plateformes d’enseignement à distance par rapport aux solutions provisoires ou alternatives de l’enseignement en présentiel ou plutôt sont considérées comme étant un nouveau mode d’enseignement et d’apprentissage à distance qui s’impose dans le futur. Cependant, la vérification sur le terrain de notre approche nécessite une analyse et interprétation des entretiens exploratoires réalisés par nous-même auprès de notre échantillon choisi.

Résultats de l’étude exploratoire avec l’université de Béjaia

L’université de Bejaia en chiffres[8]Source : Université de Béjaia (2017) : voir sur le site de … Suite... : L’Université de Béjaïa, crée en octobre 1983, est un établissement public pluridisciplinaire. Elle compte aujourd’hui plus de 45 700 étudiants,1714 enseignants et 1227 personnels techniques et administratifs, répartis sur huit facultés : Technologie – Sciences Exactes – Droit et Sciences Juridiques et Administratives – Sciences de Nature et de la Vie – Lettres et Langues – Sciences Humaines et Sociales – Sciences Economiques, Sciences de Gestion et Sciences Commerciales – Sciences Médicales.

Présentation de l’échantillon

Population mère : 1714 enseignants y compris les enseignants qui occupent des fonctions de responsabilités telles que (Recteur, Vices recteurs, doyens, vices doyens, chefs de département, les adjoints, etc.).

Echantillon de notre étude : Notre échantillon est composé de quinze (15) enseignants chercheurs repartis selon les facultés suivantes : faculté des sciences humaines et sociales (SHS), faculté des sciences économiques, gestion et sciences commerciales (SEGC), faculté de technologie. Le choix de ces trois types de faculté est en fonction du domaine d’étude par rapport au système LMD. Nous pensons également à l’équilibre par rapport à la maitrise de la technologie numérique. Nous avons choisi cinq (05) enseignants pour chaque faculté citée. Concernant les enseignants chercheurs qui occupent des fonctions de responsabilités, nous avons choisi dans notre étude huit (08) enseignants responsables : Recteur de l’université, vice-recteur chargé de la pédagogie, les trois (03) doyens des facultés citées précédemment et les trois (03) chefs de département dans les facultés citées précédemment. Au totale, notre échantillon des enseignants chercheurs et responsables est composé de vingt-trois (23) enseignants.

Tableau 1 : répartition des enseignants en fonction de leur faculté


Faculté
SEGC
SHS
Technologie
Enseignants
05
05
05
Total
15
Source : données de l’enquête de l’auteur
Tableau 2 : répartition des enseignants qui occupent des fonctions administratives
Fonction
Recteur
Vice-recteur
Doyens
Chefs de département
Enseignants
01
01
03
03
Total
08
Source : données de l’enquête de l’auteur

Type d’échantillonnage

Nous avons opté dans notre présente recherche à un échantillonnage de type non probabiliste par quotas.

Répartition de notre échantillon d’enseignants en fonction du genre (Masculin/Féminin)

Le tableau ci-dessous nous montre la répartition de notre échantillon en fonction du genre (M/F).

Tableau 3 : Répartition de notre échantillon d’enseignants en fonction du genre (Masculin/Féminin)
Echantillon
Femmes
08 (34%)
Hommes
15 (66%)
Totale
23 (100%)
Source : données de l’enquête de l’auteur
Tableau 4 : Age des enseignants chercheurs de notre échantillon

Enseignant
Age
30-40
41-50
51-60
>60
Femmes
02
02
02
02
Hommes
04
04
04
03
Total
06
06
06
05
Total général
23
Source : données de l’enquête de l’auteur

Usages des TIC par les enseignants chercheurs

Usages des plateformes d’enseignement à distance (question à choix multiple)

Tableau 5 : usages des plateformes d’enseignement à distance de la part des enseignants
Usages des plateformes d’enseignement à distance
Déposer des supports de cours
Faire un cours en ligne
Activités pédagogiques (affichages

De notes, délibérations, etc)
Autres
Enseignant par

Faculté
SEGC
05
03
05
03
SHS
05
02
05
02
Technologie
03
05
05
03
Source : données de l’enquête de l’auteur

Nous constatons à partir du tableau 5, tous les enseignants utilisent les plateformes d’enseignement à distance pour les activités pédagogiques, en revanche, les enseignants de la faculté de Technologie utilisent plus les plateformes pour faire un cours en ligne que pour déposer des supports de cours. Cela est dû globalement à la maitrise de la technologie numérique. Contrairement aux deux autres facultés (SEGC et SHS), nous constatons la majorité des enseignants utilisent les plateformes pour déposer leurs supports de cours. Ceci est dû au manque de maitrise de la technologie numérique appliquée dans ce sens.  Nous constatons également que la plupart des enseignants qui ont répondu à notre enquête considèrent que malgré toutes les difficultés concernant l’adaptation et l’appropriation aux TIC, ces derniers sont motivés pour utiliser les plateformes d’enseignement à distance afin de garantir la continuité des cours, les travaux dirigés, les travaux pratiques, etc. dans ce sens, les enseignants ont procédé par le dépôt de leurs supports de cours, TD, TP sur les plateformes destinées à cette tâche. Ils ont également procédé à l’évaluation des contenus pédagogiques, des exposés, etc des étudiants de différents niveaux et paliers.

 Enseignement à distance : entre solution provisoire ou une solution définitive à adopter pour l’année en cours

Tableau 6 : choix des enseignants chercheurs entre les deux solutions proposées
Enseignant
Enseignement à distance
Solution provisoire
Solution définitive
Faculté
SEGC
04
01
SHS
04
01
Technologie
01
04
Total
09
06
Total général
15
Source : données de l’enquête de l’auteur

Nous constatons à partir du tableau 6 que les enseignants des deux facultés (SEGC et SHS) considèrent que l’enseignement à distance représente une solution provisoire qu’une solution définitive. Ces derniers pensent que l’enseignement à distance permet de terminer et valider l’année en cours car il n’existe pas d’alternative autre que le numérique. Pour les enseignants de la faculté de technologie, ils considèrent l’enseignement à distance pourrait être une solution définitive pour terminer et valider l’année en cours et une solution définitive à adopter dans le futur. Ce mode d’enseignement pour ces derniers est une solution qui permettra d’assurer les cours, TD, TP en virtuel surtout dans le contexte actuel de crise sanitaire.

Application de la directive du Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique concernant l’utilisation de l’enseignement à distance en ce moment de crise

Tableau 7 : directive du ministère MESRS en fonction de la responsabilité des enseignants chercheurs
Directive du Ministère
Fonction de responsabilité
Recteur
Vice-recteur
Doyens
Chefs de département
Favorable
Oui
Oui
Oui
Oui
Défavorable
Non
Non
Non
Non
Source : données de l’enquête de l’auteur

Les enseignants chercheurs assurant les fonctions administratives trouvent que la mise en œuvre de ces technologies numériques pour des fins pédagogiques est la seule solution pour achever l’année en cours dans les bonnes conditions. De ce fait, ces derniers sont tous favorable pour la directive du ministère de la tutelle destinée à cet effet.

Interprétation des résultats

L’étude exploratoire à travers des entretiens semi-directifs auprès des enseignants chercheurs responsables dans différentes structures (département, facultés, rectorat, etc) ainsi qu’auprès des enseignants chercheurs dans différentes facultés (faculté SHS, Faculté Technologie, Faculté SEGC) a révélé des résultats satisfaisant par rapport à la première hypothèse où nous considérons que l’enseignement à distance est une solution provisoire pour terminer ou valider l’année en cours.

Solutions provisoires pour le moment : complémentarité entre enseignement en présentiel et enseignement à distance

Directives du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique 

La nouvelle directive concernant le virement de situation de l’enseignement en présentiel classique vers l’enseignement à distance en utilisant les technologies de l’information et de la communication à travers les plateformes d’apprentissage à distance telles que Moodle, e-learning, zoom, etc est instaurée dans des circonstances particulières concernant la crise sanitaire du Covid-19 que traverse le monde entier et l’Algérie en particulier. Les universités algériennes ont arrêté complètement l’activité pédagogique. Le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique algérien envisage ce mode d’apprentissage à distance comme solution provisoire pour le moment car l’année en cours n’est pas encore achevée et l’année prochaine (2020/2021) n’a pas encore commencé et demeure débuter avec un retard conséquent.

« Nous avons envisagé de continuer l’année en cours à travers les moyens technologiques, pour ce faire, nous avons mobilisé des moyens technologiques et logistiques. L’université de Béjaia à titre d’exemple a mis en œuvre la plateforme e-learning à la disposition de tous les enseignants et étudiants. Les enseignants vont désormais soit déposer leurs supports de cours sur la plateforme, soit programmer une visioconférence avec les étudiants pour un cours en ligne, ou, avec l’administration pour des réunions pédagogiques (Comité Pédagogique, conseil scientifique, comité scientifique, etc). Les étudiants consultent leurs cours en ligne, interagir, collaborer, échanger et s’adapter (Jouët, 2000), en ligne pour des questions/réponses concernant leurs cours, TD, TP, etc) (Propos du recteur de l’université de Béjaia recueillis par l’auteur).

Ce mode d’enseignement considéré comme étant une solution provisoire va permettre essentiellement aux universités à travers toutes les équipes pédagogiques, administratives, etc de terminer l’année en cours et l’a validé.

« Nous avons été destinataire d’une directive émanant du ministère tutelle. Cette dernière concerne le recours aux technologies numériques à travers les différentes plateformes destinées dans ce sens comme alternative garantissant la continuité pédagogique ». (Propos du vice-recteur chargé de la pédagogie de l’université de Béjaia recueillis par l’auteur).

Concernant la faisabilité et l’opérationnalisation de la procédure, cela se fera tel qu’il a été dicté par le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique par le recours aux cours à distance via les plateformes désignées adéquates et correspondent au contexte technologique algérien.

« Nous avons averti tous les enseignants et étudiants de la nouvelle directive concernant l’utilisation des TIC à travers les plateformes d’enseignement (Breton, Proulx, 2002) venant du ministère tutelle via emails professionnels, sur la plateforme e-learning, affichage, etc » (Propos du chef de département des sciences humaines de la faculté SHS de l’université de Béjaia recueillis par l’auteur).

Le ministère de la tutelle a déployé dans ce sens les moyens techniques et logistiques nécessaire pour réussir cette opération. A cet effet, le ministre à ordonner via un communiqué officiel aux directeurs des universités et à la communauté universitaire d’opter pour la solution numérique afin de poursuivre les cours, travaux dirigés TD et les travaux pratiques TP via les plateformes désignées pour chaque université.

Remplacer les cours en présentiel afin de terminer l’année en cours 

Nous considérons dans cette période de crise sanitaire Covid-19 où l’enseignement en présentiel est arrêté pour des raisons de santé publique, le recours à un mode d’enseignement à distance ou en ligne est manifestement une solution alternative pour reprendre les cours, les conférences, TD, etc,

« Nous avons opté pour ce mode d’enseignement depuis la réception de la directive de la part du ministère et nous avons mis en application toutes les mesures nécessaires pour lancer ces technologies en faveur des étudiants (Proulx, 2002) » (Propos du doyen de la faculté des SHS de l’université de Béjaia recueillis par l’auteur)

Les enseignants se sont adaptés à ce mode d’enseignement et ils se sont appropriés (Serge Proulx, 2006) ces technologies en se servant des différentes expériences qu’ils ont cumulées lors de leur parcours universitaire ainsi qu’à travers les formations proposées par le ministère et réalisées à l’université de Béjaia dans le cadre de l’accompagnement des enseignants nouvellement recrutés concernant la mise en œuvre des plateformes numériques dans l’enseignement.

« Nous avons suivi une formation sur l’utilisation des technologies numériques dans l’enseignement et la recherche (Breton, Proulx, 2002 : 256). Nous avons eu la chance d’apprendre comment utiliser ces technologies pour élaborer, concevoir, faire des scénarios des cours à distance, des TD, des TP, des exercices pour examens, contrôle continue, etc. nous avons eu quelques difficultés au début mais nous avons pu surmonter ça et nous nous sommes appropriés ces dernières avec le temps. (Propos d’un enseignant du département des sciences économiques de l’université de Béjaia recueillis par l’auteur)

Les résultats de l’enquête du CREAD nous renseignent également que malgré la nouveauté de l’expérience dans l’enseignement à distance, cela n’a pas empêché les enseignants à assurer leurs cours. Ce qui confirme la première hypothèse où nous considérons que l’usage de ces plateformes d’enseignement à distance est majoritairement considéré comme solution provisoire pour le moment. Les usages et appropriation des TIC à travers ces plateformes d’enseignement à distance par les enseignants en tant que tuteurs et étudiant en tant qu’apprenant nous montre clairement les avantages d’une telle démarche.

Alternative pour valider l’année en cours 

Pour une continuité pédagogique des cours, TD et TP, le ministre de l’enseignement supérieur a instruit tous les directeurs des universités algériennes d’opter pour l’enseignement à distance (directive du 02 avril 2020) comme alternative à l’enseignement en présentiel afin de terminer et valider l’année en cours. Les enseignants ont massivement adopté (Flichy, 1995) ce mode d’enseignement via les TIC.

« En tant que premier responsable de l’université, j’ai demandé à tous les doyens de facultés, le staff administratif de veiller à exécuter la directive du ministre de la tutelle. Cela a pour objectif fondamental d’achever l’année en cours tout en mettant en exergue les avantages de ces technologies numériques pour concevoir, diriger, etc les cours, TD et TP pour les étudiants » (Propos du recteur de l’université de Béjaia recueillis par l’auteur).

Les enseignants ont adopté (Chambat, 1994) ce mode d’enseignement afin de remplacer l’ancien mode qui est le présentiel (Graham, 2006).

« Nous avons accepté d’utiliser ces technologies numériques. Ceci n’est pas un choix pour nous, en revanche, nous considérons que c’est la seule solution pour terminer l’année en cours ».  « Propos d’un enseignant permanant de l’université de Béjaia recueillis par l’auteur ».

 Mode d’apprentissage qui s’impose dans le futur ou Prémices d’une réalité en termes d’approche mixte d’enseignement

Impliquer l’enseignement et la recherche dans une nouvelle dynamique 

Plusieurs orientations de la part du ministère de la tutelle concernant le recours aux technologies de l’information et de la communication dans l’enseignement. Car selon toujours la même source ces technologies permettent de réduire les distances, gagner du temps, favoriser l’interactivité et la collaboration, l’autonomie de l’apprentissage et du savoir (Moeglin, 2005 : 185), la diversification des ressources. Dans notre contexte algérien où nos universités manquent de structures pour accueillir des effectifs très important d’étudiants surtout en graduation, il est nécessaire de réfléchir dans ce sens afin d’utiliser ces dernières en faveur de la communauté universitaire.

« Nous pensons que ce mode d’enseignement va nous donner l’opportunité de revoir la dynamique de l’enseignement et de l’apprentissage. Ceci en se focalisant sur les nouveaux aspects, les nouvelles configurations, les nouvelles conceptions des cours magistraux, l’orientation et suivi des taches pédagogiques réalisées par les enseignants, le personnel administratif, etc. Nous sommes donc optimistes pour l’adoption de ce mode d’enseignement ». (Propos du doyen de la faculté de Technologie de l’université de Béjaia recueillis par l’auteur).

 Traduire les orientations académiques et de recherche 

Les nouvelles orientations du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique concernent la mise à jour des offres de formation destinées aux différents paliers du système d’enseignement LMD. Ce dernier envisage d’inclure totalement ou partiellement ce mode d’enseignement à distance dans la formation. Quelques réflexions montrent bien la démarche partielle (mode mixte), autrement dit, quelques matières (celles relevant des unités transversales et découverte du système LMD) seront dispensées en mode en ligne et celles relative aux matières de l’unité fondamentale et de l’unité méthodologie seront suivis en mode présentiel. Cette technique demeure une solution qui s’impose dans le futur surtout dans notre contexte algérien où nos universités pour ne pas dire la majorité souffre de manque de locaux pour enseignement des cours, TD et TP en regardant aussi les effectifs d’étudiants qui dépasse largement les capacités des structures pédagogiques en termes de locaux, le nombre de places pédagogiques en service.

« Cette approche mixte d’enseignement à la fois à distance et en présentiel me parait très intéressante et promet une solution à beaucoup de soucis d’ordre organisationnel, pédagogique, etc. notre cas de l’université de Béjaia, nous avons quelques difficultés en termes de locaux pédagogiques. Avec cette solution hybride, nous seront plutôt à l’aise par rapport aux suivi pédagogiques de nos taches » (Propos du doyen de la faculté des sciences économiques de l’université de Béjaia recueillis par l’auteur)

La traduction se fait à travers la formation et l’orientation système d’enseignement vers l’utilisation massive des technologies numériques dans l’enseignement. Cette technique concerne aussi bien les étudiants que le personnel enseignant et administratif.  Former les enseignants et le staff administratif dans l’utilisation des TIC dans l’enseignement et la recherche est une solution pour basculer à tout moment d’un mode à l’autre (résultats de l’enquête menée par le CREAD). Tenir compte des initiatives antérieures concernant les différentes formations accordées aux enseignants en termes d’accompagnement des enseignants nouveaux recrutés chaque année selon les instructions du ministère pourrait booster l’activité pédagogique et de recherche.

« L’université de Béjaia a déjà opté pour cette solution en formant plusieurs enseignants, nous prenons l’exemple des enseignants nouveaux recrutés, tous les enseignant ont subi une formation d’une année dans le cadre de l’accompagnement des enseignants nouvellement recrutés, directives du ministère de la tutelle pour les directeurs des universités. Au cours de ces formations, tous les enseignants ont acquis des cours concernant l’usage des TIC dans l’enseignement. Ces cours concernent exactement les modalités de rédaction et conception des cours en ligne. Les cours sont assurés par des collègues professeurs de l’université de Béjaia expérimentées dans le domaine des technologies éducatives et les plateformes d’enseignement en ligne ou à distance. La durée de formation est d’une année selon un programme cyclique. Les enseignants concernés sont tous les enseignants de l’université de Béjaia. La formation est dispensée via une inscription préalable sur le site de l’université rubrique formation e-learning » (Propos de deux enseignants de la faculté SHS de l’université de Béjaia recueillis par l’auteur).  

Conclusion 

La crise sanitaire du Covid-19 a provoqué un arrêt total ou partiel des activités pédagogiques des universités algériennes. Plusieurs conséquences en termes d’organisation et se stratégies pour reprendre les activités d’enseignement, d’encadrement, etc. dans ce cadre, le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique a décidé d’opter pour un enseignement à distance en utilisant les TIC à travers l’usage des plateformes d’enseignement à distance. Les enseignants, le staff administratif et les étudiants se sont vus dans l’obligation d’adopter ce mode d’enseignement afin d’achever et valider l’année en cours (2019/2020).

Notre recherche a tenté d’apporter un éclairage sur la question de l’usage des plateformes d’enseignement à distance par les enseignants et étudiants des universités algériennes en période de pandémie du Covid-19. Notre objectif essentiel est de voir dans quelle mesure l’usage de ces plateformes peuvent être des solutions provisoires et complémentaire afin de valider l’année universitaire en cours et que ces dernières peuvent être également un mode d’enseignement qui s’impose dans le futur. Notre étude exploratoire à travers les entretiens semi-directifs auprès des enseignants, staff et étudiants de l’université de Béjaia ainsi que l’exploitation des résultats de l’enquête quantitative réalisée par le centre de recherche CREAD en 2020 en période de crise sanitaire Covid-19 nous ont permis de confirmer nos deux hypothèses de départ.

Cependant, l’étude de terrain a révélé des résultats satisfaisant concernant la mise en œuvre des plateformes d’enseignement à distance au sein de nos universités algériennes comme solution alternative pouvant remplacer l’enseignement en présentiel (résultats confirmés en majorité par notre étude exploratoire menée par nos soins à l’université de Béjaia). Ainsi, concernant la généralisation de ce mode d’enseignement à l’échelle nationale pourrait se faire à des conditions préalables par rapport à la formation des enseignants, staff administratif et étudiants dans la l’usage et appropriation des TIC et plateformes numériques destinées à l’enseignement et apprentissage (résultats de l’enquête de terrain menée par le centre de recherche CREAD auprès des enseignants de différentes universités, écoles supérieures, centres universitaires, etc.)

Références

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Pour citer cet article

, "L’usage de l’enseignement à distance en Algérie à l’heure de la crise sanitaire Covid-19 : Entre solutions provisoires et un nouveau mode d’apprentissage en ligne qui s’impose dans le futur. Cas de l’université de Béjaia", REFSICOM [en ligne], Communication de crise, médias et gestion des risques du Covid-19, mis en ligne le 11 décembre 2020, consulté le Tuesday 15 September 2026. URL: https://refsicom.org/886


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