Penser les pratiques face au numérique : regards croisés Nords- Suds

, et

Résumés

Ce douzième numéro de REFSICOM favorise, en priorité, la promotion de la recherche en Sciences de l’information et de la communication autant en France que dans les pays des Suds et dans les espaces francophones de manière générale. Les contributions abordent des objets transversaux portant sur les enjeux et les problématiques intéressant aussi bien les chercheur-e-s des Nords que les chercheur-e-s des Suds tant sur le plan épistémologique qu’empirique. Elles démontrent que les préoccupations des scientifiques accompagnent l’évolution de nos sociétés et pensent les sujets et problématiques que cette évolution engendre.
This twelfth issue of REFSICOM promotes, among other things, the promotion of research in information and communication sciences both in France and in the countries of the South and in French-speaking areas in general. The contributions address cross-cutting objects relating to the issues and problems of interest to both researchers from the North and researchers from the South on an epistemological and empirical level. They demonstrate that the concerns of scientists accompany the evolution of our societies and think about the subjects and problems that this evolution generates.

Texte intégral
A+ A-

Le douzième numéro de REFSICOM qui se donne comme objectif de « Penser les pratiques face au numérique : regards croisés Nords- Suds » est guidé par les grandes lignes de la politique éditoriale de la revue qui défend, entre autres, la promotion de la recherche en sciences de l’information et de la communication autant en France que dans les pays des Suds et dans les espaces francophones de manière générale.

Les thématiques des contributions de ce numéro abordent des objets transversaux portant sur les enjeux et les problématiques intéressant aussi bien les chercheur-e-s des Nords que les chercheur-e-s des Suds. Elles confortent notre projet éditorial initial si ambitieux de créer un espace commun de dialogue, d’échange et de débats qui s’érige comme un lieu de mise en circulation des approches diverses autant sur le plan épistémologique qu’empirique. Cet espace se positionne également comme un symbole des préoccupations de scientifiques dont la réflexion accompagne l’évolution de nos sociétés et les sujets et problématiques engendrés par cette évolution. Il serait ainsi un lieu pour la valorisation de cette réflexion et son partage afin de mettre en perspective les diverses lectures de faits sociaux et l’apport des scientifiques au développement et à la compréhension des sociétés actuelles.

Dans le premier texte de ce numéro, Rose Mama Diouf développe une réflexion sur les enjeux éthiques de l’usage des réseaux sociaux numériques par des jeunes Sénégalais et Français à partir d’une étude empirique qui montre une des facettes de bouleversement de nos sociétés actuelles. Son interrogation sur le plan éthique permet de questionner les pratiques et usages de manière intelligente. Elle offre avec son approche comparative une lecture à cheval entre la philosophie et les Sciences de l’information et de la communication et des réponses aux enjeux éthiques de l’usage des réseaux sociaux numériques par des publics jeunes. Entre sphère de divertissement et de mise en scène de soi mais aussi de mise en danger de la santé, de promotion de l’esprit de révolte, de rejet des politiques, etc., on assiste une sorte de réinvention de la « vérité ».

Dans le second texte de ce numéro, Ibrahima Sarr et Mouminy Camara se penchant sur les rôles et repertoires symboliques des Premières dames du Sénégal depuis l’indépendance de ce pays en 1960. En retraçant leur gestion de leur image, leur différence d’influence sur le pouvoir et leur mise en scène de soi, ils mettent en exergue les enjeux et modalités de cette représentation auprès des médias ainsi que le reflet qu’elle engende auprès des citoyens sénégalais. Après l’arrivée au pouvoir de son époux en 2012, Marième Faye Sall devient la première noire musulmane Première dame incarnant ainsi l’image de la femme sénégalaise défendant un modèle qui s’enracine dans la tradition du pays et marqué par la mise en avant de ses valeurs, de ses attitudes et de ses idéaux.

Dans la troisième contribution de ce numéro, Kacou Goa et Tagnon Christian Renaud Gandaho nous proposent une étude empirique à partir du cas « d’Orange villages » en Côte d’Ivoire lors de la projection des matchs de football pendant les grands événements sportifs comme la Coupe d’Afrique des Nations et la Coupe du Monde de Football pour penser l’événementiel sportif et la stratégie de positionnement de marque. En rappelant l’importance de l’événementiel comme outil de communication de proximité physique et émotionnel, ils soutiennent que les enjeux des lieux de l’événementiel permettent une lecture fondée sur l’image de marque et la notoriété d’entreprise. On observe de la sorte, dans un contexte africain, les formes et modalités de cette action comme stratégie de marque qui entend frapper l’esprit des consommateurs in situ mais surtout à long terme pour assoir une suprématie face à la concurrence.

Dans le quatrième texte de ce numéro, Adil Mouttaki observe au prisme d’une étude empirique les enjeux qui entourent les représentations des villes intelligentes. L’exemple de la ville de Rabat au Maroc se posant comme une smart city, faisant penser à d’autres métropoles au niveau international, renvoie aux différentes pratiques et interprétations des dispositifs de la « smart city » mais également aux discours et logiques politiques de développement numérique dans ces métropoles. Interrogeant ces représentations empreintes d’utopies technicistes, l’article pense les notions de l’intelligence et de l’intelligence artificielle à l’aide d’un cadre théorique faisant références à la psychologie. La mise en place d’un tel dispositif est l’occasion de penser les pratiques des publics et les discours politiques des Suds sur les TIC. Elle permet également de questionner les modes de gouvernance valorisant la mise en œuvre et l’adaptation, qui se veulent l’incarnation d’un système « typiquement marocain » au contexte des Suds, d’un modèle de technologie digitale issu des Nords.

La cinquième contribution de ce numéro revient sur un sujet d’actualité liée à la crise sanitaire et ces ramifications sociales et politiques. En effet, Simon Ngono, Mathis Dabbene, Manon Pitou, Alizée Sontag et Audrey Zitte analysent les répertoires d’action et les formes numériques de mobilisation collective des « anti-passe sanitaire » à La Réunion lors de la pandémie de Covid-19. Ils se penchent sur les formes et modalités des réseaux sociaux numériques comme moyens de mise en circulation de l’information et de coordination des actions collectives du militantisme et des mouvements contestataires. La mobilisation d’une approche empirique permet de montrer les potentialités des plateformes et réseaux numériques dans la mobilisation citoyenne. Malgré leur puissance, ces outils demeurent tributaires de la capacité d’organisation, de rassemblement et de mobilisation des citoyens. Les auteur-e-s démontrent ainsi les limites des thèses technologiques.

Le dernier texte de ce numéro se veut une critique du fonctionnement actuel des pratiques professionnelles journalistiques et leur rôle sociopolitique. Éric Le Ray s’interroge ainsi sur la fin du journalisme et des journalistes dans une ère post-industrielle marquée par de nouveaux usages et pratiques dans le domaine de l’information et de l’éducation par et face aux médias. Au prisme des pratiques et du numérique, il montre l’importance du questionnement sur le plan gouvernance démocratique et des libertés individuelles et collectives. Face à univers médiatique et un numérique dominés par de grands groupes d’information ou des entités comme les « GAFAM », c’est le pouvoir et les libertés d’information qui sont en jeu dans ce passage de « l’ère du papier » à « l’ère du numérique ».

Ce numéro permet en somme, au travers de cas empiriques et d’une réflexion critique, de penser des enjeux de société sur le plan culturel, social, politique, économique et philosophique. Il démontre dans son ancrage dans les Sciences de l’information et de la communication la pertinence des approches scientifiques des chercheur-e-s des Nords et des Suds pour penser les évolutions sociopolitiques et économiques du monde actuel.

Nous tenons à remercier également les membres du Comité scientifique qui ont participé à l’évaluation des propositions d’articles de ce numéro :

Amsidder Abderrahmane ; Badulescu Cristina ; Daghmi Fathallah ; El Abbadi Abderrazak ; El Maouhal Mokhtar, Kane Oumar, Laborde Aurélie ; Merah Aissa ; Loum Ndiaga ; Moustir Hassan ; Pulvar Olivier ; Toumi Farid.



Pour citer cet article

, et , "Penser les pratiques face au numérique : regards croisés Nords- Suds", REFSICOM [en ligne], 12 | 2022, mis en ligne le 19 décembre 2022, consulté le Tuesday 15 September 2026. URL: https://refsicom.org/1147


Droits d’auteur

Les contenus de la revue REFSICOM sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.