Ceux qui font attention à l’attention des autres : Audiences, publics, seuils et généalogies[1]

Résumés

Cet article ambitionne de penser le public comme un processus qui combine à la fois (1) une persona ficta, l’incarnation d’une telle fiction et l’expérience mise en jeu par cette incarnation. Il propose une telle description à un moment où la croyance en un public universel, bien qu’elle soit encore tenue pour la norme, s’efface devant la perception d’une multiplicité de publics dont les rencontres, les débats et les confrontations sont autant d’invitations à réévaluer la sphère publique en termes de « sphères des publics » (Fraser, 1992).
This article aims to conceive of the public as a process that combines a fictional persona, the embodiment of such a fiction, and the experience enacted by this embodiment. It offers such a description at a time when the belief in a universal public, although still considered the norm, is fading in the face of the perception of a multiplicity of publics whose encounters, debates, and confrontations are all invitations to re-evaluate the public sphere in terms of "spheres of publics" (Fraser, 1992).

Texte intégral
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Ceux qui font attention à l’attention des autres : Audiences, publics, seuils et généalogies[1]

 

Déjeuner à Leipzig ?

 

« Le côté généalogique de l’analyse, selon Michel Foucault, traite de séries de formations effectives du discours. Ce qu’il tente de capturer, c’est …/… le pouvoir de constituer un domaine d’objets… Nous nommerons positivités ces domaines d’objets » (Dreyfus & Rabinow 1982, 105).

C’est bien de ces positivités que traite le présent chapitre. Il traite de la réalité sociale des audiences et de celle des publics. IL traite des actes de langage et des pratiques observationnelles qui les produisent. Ces pratiques n’ont rien de sublime ni d’ailleurs de honteux. Simplement elles ne sauraient être détachées de leurs résultats, sauf au prix d’une réification de ces derniers.

« Ceux qui écrivent sur le public font souvent comme si le public était quelqu’un avec qui ils venaient de déjeuner … à la foire de Leipzig » écrit Schlegel. Mais qui donc est ce public ? poursuit-il. « Il ne s’agit pas d’une chose, mais d’une pensée, d’un postulat, tout comme l’église ». (Merlin, 1984, 1)

C’est une même méfiance face aux réifications que l’on retrouve chez l’historienne de la littérature Hélène Merlin, pour laquelle l’enjeu est de comprendre, au moment où les guerres de religion en France ont fait voler en éclats toute conception unitaire du corps politique, « …comment une persona ficta, le public littéraire, est progressivement apparu, à la fois issu du corps politique et distinct de lui… » (Merlin, ibid).

Chez les deux auteurs, la notion de « public » se caractérise par une profonde hésitation. Le « public » de Merlin est un être fictif, une « persona ficta », le substitut littéraire d’un corps politique désintégré. Pourtant il se « dégage » progressivement de ce rôle substitutif pour atteindre, on peut tout au moins l’espérer, un certain degré d’existence autonome. Schlegel pour sa part note, (de façon fort spirituelle), que le public « n’est pas chose mais pensée ». Et le même Schlegel conclut : « c’est un postulat, tout comme l’église ».

Certes, l’église, ou plus précisément l’unité de l’église, est bel et bien de l’ordre du postulat. Pourtant, point n’est besoin d’être grand sociologue pour noter que l’église est également un corps organisé, un pouvoir politique, un propriétaire foncier, une institution économique. L’hésitation ou l’ambivalence relative au statut réel des publics, ou encore, pour reprendre une formule récente, à celui du « véritable monde des audiences », ne s’est jamais dissipée.

Une certitude apparaît cependant. Soit simultanément, soit à des moments différents, les publics relèvent à la fois des trois univers de Popper. (1) Les publics sont des notions, des idéations, ou, pour reprendre la formulation de Schlegel, des « postulats ». (2) Les publics sont également des réalités sociologiques que l’on peut observer, mesurer, ce sont des groupes auxquels on peut rendre visite. (3) Enfin, les publics donnent l’occasion d’expériences subjectives spécifiques (Hartley, 1988).

Mon ambition est ici de décrire le public comme un processus qui combine à la fois (1) une persona ficta, (2) l’incarnation d’une telle fiction, et (3) l’expérience mise en jeu par cette incarnation. En outre, je propose une telle description à un moment où la croyance en un public universel, bien qu’elle soit encore tenue pour la norme, s’efface devant la perception d’une multiplicité de publics dont les rencontres, les débats et les confrontations sont autant d’invitations à réévaluer la sphère publique en termes de « sphères des publics » (Fraser, 1992).

Bien entendu, les publics diffèrent par les valeurs qu’ils invoquent et les problématiques qu’ils mettent en avant. Mais au-delà de ces contenus et de ces valeurs, les publics diffèrent également par leur structure même, par la nature de ce que l’on pourrait nommer leurs traits constitutifs. La focalisation de l’attention collective se traduit par toute une gamme de « corps » sociaux. Certains ne sont qu’attentifs, réceptifs. D’autres sont réactifs.

Le présent article s’intéresse ainsi à la production sociale de l’attention partagée. Il a pour ambition de décrire les différentes entités – les différentes « personae fictae » (collectives ou non) — dont la vocation est d’incarner cette attention : publics, audiences, témoins, militants, badauds, etc.

Dans un premier temps, tout en prenant acte de la diversité de cet ensemble hétérogène, il s’agira d’esquisser le portrait de cette « persona ficta » que l’on nomme « public ». Viendra ensuite une analyse plus fine des différentes « personae fictae » impliquées dans la réception de la télévision. La distinction-clé en la matière sera celle entre « public » et « audience », mais elle sera complétée d’une distinction supplémentaire puisque j’identifie au moins deux types d’audiences. Dans une dernière partie, la partie généalogique, je tenterai enfin d’identifier les gestes intellectuels dont les trois notions que j’ai privilégiées sont respectivement issues.

 

Faire attention à l’attention des autres

Les audiences varient. Les publics aussi. La notion de public est trop souvent ramenée au modèle dominant, des publics politiques. Un tel amalgame est trompeur. Les publics sont loin de constituer un ensemble monolithique, une armée docile marchant au pas et en bon ordre sous la bannière des publics politiques. Aux côtés des publics politiquement mobilisés autour de certains problèmes, existent des publics en quête d’identité et des publics focalisés sur des textes (Dayan, Bucarest, 2003). Les publics naissent et meurent. Ils passent par différents stades, naissance, jeunesse, maturité, vieillissement, mort et parfois même résurrection, sans parler de ceux qui se métamorphosent pour échapper aux regards. Un bel exemple de résurrection nous est donné par Maurice Agulhon (Agulhon, 1968) dans son étude des confréries de Pénitents, dans la France méridionale du XVIIIe siècle. Ces confréries avaient été démantelées dans les années suivant la Révolution Française. Pourtant quelques années plus tard, on vit réapparaître ces confréries de pénitents sous une forme nouvelle, et athée. Les pénitents étaient désormais des Francs-Maçons. En d’autres termes, les valeurs que ces groupes affichaient avaient changé, mais ils avaient conservé leur volontarisme, leur style de sociabilité et un certain tropisme pour le secret. C’est bien entendu ce tropisme qui empêche les fraternités de Francs-Maçons de devenir des publics à part entière, et c’est cette question qui sera au point de départ de la troisième partie du présent article, où il sera question des publics et de leur visibilité.

 

La persona ficta que l’on nomme « public » a besoin de visibilité. La question de la visibilité, cependant, est directement liée à un équilibre toujours instable entre les dimensions fictionnelle et sociologique des publics. Les publics sont tout à la fois des constructions intellectuelles et des réalités sociales. Et ce dans des proportions variables selon le mode d’observation, la façon dont l’observation est rapportée et le type de discours qu’elle peut nourrir. Il est donc essentiel d’observer soigneusement ceux qui observent les publics. Les publics ne sont souvent, à l’origine, qu’un effet du regard de leurs observateurs. Ce regard, en d’autres termes, est de nature performative. Mais cette performativité est loin d’être uniforme.

 

Ceux qui observent les publics (ceux qui font attention à l’attention des autres) peuvent parfois se contenter d’un rôle de simples spectateurs. Parfois ils deviennent au contraire, les véritables procréateurs des publics observés, leurs parents nourriciers, ou tout au moins leurs sages-femmes. Parfois il n’y a pas grand-chose à observer. Ainsi des publics pris de panique peuvent-ils devenir des publics « marranes », se couvrant tels Harry Potter d’une cape d’invisibilité (Noëlle-Neuman 1989). Parfois, il n’y a rien du tout à observer, car il arrive que les sages-femmes se transforment en avorteurs, vouant ainsi des publics potentiels au purgatoire des destins inaccomplis.

 

Un accent français

Un dernier point : d’une langue à l’autre, les mêmes mots ont des significations différentes. Souvent, ceci transforme la recherche comparative en jeu de cache-cache. En français, il est difficile de penser le mot « audience » comme un terme générique, non-marqué, par opposition à « public » qui serait une notion bien plus étroite et ouvertement normative. En effet, en français, c’est le terme « public » qui fonctionne de façon générique, alors que le terme « audience » ne renvoie qu’à une forme très particulière de « public », en l’occurrence, à ces publics que l’on définit par des mesures quantitatives. Pour moi par conséquent, lorsque des chercheurs anglophones parlent d’« audiences actives », ou analysent les discours proposés par celles-ci, ils font déjà référence à une réalité que moi je nommerais intuitivement « public ». Pris dans son sens français, générique, « public » renvoie donc non pas à un idéal normatif, mais à toute une gamme de possibilités sociologiques, dont l’une est cet artefact observationnel que l’on nomme « audience », dont une autre illustre une norme idéale élaborée par la philosophie politique, et dont la plupart restent encore à caractériser.

 

Dois-je alors m’en tenir à cette terminologie française ? Je ne crois pas. Le présent chapitre vise précisément à analyser les entités que différentes langues désignent par des mots d’une similarité trompeuse. Dois-je alors d’emblée proposer une nouvelle terminologie ? Toujours pas. Produire (ou reprendre à mon compte) une terminologie ne peut être que l’aboutissement de mon analyse et non son point de départ. Il ne me reste donc guère que le choix de garder le mot « public » et le mot « audience », mais en tenant compte de leur double acception. L’analyse se basera donc sur quatre notions à la fois. Par « public », j’entendrai en général un type reconnaissable d’acteur collectif intervenant dans des processus politiques et culturels ; mais parfois il m’arrivera d’utiliser « public » au sens générique. Par « audience », j’entendrai en principe les audiences définies par les recherches quantitatives, mais je me référerai aussi à celles dont rendent compte es études de réception. J’espère que le contexte permettra de désambiguïser chaque usage de ces deux termes.

 

Le public comme « persona »

 

Quelques caractéristiques

Cinq contrastes permettent de clarifier la différence entre « publics » et d’autres entités à vocation réactive.

  • Un « public » n’est pas une foule : l’interaction entre les membres d’un public peut être dépourvue de toute dimension tactile ou locale, et être véhiculée exclusivement par des signes.
  • Un « public » n’est pas une collection ou une addition de « spectateurs » ce n’est pas un spectateur mis au pluriel. C’est une entité collective ; et comme toute collectivité, un public se constitue dans un processus d’imagination. C’est une fiction devenue réalité.
  • Un public n’est pas une organisation militante bien que le même groupe puisse être les deux. Les actions d’un public prennent la forme de performances visibles. Destinées à d’autres publics et s’inscrivant dans la sphère publique, ces performances supposent une dramaturgie à grande échelle, un exercice goffmanien de présentation de soi. Les publics se doivent d’être exemplaires : ils proposent des modèles d’engagement. Tout ceci peut aussi concerner les militants, mais l’action militante comporte aussi des dimensions non publiques ou non exemplaires.
  • Les « publics » s’opposent aux témoins au sens où ils ne répondent pas à des situations spécifiques, mais aux principes, problématiques et valeurs que de telles situations mettent en jeu.
  • Les « publics » s’opposent aux communautés, car contrairement à la loyauté que requièrent celles-ci les publics sont soumis aux exigences normatives de la sphère publique en général. Au-delà de tout intérêt particulier, ils doivent proposer un discours dirigé vers le bien commun, un discours potentiellement universel.

 

Ces cinq éléments de définition s’accompagnent de dimensions supplémentaires qui demandent à être explicitées. Je propose donc six brèves explorations soulignant les aspects suivants de l’activité des publics : performance, sociabilité, ralliement autour de « causes », engagement, réflexivité, stabilité.

 

La dimension de Performance est ce qui relie la notion de public à celle de sphère publique. Un public ne se contente pas d’offrir de l’attention, il réclame à son tour de l’attention. Tout public suppose d’autres publics tournés vers ses performances. Ces performances peuvent être polémiques ou consensuelles. Elles ne sauraient être invisibles. Un public qui n’est pas public n’est plus un public. Un public est avide d’être regardé. Il prend toujours la pose.

 

C’est par des registres de sociabilité, par des styles d’interaction, que les publics se différencient les uns des autres. Il existe en effet des « manières de publics » de même qu’il existe des « manières de table ». Les publics dispersés font appel à des rhétoriques épistolaires ou argumentatives. Dans les situations où les publics sont rassemblés, des conventions dramaturgiques sont prévalentes. Au théâtre, les spectateurs applaudissent ou huent. Au concert, ils respectent un silence absolu, ou bien se manifestent bruyamment, se répandent en acclamations et en sifflets. Les festivaliers posent des questions polies. Les amateurs d’opéra mettent leur smoking ou gardent leur jeans. Les manifestants se couchent sur les chaussées, ou scandent des slogans, ou encore prennent l’avion vers des destinations lointaines pour servir de « boucliers humains ».

 

Un public ne peut exister que sous forme réflexive. Ou bien il est conscient de sa propre existence, ou bien il n’existe pas. Un public est un sujet collectif qui se constitue en réponse aux images qu’on lui propose de ce qu’il est. Le public du XVIIIe siècle nait de la lecture et de la discussion de journaux où ce qu’on discute est précisément la notion de « public » (Peters, 1992). En d’autres termes, le « public » appartient à cette catégorie de sujets collectifs qui sont imaginés à la première personne par un « nous ».

 

Les publics exigent loyauté de leurs membres. Un engagement implicite est implicitement- et parfois explicitement- requis de ceux qui désirent en faire partie. Une fois qu’ils ont pris parti, les membres d’un public sont censés ne pas changer d’avis. Il serait grotesque d’être pro-Dreyfus et pro-Zola le lundi, puis anti-Dreyfus et Zola le mardi. Fausser compagnie à un public requiert de longues explications, de laborieuses justifications (celles-ci consistent d’ailleurs souvent à retourner l’accusation de déloyauté contre le public lui-même).

 

La question de l’engagement est liée à celle de la stabilité. Un public ne saurait être par trop éphémère. Il nécessite un minimum de stabilité. Pourtant les causes vont et viennent. Les publics des unes ne sont pas nécessairement les publics des autres. Le problème est alors de conférer une certaine continuité aux publics en montrant que, si différentes qu’elles soient, les problématiques qui les mobilisent ont, en fait, partie liée. Ainsi des problématiques différentes et successives feront-elles appel au même public. « Puisque vous souteniez la position A, alors il vous incombe de soutenir la position B ». Ceci revient à créer des familles de problématiques, c’est à dire à élaborer une idéologie. Ceci revient également à institutionnaliser les publics. C’est ainsi que certains d’entre eux deviennent des mouvements sociaux ou des partis.

 

Je voudrais souligner une dernière dimension. C’est celle des causes. Face à ces publics que l’on pourrait appeler les « publics de… », les publics qui se constituent par réaction, il existe des publics tout court, des publics qui se constituent en référence à des causes et en vue d’une action. Cette action peut concerner des œuvres, textes, événements ou médias particuliers. Mais elle ne consiste pas simplement à réagir. Par exemple, dans la France du XIXe siècle, la bataille d’Hernani n’avait pas tant pour enjeu les mérites de la pièce de Hugo que la légitimité, aux yeux des publics littéraires de l’époque, d’un théâtre qui osait fouler aux pieds les canons esthétiques de la tragédie classique. En référence à John Dewey (1927), on peut par conséquent faire l’hypothèse d’un lien quasiment consubstantiel entre des causes (ou problèmes) et des publics. Les causes et les publics se génèrent mutuellement. Néanmoins, les « causes » ne jouent ce rôle crucial que pour certains types de public.

 

Le portrait que je viens de brosser est celui d’une « persona ficta ». C’est le portrait d’un mythe, d’une fiction normative. Et pourtant, aussi subjonctive soit-elle, cette fiction fonctionne comme modèle et se fait force politique dès lors qu’elle fournit des scénarios d’action.

 

Le véritable problème que pose un tel modèle n’est pas tant son statut fictionnel que la nature de la fiction proposée. En effet, tous les publics, ne sont pas politiques. Il existe d’autres sortes de public. Même si toutes partagent un noyau de traits communs, elles ne sauraient se laisser réduire à un modèle unique. Il existe au moins trois types idéaux de publics.

  • Les « publics de goût », généralement centrés sur des œuvres, textes ou programmes ; la performance de tels publics est « verdictive » (évaluative).
  • Les « publics » mobilisés par des causes, causes qui sont le plus souvent, (mais pas exclusivement, comme nous l’avons vu avec l’exemple d’Hernani) liées au politique. Ces publics se spécialisent dans la production de problèmes publics. Leur performance est essentiellement « expositive » (définitionnelle), et commissive : elle vise à s’engager vis-à-vis des conduites à tenir.
  • Les « publics-identitaires » (tels ceux de la musique de rock ou du football), dont la réaction à des concerts ou à des matches, est un moyen de se doter d’une identité visible.

 

Il est évident que rares sont les situations réelles susceptibles de représenter l’un de ces trois types idéaux à l’état pur. Pourtant, dans chaque cas particulier, l’une des formes de public semble s’imposer comme dominante. Si j’insiste ici sur le cas des publics qui se mobilisent autour de « causes », ce n’est pas qu’ils soient plus importants que les autres. C’est surtout qu’ils ont été mieux étudiés. En outre, parler d’un seul type de public facilite la comparaison avec le monde tout aussi complexe des audiences.

 

Audiences et publics : scènes, coulisses et rideaux

 

Dans le domaine des études de médias, « public » s’oppose généralement à « audience ». L’audience, c’est l’Autre du public, une sorte de double misérable, un « doppelganger » que ne définiraient que des traits négatifs. Jusqu’à une date récente, on pensait les audiences dépourvues de toute sociabilité. Elles n’avaient aucune stabilité, étant vouées à l’arbitraire des programmations. Elles étaient trop à l’affût des modes pour manifester la moindre loyauté durable. Toute performance de leur part était sans objet puisqu’elles étaient enfermées dans le cadre restreint de la sphère privée. Une telle caractérisation binaire est injuste, mais, outre qu’elle relève de la calomnie, elle passe à côté de plusieurs points essentiels.

 

Les publics ont presque toujours commencé par être des audiences. Dans le domaine politique, ils cessent d’être des audiences lorsque leur préoccupation pour une problématique donnée prend priorité sur leur implication vis-à-vis du texte qui l’a suscitée. C’est cette préoccupation pour – et focalisation sur – une problématique qui constitue une audience en public. Selon Dewey, l’émergence d’un public et l’exploration d’une problématique donnée, aboutissant à la formulation d’un problème public, sont deux faces de la même médaille.

 

Mais, une fois constitués, les publics ont toujours besoin de demeurer des audiences afin de vérifier la progression de « leur » cause sur l’agenda politique. En tant qu’audiences, ils doivent découvrir ce qui se dit de leur cause. En tant que publics, ils vont répondre à ces dires, montrer qui les propage et pourquoi. Bref, audiences et publics ne sont pas des continents séparés.

 

Ceci ne signifie pas qu’il existe un continuum harmonieux entre audiences et publics. Je pense au contraire qu’il existe des seuils décisifs entre les deux. Sonia Livingstone pose à ce propos deux excellentes questions : « Existe-t-il un moment où un public n’est pas une audience ? » « Existe-t-il un moment où une audience n’est pas un public ? » Ces questions sont excellentes, mais rhétoriques. La réponse attendue est, bien sûr : « Jamais ! ». Je répondrais au contraire « Oui ! Dans la plupart des cas ! ».

 

Un public peut-il n’être pas une audience ? À mes yeux, certainement. Et pourtant la plupart des publics sont, au départ, bel et bien des audiences, et retournent à ce statut d’audience de manière intermittente. Ils doivent être des audiences pour trois raisons. (1) Lorsque les publics se mobilisent autour d’une cause, ils le font en réaction à des situations généralement médiatisées, situations auxquelles ils sont tout d’abord exposés en tant qu’audiences (Boltanski, 1993). (2) Une fois qu’une cause a été définie, les publics qui la portent ont besoin des médias pour recruter de nouveaux sympathisants. Les nouveaux membres de ces publics sont, typiquement, recrutés dans les rangs des audiences. (3) Si l’on reprend les termes de Kirsten Drotner, les compétences qui permettent aux publics de se constituer, de s’élargir et de s’organiser ne sont, dans la plupart des cas, enseignées nulle part. Comment sont-elles alors apprises ? Elles sont acquises post facto, glanées dans le discours des médias, dans cette familiarité avec les façons de faire diffusées par les médias qui caractérise les audiences.

 

Une audience peut-elle ne pas être un public ? Encore une fois, la réponse me semble être par l’affirmative. La plupart des audiences ne sont pas des publics. Pour dire les choses de façon simple, un public naît lorsque les membres d’une audience décident de s’unir et de manifester en public leur préoccupation pour un certain problème. L’acte que constitue une telle manifestation requiert de leur part (1) la définition de ce problème, (2) la décision réflexive d’unir leurs forces (3) en vue d’actions qui prendront la forme de performances publiques, etc.

La plupart des membres d’audiences ne ressentent nullement le besoin d’entrer dans un tel processus. Ceci ne signifie nullement que les audiences se cachent. Les audiences n’ont rien de saintes-Nitouches. La sphère privée n’est pas un cagibi. Et pourtant elle ne saurait offrir le type de visibilité recherché par les publics. Ce qui s’y passe est donc différent.

 

Mais cette distinction entre audiences et publics reste-telle pertinente lorsque l’on se tourne vers des audiences douées de la parole ? Vers ce que l’on a appelé « audiences productrices de significations » ?

 

Discours : formels et informels

C’est bien là, en un sens, la question soulevée par Peter Dahlgren lorsqu’il analyse différentes formes de « parole politique » et décrit la « culture citoyenne » comme lieu de continuité entre le pré-politique et le politique. Ainsi, écrit-il, « nous est-il impossible de savoir à l’avance quel discours de nature pré-politique va, dans un contexte d’interaction en cours, s’orienter, peut-être indirectement, vers le politique » (Dahlgren, 2003, 151-169)

 

Dahlgren souligne la « perméabilité des contextes », le côté « désorganisé et imprévisible de nos échanges quotidiens » et note que la distinction entre ce qui est politique et ce qui ne l’est pas n’est jamais donnée a priori[2]. Et pourtant, concède-t-il, « l’interaction communicative au quotidien ne saurait être traitée dans sa totalité comme discussion citoyenne » :

 

Voici un débat récent sur la nature de la parole politique entre citoyens : faut-il comprendre une telle parole en continuité avec le caractère informel et éphémère du langage quotidien ? Faut-il plutôt y voir un mode d’activité séparé et distinct ? Dans une formule provocatrice, Schudson (1997) déclare : « la conversation n’est pas l’âme de la démocratie ». Pour lui une conversation relève fondamentalement de la sociabilité. Une discussion politique porte en revanche sur la résolution des problèmes, la recherche de solutions à des conflits. Elle engage une parole délibérée, dotée de visées précises. Une délibération démocratique n’est pas « spontanée ». Au contraire elle est civile, publique et pas nécessairement égalitaire. Elle n’hésite pas à susciter l’embarras ou le malaise, à aller à l’encontre de ce que l’on espère habituellement d’une conversation. (Dahlgren, 2003).

 

Ce que propose Michael Schudson, c’est une distinction tranchée à l’intérieur du domaine que Bill Gamson nommerait « le parler politique ». D’un côté il y aurait la conversation, caractérisée par l’informalité, la sociabilité, et – on peut le présumer – le plaisir. De l’autre, il y aurait le débat, avec ses choix délibérés, sa focalisation sur des problèmes, sa dimension publique et ses risques de conflictualité.

 

Bien qu’elle vise à distinguer entre formes de parole, l’opposition Schudsonienne est très voisine de celle entre audiences et publics. Comme le conclut Dahlgren, « Schudson et d’autres font de la discussion politique un objet aux limites précises et à propos duquel on pourrait parler d’un certain ‘formalisme’. Pour eux, une discussion politique requiert un certain type de contexte. Elle devient dès lors situationnellement distincte des autres formes d’échange. »

 

Dahlgren a raison de faire remarquer que cette conception assigne à la discussion politique des limites précises qui la rendent situationnellement distincte d’autres formes de parole. Il ne faudrait cependant pas pour autant la doter d’un mode d’existence totalement indépendant. La limite entre différentes formes de parole politique est tout aussi poreuse que celle entre différents registres de langue. Mais, l’existence d’une telle porosité ne doit pas empêcher de reconnaître que les formes de discours ou les registres de langue sont dotées d’existences distinctes, de traits identifiables et de statuts définissables. En fait la distinction entre différents modes de discussion politique me semble contribuer de façon pertinente à la distinction entre audiences et publics. En un mot, publics et audiences diffèrent dans bien des domaines, et aussi dans leur façon de parler le politique.

 

Scènes, coulisses et rideaux de fer

Dahlgren nous fait prendre conscience de l’importance d’échanges politiquement pertinents en dehors du jeu politique institutionnel. Sommes-nous cependant tenus de croire à une opposition binaire entre « la politique institutionnelle » d’une part et « tout le reste » de l’autre ? Sans être nécessairement institutionnel, ce « reste » peut tout de même être plus ou moins formel, plus ou moins public, plus ou moins dramaturgique. « Le reste » ne consiste pas uniquement en échanges informels ayant lieu dans la sphère privée. Ce qui manque à la position, pour l’essentiel continuiste, de Dahlgren, c’est de reconnaître qu’il existe, à l’intérieur même de la sphère de la politique non-institutionnelle, un seuil entre ce que je nommerai « la parole de l’audience » et « la parole publique » un seuil entre – en gros – conversation et débat.

« Les ‘discussions de café du Commerce’, écrit le philosophe politique Jean-Marc Ferry, participent à la construction dynamique de l’opinion publique ; […] elles ne sont pas d’ordre strictement privé » (Ferry, 1989, 22). Ici, Ferry semble rejoindre Dahlgren. Mais il semble bien qu’il rejoigne aussi Schudson. « Lorsque, par exemple, un groupe social — spontané ou institué — entre en délibération ou en manifestation à propos de thèmes d’intérêt collectif, une telle expression publique de l’opinion ne participe toutefois pas de l’espace public, si seuls les participants constituent le public. En revanche, dès lors que cette manifestation partielle de l’opinion est répercutée, diffusée à destination d’un public plus large, virtuellement indéfini, grâce à un médium quelconque : ondes ou feuilles — radio, télévision, presse écrite ou édition, elle entre dans l’espace public. » (Ferry, 1989, 7). Tout comme Schudson, Ferry met ici en évidence l’existence d’un seuil situationnel entre différentes formes de discours. Comme je l’indiquais plus haut, je crois ce seuil poreux. Il est poreux, mais il existe. C’est un seuil, pas un rideau de fer. Si tant est qu’il tienne du rideau, ce serait plutôt du rideau qui, au théâtre sépare la scène des coulisses. Les acteurs ne sont pas enfermés sur scène. Ils circulent, entrent et sortent de scène. Comme le sait pertinemment tout régisseur ils n’agissent pas de la même façon, ni n’utilisent les mêmes mots, sur scène et en coulisse.

 

En d’autres termes, il est réducteur de parler de deux possibilités seulement. Le discours politique n’est pas condamné à être soit formel, soit conversationnel. Il faut prendre en compte trois possibilités. La première est la « politique formelle », des assemblées, parlements, conférences de presse. La seconde concerne les performances souvent véhémentes de ceux qui, par exemple, portent l’expression démocratique dans la rue ; la troisième se réalise dans les conversations privées. Les gens qui bavardent ne sont pas ceux qui scandent des slogans dans la rue. Et ceux qui scandent des slogans dans la rue sont engagés en politique, mais pas en « politique formelle ».

 

  • Le débat politique formel est le moment où la parole des publics est reprise dans les discours des hommes politiques ou des journalistes. Devenue, ressource argumentative, cette parole se donne à voir désormais en citations, extraits ou paraphrases censés exprimer la volonté du public, et servir de justification, voire de légitimation à des actions particulières dans le cadre du système politique.
  • Mais avant d’être découpée en extraits et citations, et utilisée pour légitimer des programmes politiques formels, la parole des publics est scandée dans la rue, entendue dans des talk-shows, reprise dans des éditoriaux ou courriers des lecteurs. À ce stade, cette parole est publique, engage ses auteurs et obéit à des règles précises, mais ces règles ne sont pas encore celles de la politique formelle.
  • Et avant même cette cristallisation en positions publiques identifiables, les thèmes traités naissent de conversations et d’échanges informels qui peuvent être explicitement politiques, ou pas, ou pas encore.

 

La politique formelle ne nous concerne pas ici : elle n’implique pas directement la parole des publics ou celle des audiences. Quant à la politique informelle, elle implique à mon sens non seulement l’élaboration d’opinions communes, mais également leur confrontation dans divers contextes publics. Les conversations privées permettent l’élaboration de l’opinion. Les confrontations publiques font de ces opinions des thèmes politiquement pertinents. Et ces derniers peuvent dès lors être adoptés ou non par ceux qui décident des agendas.

 

Les audiences sont-ils un lieu idéal pour l’émergence d’une « culture citoyenne » ? Pour Peter Dahlgren, la réponse est oui. Zygmunt Bauman (Bauman, 2002, 171) quant à lui pense l’inverse : pour lui, la dynamique des audiences mène à une culture incivique, à la privatisation du social, à la traduction du collectif en termes individuels. Je me situerais personnellement davantage du côté de Dahlgren. Je crois en effet que les audiences peuvent effectivement favoriser l’émergence d’une culture citoyenne. C’est ce que je tentais d’exprimer dans « Le double corps du spectateur » (1998) en notant que les études de réception étaient curieusement portées à adopter la temporalité rétrospective de la régurgitation textuelle, alors qu’une orientation prospective aurait permis de mettre en lumière le rôle joué par la réception des médias dans l’émergence de nouvelles significations et dans la formation de l’opinion publique. Ce que je soulignais ainsi, c’est le lien nécessaire entre audiences et publics. En d’autres termes : élaborer l’opinion publique et l’exprimer sont deux activités liées. Elles sont liées mais elles sont distinctes. Il y a du Goffman dans cette distinction. C’est une distinction entre scènes et coulisses. Mais, comme on va le voir, cette distinction concerne aussi les diverses pratiques d’écriture par lesquelles nous parviennent les récits d’audiences et de publics[3].

 

Généalogie et regard de l’observateur

 

L’obvie et l’obtus

En regardant de plus près les notions de « public » et d’ « audience », il semble bien qu’un public engage une construction « autonome » et qu’une audience relève d’une construction « hétéronome ». Bien évidemment, les publics ne sont jamais totalement autonomes dans leur façon de se produire. Les publics ont besoin de coproducteurs pour accéder à une existence pleine, et pour rendre publiques leurs revendications. Quant aux audiences, elles n’attendent pas toujours, pour prendre vie, le baiser de quelque prince charmant. Malgré tout, ces entités diffèrent quant à l’importance de la médiation qu’elles requièrent pour accéder à l’existence.

 

Des notions telles « audiences » et « publics » peuvent être rapportées aux corps professionnels qui les produisent, et aux organisations professionnelles qui les utilisent. Je suggère ainsi que l’audience d’un démographe et celle d’un sémioticien sont nettement différentes : un objet empirique qui consiste à être dénombré n’est pas tout à fait le même qu’un objet dont la finalité est d’être écouté. En ce sens, les différentes versions de ce que je nomme génériquement publics naissent dans le regard de leurs observateurs.

 

La question de l’émergence des différents types de public est liée à celle du rôle de l’observateur. Ainsi, en continuant d’utiliser public comme terme non marqué, et en utilisant le rôle de l’observateur comme critère discriminant, peut-on distinguer deux types de publics.

 

  • Le premier se donne à voir au grand jour. C’est une collectivité affichée, obvie.
  • Le second type de public ne se donne pas à voir et ne recherche pas particulièrement la visibilité. Il demeure privé. C’est un public obtus (Barthes, 1970), et il resterait invisible si un regard extérieur ne le manifestait pas.

 

Certains discours s’intéressent aux publics obvies D’autres s’intéressent aux publics obtus. Ce ne sont pas les mêmes et il est important d’identifier leurs auteurs respectifs. La question du « qui » suscite immédiatement la question du « pourquoi ». Pourquoi la notion de public et la notion d’audience ont-elles été conçues ? A quoi servent-elles ? A quelles fins s’est-on donné la peine de les produire, de les construire, de les énoncer ? Comment le champ sémantique que couvre chacune de ces notions (leur définition) se rapporte-t-il à la question originelle qui a mené à leur invention ?

 

Démographes, sémioticiens, journalistes

Les audiences quantitatives peuvent être décrites comme des audiences de démographes. Elles sont cette version des publics que les démographes construisent à l’usage des publicitaires. Les audiences que l’on présente comme des « communautés d’interprétation » peuvent, quant à elles, se décrire comme des publics pour sémioticiens. Elles sont produites par les recherches sur la réception, soit à des fins académiques (étendre au discours des lecteurs un savoir-faire issu de l’analyse des textes) ; soit à des fins idéologiques (réhabiliter la culture de masse, en identifiant une forme de créativité populaire dans les pratiques qu’elle permet). Face à la même audience un démographe verra des tranches d’âge, un sémioticien verra des modes de lecture.

 

Restent ces collectivités que j’ai jusqu’ici décrites comme des entités dramaturgiques, les publics « obvies ». Ces publics semblent autonomes. Ils semblent issus de décisions émanant de leurs propres membres, et, pour l’essentiel, c’est bien le cas. Pourtant ces publics sont également un objet de prédilection pour le journalisme, qu’il soit politique ou culturel. Chaque jour les bulletins de nouvelles nous rapportent les performances de tel ou tel public. Nombre d’informations ne portent ni sur des événements ni sur des faits divers, mais sur les processus où se manifeste une opinion publique. Ces informations ne se limitent pas à l’analyse et à la publication de sondages, mais se consacrent à ce que je nommerais une « publi-graphie ». En d’autres termes, une grande partie de la production journalistique consiste à tenir la chronique des publics obvies ; à nous renseigner sur leurs faits et gestes.

 

Cette vision constructiviste des choses explique pourquoi mes deux publics obtus et mon public obvie sont non seulement désignés par des mots différents, mais apparaissent dans des types d’énoncés différents. Ainsi les audiences (au sens français du terme) se contentent-elles d’être alors que les publics sont invités à faire[4]. Les énoncés portant sur les audiences auront tendance à renvoyer simplement à leur existence, leur taille ou leurs qualités. Les énoncés portant sur des publics ne se bornent pas à les désigner : les publics sont censés faire quelque chose. Ceci est compréhensible.

 

On connaît déjà l’existence des publics obvies. Il serait donc tautologique de se contenter de la poser. À l’inverse, l’existence des publics obtus n’est pas donnée d’emblée. Montrer qu’ils existent est donc une contribution significative, parfois même un scoop. D’où une distinction cruciale entre ces publics qui sollicitent, provoquent, viennent vous chercher et les audiences que le chercheur doit au contraire aller chercher. Celles-ci forment-elles vraiment des collectivités ? Existeraient-elles sans son intervention ? Les découvre-t-il ou les invente-t-il ?

 

Les publics obvies vous font constamment signe. Ils veulent attirer votre attention. Les audiences des démographes attendent pour venir au monde, le performatif du démographe-démiurge. Celui-ci décrète leur existence (Et le septième jour, le démographe se reposa). Les audiences des sémioticiens (les communautés d’interprétation) ont également besoin pour exister, d’une dose certes plus réduite, mais bien réelle, de médiation professionnelle. Ces audiences ne sont pas décrétées. Elles sont néanmoins « catalysées ».

 

La nécessité du passage par un observateur professionnel devient dès lors une variable importante. Visibles à l’œil nu, les publics « obvies » s’offrent à ce type d’attention spontanée que chacun est en mesure de porter ; ils sont identifiables par la plus superficielle des observations journalistiques. Les publics « obtus », en revanche, ne sont identifiables, repérables, rendus visibles que par l’œil averti du spécialiste. Pour les rendre visibles, il faut porter des lunettes performatives. Ces lunettes sont des méthodologies.

 

Remerciements

Les idées proposées ici ont été progressivement développées dans une série d’études sur les Publics et en particulier, « Le Double Corps du spectateur » (1998). Je tiens à remercier tous ceux qui ont accepté de discuter mes formulations successives (1) au séminaire sur les Publics de L’Ecole des Hautes Etudes, (2) lors du séminaire Arrabida sur Publics et Télévision à Lisbonne, et (3) à la Fondation Rockefeller, Bellagio. Je tiens aussi à remercier mes collègues de la Fondation Européenne pour la Science pour de longues -discussions auxquelles se joignait parfois l’ombre de Lewis Caroll. Merci, enfin à John Hartley, dont les stimulantes impertinences ont influencé ma pensée.

 

[1] Une première version de ce texte a été publiée sous le titre « Paying attention to attention°: audiences, publics, thresholds and genealogies », Journal of Media Practice, Volume 6, Issue 1, 2005. Cet article est traduit par Charles Khalifa en collaboration avec Daniel Dayan.

[2] Nous nous plaçons ici dans le contexte d’une analyse de la perspective néo-républicaine.

[3] Cette formulation doit sans doute à un texte fondamental ; un texte que Roland Barthes détestait, et qu’il avait un jour qualifié devant moi de « ficelage ». Dans ce « ficelage », Barthes décrivait Le Système de la mode comme un système à deux niveaux, dans lequel la mode écrite, par opposition à la mode en acte, joue le rôle principal.

[4] Cette idée m’a été chuchotée par Dominique Mehl en français au cours d’une discussion générale en anglais. Merci à Dominique.



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Pour citer cet article

, "Ceux qui font attention à l’attention des autres : Audiences, publics, seuils et généalogies[1]", REFSICOM [en ligne], 17 | 2025, mis en ligne le 28 décembre 2025, consulté le Friday 24 July 2026. URL: https://refsicom.org/1595


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