Communication, lien social et mobilisation au Congo-Brazzaville

Résumés

Cet article revient sur dix années d’étude et de réflexion sur les enjeux des TIC au Congo – Brazzaville. En nous appuyant sur l’analyse des traces numériques sur les réseaux sociaux Facebook et WhatsApp, nous avons observé que les Congolais utilisent la téléphonie mobile pour une expression de soi et la diffusion des expériences personnelles. Dans le même temps, les réseaux sociaux deviennent des outils de partage des informations généralistes sur le monde, sur le Congo. L’objectif ici est de répondre à des nécessités d’être en contact et de contribuer grâce à Facebook et WhatsApp, individuellement et collectivement au débat public et politique. D’autant que les internautes trouvent dans le réseau une certaine liberté d’expression qu’ils n’ont nulle part ailleurs.
This article looks back on ten years of study and reflection on the issues of ICTs in Congo - Brazzaville. Drawing on the analysis of digital traces on Facebook and WhatsApp social networks, we have observed that the Congolese people use mobile telephony for both self-expression and the dissemination of personal experiences. At the same time, social networks are increasingly becoming tools for sharing general information about the world and about their country, Congo - Brazzaville. The aim in this article is to respond to the needs of being in touch and of contributing, through Facebook and WhatsApp, individually and collectively to public and political debates. All the more so since, through the network, Internet users find a certain freedom of expression that they do not have anywhere else.

Texte intégral
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Table des matières

Les réseaux sociaux numériques désignent un large éventail de plateformes digitales et de services mobiles permettant de créer et de diffuser du contenu sans nécessairement avoir la vocation de mettre en relation des internautes (les réseaux socio-numériques ayant vocation, après constitution d’un profil utilisateur, à encourager l’édification de réseaux et à favoriser le contact entre leurs membres, là où les médias sociaux permettent la production, le traitement de contenus destinés à être partagés et discutés ; Jauréguiberry, 2011 ; Stenger, Coutant, 2013) Sous cette enseigne, on regroupe : des blogs, des wikis (par exemple Wikipédia), des sites de réseaux socio-numériques (Facebook, WhatsApp, LinkedIn, Twitter, Google+, Instagram, etc.), des sites de partage de contenus médiatiques (YouTube, Dailymotion). Ce sont les plateformes, médias, réseaux sociaux qui favorisent le lien social et les interactions entre les membres. Des cyberespaces où les membres créent un profil de présentation pour interagir avec d’autres à des fins amicales, professionnelles ou sur la base des thèmes fédérateurs (centres d’intérêt).

Lors des élections présidentielles du 21 mars 2021 qui se sont caractérisées également par le décès du principal opposant : Guy-Brice Kolelas lors de son évacuation vers Paris et une coupure Internet avec l’impossibilité d’accès aux réseaux, les Congolais ont vécu en huis clos du samedi 20/3/21 au mardi 23/03/21 (date de la proclamation des résultats), beaucoup d’informations avaient circulé sur la campagne présidentielle via les réseaux sociaux.

Avant l’arrivée de la téléphonie mobile au Congo, le téléphone fixe était une rareté dans les foyers congolais. Les Congolais « sur place » n’ont pas un accès régulier du fait des problèmes d’électricité, du débit, ils n’avaient pas tous la culture « réseaux sociaux », ils regardaient en majorité la TV et écoutaient la radio pour s’informer de l’action du gouvernement que la TV nationale diffuse en boucleLa téléphonie mobile a permis, pour les membres d’un même foyer, d’avoir un ou deux portables individuels. Au départ, l’accès à Internet via le téléphone mobile a constitué un élément important dans les usages des TIC pour s’étendre aux réseaux sociaux et à d’autres sites d’informations.

L’arrivée sur le marché de nouveaux fournisseurs et la proposition aux clients des offres multiformes, en attendant le déploiement effectif de la fibre optique, ont permis un développement de l’usage d’Internet. Désormais, tous les téléphones mobiles sur le marché congolais permettent l’accès à Internet et cela va des téléphones haut de gamme aux téléphones low cost « chinois », même s’ils n’offrent pas le même confort mais ils proposent les mêmes options et fonctionalités. La facilité d’accès et l’autonomie ont constitué ici des éléments déterminants. Aujourd’hui, les réseaux sociaux notamment Facebook (2,5 milliards d’utilisateurs dans le monde[1] … Suite...) et Twitter  (152 millions d’utilisateurs dans le monde[2] … Suite...) se présentent comme autant d’outils de débat public.

L’objet de cet article est de faire la synthèse de dix années de recherche scientifique sur les enjeux des TIC au Congo-Brazzaville. Le téléphone mobile fait partie des objets connectés les plus utilisés au Congo (Cheneau-Loquais, 2012). Au Congo-Brazzaville, ce sont les évolutions technologiques, le rôle de l’État, la baisse des prix des forfaits et des téléphones, etc. qui ont favorisé le développement des TIC. Les adaptations locales ont contribué à de nouvelles formes d’appropriation de la téléphonie mobile. L’objectif de cette recherche est de montrer les usages spécifiques de la téléphonie mobile dans un contexte particulier d’usage. Les questions suivantes nous permettront d’analyser les enjeux de cette présence sur les réseaux sociaux : quels sont les messages véhiculés? À destination de quel type d’acteurs? Comment les usages des TIC au Congo-Brazzaville ont-ils contribué à la mobilisation et au renforcement des liens sociaux au Congo-Brazzaville? Quelles sont les interactions rendues possibles par l’objet technique ? Nous allons présenter le cadre théorique et la méthodologie utilisés pour réaliser cette étude. Nous terminerons par l’analyse des enjeux et des limites de ces usages des TIC.

Cadre théorique

Dispositifs numériques, pratiques et usages

Ce travail s’inscrit dans la lignée des travaux de Michel de Certeau (1990) sur les usages des TIC qui se développent selon une logique propre à l’utilisateur et sur l’appropriation par les individus des dispositifs numériques notamment en Afrique (Kiyindou, 2012). Nous nous appuyons également sur les réflexions de Jacques Perriault (1989) qui affirme que l’usage s’élabore et se développe comme une interaction, une négociation entre technologie et utilisateurs. Le courant socio-constructiviste  de Latour affirme l’idée selon laquelle les objets techniques façonnés par le jeu d’interactions se déroulant entre divers groupes sociaux contribuent au processus de constitution des réseaux socio-techniques (Akrich, Callon et Latour, 2006).

Pour analyser la stratégie des acteurs, l’importance du cadre d’action, nous avons fait référence à la sociologie des usages, aux usages des TIC (Proulx, 2015 ; Flichy, 2008 ; Jouët, 2011) notamment dans la sphère publique. Nous avons cherché à comprendre les pratiques du point de vue de l’usager. Nous avons également eu recours à des travaux sur la communication et le développement (Kiyindou, 2010). La citation de J. Perriault au congrès SFSIC Toulon, 2014 nous a paru pertinente : « Ne pas regarder la production, mais les usages et les systèmes de compréhension ». C’est dans ce sens que Breton postule que les contenus diffusés via un support particulier ou les répercussions sociales d’une invention technique en communication ne prennent vraiment sens qu’à travers ce que les usagers font de ces messages, de ces médias ou avec ces objets techniques (Breton, 2003).

Les recherches sur l’autonomie sociale permettent aux chercheurs d’observer que « les individus s’approprient ces outils à des fins d’émancipation personnelle, d’accomplissement dans le travail ou à des fins de sociabilité » (Jouët, 2000, p. 495). Il y a également un contournement des usages prescrits, des formes d’inventivité dans les pratiques ordinaires, du braconnage (de Certeau), des tactiques, un décalage entre usages prescrits et utilisation réelle (de Certeau, 1990).

Médias sociaux et mobilisation

Nous nous référons également à des travaux qui traitent de la construction d’une identité à des fins de mobilisation (Touati, 2012, Miere, 2016) et de la montée en puissance des pratiques amateurs (Granjon, 2001, Cardon et Granjon, 2010 ; Flichy, 2010). Nous nous appuyons sur les travaux de Zeineb Touati sur La révolution tunisienne au sein desquels « les TIC sont vues comme faisant partie des leviers de la mobilisation citoyenne, du fait du rôle joué par les réseaux sociaux numériques dans les mouvements qu’aura connus l’Afrique du Nord à partir de 2011 ». (Touati, 2012). Des chercheurs ont également traité du rôle des médias alternatifs. Les médias alternatifs sur Internet font partie de ce que Fabien Granjon (2005) appelle « l’internet militant ». Il y a une « focalisation sur les espaces d’information et d’expression des opposants aux autorités officielles (cyberactivisme, néo-militantisme) ; on note la présence de jeux croisés des cyberactivistes et cyber-réponses des institutions stigmatisées ou attaquées ». Pour plusieurs auteurs, « les médias alternatifs sont aux antipodes, à contre-courant des idées, des opinions dominantes ou hégémoniques. Le but étant d’informer autrement. Ces médias sont « libres », communautaires, associatifs ou citoyens. Ils sont souvent animés par des opposants à un système politique ou économique ». On parle d’Internet militant lorsque les médias et réseaux sociaux sont devenus des espaces de militantisme politique, de sensibilisation pour un éveil du citoyen, d’éducation et d’information. De nombreux citoyens créent, avec leurs smartphones, des contenus audios et vidéos dans lesquels ils expriment leurs idées et opinions.

Ainsi, les TIC deviennent les lieux de cybercontestation. Elles peuvent porter la parole des citoyens dans l’arène politique. Partout dans le monde, « ils deviennent de puissants lieux de mobilisation collective du fait de l’alternative qu’ils offrent par rapport aux médias traditionnels et aussi parce qu’ils sont mis en perspective et présentés comme des accélérateurs des mobilisations populaires » (Cabedoche, 2013). Nous nous sommes servie également des travaux de notre collègue Aïssa Merah[3]Aïssa MERAH, Université de Béjaia, Algérie, « L’indignation en … Suite.... L’auteur parle de processus de mobilisations informationnelles devant des événements à forte charge symbolique suscitant colère et indignation collectives. L’indignation devient une sorte de contestation politique, elle est porteuse d’espoir, de promesses de changement. Elle permet de sensibiliser à l’engagement. L’activisme se fait généralement autour du discours d’indignation. L’espace populaire est considéré comme contestataire. Cependant, il n’y a pas d’engagement et de structuration des mouvements contestataires.

Les réseaux sociaux permettent de véhiculer les discours discordants aux discours officiels. Les acteurs sociaux et les citoyens ordinaires peuvent poster et discuter sur leur colère, leurs frustrations et le refus de la situation contestée. Pour l’auteur, cette forme d’indignation, parce qu’elle n’est pas appuyée par l’action, donne au contraire un sentiment d’impuissance. La mobilisation en ligne permet une participation politique alternative et non conventionnelle, la sphère publique étant très contrôlée et imperméable aux discours non officiels.

Les réseaux sociaux deviennent le lieu d’expression de la colère, de l’indignation collective, du refus d’une situation contestée. Les conditions d’expression et de participation politique font état de l’aggravation, de la démobilisation de l’opposition, de la neutralisation de la société civile. Les seuls espaces discursifs alternatifs échappent au contrôle et à la spirale du silence. Selon A. Merah, la mobilisation collective sur le terrain est vaine, voire difficile : « les médias et réseaux sociaux, face à la censure, à l’absence de liberté d’expression et d’opinion dans l’espace public, constituent des canaux de diffusion des informations, des idées et des opinions, ce sont de véritables outils de la démocratie participative, sont une alternative pour l’expression démocratique, sont des cyberespaces de mobilisation, de sensibilisation, de conscientisation et d’éducation quand on ne peut accéder aux médias classiques ». Ils véhiculent l’urgence d’agir, de changer une situation indignante en remettant en cause les pouvoirs publics en rendant visible leur échec. L’auteur souligne cependant que l’indignation n’est utile si elle véhicule un espoir de changement à travers des protestations actives et mobilisatrices.

Méthodologie

Pour étudier les dispositifs numériques, les pratiques et leurs usages, il était important d’analyser le contexte de développement des réseaux numériques, de réaliser une identification des nouvelles pratiques de communication, de procéder à la mise en visibilité et débroussaillage de l’imbrication des modes de légitimation, de faire le repérage des pratiques de représentation et de participation politiques. Nous avons également réalisé une analyse des mécanismes de production de la citoyenneté, une étude de la production de contenus. Par ailleurs, nous avons également procédé à un questionnement sur les dispositifs et les logiques émergentes d’instrumentalisation du  politique et à une mise en visibilité des rapports entre environnement digital, constructions identitaires et pratiques de mobilisation et engagement citoyen. Nous avons choisi comme approche épistémologique l’interprétativisme : « L’approche interprétative permet d’appréhender un phénomène dans la perspective des individus participant à sa création, en fonction de leurs langages, représentations, motivations et intentions propres » (Thietart, 2003, p. 42).  « La compréhension du sens que les acteurs donnent à la réalité. Il ne s’agissait plus d’expliquer cette réalité, mais de la comprendre au travers des interprétations qu’en font les acteurs » (Thietart, 2003, p. 23). L’exploration documentaire nous a permis de mieux cerner l’objet de notre recherche. Nous avons procédé à une observation participante sur le terrain.

La collecte et l’analyse des données se sont faites à partir d’une analyse sur (étude des plateformes, etc.) Facebook et WhatsApp, sur une dizaine d’années. Nous avons effectué l’analyse d’une cinquantaine de posts sur Facebook et sur WhatsApp. Il nous a fallu construire une grille d’observation s’appuyant sur des comportements d’usage, les discours autour des usages, l’objet technique utilisé, l’évolution de ces utilisations, etc., et analyser dans le même temps la production des contenus, la fréquence et les modalités de participation des usagers, les formes de langage. Les usagers deviennent producteurs de contenus. Nous avons noté que les traces numériques mettent en avant la visibilité des actions, des contenus, des flux. Il a fallu extraire les données, faire des captures d’écran. Cela nous a permis de procéder à l’observation de la dimension socio-technique des dispositifs, des pratiques, des terrains propices à l’interdisciplinarité. Les limites de cette méthodologie sont la non-neutralité des traces numériques, « la réduction des usages au pragmatisme du faire », l’illusion de la transparence sans restituer les mobiles des engagements en ligne, le fait de s’appuyer sur « l’identité déclarative des candidats ». La communication ne doit pas se limiter aux productions et aux interactions en ligne. Nous avons fait appel à la sociologie de la compréhension pour essayer de comprendre le pourquoi et le comment, les raisons latentes, les systèmes de représentation culturels et idéologiques des individus. Nous avons accordé une attention particulière à la date de publication, aux thèmes, aux pratiques sociales militantes, professionnelles et pédagogiques. Pour réaliser cette étude, nous avons également analysé les comptes Facebook de deux ministres congolais et nous avons réalisé des entretiens auprès d’une trentaine d’usagers, sélectionnés sur les critères de leur participation active sur les pages des deux ministres, leur propre page Facebook et leur appartenance à la communauté congolaise. Nous nous sommes entretenues également avec les deux ministres et trois membres de leur cabinet, à Paris et à Brazzaville. Les éléments de ces entretiens ont été soumis à une grille de lecture.

Nous avons défini les caractéristiques de ces données collectées, établi les relations entre ces données, réalisé une description objective, systématique et quantitative. Nous avons également réalisé 50 entretiens semi-directifs en face à face et d’une durée de 30 à 60 minutes (45 minutes en moyenne). Ces entretiens ont donné lieu à une retranscription pour travailler sur le verbatim original, nous avons pour cela utilisé un support papier.

L’interview se faisait selon les disponibilités des enquêtés. Nous avons saisi l’opportunité de déplacements : Paris, Bordeaux, Toulouse (en France), Washington (USA), Mexico (Mexique). Les questions ont également été posées par voie téléphonique. Il s’agit d’un échantillonnage intentionnel qui permet une diversité de points de vue pour faire émerger des discours variés et contradictoires. Par rapport aux théories mobilisées, à la problématique, aux enjeux, nous avons noté l’émergence des thèmes et sous-thèmes, ce qui nous a permis la retranscription  à partir des thèmes en partie pré-définis et en partie émergents.

Congo : Médias et réseaux sociaux

Notre terrain de recherche est le Congo-Brazzaville, pays d’Afrique centrale. Au Congo, les communications numériques se sont développées parce qu’elles sont pratiques, ont un faible coût et présentent des facilités techniques, du fait qu’elles ne nécessitent pas un savoir-faire particulier pour pouvoir les utiliser. Ce pays se caractérise par une pauvreté de sa population qui s’élève à 4 millions d’habitants. Le chômage y est très important. Il se pose des problèmes de répartition de richesses, d’alternative politique, d’émigration, etc. Le marché congolais enregistre plus de 4,9 millions d’abonnés à la téléphonie mobile sur une population d’environ 4 719 000 habitants (une personne peut avoir 2 numéros ou plus). Le taux de pénétration de la téléphonie mobile est de 102% avec un taux de pénétration d’internet de 30%[4]Chiffres : ARPCE, Agence de Régulation des Postes et Communications … Suite.... Les Smartphones (made in China et low cost) sont presque à la portée de tous. Les Congolais se sont appropriés les outils du Web 2.0.

Les grands médias sont difficiles d’accès  à de nombreux opposants et militants de la société civile. Les contenus des médias publics sont influencés par le gouvernement et le parti au pouvoir. La radio et la télévision nationales versent dans la propagande avec des informations très positives sur l’action du gouvernement, l’absence de l’opposition dans le paysage audiovisuel congolais. Le Congo a été placé 114ème (2018) et 115ème (2017) places sur 180 pays en matière de liberté de la presse selon RSF (Reporters Sans Frontières). Le paysage audiovisuel congolais se caractérise également par l’écoute de RFI (Radio France Internationale) et le succès des chaînes étrangères (Canal +)

L’analyse des messages diffusés sur les réseaux sociaux montre la circulation quotidienne d’une quantité énorme de contenus sur le Congo à travers les médias et réseaux sociaux numériques. Il y a des contenus portant cognitivement et essentiellement sur : la politique, la gouvernance. La plupart des déclarations des opposants et simples citoyens ne sont relayées que par les plateformes digitales. Une situation qui ne concerne pas uniquement le Congo est décrite dans un article de Libération signé par Jean-Pierre Bat[5]Politique Africaine 2.0. … Suite.... L’objet de traces numériques porte également sur des photos : inondations à Brazzaville, immeuble qui s’écroule, actualité politique, procès des opposants politiques, annonces de manifestations et de conférences comme sur « Le Congo que nous voulons », informations religieuses, faits divers, envoi d’articles avec ou non-précision des sources, informations de santé publique, des proverbes et de la sagesse, les extraits de JT, TV5, des exemples de réussite (Botswana, Rwanda).

Les réseaux sociaux permettent aux Congolais d’avoir des informations sur les plateformes digitales. Elles sont préférées aux médias classiques. Des liens internet et des contenus politiques, économiques et sociaux se partagent sur WhatsApp, Facebook. On note l’existence de nombreux blogs, pages et groupes Facebook, groupes WhatsApp sur l’information politique et économique du Congo.

La contribution des Congolais de l’extérieur

La diaspora « noire » est composée des populations issues de la déportation africaine, à l’époque de la traite esclavagiste du XVe au XXe siècle, des migrants et de leurs descendants. Pour les institutions internationales, cette diaspora est le socle des politiques de co-développement. Cette diaspora a vu dans le développement des TIC la possibilité de revendiquer une identité collective noire qui ne cesse d’augmenter, une identité culturelle et ses spécificités et de reconstruire le lien rompu avec la communauté d’origine : « comme si la technologie se mettait soudain à recoller les fragments de la vie sociale, à rompre l’isolement et à souder les fractures » (Kiyindou, 2012, p. 3).

La diaspora a apporté des matériels, projets et compétences, a procédé à l’envoi des portables, a favorisé l’accès à des formations et à des informations, a contribué à l’organisation des Forums organisés en France et au Congo. Les Congolais de la diaspora ont apporté une contribution des experts en TIC visible et active dans les médias. Pendant la crise sanitaire de 2020, avec la fermeture des universités, il y a eu la transmission des contenus pédagogiques, des échanges plus intenses et denses avec des étudiants et des enseignants.

La contribution des Congolais de la diaspora est ici intéressante à soulever. Ils ont apporté matériels, projets, compétences pour le développement du secteur des TIC. En effet, ils ont envoyé des portables à leur famille « restée au pays ». Sollicitée jusque-là financièrement sur des situations d’urgence liées à la famille (hospitalisation, décès, soutien aux plus jeunes comme aux plus âgés, etc.), la diaspora a, depuis, élargi son rôle à des questions liées au développement, depuis l’aide à la constitution d’une prise de conscience politique et à la nécessité de mener des actions concrètes basées sur les besoins du terrain. Ces membres de la diaspora congolaise ont l’opportunité, depuis leur pays de résidence, d’accéder à des formations, à des informations et à des outils pédagogiques. Il y a une prise de conscience du fait que les diasporas possèdent des compétences financières, techniques et intellectuelles. La contribution de cette diaspora correspond également à une réponse à l’appel des autorités congolaises pour mettre au service des habitants et des organisations leurs compétences professionnelles et leur expérience. Il y a eu de la part aussi bien des autorités que des expatriés une tentative d’une « construction sociale des scénarios » sur les avantages de cet investissement et l’amélioration des conditions de vie des populations. Les forums organisés à Paris (France) ou à Pointe Noire, Brazzaville (Congo) et largement médiatisés ont été l’occasion de mettre en avant « les attentes à l’horizon », de présenter les « feuilles de route pour le lendemain »[6]Source : https://calenda.org/435503, appel à communication du colloque … Suite.... La médiatisation des discours politiques sur le « futur technologique » a suscité un espoir de changement dans « les interactions et les pratiques politiques, économiques et sociales ». Le gouvernement congolais s’est engagé depuis quelques années à aider ses ressortissants basés en Europe, en Amérique et en Asie à rentrer au pays afin de résorber le déficit en personnel qualifié et d’améliorer la qualité des prestations dans les domaines de la santé, l’enseignement supérieur et des TIC. Par rapport à d’autres domaines où les dirigeants ont du mal à convaincre les Congolais de la diaspora, les spécialistes des TIC font partie de ceux dont la contribution et la mobilisation ont été les plus actives et les plus visibles dans les médias. Ce sont des personnes passionnées, jeunes, ouvertes sur le monde qui parlent le même langage avec pour principale motivation de tester les nouvelles technologies et faire en sorte qu’elles puissent communiquer, quel que soit l’endroit où elles se trouvent. C’est ainsi que ces Congolais passionnés d’informatique se sont retrouvés, oubliant leurs clivages politiques avec pour seule ambition répondre à la nécessité de développer l’offre de services et de l’accès des populations aux réseaux numériques.

Mobilisation, Communication politique et contribution au débat public

Le développement du haut débit mobile, les réseaux sociaux, les smartphones et les tablettes numériques entraînent une connexion permanente. La convergence numérique  est la tendance de plus en plus affirmée, chez les concepteurs à développer des appareils multifonctions (Alzouma, 2014), le fait d’avoir permis le développement de l’Internet Mobile a permis aux Congolais qui ne pouvaient acquérir un ordinateur pour des raisons de coûts de se connecter sur le réseau. (L’exemple d’un dramatique fait divers révèle et renforce l’intérêt des Congolais pour Facebook). Le 4 mars 2012, l’explosion d’un dépôt d’armes fait des milliers de morts, de blessés et de déplacés. Les Congolais attendront 20h pour avoir des informations officielles sur le sinistre. Entre-temps, ceux équipés d’un smartphone ont pris des photos qu’ils ont posté sur Facebook. Les médias traditionnels, radio et TV étaient très silencieux sur l’événement. Et c’est sur Facebook que s’organisera la mobilisation pour envoyer des dons aux victimes du 4 mars. L’intérêt des Congolais pour Facebook s’est accéléré après cet événement. En effet, avant le développement d’Internet Mobile, c’est dans les entreprises que les possibilités d’accès à Internet ont été les plus intéressantes en termes de débit, d’accessibilité individuelle, de coût (il n’est alors plus nécessaire de se rendre dans un cybercafé). Désormais, les individus vont souvent sur Facebook et sur les sites des individus membres de la diaspora pour s’informer et pour avoir des informations que les médias classiques (TV, radio, journaux, etc.) ne véhiculent pas. Internet permet aux individus d’échapper à la propagande constante d’État sur les médias classiques et offre des alternatives en termes de contenus d’information (Touati, 2012, Miere, 2016). En fait, le développement des TIC a permis à l’opposition congolaise, souvent en exil, de créer des sites Internet : Mwinda, Zenga Mambou, dont l’objet principal est la révélation des affaires scandaleuses concernant les autorités congolaises (arrestations arbitraires, détournements de fonds, difficultés rencontrées par la population, etc.) et offrent la possibilité d’interagir avec d’autres grâce aux forums de discussion, etc. Pour les Congolais, les TIC offrent la possibilité d’une ouverture au monde et pour les opposants aux autorités un mode d’expression privilégié et une possibilité de mobilisation et d’atteindre une partie de la population. En janvier 2021, une mobilisation importante avait permis à l’opposant politique Jean-Michel Mokoko, en prison depuis 2016 de bénéficier de soins médicaux en Turquie.

Le temps de ces retrouvailles passées, Facebook permet de débattre sur des sujets d’actualités, distrayants, mais aussi sur ceux touchant à l’activité socio-économique et politique du pays, pour se faire entendre individuellement ou collectivement (Duclos, 2005, p. 195). C’est l’occasion pour certains de s’indigner des problèmes quotidiens des Congolais : comme le manque d’eau courante, les problèmes d’électricité, de difficultés de transports, etc. La création de groupes Facebook autour de centres d’intérêt est une activité très prisée : des groupes spirituels, communautaires, groupes politiques, groupes d’intérêt professionnel (Professionnels congolais des TIC, Enseignants du Congo) et groupes plus fédérateurs comme Diaspora Congo Brazzaville autour de l’identité nationale (mettre en avant ce que les Congolais ont de commun). Tout individu peut manifester ses idées politiques, participer sans sortir de chez lui, débattre. Facebook devient pour les Congolais un autre Congo, un territoire virtuel où l’on peut échanger dans un groupe (Congo lovers, BDL), discuter avec un ministre, échanger avec d’autres sur la situation du pays et du reste du monde, et partager avec d’autres des sujets d’intérêt individuel ou collectif.

Face à cette communication sur les réseaux sociaux, des hommes politiques du Congo se sont lancés également sur la communication via Facebook et Twitter. Au Congo, deux ministres possèdent une page Facebook très suivie par les internautes. Il s’agit de l’ancien ministre des Postes et des Télécommunications et l’ancien ministre des Zones Economiques et Spéciales (ZES). Les hommes politiques ont développé une communication via les réseaux sociaux pour être plus proches des citoyens et partager, faire la promotion de leurs programmes, s’attirer les électeurs et pour s’attaquer à leurs adversaires. Cette communication leur permet de diffuser une image dynamique, sympathique, moderne, de toucher un grand nombre d’individus en peu de temps, en particulier les Congolais de la diaspora qui sont les plus nombreux à commenter sur les pages Facebook. L’ancien ministre des Postes et Télécommunications est le plus actif, orienté principalement autour de son actualité qu’il publie  souvent en utilisant des photos. Il est membre de plusieurs groupes Facebook. Les hommes politiques les plus actifs sur les réseaux sociaux sont originaires de pays africains anglophones, sur les traces de Barack Obama (candidat victorieux à la présidentielle des Etats-Unis en 2008) qui est devenu populaire du fait de sa communication sur les réseaux sociaux. Les hommes politiques ont compris que pour toucher, sensibiliser leurs plus jeunes citoyens, ils doivent leur parler avec leurs outils (plus que simplement solliciter les outils des publics jeunes et donc leurs formats, il s’agit davantage de s’approprier leurs codes). Cette communication directe avec leurs dirigeants est une nouveauté pour les Congolais peu habitués à avoir des débats contradictoires avec leurs dirigeants et de pouvoir interagir avec eux. Le ministre est invité à s’expliquer sur le retard dans le développement de l’Internet Mobile, sur les problèmes d’électricité, d’eau, sur l’inexistence de formation d’initiation aux TIC dans les écoles, sur l’inexistence d’éducation sur le débat politique. Les individus se posent en journalistes politiques.

Mais ce moyen de communication reste limité, il n’attire qu’un public plus jeune, toujours connecté et « fan » des dernières actualités en vogue sur les réseaux sociaux. Mais pour les personnalités politiques congolaises, c’est plus un objectif de promotion qui est recherché, à destination d’une catégorie de la population, les journalistes, des Congolais de l’extérieur qui sont les plus présents sur les réseaux sociaux ainsi que d’autres dirigeants politiques congolais. Ce sont des individus généralement bien informés sur la politique, des leaders d’opinion ou encore des étudiants et des universitaires, ceux qui ont un intérêt particulier dans le cadre de leur travail ou de leur engagement et ont besoin d’être au courant des actualités des ministres.

Aussi bien le ministère des Télécommunications que celui des ZES ne disposent pas de site Internet institutionnel. Or, les réseaux sociaux se présentent généralement comme un élément d’une stratégie globale dans laquelle on trouve des médias de masse, presse écrite, permanence dans la localité, diffusion d’un magazine, réunions (ouvert à tout public), affiches, site Internet pour une information générale sur l’entité, transmission des débats du parlement, entretien au sein du cabinet, tracts et Facebook ou réseaux sociaux. La « proximité » entre les hommes politiques et les citoyens via les réseaux sociaux semble construite, illusoire, il n’y a pas de véritable débat.

La construction du lien social

En Afrique noire, les expatriés ont joué un rôle important dans le développement des usages des TIC (Miere-Pélage, 2008, p. 162). En envoyant des téléphones pour les familles « restées au pays » des téléphones mobiles qui une fois débloqués pouvaient être utilisés sur place, les Congolais de la diaspora ont trouvé là, le moyen d’être en contact permanent avec leurs familles. Auparavant, au Congo-Brazzaville, il fallait pour joindre un membre de la famille, passer par un voisin dont le domicile est connecté au réseau filaire ou encore utiliser le téléphone professionnel d’un parent ou ami. Cela supposait de prendre rendez-vous, sans garantie ni de la disponibilité de l’intermédiaire ni du bon fonctionnement du réseau. La possibilité offerte par le téléphone mobile d’avoir un lien permanent et la baisse des prix des terminaux dans les pays développés ont été des facteurs très importants dans l’équipement des Africains du continent. Désormais,  il est ainsi plus facile avec un SMS de communiquer le numéro de transfert d’un mandat, d’avoir un accusé de réception, de prendre des nouvelles du dernier-né ou du quartier, de discuter de choses et d’autres, etc. Ce qui a  permis une gestion plus efficace des activités professionnelles mais aussi des activités sociales, le Congo se caractérisant par des relations très denses entre individus et une diaspora très importante. Avec les objets communicants, les individus peuvent transmettre des photos de la vie quotidienne. Nous assistons à de nouvelles formes de sociabilité. L’individu construit désormais son réseau de proximité qu’il nourrit et construit au gré des rencontres ; ce sont des amis des amis, des connaissances que l’on rencontre où que l’on retrouve dans un cadre familial ou amical que l’on rajoute à son réseau pour partager des informations sur soi et des informations plus engageantes. La spécificité de cette communication vient du fait qu’elle dépasse des liens « affectifs ou familiaux ». Aujourd’hui, beaucoup de Congolais ont accès à Facebook via leur téléphone mobile et on assiste à de nouvelles formes d’organisation sociale, d’échange, de discussion mais aussi de débats, sur ce qui se passe « au pays » entre les Congolais qui sont sur le territoire et ceux de la diaspora.  L’analyse des usages de la téléphonie mobile et d’Internet permet de constater une appropriation à des fins d’épanouissement personnel (Jouët, 2000, p. 503) : « J’ai un téléphone qui me permet de gérer mes relations et une page Facebook dans laquelle je peux exprimer mes idées, parler de ma vie de famille, une existence détachée de la communauté » (Dany, agent bancaire, 2018).

Nous observons donc que les individus jouent un rôle actif dans l’appropriation de la technologie (Alzouma, 2014), ils s’adaptent et adaptent la technologie par rapport aux contraintes et aux besoins de leur environnement, font preuve d’ingéniosité, de créativité, ne sont pas des récepteurs, des consommateurs passifs. On note de la part d’une communauté la volonté d’une organisation pour prendre « son destin en main » à travers des espaces ouverts, collaboratifs. Les dispositifs numériques deviennent des outils qui accompagnent une transformation sociale. Les Congolais utilisent beaucoup les réseaux sociaux pour communiquer avec les membres de la diaspora. L’objectif ici est de retrouver des amis, des membres de la famille, de permettre une ouverture au monde, de prendre connaissance et de débattre de différents sujets. Comme partout dans le monde, la première motivation des Congolais dans l’acquisition d’un téléphone mobile est de joindre et de pouvoir être joint, surtout dans un pays où les infrastructures de transport sont défaillantes, de faciliter les transferts rapides d’argent, et de permettre une meilleure circulation de l’information en cas d’urgence. Recréer le lien social ou lutter contre la rupture sociale par l’utilisation des moyens de communication n’est pas chose nouvelle. Une manière pour l’exilé ou le déplacé de reconstruire une nouvelle famille de cœur, constituée des « personnes de son pays » devant la difficulté à communiquer avec des personnes de sa famille élargie. Dans le groupe BDL, les relations sont souvent familières pour des personnes qui ne (se) sont jamais rencontrées, on se souhaite un bon week-end, une bonne semaine, on publie les photos des résultats de la petite dernière on partage ses « coups de gueule » sur la situation du pays, des coups de cœur, des actions, des perspectives, une lecture de l’actualité, etc. voir grâce à des photos ce que ces amis ou parents perdus de vue ce qu’ils sont devenus, quelle est leur vie à l’étranger. Les Congolais ont aussi la possibilité de se faire de nouvelles relations basées sur des causes communes, des passions, des ambitions partagées.

Les Congolais cherchent à travers les réseaux sociaux à construire des liens permanents avec la baisse des prix des smartphones. Ils créent de nouvelles formes de sociabilité.

Les limites de la communication, lien social et mobilisation au Congo-Brazzaville

La communication via les outils techniques présente des limites. L’arrivée de la téléphonie mobile ne s’est pas traduite par une réduction de la pauvreté. L’achat des cartes de crédit pour pouvoir téléphoner représente une dépense supplémentaire pour les familles congolaises dans une situation de précarité, pour la plupart. D’après les entretiens et les observations sur le terrain, des disparités entre les zones rurales et les zones urbaines, entre une grande partie de la population et les élites cognitives et économiques : « les modes d’appropriation dits innovants manifestent en fait des disparités en termes d’accès mais aussi une inégale distribution des compétences techniques et culturelles (éducation) » (Alzouma, 2014, p. 6). Dans les limites, nous notons le manque de prise en compte des intérêts disparates et légitimes des parties prenantes. L’acteur tend à ne prendre en considération que ses propres intérêts. Ils n’y a pas d’aspects collectifs et rationnels. Nous observons également la non-prise en compte de la variété des acteurs et des profils et objectifs différents (Callon, 1986 ; Latour, 1989). Il y a un vol de l’intimité, le manque de formulation collective des problèmes, un manque de prise en main d’initiatives. Or le partage des informations contribue à l’information, à la construction du lien. Il n’y a pas de transformation identitaire pour permettre de mobiliser le maximum de personnes. Dans les appropriations des initiatives locales, il y a un manque de ressources humaines qualifiées, les exemples cités sont des cas uniques. On observe une limitation des possibilités de généralisation mais cela ouvre des perspectives de recherche intéressantes.

WhatsApp se révèle finalement être un outil de transmission des informations et de construction d’un lien digital entre deux ou plusieurs individus. Cependant, les individus n’ont pas forcément de liens entre eux. Les liens ne sont entretenus que par la diffusion des informations. La lecture des documents devient chronophage, elle prend du temps et de la place sur les portables, elle concourt à la saturation de l’appareil et demande un nettoyage permanent. Les documents proposés ne vont pas forcément vers une ouverture au monde et un développement d’un esprit critique. Les images sont envoyées sans précaution, sans mot d’explication : un immeuble qui s’écrase, des images violentes coexistent à côté des vœux de Pâques, de souhaits de bonne journée. Les sources des images sont souvent ignorées : « j’ai rencontré une ancienne amie dans un train, je lui ai transmis mes coordonnées pour pouvoir échanger avec elle mais le lendemain, elle s’est mise à m’envoyer des images religieuses, j’ai bloqué son adresse » (D., 47 ans, Bordeaux). Internet mobile n’est pas accessible à tout le monde. Les individus évoluent dans un environnement matériel et technologique inadéquat du fait de l’absence de conditions minimales pour faire fonctionner les appareils, mettant ainsi les usagers dans l’obligation de « se débrouiller ». Il n’y a pas, dans les quartiers populaires, des boutiques modernes de téléphonie moderne. Nous avons noté également une insuffisance, voire une absence de formation d’initiation à l’usage, à l’apprentissage, à la pratique, à l’utilisation des Technologies de l’Information et de la Communication dans les écoles du Congo. L’Internet mobile se développe certes, mais ne concerne qu’une petite partie de la population congolaise.

Il n’y a pas d’émergence d’un véritable groupe de propositions avec des actions sur le terrain. Cette communication ne se traduit pas par un renouveau du débat public ni la mise en avant des revendications collectives ou des initiatives citoyennes (pétition, boycott) et l’organisation de l’action militante (mobilisation, structuration, visibilité). Il n’y a pas réellement de « Débat public et politique » (interactions).  Les informations diffusées ne concernent qu’une minorité de la diaspora : hyperconnectée, active, engagée politiquement. Cette communication ne s’intègre pas dans une stratégie globale de communication. Lorsque l’on analyse la communication du Ministre, les commentaires et les interactions, on observe que les échanges, le partage des statuts, les commentaires ont lieu souvent avec les congolais de la diaspora. Au Congo, il n’y pas de plateforme d’échange avec les partis politiques, pas de programme politique, pas de débat autour de projets de société. Il s’agit de la contestation du pouvoir en place, des formes de dénonciation ; de montrer le décalage entre les discours et la réalité, ce qui accentue auprès des populations sur place un sentiment d’impuissance au sens de A. Merah. Du fait que cette contestation numérique n’est la plupart du temps pas porteuse d’espoir et ne véhicule pas une promesse de changement.

Conclusion

L’objectif de cet article était de montrer qu’il y a une diversité des pratiques, que les individus peuvent détourner les usages des dispositifs numériques. La spécificité du contexte congolais éclaire sur de nouveaux usages et détournements des TIC avec le renforcement des liens sociaux, la communication avec les membres de la diaspora et la diffusion des contenus militants et leur diffusion via le Web qui permet la mise en place d’une communication politique alternative. Cependant, les disparités sont importantes à relever : l’accès n’est pas le même, il n’y a pas d’usages et de pratiques identiques (beaucoup de Congolais ne sont pas équipés de smartphone et n’ont pas les moyens de lire des informations sur Internet). Cependant, nous notons, une appropriation des initiatives locales et dans le même temps un manque de ressources humaines qualifiées, une limitation des possibilités de généralisation possibles et des perspectives de recherche intéressantes.

Nous pouvons cependant noter sur les dix années de recherche scientifique au Congo que l’insertion des TIC dans la sphère privée et professionnelle a permis, un développement d’une expression individuelle partagée : « la culture de l’entre-soi » (Cabedoche, 2013) : des individus qui communiquent avec d’autres dans la fonction expressive du langage via les réseaux sociaux, une ouverture au monde, un accès aux informations diffusées par les opposants aux autorités locales, une appropriation à des fins d’épanouissement individuel (Jouët, 2000) et collectif, des échanges plus intenses avec la diaspora (Kiyindou, 2012), une mobilisation politique individuelle et collective, une communication politique numérique via les réseaux sociaux (Miere, 2017).

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Pour citer cet article

, "Communication, lien social et mobilisation au Congo-Brazzaville", REFSICOM [en ligne], Métamorphoses de l’action citoyenne sur les réseaux numériques, mis en ligne le 28 février 2022, consulté le Tuesday 15 September 2026. URL: https://refsicom.org/1048


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