Des membres de la communauté portugaise de Montréal (Canada) se penchent sur l’état et l’avenir de leurs médias

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Résumés

Cet article fait état d’une recherche menée auprès de la communauté ethnique portugaise de Montréal (Canada) quant à l’état et l’avenir de leurs médias ethniques. Afin de répondre aux questions de la recherche, des groupes de discussion ont été menés auprès d’acteur·rice·s des médias (propriétaires et collaborateur·rice·s) et de leurs publics (consommateur·rice·s et jeunes). Du côté des acteur·rice·s des médias, les défis se rapportent au financement, à la compétition, au collaborateur·rice·s qualifié·e·s et aux bouleversements générés par les plateformes socionumériques. Du côté des publics, les défis portent sur les contenus et sur le passage obligé vers les plateformes socionumériques. Les pistes de solutions proposées reposent sur plus d’ouverture aux jeunes, aux innovations technologiques et aux contenus bilingues.
This article reports on research conducted with the Portuguese ethnic community in Montreal (Canada) on the state and future of their ethnic media. To answer the research questions, focus groups were held with media stakeholders (owners and contributors) and their audiences (consumers and young people). For media players, the challenges relate to funding, competition, skilled employees, and the upheavals generated by digital platforms. On the audience side, the challenges relate to content and the inevitable shift to digital platforms. The solutions proposed are based on greater openness to young people, technological innovation, and bilingual content.

Texte intégral
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Table des matières

Selon un rapport du Comité permanent du patrimoine canadien (2017), le paysage médiatique au Canada se transforme et traverse de nombreux bouleversements. Les nouvelles réalités auxquelles font face les médias canadiens en général engendrent divers défis, telle la fragmentation du lectorat et de l’audience, la diminution des revenus publicitaires, sans oublier les défis posés par les paysages médiatiques multiplateformes et les nouvelles technologies (Académie de la transformation numérique, 2023). Ces problèmes auxquels sont confrontés les médias traditionnels ne sont pas inconnus aux médias ethniques (Tsai, 2022 ; Ferrer et Retis, 2019). Pourtant, ces médias sont largement absents des discussions sur les défis auxquels sont confrontés les médias grand public (Hayward, 2019 ; Gasher et al., 2016 ; Yu, 2016 ; Smith, 2015 ; Payette, 2011). Dans cet article sont présentés les résultats d’une recherche exploratoire menée auprès de membres de la communauté portugaise de Montréal (Canada) quant aux défis et au futur de leurs médias. Les résultats permettent d’observer une vision plutôt sombre de l’avenir de leurs médias, et ce, quant aux sources de financement, aux contenus et au choix des médiums.

Mise en contexte et problématique

Description et rôles des médias des communautés ethniques au Canada

Les médias ethniques sont des médias produits et consommés par les communautés ethniques dans leur pays d’adoption. Bien que nous reconnaissions les différents termes utilisés en recherche pour désigner les pratiques médiatiques des communautés immigrantes et ethniques dans un pays hôte, nous choisissons délibérément d’utiliser l’expression « médias ethniques » pour les mêmes raisons que Ahadi et al. (2023) et Matsaganis, Katz et Ball-Rokeach (2011). À savoir, que les infrastructures de communication ethnique dans le pays d’installation jouent un double rôle : d’intégration et de complément alternatif à ce qui est déjà couvert par les médias traditionnels. À juste titre, les médias ethniques sont une source d’information pour les membres de la communauté et un véhicule d’intégration dans la société d’accueil (Li, 2009 ; Bloemraad, 2006). Ils sont importants pour la reconstruction continue des identités et des images socioculturelles de leur communauté et de ses membres (Baffoe, 2012) et ils encouragent la mobilisation civique ou politique (Yu, 2016 ; Lindgren, 2014 ; Bloemraad, 2006). Certains médias ethniques au Canada publient l’ensemble ou une partie du contenu de leur(s) publication(s) en anglais ou en français, bien que la pratique la plus courante soit de publier dans une troisième langue (Miller, 2007). Les médias ethniques ont toujours joué un rôle important dans l’articulation de l’identité des communautés. Les médias grand public présentent des lacunes persistantes quant aux représentations des minorités, notamment les différentes communautés immigrantes et leurs cultures (Ahmed et Veronis, 2017 ; Bukhari, 2019). Les médias ethniques sont un atout à la lutte contre la montée de la xénophobie et de l’ethnocentrisme au pays (Zhang, 2019 ; Rigoni et Saitta, 2012 ; Ojo, 2006). En 2018, le Conseil national de la presse et des médias ethniques du Canada regroupait 850 publications membres. Ces médias contribuent à l’économie canadienne via, entre autres, les industries de l’impression (Huston, 2012 ; Miller, 2007).

Les défis propres aux médias des communautés ethniques établies au Canada

Outre les problèmes auxquels font face l’ensemble des médias canadiens, les médias ethniques sont confrontés à leurs propres défis : des revenus publicitaires peu fiables, un lectorat dispersé par l’émergence d’autres sites de nouvelles en ligne, une dispersion géographique des communautés, un déclin de la rétention de la langue maternelle, une perte de la mémoire culturelle ainsi que des inquiétudes quant à la qualité de la presse ethnique en raison des pressions économiques. Tous ces facteurs sapent l’attrait et l’intérêt pour les médias ethniques et leurs formats, en particulier dans les communautés immigrantes qui comptent plusieurs générations.

Questions de la recherche

Les médias ethniques sont donc confrontés à une série de défis qui leur sont propres (Lindgren, 2015 ; Comité permanent du patrimoine canadien, 2017) et certains vivent un déclin, quoique ce phénomène ne soit pas totalement nouveau. Par ailleurs, la fréquence à laquelle cela se produit devient sans précédent et touche diverses communautés au pays, les nouvelles comme les plus anciennes (Zhao, 2017 ; Millette et Proulx, 2013 ; Li, 2009). Les médias ethniques sont à la croisée des chemins. Certains sont au bord de la marginalisation culturelle et risquent de disparaître, privant les communautés d’une source essentielle d’information, de connexion et d’identité (Lay et Thomas, 2012 ; Yu, 2016). D’autres médias ethniques sont en meilleure transition pour relever les défis d’aujourd’hui. Pourtant, les acteurs des médias s’inquiètent de voir les géants des médias du pays « d’origine » gagner des consommateurs et des annonceurs locaux, ce qui met en péril la viabilité économique des médias ethniques locaux. Les communautés diasporiques ont en effet accès à ces médias à l’ère de la mondialisation numérique (Beladi, 2013 ; Millette et Proulx, 2013 ; Aouida, 2009). Dans ce contexte, que réserve l’avenir aux médias ethniques au Canada ? Ces derniers sont-ils équipés pour s’engager sur la voie du changement ? Quels sont les principaux obstacles et défis auxquels sont confrontés ces médias ?

Afin d’apporter des éléments de réponse à ces questionnements, une recherche subventionnée CRSH-partenariat[1] a été menée auprès de la communauté portugaise de Montréal à l’automne 2021. Plus spécifiquement, les questions de la recherche portaient sur la position des médias ethniques de la communauté portugaise de Montréal face à leurs défis, à savoir, comment ces médias perçoivent-ils et abordent-ils les défis à mesure que la communauté évolue ? Également, dans quelle mesure les groupes de la communauté (par exemple, les jeunes et les personnes âgées) jouent-ils un rôle clé dans l’évolution de leurs médias ?

Profil de la communauté portugaise de Montréal (Canada)

Bien que les tous premiers contacts historiques des Portugais·es avec le Canada remontent à cinq siècles, l’immigration portugaise dans ce pays est quant à elle relativement récente. Elle a commencé au début des années 1950 avec l’arrivée massive de travailleur·se·s portugais·es. La première vague était principalement composée d’hommes. Ces derniers venaient combler la demande de travailleurs dans le milieu agricole et de la construction ferroviaire. L’objectif principal de ces hommes était de reconstituer leur famille au Canada (Teixeira et Da Rosa, 2009). À leur arrivée, ils ont trouvé du travail principalement dans la construction, les services et les industries y compris le secteur textile. Des années 1960 au début des années 1980, le parrainage et le regroupement familial ont été à l’origine du processus de « migration en chaîne ». Cette migration en chaîne a constitué l’essentiel de l’immigration portugaise dans la province de Québec et principalement dans la ville de Montréal. Elle a permis de réunir des familles entières d’immigrant·e·s portugais·es au Québec et a influencé les possibilités d’emplois offertes aux nouveaux arrivant·e·s (Moura et Soares, 2003 ; Alpalhão et Da Rosa, 1980).

Depuis les quatre dernières décennies, on assiste à une diminution de l’immigration en provenance du Portugal due aux changements apportés à la politique d’immigration du Canada. La restructuration économique a également modifié le marché de l’immigration au pays, les compétences professionnelles de type « cols bleus » des immigrant·e·s portugais·es étant moins recherchées que d’autres migrant·e·s plus instruit·e·s et qualifié·e·s. La plupart des immigrant·e·s portugais·es venaient de milieu rural du Portugal, et particulièrement des îles atlantiques des Açores. À leur arrivée au Québec, la plupart d’entre elles et eux se sont installé·e·s dans les zones urbaines, près des milieux de travail, et parce qu’ils croyaient que ces lieux étaient les meilleurs endroits pour élever des familles. Dans ce contexte, Montréal est devenue la destination et le « port d’entrée » le plus important pour l’immigration portugaise arrivant au Québec (Teixeira et Da Rosa, 2009). Aujourd’hui encore, une grande majorité des Portugais·es d’origine ethnique (51 585 ou 80,1 %) choisissent de résider dans la région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal. La plupart sont concentré·e·s dans la ville de Montréal (23 120) et 18 080 (78,2 %) d’entre elles et eux déclarent le portugais comme langue maternelle (Statistique Canada, 2022). Nous estimons qu’environ 60 % de ces Portugais·es viennent directement des Açores ou sont des descendant·e·s d’immigrant·e·s Açoréen·ne·s (Teixeira, 2006).

La survie à long terme et l’intégrité des quartiers et des communautés portugaises de Montréal, y compris le Petit Portugal, le noyau autonome et autosuffisant de la communauté, ne sont toutefois pas assurées, et ce, pour plusieurs raisons : la diminution de l’immigration portugaise au Canada ; le départ des Portugais·es de première génération du noyau urbain de la ville vers les banlieues ; les niveaux d’éducation plus élevés parmi les nouvelles générations de Portugais·es ; les menaces internes et externes qui pèsent sur la communauté, y compris l’arrivée d’autres groupes ethniques ; l’augmentation du nombre d’immigrant·e·s et de réfugié·e·s ; la revitalisation et l’embourgeoisement du centre-ville ; et la hausse des prix des logements dans le centre-ville de Montréal et ses environs (Teixeira, 2006 ; 1996).

Il est évident qu’à Montréal et dans ses banlieues, la culture portugaise est en transition et continue de s’adapter à un nouveau milieu. La rétention de la langue maternelle au sein des communautés est un facteur important dans le maintien de l’identité ethnoculturelle et de nombreuses indications montrent que les Portugais·es considèrent que la langue contribue fortement au sentiment de cohésion de leur communauté (Scetti, 2016 ; Oliveira et Teixeira, 2004). La langue portugaise au Québec se trouve dans une phase de transition, les nouvelles générations utilisant de moins en moins la langue maternelle de leurs parents à la maison et presque exclusivement avec leurs grands-parents, tout en préférant le français et/ou l’anglais en public (Eusébio, 2001 ; Dias, 1990). Pourtant, les communautés portugaises s’efforcent en général de maintenir leur langue et leur culture. Cela est évident dans la création d’institutions sociales, culturelles, politiques, religieuses et médiatiques qui utilisent leur langue et transmettent leur culture et leurs traditions aux nouvelles générations. Ces institutions préservent et promeuvent la langue et la culture portugaise, mais elles encouragent également l’amitié et la solidarité par le biais d’activités (Da Rosa et Teixeira, 2009).

Les médias de la communauté portugaise de Montréal (Canada)

Les organes d’information ont joué un rôle important dans l’intégration des Portugais·es au Canada. Les premières publications ont commencé à paraître peu de temps après le début de l’immigration massive. Cela allait des bulletins paroissiaux jusqu’aux journaux (Higgs, 1982). Le premier journal ethnique en langue portugaise publié au Canada, O Luso-Canadiano, fut établi à Montréal, en 1958. Le journal Voz De Portugal suivi de près, en 1961, et fut également établi à Montréal. Ces derniers donnent le coup d’envoi à une série de publications ethniques portugaises dans la province, dont les journaux Lusitano, Tribuna Portuguesa, A Voz Do Imigrante et Jornal Do Emigrante (Teixeira, 1995). Le journal LusoPresse fut publié pour sa part en 1996 et représente l’une des plus anciennes publications ethniques portugaises toujours active à Montréal. Quant à la télévision, c’est au début des années 1970 que les Portugais de Montréal produisent leur première émission, Reflets du Portugal, diffusée sur les ondes de la télévision communautaire. D’autres émissions assureront une continuité jusque dans les années 2000. En 2004, l’émission Montréal Magazine fait son apparition sur les ondes d’une station télévisuelle basée à Toronto et associée à une chaîne portugaise. Actuellement, cette émission diffuse en streaming via YouTube (Vieira, 2023, 302). Une autre émission, LusaQ TV, propose depuis 2013 une couverture des nouvelles de la communauté portugaise de Montréal sur la chaîne Ici Télévision.

Analyse de la littérature pertinente sur l’avenir des médias ethniques

Optimisme prudent

Un courant de la littérature sur les médias ethniques soutient que les pressions démographiques sur la cohésion communautaire, le transnationalisme et l’interconnexion des diasporas et la baisse des revenus et son impact sur la durabilité des médias ethniques sont l’impulsion pour examiner ce que l’avenir réserve aux médias ethniques (Yu & Matsaganis, 2019a). Matsaganis, Katz et Ball-Rokeach (2011) ont interrogé des chercheurs et des professionnels des médias ethniques sur l’avenir des médias et ont trouvé un récit « prudemment optimiste » s’appuyant sur les trajectoires historiques des médias, les capacités d’adaptation passées aux défis et la motivation à réussir. Il s’agit d’une discussion importante, bien qu’elle soit largement fondée sur des opinions, des intuitions et des vœux pieux qui ne s’appuient guère sur des études concrètes. Yu et Matsaganis (2019b) identifient trois raisons essentielles à la continuité des médias ethniques : l’influence continue d’acteurs puissants dans les médias à l’ère numérique ; l’adoption de nouvelles technologies numériques ; et de nouvelles initiatives par les « natifs du numérique » à l’ère numérique (Bérubé, 2021). Ces thèmes d’actualité n’ont pas encore trouvé de fondement dans des plans de recherche systématiques, et dans le contexte canadien. Sherry Yu (2018) compare les médias coréens de Vancouver et de Los Angeles et soutient que les médias diasporiques doivent aller au-delà des localismes pour atteindre les lecteurs des communautés en dehors des silos ethniques. Elle propose un système médiatique interculturel de disponibilité et d’accessibilité pour interagir avec d’autres groupes et communautés médiatiques. Il s’agit d’une orientation prometteuse pour les médias ethniques, mais elle reste marginale. Fleras (2015) aborde les médias ethniques dans le cadre d’un argumentaire sur le Canada “post-multiculturel” dans lequel les personnes sont désormais intégrées dans de multiples nœuds qui les relient aux niveaux local, national et transnational à une diaspora pertinente. Cette « hyperdiversité » du Canada « impose aux fournisseurs de médias post-ethniques la responsabilité d’adapter le contenu et de calibrer la diffusion en fonction des réalités vécues par les diverses diversités » (Fleras, 2015, 38). Il faut un « média post-multiculturel » capable de s’adapter, de parler et d’être significatif pour les « diversités » (Fleras, 2015, 39°; Vertovec, 2023). Il reste à étudier si, comment et quels médias ethniques passent à un cadre de « médias post-multiculturels » ou présentent en effet une configuration « post-ethnique » (Hayward, 2019). Enfin, et compte tenu des défis exposés, la publication d’informations « douces » et l’évitement des sujets difficiles prévaudront-ils pour garantir la stabilité financière et renoncer à exprimer la résistance à la précarité économique croissante et aux vulnérabilités sociales exacerbées de leurs communautés (Ferrer et Retis, 2019) ? Les crises sont parfois l’occasion de faire les choses différemment. Qu’est-ce que les médias ethniques font différemment, le cas échéant ?

Techno-utopianisme et fracture numérique

Un deuxième courant propose que les médias ethniques survivent et même prospèrent en adoptant des technologies numériques peu coûteuses. Pour Lay et Thomas (2012, 379), « les différences générationnelles se traduisent par de nouvelles formes et plateformes médiatiques pour les jeunes consommateurs ». Yu et Matsaganis (2019a, 6) vont plus loin et écrivent que les jeunes « apportent une innovation accrue au secteur des médias ethniques ». Il ne fait aucun doute que les technologies numériques sont omniprésentes dans la vie des jeunes, et la plupart d’entre eux utilisent ces outils pour se connecter à leur famille, à leurs amis et à d’autres personnes. Il est également prouvé que les jeunes élargissent l’idée des médias ethniques pour s’engager numériquement dans des questions de justice sociale et des campagnes en créant du contenu sur eux-mêmes ou leur communauté (Ahadi et al., 2023). Mais cette pratique est inégale selon les groupes et les cultures.

La « précarité de l’information » (Wall, 2020) que connaissent de nombreux jeunes étudiants au Canada est tout aussi préoccupante. L’enseignement en classe numérique pendant le COVID a révélé les difficultés d’apprentissage des élèves des ménages à faible revenu de Toronto (50 000 $ ou moins). Ces difficultés concernent l’accès à un ordinateur en temps voulu, car ils doivent souvent partager l’ordinateur familial avec d’autres membres de la famille. De plus, le coût d’une connexion internet stable, rapide et fiable est un problème. Le Canada est le troisième pays au monde pour le coût élevé de l’internet. Les étudiants interrogés ont déclaré qu’ils ne se sentaient pas en mesure d’apprendre sur un même pied d’égalité avec leurs camarades dans une salle de classe numérique. La recherche sur la pandémie a également révélé les fractures numériques entre les centres ruraux et urbains, ainsi que les difficultés persistantes des communautés marginalisées dans un monde numérique (Mike, 2022). Ajoutons à cela que « les nouvelles logiques de datafication et de curation algorithmique […] exacerbent les inégalités dans la production culturelle alors même que les plateformes numériques revendiquent la neutralité et les notions de société post-raciale » (Punathambekar et al., 2022, 617). Des voies sont-elles donc en place pour aborder la « précarité de l’information » et atténuer les inégalités en matière d’information au sein des communautés ethniques ? Comment les communautés et leurs médias définissent-ils les questions de la jeunesse et de l’inégalité numérique alors que les parties prenantes conçoivent les médias pour répondre aux besoins des consommateurs des communautés à l’aube du 21e siècle ?

Méthodologie

Pour répondre aux questions de la recherche exploratoire, quatre groupes de discussion (focus group) ont été menés auprès de (1) propriétaires de médias ; (2) collaborateur·rice·s aux médias ; (3) consommateur·rice·s de médias ; et (4) jeunes de la communauté. Les groupes de discussion représentaient la méthode appropriée pour réaliser cette étude car ils permettaient de réunir un grand nombre de participant·e·s dans un court laps de temps. Cela était important puisque le travail sur le terrain à Montréal s’est déroulé sur deux semaines. Les groupes de discussion, menés en français et en anglais, dans des salles communautaires appartenant à la communauté, ont également permis une interaction entre les membres du groupe faisant souvent émerger des idées non identifiées lors de la préparation des questions à discuter avec les différents groupes (Van den Hoonaard, 2018 ; Warr, 2005 ; Morgan, 1996).

Chaque groupe de discussion, formé aléatoirement, d’une durée approximative de 3 heures, comptait de 7 à 8 participant·e·s. Au total, un peu plus de trente personnes, âgées entre 18 et 70 ans, ont été rencontrées pour une douzaine d’heures d’entretien. Le recrutement a commencé deux mois avant le voyage sur le terrain à Montréal en octobre 2021, avec l’aide du partenaire communautaire, LusoPresse. Une affiche publicitaire annonçant l’étude et invitant les membres de la communauté à contacter les chercheur·e·s pour participer à la recherche a été distribuée dans les médias portugais de la ville, notamment : Radio Centreville, A Voz de Portugal, LusoPresse et LusaQ TV. En outre, une approche boule de neige a été utilisée pour rassembler les personnes intéressées à participer aux groupes de discussion. Une grille d’entretien a été utilisée pour mener les entretiens de groupe et tous les échanges ont été enregistrés afin de produire les verbatims. Le logiciel d’analyse de données NVivo a permis de récupérer, gérer, coder et analyser les données.

Les résultats préliminaires de la recherche ont été partagés et soumis à des membres de la communauté portugaise lors d’un second séjour sur le terrain au printemps 2022. Les personnes présentes lors de cette journée avaient pris part aux groupes de discussion à l’automne 2021 tandis que d’autres personnes présentes, membres de la communauté, n’avaient pas participé aux groupes de discussion. Lors de cet évènement, les résultats ont été partagés dans le cadre d’une formule Knowledge café (échange de connaissances autour d’un café[2]), entrecoupée de prestations artistiques réalisées par divers groupes culturels de la communauté.

Résultats

Les résultats, tirés du rapport de la recherche (Aguiar, Bérubé et Teixeira, 2022 ; 2024), permettent d’abord d’observer une vision plutôt sombre de l’avenir des médias de la communauté par les membres de la communauté portugaise de Montréal. Ce point de vue concerne trois composantes des médias ethniques : les sources de financement, les contenus et le choix des médiums.

Des sources de financement de plus en plus diminuées

L’ensemble des acteur·rice·s des médias ayant participé à la recherche ont soulevé le défi du financement des médias ethniques. Les coûts liés à la production sont importants et les médias ethniques peinent à obtenir une part des recettes publicitaires ainsi que des subventions gouvernementales. Les participant·e·s ont aussi déploré le manque de ressources pour faire entendre leur voix en tant que minorités dans le paysage médiatique au pays. La survie des médias ethniques et l’importance de leur santé économique peut être mal perçue ou peu comprise par la société d’accueil selon les participant·e·s. Les gouvernements, les grandes entreprises et le secteur privé démontrent peu d’intérêt à financer les médias ethniques selon elles et eux : [I]l faut dire une chose, c’est que les gouvernements et les grandes entreprises, c’est curieux qu’ils donnent la publicité aux grands journaux nationaux, télévision et journaux locaux. Et quand on demande la publicité, ils disent : « Ah! Mais votre communauté est déjà intégrée. Elle peut lire la publicité dans les journaux locaux, nationaux et tout ». Les participant·e·s rapportent la même problématique au niveau municipal ainsi que le peu de soutien de la part du gouvernement du pays d’origine. Cette problématique a particulièrement été décriée dans la presse canadienne pendant la pandémie de COVID-19 (Brar, 2021). Au problème du financement en dehors de la communauté, s’ajoute un défi lié à la petitesse du marché (correspondant à la communauté) qui engendre de la compétition entre les médias ethniques qui ont tant besoin des revenus publicitaires communautaires.

Des contenus qui répondent de moins en moins aux besoins et attentes des membres de la communauté

Des participant·e·s rapportent que les contenus présentés dans les médias ethniques ne portent pas sur leur réalité propre et incidemment ne répondent pas à leurs besoins et attentes : The content in the local Portuguese media doesn’t say anything to me. There is too much celebration of this and celebration of that. It seems to me that much is fluff or about people organizing a feast or involved in issues that don’t relate to what I’m involved in and care about[3]. Cette situation n’est pas unique, puisque Drimonis (2020) évoque une expérience similaire au sein de la communauté grecque de Montréal. Un autre participant à la recherche poursuit : C’est une question de contenu parce que ça vient en contradiction avec nos besoins comme citoyens québécois, montréalais, canadiens de l’Amérique du Nord.

En comparant les différents contenus offerts dans les médias de la communauté, les consommateur·rice·s des médias ont eu une discussion autour du professionnalisme journalistique dans leurs médias (voir Bukhari (2019) pour une discussion similaire dans le cas de la communauté de l’Asie du Sud à Vancouver, au Canada). Ici aussi, les participant·e·s ont exprimé que leurs attentes sur le plan spécifique des contenus informatifs étaient non comblées. Selon eux et elles, la qualité journalistique n’y est plus. Soit on retrouve dans ces médias des nouvelles copiées dans des médias du pays d’origine, soit les informations présentées sont « légères » car elles portent sur des évènements sociaux (mariages, anniversaires, etc.). Les propriétaires des médias reconnaissent cette nouvelle réalité liée selon leurs dires à la rareté des collaborateur·rice·s. Comme plusieurs entreprises au pays, les entreprises médiatiques souffrent de la pénurie de main d’œuvre. Les médias ethniques n’y échappent pas et cela aurait une incidence sur la qualité des contenus : C’est que, aussi longtemps qu’on n’a pas cette base de collaborateurs, c’est là qu’on va mourir. On n’aura plus d’oxygène. Les employés que je ne sélectionnais pas l’an passé, je les supplie de venir travailler pour nous et je le sais qu’ils ne sont pas bons. Toujours sur le thème des contenus, des participant·e·s observent de la partisanerie dans les contenus présentés, ce qui entretient, selon elles et eux, les divisions au sein de la communauté.

La langue dans laquelle diffuser et publier du contenu a été un thème particulièrement discuté par les participant·e·s. Ici, deux visions s’opposent. Des participant·e·s de première génération recherchent des contenus dans leur langue maternelle et leurs attentes sont élevées sur le plan de la langue. Les acteur·rice·s des médias ont rappelé à cet effet qu’une des fonctions premières des médias ethniques est de préserver et d’entretenir la langue maternelle auprès des membres de la communauté. Mais pour les jeunes de la communauté, la question de la langue est toute autre, voire elle représente un frein à leur consommation de ces médias car elles et ils ne maîtrisent pas ou peu la langue portugaise : There are many who speak French and can’t access the papers even though they feel themselves to be Portuguese. There is nothing being done to capture those readers and viewers[4]. Les jeunes de la communauté prétendent d’ailleurs que des contenus bilingues permettraient de rejoindre les publics à l’extérieur de la communauté qui manifestent des intérêts pour la communauté portugaise (voir Uribe-Jonbloed (2015) et Tsai (2022) qui abordent cette question importante dans des communautés différentes).

Un laborieux mais nécessaire passage vers les plateformes socionumériques

Le temps se conjugue désormais avec instantanéité et rapidité sur les plateformes socionumériques ce qui bouleverse les manières de faire des médias ethniques. Ces plateformes augmentent par ailleurs considérablement l’offre aux publics. Les acteur·rice·s des médias ethniques qui ont pris part à l’étude sont bien conscient·e·s d’être en compétition avec de nouveaux joueurs. Face à cette nouvelle compétition, ces acteur·rice·s ont confié avoir pris, ou être en voie d’entreprendre, le virage vers les plateformes numériques. Si ce passage est aisé pour certain·e·s, d’autres avouent candidement se sentir incompétent·e·s. Selon des participant·e·s, le virage vers les plateformes socionumériques permet de rejoindre les publics plus jeunes qui ne seraient pas totalement désintéressés par l’information locale et communautaire (Yoon, 2018).

Les participant·e·s des publics rencontrés, jeunes et moins jeunes, pressent en effet les médias de la communauté de réaliser le saut vers les différentes plateformes socionumériques parce que les autres médias y sont déjà et parce que leurs habitudes de consommation s’inscrivent dans le numérique : There is so much in social media and so much we read. Portuguese ethnic media is competing with all of that. Still if they are not present in those platforms, they will remain old people news’s vehicles[5]. Ce saut permettra par ailleurs aux médias ethniques de rejoindre de nouveaux auditoires selon les participant·e·s. Et pourtant, ils doivent le faire avec prudence pour ne pas exacerber la fracture numérique dans les médias ethniques en laissant de côté les lecteurs de longue date et de nombreux Portugais·e·s âgé·e·s qui ne sont pas à l’aise avec l’utilisation de la technologie numérique (Ahadi, 2018 ; Bénitez, 2006 ; Mike, 2022).

Les propositions de pistes de solution

Tou·te·s les participant·e·s aux entretiens de groupe ont été invité·e·s à proposer des pistes de solution pour garantir un avenir à leurs médias. De manière générale, les participant·e·s (acteur·rice·s et publics) proposaient plus d’ouverture, et ce, à trois niveaux : linguistique, technologique et par rapport à la relève.

Sur le plan de la langue, des acteur·rice·s des médias ainsi que des publics de ces mêmes médias ont suggéré que les contenus médiatiques soient traduits et offerts en plus d’une langue. Un participant explique : Si on veut ramasser nos jeunes qui, pour la plupart sont bilingues, si on veut les garder à l’intérieur de notre communauté, bon ben, parlons leur dans leur langue. Et leur langue, c’est le français, c’est l’anglais.

Si des médias ethniques de la communauté sont déjà accessibles via les plateformes socionumériques, d’autres n’ont pas accompli ce passage. Tou·te·s, mais surtout les jeunes de la communauté, sont d’accord pour affirmer que l’avenir des médias ethniques se jouera sur les médias socionumériques. Une période de transition est par ailleurs nécessaire.

L’ouverture tant souhaitée par plusieurs se situe au niveau de la relève et des plus jeunes membres de la communauté. Cette ouverture doit se refléter dans les contenus qui intéressent les plus jeunes, dans les plateformes socionumériques utilisées par les plus jeunes, dans la langue ou les langues comprises et parlées par les plus jeunes et dans les médias eux-mêmes (embauche de jeunes membres de la communauté).

Discussion

Au sortir de cette recherche auprès de la communauté portugaise de Montréal, il apparaît que leurs médias souffrent de la précarité de leur financement. Ces médias, au même titre que les médias grand public, financent en grande partie leurs activités grâce aux recettes qu’engendre la vente publicitaire. Or, la petitesse du marché et le manque de soutien financier de la part des gouvernements ne favorisent pas leur continuité. Cela affecte la main d’œuvre et le contenu de ces médias. S’ajoute à cela des conflits qui surgissent au sein de la communauté même. En plus des défis liés au financement, il apparaît que la communauté portugaise de Montréal vit un conflit intergénérationnel. Les vieilles générations ont le sentiment que les nouvelles générations n’ont pas d’intérêt pour la vie communautaire tandis que les nouvelles générations ont le sentiment que les plus vieilles générations ne sont pas à l’écoute de leurs besoins, à commencer par la langue de publication dans laquelle sont véhiculés les médias. Le taux de rétention de la langue maternelle diminue au fil des générations et son usage n’est plus aussi courant pour les nouvelles générations qui sont plus intégrées à la société d’accueil que l’ont été leurs aînés. Il apparaît, de manière plus générale, que l’agenda et les contenus des médias de la communauté répondent de moins en moins aux besoins et attentes des publics (consommateur·rice·s et jeunes). La recherche a permis de mettre en lumière qu’il existe un décalage entre le discours des acteur·rice·s des médias et celui de leurs publics. Ultime observation, à l’image de la communauté qui diminue à Montréal, il apparaît que ses institutions médiatiques traversent elles aussi une période de déclin.

Ces obstacles auxquels sont confrontés les médias de la communauté portugaise de Montréal sont typiques d’autres communautés immigrantes résidant ailleurs au Canada. Les résultats corroborent ceux obtenus quant aux graves problèmes de financement, aux faibles taux de rétention de la langue maternelle par les plus jeunes générations et à la préférence que ces générations accordent aux nouvelles technologies (Zhao, 2017 ; Millette et Proulx, 2013 ; Li, 2009). Quoiqu’il existe des exemples canadiens d’expansion des médias ethniques, par exemple dans les relations culturelles interethniques (Yu, 2018) et l’utilisation par les jeunes des nouvelles plateformes médiatiques pour exprimer leurs identités hybrides (Yoon, 2018), dans l’ensemble, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour étudier l’étendue des productions et des pratiques médiatiques dans les communautés immigrantes à travers le pays (Ahadi, 2018). Davantage d’études comparatives sont nécessaires pour explorer (a) les principaux obstacles que les communautés immigrantes rencontrent dans la création et la gestion d’entreprises médiatiques au Canada ; (b) les raisons pour lesquelles certaines communautés réussissent mieux que d’autres à maintenir « en santé » leurs médias ; et (c) l’accès à des médias ethniques culturellement adaptés aux besoins et préférences des nouvelles personnes immigrantes dans un contexte où ces personnes redéfinissent de plus en plus la géographie sociale et culturelle des villes canadiennes.

Selon la littérature, le consensus semble être que les médias ethniques survivront et même prospèreront en adoptant des technologies numériques à faible coûts (Yoon, 2017 ; Tsatsou, 2011 ; Benitez, 2006). Selon Lay et Thomas (2012, 379), « les différences générationnelles donnent lieu à de nouvelles formes et plateformes médiatiques pour les jeunes consommateurs ». Pour Yu et Matsaganis (2019, 6), ce sont les jeunes qui apportent une innovation dans le secteur des médias ethniques. Il ne fait aucun doute que les technologies numériques sont omniprésentes dans la vie des jeunes et la plupart d’entre eux utilisent ces outils pour se connecter à leur famille, à leurs ami·e·s et à d’autres personnes (Veronis, Tabler et Ahmed, 2018 ; Yoon, 2017). Il existe cependant peu de données sur les jeunes qui travaillent dans les médias ethniques et qui utilisent les technologies numériques, ou d’autres médiums, pour créer des histoires contemporaines d’eux et de leur communauté. Le développement et l’introduction des nouvelles technologies doivent faire l’objet d’une attention particulière, car les technologies sont intégrées dans les processus sociaux, économiques et culturels et ils sont « plus contestées que ne le prévoient les optimistes de la technologie » (Urry, 2016, 90).

Conclusion

La plupart des producteur·rice·s de médias ethniques au Canada sont à la croisée des chemins quant à la manière et au moment de faire face et de relever les défis soulignés. Cette étude a permis d’avoir une perspective plus large des questions en jeu et de la façon dont les communautés à travers le pays les abordent. Le cas de la communauté portugaise de Montréal se distingue toutefois des autres communautés immigrantes au pays considérant qu’ils en sont à leurs troisième génération au Canada (Fernandes, 2020 ; Teixeira et Da Rosa, 2009 ; Giles, 2002). Les résultats obtenus dans le cadre de cette étude ne s’appliqueront pas nécessairement à d’autres communautés immigrantes dont la date d’immigration, le statut générationnel et la rétention de la langue est plus récent (Ahmed et Veronis, 2017 ; Yoon, 2017 ; Yu, 2016). Matsaganis, Katz et Ball-Rokeach (2011) ont interrogé des chercheur·e·s et des professionnel·le·s des médias ethniques sur la question et ont trouvé un récit d’un optimisme prudent sur l’avenir s’appuyant sur les trajectoires historiques des médias, les capacités d’adaptions passées aux tendances et aux défis et la motivation à relever les pronostics. Reste à voir si les communautés immigrantes seront en mesure de s’adapter aux changements.

[1] « Le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) [du Canada] est l’organisme subventionnaire fédéral qui encourage et appuie la recherche et la formation en recherche en sciences humaines. […] Le programme de « partenariats » appuie la recherche ainsi que les activités et les outils connexes qui favorisent la cocréation et l’échange de connaissances générées par la recherche avec un organisme partenaire », www.sshrc-crsh.gc.ca, visité le 5 octobre 2023.

[2] Pour en apprendre davantage sur la formule knowledge cafe : http://knowledge.cafe/knowledge-cafe-concept/.

[3] Traduction libre : « Le contenu des médias portugais locaux ne me dit rien. Il y a trop de célébrations de ceci et de cela. J’ai l’impression qu’il s’agit en grande partie d’informations superficielles, de gens qui organisent une fête ou qui s’occupent de questions qui n’ont rien à voir avec ce que je fais et ce qui me préoccupe ».

[4] Traduction libre : « Nombreux sont ceux et celles qui parlent français et qui ne peuvent accéder aux journaux, même s’ils et elles se sentent Portugais. Rien n’est fait pour capter ces lecteur·rice·s et téléspectateur·rice·s ».

[5] Traduction libre : « Il y a tant de choses dans les médias sociaux et tant de choses que nous lisons. Les médias ethniques portugais sont en concurrence avec tout cela. Mais s’ils ne sont pas présents sur ces plateformes, ils resteront des véhicules d’information pour personnes âgées ».



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Pour citer cet article

, et , "Des membres de la communauté portugaise de Montréal (Canada) se penchent sur l’état et l’avenir de leurs médias", REFSICOM [en ligne], Varia, mis en ligne le 16 décembre 2024, consulté le Friday 09 October 2026. URL: https://refsicom.org/1498


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