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En quelques années, le web est devenu un dispositif audiovisuel qui coexiste avec la télévision, le cinéma, la radio et les jeux vidéo. Durant ces années, nous avons vu le passage des premières webcams (Trojan Room Coffee, 1993) ou le lifecasting de Jennifer Rigley (1996-2003) aux premiers blogs vidéo (The Webcam Chronicles (Myhrold, 1997)) dans lesquels des internautes se filmaient face à la caméra de l’ordinateur pour ainsi dire sans montage. Popularisée avec l’arrivée de YouTube en 2001, cette esthétique nourrie par la webcam et bientôt par les jeux vidéo a modelé les vlogs, les webséries (Lonely Girl 15 (Flinders, Beckett et Goodfried, 2006-2008), The Guild (Day, 2007-2013), Noob (Fournier, 2008-) ou Red vs. Blue (Burns, 2003-, etc.) et les webdoc interactifs (Prison Valley (Dufresne, Brault, 2009), Gaza/Sderot (Elmaliah, Muzayyen, 2009) ou Dans les murs de la Cabash (Dréan, 2012)). Créateurs et internautes-spectateurs s’inspiraient des pratiques existantes pour développer de nouvelles plateformes de communication et de diffusion et créer des formes et des pratiques audiovisuelles qui allaient façonner le paysage audiovisuel sur le web.
Ces transformations dans les pratiques audiovisuelles sur le web traduisent une période d’intermédialité (Müller, 2000) (Méchoulan, 2003) faite de reprises et d’expérimentations au cours de laquelle apparaissent et disparaissent des pratiques, des normes et des usages qui définissent le paysage audiovisuel du web 2.0. On a vu la création audiovisuelle se développer sur la base de fractures progressives avec les modèles et les référents qui ont nourri et inspiré ses premiers créateurs et spectateurs. Dit autrement, nous avons été témoins en quelques années de changements dans les séries culturelles (Gaudreault, 2002) (Müller, 2007) qui fondent la création audiovisuelle sur le web : on voit dans la réalisation, la mise en scène ou le montage des PewDiePie (Felix Arvid Ulf Kjellberg, 2010-), Squeezie (Lucas Hauchard, 2011-), Cyprien (Cyprien Iov, 2007-) ou MrBeast (Jimmy Donaldson, 2012) le chemin parcouru depuis les premiers youtubeurs qui trouvaient leurs modèles dans la webcam ou les jeux vidéo.
Au cours de cette période d’intermédialité, on a vu aussi des changements profonds dans le dispositif[1]La notion de « dispositif » est utilisée dans l’esprit des travaux … Suite...de visionnement de ces productions audiovisuelles pour le web façonné et transformé par nos usages du portable et la culture de la connectivité (van Dijck, 2013). Ce dispositif aujourd’hui inclut de façon quasi systématique des plateformes d’interaction, de partage, de vote et d’échange accessibles partout et en tout temps. L’expérience de visionnement de l’internaute comporte des gestes de participation depuis le fait d’accepter le rendez-vous de la mise en ligne, jusqu’à publier un commentaire en passant par ajouter un Thumbs up, partager le lien, lire les commentaires publiés par les autres internautes ou ajouter son vote à un de ces commentaires (Lange, 2008) (Châteauvert, 2021) : l’internaute « connaît » les règles et les usages inhérents à ce dispositif de visionnement qui offre une interaction médiée (Lange, 2019) avec une communauté d’internautes qui se forme en marge et avec le youtubeur.
Dans cette relative standardisation et systématisation des usages et des plateformes, on observe des récurrences dans nos usages des médias sociaux. Aujourd’hui, un internaute qui suit le flux de publication de PewDiePie, Squeezie, Cyprien ou MrBeast sait que chaque nouvelle mise en ligne ouvre une fenêtre de temps (Châteauvert, 2019) de trois ou quatre jours qui rassemble l’essentiel des visionnements et des échanges[2]J’analyse ici des échanges publiés en marge de youtubeurs qui se … Suite... : le fan sait qu’il doit visionner, lire, voter, partager ou commenter dans cette fenêtre de temps s’il veut participer à la communauté qui se reconstitue autour de chaque nouvelle mise en ligne.
Cet effet de normalisation se traduit dans le contenu et la forme que prennent ces commentaires en fonction des youtubeurs et des communautés d’internautes. On observe ainsi ces récurrences dans les sujets (ex. « First », « I love you », « 05 :25 », etc.), dans les lexiques et les orthographes utilisés (ex. « Cool », « LOOOL ») qui deviennent dans certains cas caractéristiques d’une communauté qui se constitue autour d’un youtubeur ou d’un groupe de youtubeurs (Lange, 2007).
Cette standardisation, toute relative qu’elle est, se manifeste dans la dynamique des échanges que déclenche la mise en ligne d’un nouvel épisode. Les « First », « Win » « 10e » ou « Pas le premier », qui abondent dans les premières minutes qui suivent la mise en ligne deviennent rapidement marginaux jusqu’à disparaître des échanges après quelques heures. Un « First » publié trop tard pourra faire l’objet de moqueries de la part des autres internautes. Tout aussi inapproprié, un « First » publié dans les échanges en marge d’une vidéo ASMR apparaît isolé, voire inapproprié, dans une communauté d’internautes qui répond à un autre rapport au temps, celui d’une expérience de visionnement et d’écoute qui requiert calme et intimité.
En m’appuyant sur mes recherches sur les commentaires que les internautes publient en marge de leurs expériences de visionnement sur le web, j’aimerais ici explorer plus avant le rôle de ces échanges dans l’expérience de visionnement des internautes. La question mériterait de réunir de vastes équipes interdisciplinaires et des outils théoriques et méthodologiques issus de toutes les disciplines, de tous les champs, qui pourraient conduire des enquêtes sociologiques, questionner les facteurs et les enjeux qui motivent des personnes à inclure dans leur expérience de visionnement sur le web, des gestes de participation communautaire sous la forme de vote, de partage ou de commentaires.
Face à cette vaste question, j’aimerais ici esquisser un cadre d’analyse de ces commentaires qui vise à faire ressortir des variations, des écarts et des mouvements qui animent les échanges que publient les internautes en marge de leur expérience de visionnement. Dans la foulée des travaux de Jean-Claude Domenget (Domenget et al., 2015) (Domenget, 2018) et de Roger Odin (Odin, 2011), une première analyse temporaliste et sémio-pragmatique a permis de dépasser l’impression première d’échanges fondés sur la seule culture de l’instantanéité (Domenget, op. cit.) pour laisser apparaître des publications traversées par des variations et des mouvements au gré des heures et des jours (Châteauvert, 2019, op. cit.) (Châteauvert, 2021, op. cit.). Dans l’esprit de cette recherche, je veux ici explorer ce que ces commentaires peuvent nous enseigner sur les dynamiques qui animent au fil des minutes, des heures et des jours, les communautés qui se créent autour des youtubeurs et questionner le rôle de ces échanges dans l’expérience des internautes.
Je conduirai cette réflexion en trois temps. Dans un premier temps, je présenterai des critères d’analyse qui permettent de faire ressortir des dominantes et des mouvements dans les échanges qui se tissent autour des youtubeurs. Dans un second temps, j’explorerai des cycles récurrents dans ces échanges qui créent l’empreinte temporelle d’une communauté d’internautes qui suivent un youtubeur. Dans un troisième temps, je propose d’ouvrir une réflexion sur ce que le moment de publication d’un commentaire peut révéler sur les synergies qui se tissent entre médias sociaux et réseaux sociaux dans ces expériences de visionnement sur le web. À terme, l’objectif est de faire ressortir des facteurs qui pourraient contribuer à expliquer la raison d’être de ces commentaires dans l’expérience de l’internaute.
L’analyse de la dynamique des commentaires
Au fil de mes recherches, j’ai développé quatre critères d’analyse qui permettent de discerner des écarts et des mouvements dans les commentaires que publient les internautes en marge de leur expérience de visionnement (Châteauvert, 2021, op. cit.) : le moment de la publication (au moment de la mise en ligne, dans les premières heures, le lendemain, etc.) ; le ou les destinataire(s) affiché(s) ou suggéré(s) (le youtubeur, la communauté, d’autres internautes ou sans destinataire explicite) ; leur objet (ils ont pour sujet une expérience de visionnement, le contenu ou la réalisation de la vidéo, le youtubeur, la communauté d’internautes, d’autres commentaires, etc.) ; enfin, l’intentionalité (Searle, 1985 ; Kaufmann et Clément, 1996) qu’affiche un commentaire par sa formulation, son destinataire, son contenu, le moment de sa publication, etc. qui, par leur dynamique, visent à satisfaire à ses conditions de réalisation (ouvrir les échanges, participer au flot d’activités, s’afficher dans un échange avec des membres de la communauté d’internautes ou avec le youtubeur, s’afficher comme créateur, etc.). Souples et non exclusifs, un commentaire pouvant couvrir plus d’un sujet ou interpeller différents destinataires[3]On peut lire des commentaires dans lesquels des internautes interpellent … Suite..., ces paramètres se combinent de différentes façons pour faire ressortir des récurrences et des mouvements qui traversent ces commentaires que publient et lisent les internautes en marge de leur expérience de visionnement.
Une typologie des échanges
Pour les besoins de mon analyse, je m’appuierai sur ces paramètres pour distinguer six catégories de commentaires qui animent les échanges que déclenche la mise en ligne d’un nouvel épisode de deux youtubeurs connus, PewDiePie et Squeezie[4]Les Annexes 1 et 2 présentent les portraits temporalisés de ces … Suite....
Les Ouvreurs
Au regard de nos quatre critères, ces commentaires ouvreurs peuvent être ainsi décrits :
– temps de publication : ils sont publiés pendant ou même avant le visionnement, dans les premières 2-3 minutes qui suivent l’annonce de la mise en ligne d’une vidéo qui peut durer plus de 10 minutes ;
– destinataire : écrits avec des formules brèves, ils n’affichent souvent ni locuteur ni destinataire ;
– objet : ils ont pour objet une place que revendique l’internaute dans ces sous-communautés qui sont, selon les « genres » et les modalités de diffusion, actives au moment de la mise en ligne ;
– intentionalité : ces commentaires ont pour finalité d’afficher leur auteur parmi les premiers internautes qui ouvrent les échanges. Un commentaire « ouvreur » publié trop tard ou en marge d’une vidéo qui ne suscite pas de course pour ouvrir les échanges perd sa raison d’être.
On retrouve parmi ces commentaires « ouvreurs » une véritable déclinaison en fonction de leur place dans cette course que déclenche la mise en ligne : « premier », « second », « 10e », « pas le premier », etc. traduisant une place que revendique l’internaute dans cette sous-communauté qui se tisse autour de la mise en ligne. En ce sens, on peut parler de gestes à travers lesquels se crée et s’organise une sous-communauté autour d’un point de passage[5]Proulx et Latzko-Toth décrivent ces points de passage tel des points … Suite...(Proulx et Latzko-Toth, 2000) que provoque chaque nouvelle mise en ligne.
Les Réactions
Dans les premières minutes qui suivent la mise en ligne, des « LOL », « Wow », « Cool » ou le « Super!!!! », souvent soulignés de nombreux signes de ponctuation ou d’une émoticône, sont l’occasion pour des internautes d’afficher leur réaction tantôt à l’épisode qu’ils viennent de voir tantôt à l’annonce de la mise en ligne. Ces commentaires de réaction ont pour caractéristiques :
– temps de publication : ils occuperont une partie importante des premiers échanges en marge des youtubeurs PewDiePie et Squeezie et peuvent se prolonger pendant plusieurs heures, pour se raréfier au cours du second jour ;
– destinataire : quasi impersonnels, sans inscription du locuteur, ils ne définissent généralement aucun destinataire sinon occasionnellement le youtubeur (« Cool Pew », « Super Squeezie ») ;
– objet : ils livrent dans leur expression et leur forme une réaction sur le coup du visionnement ou de l’annonce de la mise en ligne et ne disent pour ainsi dire rien de l’épisode qui vient d’être vu ;
– intentionalité : dans un commentaire de réaction, l’internaute affiche un geste de participation à une communauté réunie par leur intérêt, leur enthousiasme ou parfois leur critique à l’endroit du youtubeur et ses vidéos.
Ces commentaires de réaction laissent voir leur écart avec les ouvreurs : là où les premiers se définissent par leur place en amont sur la plateforme des échanges, l’internaute qui affiche un commentaire de réaction s’inscrit au sein d’une communauté plus ouverte, les fans qui suivent un youtubeur d’épisode en épisode. Ces commentaires pourront afficher une réaction négative (« Sucks », « Shit », « Nul »), qui rompt avec le ton des échanges, et souvent afficheront certaines libertés avec l’orthographe ou la ponctuation (« LoooooL », « ENFIIIIN !!! », « Superrrrrr ! », « Suck!!!!!!! »). Dans ces commentaires de réaction, l’internaute apparaît en « clair-obscur » (Cardon, 2008), donnant peu d’information sur lui-même, sinon qu’il suit le vlog ou la série, qu’il accepte le rendez-vous de la mise en ligne et qu’il partage dans les premières heures sa réaction avec cette communauté que réunit chaque nouvelle mise en ligne.
L’adresse au youtubeur
Parmi les commentaires publiés le premier jour de la mise en ligne, certains commentaires se présentent comme des gestes d’interpellation du youtubeur : « Salut Cyprien t’est trop cool et j’adore ta vidéo », « génial vidéo mon gars », « Hope you have a great day too PewDiePie », « Il devient quoi ton studio avec ce fond vert ? », « Squeezie, ta musique est trop bien », «7:54 , Lucas… le jet dans X-Men existe vraiment ».
L’arrivée de ces commentaires introduit une autre dimension dans la dynamique des échanges :
- temps de publication : ces commentaires adressés au youtubeur apparaissent au bout de quelques minutes ou de quelques heures suivant la mise en ligne et se déploient sur trois et parfois quatre jours dans les échanges en marge de youtubeurs tel Squeezie, Cyprien, ou PewDiePie ;
- destinataire : ces commentaires affichent le locuteur et leur destinataire, le créateur du vlog tantôt sous son nom civil tantôt sous son nom de youtubeur ;
- objet : dans ces commentaires destinés au youtubeur, on lira des félicitations, des suggestions pour de nouveaux sujets ou pour la mise en scène, des demandes relatives aux vêtements ou accessoires mis en scène dans la vidéo, des déclarations d’amour et, à l’occasion, des questions sur l’authenticité du youtubeur (« si tu es là, réponds moi», « si tu lie ce commentaire fait moi passer dans la vidéo stp », « si tu existes réellement réponds à mon message ») ;
- intentionalité : ces commentaires ont en commun de revendiquer ou rechercher un lien avec le youtubeur : en marge de son expérience de visionnement, l’auteur du commentaire s’affiche dans un échange (virtuel) avec le youtubeur.
Dans la fenêtre de temps qu’ouvre la mise en ligne d’un épisode, la possibilité d’établir un échange avec le youtubeur semble correspondre à des périodes de grandes activités dans les visionnements et les échanges.
Le commentaire à propos du youtubeur
À l’opposé, sans être exclusif, on lit aussi des commentaires qui ont pour sujet le youtubeur. Ces commentaires visent des sous-communautés d’internautes qui sont tantôt interpellés, questionnés (« est-ce que c’est moi où Squeezie a pris un coup de vieux ? », « Qu’est-ce qui fait Squeezie avec son houdie alors qu’il devrait être en t-shirt ? », « Why did PewDiePie join tiktok? »), tantôt qui demeurent implicites (« Pewdiepie going bald 😊 », « Pour Lucas l’histoire c’est de la science », « he is my best », « I love this guy »).
Ces commentaires à propos du youtubeur dessinent un dialogue avec la communauté que crée et réunit chaque nouvelle mise en ligne :
- temps de publication: dans les échanges publiés en marge de youtubeurs tels PewDiePie ou Squeezie, les commentaires à propos du youtubeur marginaux en ouverture s’imposent rapidement comme un sujet récurrent dans les échanges jusqu’au troisième, voire quatrième jour ;
- destinataire : dans leur formulation, ces commentaires ciblent des sous-communautés d’internautes qui sont parfois interpellés ou questionnés autour d’un sujet, d’une impression ;
- objet : que ce soit pour le critiquer, pour le dénoncer, pour partager leur admiration ou leur plaisir, ces commentaires se présentent comme des appels à partager une vision commune ou une opinion à propos du youtubeur ;
- intentionalité : souvent écrits sous forme de question, ces commentaires participent à un processus de validation pour celui ou celle qui publie, mais aussi pour ceux et celles qui les lisent : en publiant ou lisant ces commentaires sur le youtubeur, l’internaute challenge, corrige ou confirme le regard ou le jugement qu’il porte sur le youtubeur.
Le témoignage personnel
Dans ces commentaires plus personnels, des internautes partagent des émotions, des pensées ou des souvenirs que suscitent le visionnement de l’épisode ou le youtubeur : « Me and my family used to live in a near box factory », « That sound reminds me of an ambulance…I hate ambulances! », « I liked the creepypasta », « 1:34 ya juste un moustquaire en dessous quelqu’un me l’a fait en primaire hehe », « La dernière expérience, je l’avais fais en physique, au collège. Je l’avais trouvé dans un livre Mickey », « J’adore ce jour et arrivée la cape d’Harry Potter ».
Ces témoignages introduisent une dimension personnelle dans les échanges :
- temps de publication: en marge de PewDiePie ou Squeezie, ces témoignages s’imposent au fil des heures pour revenir périodiquement jusqu’au troisième jour après la mise en ligne ;
- destinataire : gestes d’affirmation et de dévoilement de soi, ces commentaires affichent un locuteur souvent sans définir quelques destinataires ;
- objet: ces témoignages disent souvent peu de choses de la vidéo et son contenu, le sujet étant une expérience personnelle que l’internaute partage avec une communauté présente à ce moment des échanges ;
- intentionalité : le geste de dévoilement devient dans ces échanges aussi un geste implicite de socialisation et de validation, autant pour celle ou celui qui publie que ceux et celles qui le lisent. Les échanges en marge de l’expérience de visionnement se présentent alors comme l’occasion d’établir des « liens » avec un groupe de personnes avec lequel l’internaute partage des souvenirs, des impressions ou des idées.
Les squatteurs
Des internautes profitent du succès d’un youtubeur et interviennent dans les échanges pour publiciser leur page personnelle, leur série ou leur vlog : « On vient de lancer notre série. Venez voir », « Please Like my page », « YOUTUBE jangan lupa like saya dan SUBSCRIBE », « One lucky person who likes this will be rich in ten year », etc.
Ces commentaires squatteurs s’affichent en rupture dans les échanges :
- temps de publication: des internautes profitent de l’activité que suscite le rendez-vous de la mise en ligne ou de périodes de grande d’affluence et d’échanges dans la fenêtre de temps qu’ouvre la mise en ligne. Ces commentaires de squatteurs, parfois très présents dans les premières heures, apparaissent ensuite de façon marginale dans les échanges pour réapparaître dans les derniers jours ou les dernières heures lorsque se clôt la fenêtre de visionnement[6]Il y aurait lieu de questionner les facteurs contribuant à cette … Suite... ;
- destinataire: dans ces commentaires, des squatteurs interpellent la communauté d’internautes, tantôt comme individu, tantôt comme groupe ;
- objet: ces commentaires de squatteurs se présentent comme des invitations à découvrir, fréquenter ou aimer d’autres productions et plateformes sur le web ;
- intentionalité: ces squatteurs profitent de la visibilité que leur donne la plateforme d’échanges en marge du youtubeur pour inviter les internautes à venir visiter leurs chaines ou leur page web. Cette finalité se traduit par des stratégies destinées à se distinguer dans le flot des échanges, en répétant par exemple le même commentaire dix ou vingt fois de suite, interrompant littéralement les échanges entre internautes.
Les temps des commentaires
À la lumière de cette typologie des commentaires publiés en marge de youtubeurs tels Squeezie ou PewDiePie, on voit apparaître la nécessité de repenser le modèle de l’instantanéité qui prévaut pour rendre compte de la culture audiovisuelle du web. Si on observe des périodes d’affluence dans les visionnements et les commentaires, le jour de la mise en ligne pouvant concentrer l’essentiel des visionnements et commentaires[7]Dans les corpus analysés en marge de youtubeurs tels PewDiePie, Cyprien … Suite..., on est aussi témoin de variations et de mouvements dans les sujets et la finalité de ces échanges.
Une analyse temporaliste des commentaires publiés en marge de deux épisodes des youtubeurs Squeezie et PewDiePie sur la base de ces six catégories révèle des échanges ponctués de variations et de mouvements dans une fenêtre de temps de trois jours (voir Annexe 1 et Annexe 2). On observe dans le premier graphique de ces annexes une concentration d’activités qui suit la mise en ligne; dans le second graphique, on constate que la place qu’occupent les différentes catégories de commentaires révèle d’autres facteurs structurant ces échanges au fil des heures et des jours : en fonction de leur destinataire, de leur sujet et de leur finalité, les types de commentaires connaissent des périodes d’affluence à différents moments des échanges, de façon unique ou récurrente, et peuvent se décliner sur des périodes de quelques minutes à quelques jours.
Caractéristique d’une communauté qui se (re)constitue autour des épisodes d’un youtubeur, ces variations au fil des heures et des jours reflètent des moments de convergence qui rassemblent des internautes autour d’un sujet, de leur destinataire et de la finalité de leur intervention. On est témoin d’échanges ponctués par des points de passage qui réunissent des sous-communautés éphémères d’internautes qui, dans ces moments de convergence, affichent par leurs commentaires, leurs votes ou leurs présences, partager des intérêts et des attentes dans cette expérience de visionnement. Ainsi, en marge de Squeezie et de PewDiePie, le fan qui veut publier un témoignage personnel sait qu’il devrait publier quelques heures après la mise en ligne s’il veut être lu, s’il veut obtenir des votes ou des réponses à son commentaire. Celui ou celle qui veut partager sa réaction cible l’intervalle des premières heures pour être dans le frémissement qui anime la sous-communauté de fans réunie aux premières heures de la mise en ligne. L’internaute qui veut participer de la course pour ouvrir les échanges sait que tout se joue dans les minutes qui suivent la mise en ligne.
Dit autrement, dans la culture de l’instantanéité et la connectivité, dans une expérience de visionnement qui inclut des plateformes d’échanges et d’interactions, les échanges révèlent des internautes qui investissent des moments précis où visionner, voter, partager, lire ou commenter sont des gestes de socialisation et de validation qui colore leur expérience de visionnement. Ce qui pourrait être juste un visionnement peut alors devenir l’occasion d’une quasi-interaction (Ross, 2013) avec une sous-communauté d’internautes réunie à ce moment par leurs intérêts ou leurs désirs.
La même analyse conduite sur les commentaires publiés en marge d’une série d’épisodes d’un même youtubeur laisse apparaître des variations, mais aussi des cycles récurrents et structurants les échanges dans la communauté de ces fans (Châteauvert, 2020). Des cycles qui traduisent des normes et des usages qui se sont imposés au cours de cette période d’intermédialité et qui reflètent des habitudes de visionnement en fonction de ce que les internautes recherchent dans ces échanges et ces expériences de visionnement. Ainsi, les internautes choisiraient le moment de leur visionnement, de leur partage, de leur vote ou de leur commentaire aussi en fonction des communautés actives à ce moment dans les échanges. Le rendez-vous de la mise en ligne apporterait des périodes de rendez-vous avec des (sous)communautés que les internautes retrouvent et nourrissent à chaque expérience de leur vlog.
L’empreinte temporelle d’une communauté
L’approche temporaliste permet de dépasser l’impression première d’un chaos déclenché par l’annonce de la mise en ligne et de reconnaître d’épisode en épisode des cycles caractéristiques d’une communauté qui se constitue en marge d’un vlog (ex. des points de passage où les échanges forment une série de pics en Annexe 1 versus des commentaires qui dessinent des vagues progressives en Annexe 2). Ces cycles dans les échanges dessinent l’empreinte temporelle d’une communauté qui s’est structurée en marge d’un vlog. Une empreinte temporelle qui permet au membre de la communauté de reconnaître quel commentaire peut être écrit et à quel moment il devrait être publié. Cette empreinte temporelle se construit depuis le visionnement, lorsque l’internaute rejoint la communauté active à ce moment, lorsqu’il choisit et lit des commentaires qui valident et nourrissent son expérience de visionnement.
L’objet-frontière
Lorsqu’il choisit un moment pour visionner, partager, voter, commenter ou lire ces commentaires dans la fenêtre de temps qu’ouvre la mise en ligne, l’internaute ajoute à son expérience de visionnement une dimension de socialisation et de validation. Investi par l’internaute, à ce moment des échanges, le dispositif de visionnement révèle son potentiel d’objet-frontière (Boundary objects).
Les objets-frontières sont à la confluence de plusieurs mondes qui se croisent […] et répondent aux exigences informationnelles de chacun d’eux. Les objets-frontières sont des objets suffisamment plastiques pour s’adapter aux besoins et contraintes des différents utilisateurs, mais suffisamment robustes pour conserver une identité commune d’un site à l’autre. Ils sont faiblement structurés dans l’utilisation courante et deviennent fortement structurés lors de l’utilisation par l’individu in situ. Ils ont des significations différentes selon les mondes sociaux, mais leur structure est suffisamment commune pour permettre à plus d’un monde de les rendre reconnaissables. (Leigh Star et Griesemer, 1989, p. 393)[8]Boundary objects both inhabit several intersecting worlds […] and … Suite...
L’internaute n’a pas à choisir ni à définir l’espace de communication sur YouTube : le dispositif lui permet de glisser entre les rôles de spectateur, ami et interlocuteur du youtubeur, fan actif dans la communauté, créateur, etc. Un objet-frontière que l’internaute peut investir à un moment précis des échanges, un point de passage, pour créer son expérience de visionnement et à travers laquelle, il « se définit dans une (sous)communauté imaginée » présente à ce moment des échanges (Lange, 2019, op. cit., p. 158).
Les conditions d’émergence de cet objet-frontière ne sont jamais assurées ni ne garantissent l’ouverture d’une interaction médiée : l’objet-frontière demeure toujours une construction incertaine, fragile et éphémère que l’internaute crée lorsqu’il investit son expérience, lorsqu’il lui donne corps en choisissant dans les échanges un moment précis pour lire, voter, partager ou commenter. Ces commentaires nous racontent des internautes qui se créent des réseaux de socialité (Cardon et Smoreda, 2014) polarisés, exclusifs et divergents au sein de ces échanges. Ils choisissent dans le flux des échanges des moments où leur présence comme spectateur, lecteur ou sous forme de vote ou de commentaire leur ouvrent des réseaux de socialité : ils ciblent des intervalles de temps où leur expérience de visionnement a le potentiel d’être un objet-frontière entre médias sociaux et réseaux sociaux.
La dynamique de ces commentaires publiés en marge de ces youtubeurs laisse apparaître que le caractère participatif, dialogique et exclusif des publics de ces productions audiovisuelles sur le web se décline dans le temps : l’internaute choisit une sous-communauté présente à un moment des échanges (ou à partir de ce moment) pour valider son regard ou sa perception, pour être vu, lu, aimé ou commenté par un groupe d’internautes avec lequel il partage des goûts et des intérêts. L’internaute participe à créer et souder un « nous » autour d’un point de passage qui s’oppose aux autres internautes (Balleys, 2020, p. 169) qui ne partagent pas les mêmes références ou les mêmes intérêts, qui voudront intervenir autour d’un autre sujet, à un autre moment.
Visionner, aimer, partager, lire ou publier des commentaires traduiraient des moments précis des échanges où les « contacts faibles, fragiles et incertains, omniprésents » de la connectivité semblent aussi forts que ceux de la vie réelle (Cardon et Smoreda, 2014, p. 174).
Réflexions
Au départ de cette réflexion, il y avait une double interrogation : qu’est-ce que l’analyse des commentaires peut nous enseigner sur les dynamiques qui animent les communautés qui se créent autour des youtubeurs et sur le rôle de ces échanges dans l’expérience des internautes ? L’analyse temporaliste des commentaires que lisent et publient les internautes au cours de leur expérience de visionnement d’un youtubeur a permis de revoir l’image d’une participation chaotique fondée sur la culture de l’immédiateté. Le suivi de ces commentaires au fil des heures et des jours a démontré des échanges ponctués de moments et de périodes qui rassemblent des internautes en fonction de leurs intérêts et de leurs affinités. Ces échanges nous racontent des sous-communautés qui se tissent en un instant autour d’un sujet ou d’une finalité, pour disparaître aussitôt ou s’imposer au fil des heures et des jours.
L’analyse temporaliste de ces commentaires révèle des expériences de visionnement que l’internaute définit lorsqu’il choisit dans la fenêtre de temps qu’ouvre la mise en ligne, le moment où il visionne, partage, vote, lit ou publie un commentaire au sein d’une sous-communauté d’internautes présente et active à ce moment des échanges. Alors, son expérience trouve écho au sein d’une (sous)communauté de fans qui gravite autour du youtubeur.
Ces commentaires nous racontent des expériences de visionnement qui brisent les clichés de l’internaute isolé devant son écran, par son écran, ou de la communauté homogène de fans qui suit le youtubeur. Nous découvrons un dispositif de visionnement que l’internaute investit à des moments précis pour créer des quasi-interactions avec des (sous)communautés internautes au sein desquelles il vient définir et valider son expérience de visionnement.
Il suffit de lire et d’écouter ce que ces commentaires racontent pour mesurer la spécificité et la diversité de ces expériences que nous propose le web.
ANNEXE 1
Sur les 30 311 commentaires publiés entre le 12 et le 14 mai 2020 en marge de Siren Head is to Spok 4 me (PewDiePie, 12 mai 2020), un échantillonnage de 5000 commentaires ont été analysés.
Le premier graphique fait un suivi du nombre de commentaires publiés à différents intervalles sur trois jours. L’échantillonnage laisse voir un important phénomène de convergence autour de la mise en ligne. 1238 commentaires furent publiés en moins de 2 minutes, soit 619 commentaires par minute; cette convergence s’amenuise rapidement (219 commentaires/minute, 9.8 commentaires/minutes, 1,6 commentaire/minute, etc.). Cette concentration des commentaires dans les minutes et les heures qui suivent la mise en ligne trouve écho dans les habitudes de visionnement, la première journée pouvant concentrer entre 80% et 90% des visionnements suivant les épisodes.
PewDiePie. Siren Head is to Spok 4 me (12 mai 2020) (nombre de commentaires publiés à différents moments des échanges)
Maintenant lorsqu’on compare la place qu’occupent les différents types de commentaires en prélevant un échantillonnage de 100 commentaires à différents moments des échanges, on observe une série de moments de convergence dans les échanges qu’amorce la mise en ligne.
PewDiePie. Siren Head is to Spok 4 me (12 mai 2020) (place occupée par les différents commentaires)

Ainsi, dans le second graphique, les commentaires ouvreurs bien présents dans les premières minutes disparaissent des échanges après les trente premières minutes. Les commentaires de réaction d’abord discrets connaissent un premier pic (2min-15min) suivi d’un second (1h-4h). Ces commentaires de réaction sont marginaux dans les échanges le second jour pour revenir de façon ponctuelle en ouverture du troisième jour. Les commentaires à propos du youtubeur très présents dans les 2 premières minutes s’amenuisent de façon importante dans les premières minutes pour reprendre progressivement plus de place dans les échanges au cours de la première journée. Ces commentaires à propos du youtubeur connaissent encore d’importantes variations de fréquence au troisième jour des échanges. Les témoignages personnels connaissent un pic quelques heures après la mise en ligne; ils reviennent régulièrement dans les échanges jusqu’au troisième jour. Les adresses au youtubeur dessinent une série d’oscillations qui reviennent ponctuer les échanges pour s’éclipser progressivement des échanges au troisième jour. La présence des commentaires de squatteurs suit la fréquentation des internautes pour remonter dès le second jour lorsque le nombre de commentaires publiés diminue.
ANNEXE 2
Sur les 14 213 commentaires publiés entre le 22 juillet et le 24 juillet 2020 en marge de (J’ai rien compris, mais wow) (Squeezie, 22 juillet 2020), un échantillonnage de 2433 commentaires ont été analysés.
Le premier graphique fait un portrait du nombre de commentaires publiés à différents intervalles sur six jours. L’échantillonnage laisse voir un phénomène de convergence progressif dans les minutes qui suivent la mise en ligne. 511 commentaires sont publiés en moins de 2 minutes, soit 254 commentaires par minute; la fréquence des commentaires ralentit progressivement : 176 commentaires/minute entre 2 et 15 minutes ; 64 commentaires/minute entre 15 et 30 minutes; 59 commentaires/minute entre 30 minutes et 1h; 10 commentaires/minute entre 4 et 8 heures après la mise en ligne. Au second jour, la fréquence baisse à 2 commentaires/minute, puis à 0.06 commentaire/minute au troisième jour.
Cette concentration des commentaires dans les minutes et les heures qui suivent la mise en ligne trouve là encore écho dans les habitudes de visionnement, la première journée pouvant concentrer entre 70% et 85% des visionnements des fans de Squeezie.
Squeezie. J’ai rien compris mais wow (22 juillet 2020) (nombre de commentaires publiés à différents moments des échanges)

Lorsqu’on compare la présence des types de commentaires dans un échantillonnage de 100 commentaires prélevés à différents intervalles dans une fenêtre de 3 jours, on observe encore une fois une série de moments de convergence dans les échanges.
Squeezie. J’ai rien compris mais wow (22 juillet 2020) (place occupée par les différents commentaires)

Dans le second graphique, les commentaires ouvreurs présents dans les premières minutes disparaissent des échanges après quelques minutes. Les commentaires de réaction particulièrement présents à l’ouverture connaissent une chute importante dans la première heure. Ces commentaires de réaction, marginaux dans les échanges le second jour, présentent des fluctuations en fonction des heures de visionnement dans la journée. Les commentaires à propos du youtubeur connaissent un bon éphémère dans les échanges après quelques minutes pour revenir de façon plus importante à partir du troisième jour. Les témoignages personnels s’imposent dans un temps second, dans les heures qui suivent la mise en ligne, pour occuper une place importante dans les échanges à partir du second jour. Les adresses au youtubeur se présentent encore une fois comme une série d’oscillations qui ponctuent de plus en plus les échanges après le second jour. Quasi inexistant en ouverture, les commentaires de squatteurs deviennent plus visibles dans ce corpus à partir troisième jour.
Références
| - 1 | La notion de « dispositif » est utilisée dans l’esprit des travaux de Frank Kessler, comme une combinaison entre « 1) la technologie et les usages qu’elle rend possible, (2) les formes textuelles, les modes d’adresse et les usages auxquels elle donne lieu, et (3) le positionnement ainsi que les possibilités d’action qu’elle offre aux spectateurs ou usagers ». On verra Frank Kessler, «Recadrages : pour une pragmatique historique du dispositif cinématographique», Recherches sémiotiques vol. 31, no 1-2-3, 2011, p.24. |
|---|---|
| - 2 | J’analyse ici des échanges publiés en marge de youtubeurs qui se déclinent sur le mode d’un flux récurrent, soit des épisodes publiés sur la base de rendez-vous donnés aux internautes qui déclenchent une période de visionnement et la publication de commentaires. Un premier recensement de commentaires publiés en marge de vidéo uniques, de médias ou de compléments médiatiques sur le web, de webséries destinées au visionnement en binge-watching, etc., c’est-à-dire des vidéos qui ne sont pas diffusées sous forme de rendez-vous récurrents donnés aux internautes, donne à penser qu’il faudrait développer d’autres critères, voire d’autres approches pour rendre compte de la dynamique de ces échanges. |
| - 3 | On peut lire des commentaires dans lesquels des internautes interpellent le youtubeur et la communauté d’internautes à propos du youtubeur (« Squeezie nous surprend toujours, merci pour tes vidéos, tu es mon idole »). |
| - 4 | Les Annexes 1 et 2 présentent les portraits temporalisés de ces échanges en marge de ces youtubeurs. |
| - 5 | Proulx et Latzko-Toth décrivent ces points de passage tel des points d’eau qui deviennent des lieux de convergence ponctuelle où se rencontrent et peut-être interagissent les voyageurs qui traversent le désert Serge Proulx et Guillaume Latzko-Toth, «La virtualité comme catégorie pour penser le social : L’usage de la notion de communauté virtuelle», Sociologie et sociétés, vol. 32, no 2, 2000, p.117. |
| - 6 | Il y aurait lieu de questionner les facteurs contribuant à cette présence atypique en ouverture et en fermeture des échanges. Parmi ces facteurs, il y aurait lieu de considérer que leur visibilité pourrait tenir à des moments qui échappent au contrôle du gestionnaire des réseaux sociaux (beaucoup de commentaires à gérer en ouverture ; réduction de la surveillance à la fin des échanges). |
| - 7 | Dans les corpus analysés en marge de youtubeurs tels PewDiePie, Cyprien ou Squeezie, entre 70% et 90% des commentaires sont publiés le jour de la mise en ligne d’un nouvel épisode. |
| - 8 | Boundary objects both inhabit several intersecting worlds […] and satisfy the informational requirements of each of them. Boundary objects are objects which are both plastic enough to adapt to local needs and constraints of the several parties employing them, yet robust enough to maintain a common identity across sites. They are weakly structured in common use, and become strongly structured in individual site use. They have different meanings in different social worlds but their structure is common enough to more than one world to make them recognizable, a means of translation. (Susan Leigh Star et James R. Griemeser, « Institutional Ecology, ‘Translations’ and Boundary Objects: Amateurs and Professionals in Berkeley’s Museum of Vertebrate Zoology, 1907-39 », Social Studies of Science, vol. 19, no 3, 1989, p. 393) |
Références bibliographiques
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- Cardon Dominique, « Le design de la visibilité. Un essai de cartographie du web 2.0 », Réseaux, vol. 152, no 6, 2008, p. 93-137.
- Cardon Dominique et Zbigniew Smoreda, « Réseaux et les mutations de la sociabilité », Réseaux, vol. 2, no 184-185, 2014, p. 161-185.
- Châteauvert Jean, « Youtubeurs et webséries : un temps pour commenter », Communiquer. Revue de communication sociale et publique, no 27, 2019, p. 13-34.
- Châteauvert Jean, « Récit sériel sur le web : le temps du “tu” », Télévision, no 11, 2020, p. 43-56.
- Châteauvert Jean, « Le vlog pour espace de communication », Communiquer. Revue de communication sociale et publique, no 31, 2021, p. 35-47.
- Domenget Jean-Claude, « Quelques principes pour analyser les temporalités du Web », dans Valérie Schafer (dir.), Temps et temporalités du Web, Paris, Presses universitaires de Paris Nanterre, 2018, p. 201-216.
- Domenget Jean-Claude, Valérie Larouche et Marie-France Peyrelong, « Reconnaissance et temporalités : Pour un ancrage de ces concepts en SIC », Communication et civilisation, 2015, p. 15-33.
- Gaudreault André, « Du simple au multiple : le cinéma comme série de séries », Cinémas, vol. 13, no 1-2, 2002, p. 33-47.
- Kessler Frank, « Recadrages : pour une pragmatique historique du dispositif cinématographique », Recherches sémiotiques, vol. 31, no 1-2-3, 2011, p. 15-32.
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- Müller Jürgen E., « L’intermédialité, une nouvelle approche interdisciplinaire : perspectives théoriques et pratiques à l’exemple de la vision de la télévision », Cinémas vol. 10, no 2-3, 2000, p. 105-134.
- Müller Jürgen E. « Séries culturelles audiovisuelles, ou: Des premiers pas intermédiatiques dans les nuages de l’archéologie des médias », dans Marion Froger et Jürgen E. Müller (dir.), lntermédialité et socialité. Histoire et géographie d’un concept, Münster, Nodus Publikationen, 2007, p. 93-110.
- Odin Roger, Les Espaces de communications. Introduction à la sémio-pragmatique, Genoble, Les Presses Universitaires de Grenoble, 2011, 160 p.
- Proulx Serge et Guillaume Latzko-Toth, « La virtualité comme catégorie pour penser le social : L’usage de la notion de communauté virtuelle », Sociologie et sociétés, vol. 32, no 2, 2000, p. 99-122.
- Ross Philippe, « Coordination entre production et réception », tic&société, vol. 7, no 1, 2013.
- Star, Susan Leigh et James R. Griesemer, « Institutional Ecology, ‘Translations’ and Boundary Objects: Amateurs and Professionals in Berkeley’s Museum of Vertebrate Zoology, 1907-39 », Social Studies of Science, vol. 19, no 3, 1989, p. 387-420.
- Van Dijck Jose, Culture of Connectivity: A Critical History of Social Media, Oxford, Oxford University Press, 2013, 228 p.

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