De l’asymétrie de la dénonciation des violences sexuelles en France

et

Résumés

Cet article étudie le traitement médiatique des dénonciations des violences sexuelles envers les enfants dans les médias français à la fin des années 1970 et le début des années 1980. Nous nous intéressons à la couverture réservée par la presse écrite et la radio, en France, à l’essai Le pédophile et la maman de Leïla Sebbar paru en 1980. L’analyse de la réception médiatique révèle les différentes réactions qui ont accompagné la parution. Les argumentaires développés par les défenseurs de la pédophilie et ceux qui la condamnent sont révélateurs du contexte post mai 1968 et de l’ambiguïté de certains positionnements. Nous présentons dans cette contribution les stratégies mises en place par les défenseurs de la pédophilie et la rhétorique développée par certaines féministes pour les contrer. Les revues homosexuelles ont des réactions opposées et les pédophiles ont un discours vindicatif et composé d’arguments fallacieux. Toutefois, ce débat qui semble limité aux élites, laisserait entrevoir des similitudes avec les arguments défendant les violences patriarcales d’une manière générale et minimisant les violences contre les femmes pendant des décennies.
This article deals with the media treatment exposing sexual violence against children in the French media in the late 1970s. We look at the coverage of Leïla Sebbar's 1980 essay Le pédophile et la maman, in the French press and radio. An analysis of the media reception reveals various reactions that accompanied the publication. In particular, the arguments developed by the defenders of paedophilia and those who condemned it reveal the post-May 1968 context and the ambiguity of certain positions. In this paper, we present the various strategies put in place by the defenders of pedophilia and the rhetoric developed by feminists to counter them. We find that homosexual magazines react in opposite ways, and that pedophiles use vindictive rhetoric and fallacious arguments. However, this debate seems limited to elite spheres would suggest similarities with the arguments defending patriarchal violence in general and minimizing violence against women for decades.

Texte intégral
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La dénonciation publique des violences sexuelles, largement médiatisées depuis le mouvement #MeToo[1], remonte aux années 1970 et ne se limite pas aux violences contre les femmes. En effet, la lutte contre les violences sexuelles a accompagné et marqué le mouvement des femmes[2] et s’est constituée comme une lutte contre les violences masculines et patriarcales à l’encontre les personnes vulnérables. Une partie des féministes avait conscience que les femmes n’étaient pas les seules victimes de ces violences patriarcales. Cette contrainte pesait aussi sur les enfants. Ainsi, certaines féministes se sont intéressées aux violences commises envers les enfants et plus particulièrement à l’inceste et à la pédophilie.

 

La dénonciation des violences sexuelles commises contre les enfants s’exprime dans le discours et les écrits de certaines féministes comme dans l’article « Jouer au papa et à l’amant » de Nancy Huston et Yasmina Salhi[3] ou encore dans On tue les petites filles[4] de Leïla Sebbar[5]. Cet essai a été largement salué dans la presse écrite française et a bénéficié d’une médiatisation importante : diversité des titres de la presse qui s’y sont intéressés, recours aux genres nobles, espace rédactionnel considérable, articles valorisant avec un ton positif (Touati et Lochon, 2025). L’analyse de la réception médiatique de cet ouvrage nous a permis, dans des travaux précédents, de pointer sa contribution à l’émergence d’une indignation collective contre les violences faites aux mineures[6]. L’essai a également suscité des réactions agressives de certains pédophiles[7]. La véhémence de l’argumentaire pédophile et la quasi impunité des auteurs de violences contre les enfants, poussent Leïla Sebbar à publier, deux ans après, un nouvel essai Le Pédophile et la maman[8] qui se compose de trois parties. La première partie de l’ouvrage « Le journal intime d’un pédophile anonyme » a été construite à partir d’entretiens avec des hommes pédophiles, de textes que ces derniers ont rédigés et des références qu’ils citent. L’autrice y interroge également les idées véhiculées par la presse de l’époque sur la pédophilie. Dans la deuxième partie, l’autrice relate et questionne son quotidien de mère, de femme et de féministe. La troisième partie est un échange épistolaire entre deux féministes qui donnent notamment leur point de vue sur des sujets d’actualité, la sexualité et l’éducation des enfants.

 

De par sa forme et son contenu, Le Pédophile et la maman, a entraîné à l’époque un débat, parfois virulent, dans certaines sphères médiatiques. Ce débat est l’occasion de cerner les formes de violences patriarcales et la rhétorique qui soutient ces violences et de percevoir l’émergence d’un discours féministe contre la pédophilie. Notre analyse de ce débat participe également à la déconstruction du discours patriarcal qui soutient les violences masculines et contribue à cerner les mécanismes qui le sous-tendent depuis des décennies. Elle révèle un rapport de force social et médiatique pour la reconnaissance de ces violences et leur condamnation. C’est à la réception de l’essai Le Pédophile et la maman et au débat qu’il a suscité, que nous nous intéressons dans cet article. Comment cet essai a-t-il été perçu par ses contemporains ? Quel accueil médiatique a-t-il reçu ? Qui étaient les auteurs des critiques et quels étaient leurs arguments ? La réponse à ces questions nous permettra d’étudier la médiatisation de l’essai, sa réception et sa contribution à la dénonciation publique de la pédophilie et de l’inceste.

 

En nous inscrivant dans le champ des recherches sur la médiatisation (Couldry et Hepp, 2013 ; Bratosin et Tudor, 2020), nous abordons la médiatisation comme un processus qui entraîne des modifications en profondeur des représentations, des normes et des systèmes de valeurs. Pour saisir la manière dont se construisent les significations et les représentations à travers le discours médiatique qui influence les interactions sociales, nous optons ici pour une approche socio-discursive. Cette méthode nous permettra de cerner le rôle des discours médiatiques dans la construction d’une forme de dénonciation de la pédophilie et de l’inceste.

 

Cette contribution se focalise sur les résultats qui émergent de l’analyse d’un corpus de 27 articles de presse écrite et de 2 émissions de radio. Pour étudier la réception de l’essai Le pédophile et la maman de L. Sebbar et sa contribution à la dénonciation publique de la pédophilie dans la société française, nous avons choisi de nous focaliser sur les articles parus en France pendant les six mois qui ont suivi la parution de l’ouvrage au printemps 1980. Notre corpus est principalement issu des archives[9] de Leïla Sebbar qui s’était attelée avec son éditeur à collecter et archiver tous les articles traitant de son essai. Le corpus issu des archives a été complété par une recherche minutieuse sur les bases Persée et Gallica[10]. Les deux émissions de radio retenues ont été sélectionnées parce qu’elles étaient les seules sur la période de l’analyse à consacrer un épisode à la thématique en lien avec la parution de l’essai de Sebbar, en invitant l’autrice. Nous avons soumis notre corpus à une analyse de contenu (Bardin, 2013) en optant pour l’analyse thématique avec un regard qualitatif et quantitatif en retenant les critères suivants : la surface rédactionnelle consacrée à l’œuvre, l’emplacement de l’article dans la publication (souvent révélateur de l’importance du thème traité), les représentations données des protagonistes (autrice, victimes…) et l’attitude exprimée à l’égard de ces derniers et les différents types d’arguments développés.

 

Cette analyse nous permettra de montrer les spécificités du traitement médiatique de la dénonciation de la pédophilie et de l’inceste notamment en comparaison avec le premier ouvrage de L. Sebbar. Elle sera également l’occasion de cerner les résistances socio-culturelles de l’époque et les éventuels éléments liés à l’identité de l’autrice et à ses choix idéologiques qui pourraient expliquer la véhémence de la réaction et une réception limitée.

Dans un premier temps, nous présenterons le corpus d’articles qui abordent Le Pédophile et la maman ainsi que les émissions radiophoniques ayant traité de l’essai qui sont révélateurs d’un contexte socio-médiatique précis. Nous aborderons ensuite le contexte socio-culturel et la place accordée, notamment par les élites intellectuelles et médiatiques, à la pédophilie dans les années 1970 et la manière dont quelques féministes s’y sont opposées. La troisième partie reviendra sur les types et la nature des arguments échangés.

 

Un corpus révélateur d’un contexte

 

Le corpus de la presse écrite, ressource principale de cette contribution, se composait initialement de 30 articles publiés entre février et août 1980 soit une période de six mois après la parution de l’essai. Nous avons choisi d’éliminer 2 textes très courts, le premier est paru dans Bibliothèque et le second dans Livres Hebdo en raison de l’absence d’éléments à analyser. Les deux brèves annonçaient seulement la parution de l’essai et comportaient moins de 10 lignes. Nous avons également écarté un article paru, en mai 1980 dans La lettre vidéo Gay, parce qu’il s’agit d’une reproduction à l’identique d’un article paru dans G Magazine spécial spectacle[11] et qui faisait déjà partie de notre corpus.  Ce tri nous amène à un corpus définitif de 27 articles de presse écrite[12] provenant de journaux et revues publiés en France. Les articles de presse abordant l’essai Le Pédophile et la maman se répartissent comme suit :

  • Quatre articles dans Libération. La parole y est majoritairement accordée aux pédophiles ou pro-pédophiles qui n’apprécient pas la démarche de L. Sebbar ;
  • Dix-huit articles publiés dans des revues homosexuelles masculines : Arcadie, G Magazine, Le Gai Pied et Masques. Deux tendances se distinguent dans ces articles : certains saluent l’utilité de l’essai et d’autres rejettent violemment le point de vue formulé par L. Sebbar ;
  • Trois articles proviennent de magazines et journaux littéraires : La Quinzaine Littéraire, Le Magazine Littéraire et Les Nouvelles Littéraires[13];
  • Le quotidien du médecin propose un compte-rendu ;
  • Un article publié dans F Magazine, seule revue féministe à faire part de l’essai.

Notre corpus complémentaire se compose de deux émissions radiophoniques diffusées sur France Culture en février 1980[14]. La première émission, Nuits magnétiques, ayant pour thème « Relation : La condition d’enfant », réunit Leïla Sebbar, Jean-Luc Pinard-Legry[15], Guy Hervé et Thierry Kerrest[16]. Dans la deuxième partie de l’émission, Laure Adler commence par la présentation de la figure du pédophile dessinée dans l’essai de L. Sebbar, avant de laisser place à des échanges vifs entre les défenseurs de « l’amour pour les enfants » auxquels s’opposent L. Sebbar et J-L. Pinard-Legry.

 

La deuxième émission Panorama cite l’essai de Leïla Sebbar ainsi que l’ouvrage de Guy Hervé et Thierry Kerrest, puis rappelle la distinction entre pédérastie et pédophilie. La chroniqueuse y défend la position de L. Sebbar en affirmant qu’elle « dénonce la pédophilie et ses abus ». Comme la première émission, deux points de vue s’expriment : celui qui, comme L. Sebbar, dénonce la pédophilie et celui de l’un de ses contradicteurs. Ce dernier affirme que « la pédophilie est une chance pour l’enfant d’échapper à la famille qui est presque toujours pathogène, même dans les meilleurs cas. […] La pédophilie peut permettre à l’enfant de s’épanouir beaucoup mieux que dans la famille ». Cette phrase témoigne de l’acceptation du discours pédophile dans les sphères intellectuelles et médiatiques à l’époque.

 

La présentation du corpus retenu laisse entrevoir quelques pistes de réflexion. D’abord, peu de médias se sont penchés sur la parution de Le Pédophile et la maman alors que le premier essai de L. Sebbar, On tue les petites filles, a connu un accueil médiatique plus important : trente-cinq articles dont certains relevant des genres journalistiques nobles (reportages, interviews, critiques, …), parus dans différentes rédactions nationales et régionales reconnues, qui encouragent la démarche de l’autrice et soulignent son utilité sociale. Nous avons relevé la médiatisation dans des quotidiens nationaux comme Libération et Le Monde (ce dernier est absent du corpus du Pédophile et la maman). On tue les petites filles a également été médiatisé par des rédactions nationales diversifiées : La Croix, France Soir ou encore Marie Claire. Il a aussi été traité par la presse régionale (Le Havre libre, La Nouvelle République du Centre Ouest, Le Journal du Centre, Le télégramme de Brest et Le Matin de Paris), presse régionale qui ne s’est nullement impliquée dans la médiatisation du Pédophile et la maman. Par ailleurs, le premier essai de Sebbar avait suscité l’intérêt de rédactions engagées comme L’étincelle hebdomadaire communiste et la Gueule ouverte et de plusieurs revues féministes (La revue d’en Face, Sorcières, les femmes vivent et Questions féministes).

 

La comparaison des articles traitant des deux essais, nous permet de percevoir une disparité dans la médiatisation et un moindre intérêt médiatique pour Le Pédophile et la maman. Cette disparité se voit dans le nombre d’articles 27 contre 35 pour le premier essai. Elle s’exprime surtout dans la nature des articles réservés au Pédophile et la maman qui comptaient des compte-rendu (5), et des courriers des lecteurs (4) en plus d’un droit de réponse (signé par L. Sebbar). En somme, 10 textes sur les 27 du corpus relèvent de genres mineurs et sont parus dans des rubriques secondaires (Livres, Mots, Courriers…). Les articles sur Le Pédophile et la maman sont annoncés à 2 reprises à la Une (Le Gai Pied) et nous comptabilisons un seul éditorial. Par ailleurs, la médiatisation est cantonnée à un quotidien national, Libération, qui s’oppose ouvertement à l’autrice, trois revues littéraires (La Quinzaine Littéraire, Le Magazine Littéraire et Les Nouvelles Littéraires) et des revues engagées pour la cause homosexuelle. Nous relevons l’absence de la presse régionale et des revues féministes. Cette répartition indique une audience limitée et relevant d’une certaine élite.

 

La question de la pédophilie et des violences sexuelles faites aux enfants et plus largement des violences patriarcales ne représentaient selon notre analyse qu’un sujet périphérique traité à la marge comme l’indique le nombre des articles, leur emplacement (souvent en bas de page et en pages impaires) et leur surface rédactionnelle limitée. Le caractère élitiste de certaines rédactions et des émissions de France Culture n’implique pas une imprégnation de la dénonciation de la pédophilie ou des violences sexuelles dans ces milieux. L’analyse faite aujourd’hui des milieux intellectuels parisiens et d’une partie de l’élite médiatique et politique française des années 1970/1980 laisse voir une acceptation certaine de ces pratiques et une forme de tolérance à l’égard des protagonistes membres de cette même « élite ». Les dénonciations récentes par Vanessa Springora[17] ou encore par Camille Kouchner[18] prouvent l’omerta qui régnait à l’époque et la banalité de ces violences dans certains milieux politiques, intellectuels et médiatiques.

Nous proposons dans la partie suivante de présenter la place du discours pédophile en France dans les années 1970. Cette contextualisation de la parole pédophile nous permettra de mieux comprendre le discours qui émerge dans la presse et à la radio à la sortie de l’essai de Leïla Sebbar.

 

La médiatisation du discours pédophile face à l’émergence des premières dénonciations

 

Les années 1970 se distinguent par une forte présence du discours libertaire post 1968, où tout serait permis. « Il est interdit d’interdire » et « Jouissons sans entraves » sont deux des grands slogans représentant les aspirations à une sexualité plus libre à cette période. C’est aussi un moment où les minorités sexuelles réclament davantage de reconnaissance. Sans refaire toute l’histoire de la lutte pour la dépénalisation de l’homosexualité, qui a réussi, et de la pédophilie[19], qui a échoué, il convient de revenir sur certains épisodes de cette période. Ainsi, Libération consacre, le 10 janvier 1977, deux pages à « la déclaration du droit des enfants », issue du livre de Bertrand Boulin La charte des enfants (1977). Parmi les revendications de cet ouvrage, citons la demande de suppression de la loi sur le détournement des mineurs, la suppression de la notion d’enfant en danger ou encore la possibilité pour l’enfant, à partir de quatorze ans, de choisir librement ses relations affectives et sexuelles. Ces revendications s’éloignent des critères de la protection de l’enfance. Le mouvement pédophile qui s’inscrit dans cette demande de libération des mœurs est notamment représenté par Tony Duvert, René Schérer et Gabriel Matzneff[20] qui présentent leurs arguments et décrivent leurs relations amoureuses dans leurs livres[21]. Ces hommes ont une visibilité médiatique importante à l’époque et sont fréquemment invités sur les plateaux de télévision[22].

 

Pour Pierre Verdrager qui liste les arguments avancés par les pédophiles et pro-pédophiles, ces derniers réfutent la pathologisation et la criminalisation dont ils sont l’objet. Ils considèrent que la société nie la sexualité des enfants. Lorsque la presse réfute cette position, elle était accusée de participer à la société du spectacle. Dans leur optique, les médias seraient à l’origine des événements qu’ils dénoncent. En outre, ils présentent la famille comme un lieu de domination où l’enfant ne peut s’exprimer. A cette période, les articles de presse soutenant des prévenus pour « attentats à la pudeur sans violence » dans Libération et Le Monde sont nombreux, sans mentionner la Pétition relative à la majorité sexuelle[23]. Alors que G. Matzneff demande « L’amour est-il un crime ? » dans Le Monde[24], onze jours plus tard, Roger-Pol Droit espère « La fin du silence »[25] en réalisant une chronique sur les ouvrages de Susan Brownmiller[26] et Marie-Odile Fargier[27] consacrés au viol. Ceci montre que ce discours ne fait pas l’unanimité. Si les tenants de la pédophilie s’expriment, ou du moins ceux qui en sont les figures médiatiques, les autres sont condamnés. Un symbole du discours pédophile est le numéro 22 de la revue Recherches[28] « Co-ire. Album systématique de l’enfance » qui consacre plusieurs articles aux arguments et points de vue pédophiles. Les parents qui s’inquiètent pour leurs enfants y sont fustigés et les normes sociales critiquées. Sous prétexte de modernité, certains auteurs appellent à une autonomie des enfants.

 

En réaction, la philosophe féministe Françoise Collin écrit « que l’enfant (garçon) passe ainsi du registre du devoir à celui du plaisir, c’est bien possible ; mais il n’en demeure pas moins du bon plaisir des adultes » (Collin, 1976 : 70). Le numéro « enfances » d’octobre 1976 de la revue Sexpol. Sexualité politique critique dans trois articles le discours pédophile. Ainsi, Gérard Ponthieu, dans une lettre adressée à son fils, écrit : « Oui, je veux te dire ces « amoureux » à guillemets que tu pourrais croire de ton pays — et qui n’en sont pas : ils voudraient pourtant y entrer sans rien en connaître, ni des coutumes, ni du langage. On peut les appeler les pseudo-pédophiles, les pédérastes. “Eh bien ! Je ne voudrais pas qu’ils t’emmènent dans leur pays ; je ne le connais que trop, c’est celui des « grands » qui mangent les « petits » »[29]. Il relève dans le numéro suivant le « refus de considérer la maturité biologique »[30] des jeunes enfants par les pédophiles. Malgré ces propos dénonciateurs, la revue Sexpol continuera à publier des textes de pédophiles comme la « lettre d’un pédophile interné » [31] parue dans le numéro 27. C’est encore ici un exemple de cette ambivalence dans le discours médiatique.

 

D’autres critiques viennent des féministes. Dans le n°12 d’Histoires d’Elles de mai 1979, L. Sebbar a publié une critique de LIle Atlantique de T. Duvert[32]. Cette critique est peu flatteuse : « C’est [un] “roman d’enfance” écrit, parlé, vécu dans la haine, l’horreur du roman familial. Un “roman d’enfance” violent, où les enfants existent : les garçons »[33]. Dans Histoires d’Elles[34], N. Huston fustige le n°37 de la revue Recherches intitulé « Fous d’enfance : qui a peur des pédophiles ? ». Par ailleurs, dans son ouvrage, Jouer au papa et à l’amant[35] publié la même année, N. Huston note l’absence du regard de la psychologie et du point de vue des filles et des femmes et conclut qu’« il serait temps que nous nous posions des questions à ce sujet »[36], en faisant référence aux féministes.

 

Toutefois, ces rares critiques sont peu relayées dans les médias. Lorsque les pédophiles publient des ouvrages, ces derniers font l’objet d’articles longs et les auteurs sont invités sur les plateaux de télévision et dans les émissions de radio, ce qui n’est pas le cas de L. Sebbar et de N. Huston. Entre 1979 et 1981, L. Sebbar a été invitée ou citée six fois dans des émissions de radio. Pendant la même période, G. Matzneff est invité à neuf émissions de télévision nationale et douze émissions de radio et R. Schérer est convié à deux reprises à la radio. Là où les féministes sont critiquées, les auteurs pro-pédophiles sont mis en avant. Ainsi, pendant l’émission La Littérature[37] consacrée à l’ouvrage L’Ile atlantique de T. Duvert, le chroniqueur vante les qualités littéraires de T. Duvert et son classicisme, allant jusqu’à dire qu’il est l’équivalent français de l’auteur américain Kerouac.

 

Cette valorisation des propos et personnages pédophiles et la minorisation médiatique de leurs contradicteurs est nuancée par le discours féministe sur les violences sexuelles faites aux femmes. En effet, les actions et publications des féministes contre le viol[38] permettent l’ouverture d’un débat centré sur la notion de consentement[39]. Il semble donc y avoir une tension entre d’une part la demande de liberté sexuelle totale et d’autre part la lutte contre les violences sexuelles. Tension, qui n’est pas résolue lors de la création du Groupe de Recherche pour une Enfance Différente (GRED) en juillet 1979[40]. C’est donc dans ce contexte de tensions que paraît l’essai Le Pédophile et la maman de Leïla Sebbar entraînant une diversité de réactions et des positionnements intellectuels et idéologiques représentatifs de l’époque.

 

Différents regards sur l’essai Le Pédophile et la maman

 

Notre analyse de contenu nous a permis de dégager différentes réactions à l’essai et des positionnements révélateurs. Ces réactions, que nous présentons dans cette partie, vont du soutien absolu et public à l’attaque virulente et parfois personnelle.

 

Les différents soutiens au livre et à Leïla Sebbar

En mai 1980, le numéro 37 de la revue homosexuelle historique, Arcadie, salue l’ouvrage en présentant les quatre points de vue de l’essai, questionne les thèmes de l’enfance et de l’éducation avant d’en venir à l’amour (Figure n°1). Le journaliste Pierre Nouveau suggère l’existence d’un tabou en écrivant que l’essai « permet une réflexion personnelle sur ce problème dont on commence à parler, qu’on ose aborder. » L’avant dernier paragraphe du compte-rendu de P. Nouveau précise, à propos de l’ouvrage, que « la question des rapports sensuels, sexuels, entre adultes et enfants n’y est pas effacée : c’en est même l’idée-force ». Une partie du mouvement homosexuel français reproche à Arcadie de ne pas être davantage radicale[41]. Par ailleurs, P. Nouveau dénonce l’absence de la question de la pédophilie dans la dernière résolution de l’assemblée générale de l’ONU et conclut : « Il y a encore beaucoup à faire, donc… Modestement, ce recueil y contribue ». Le journaliste déplore l’absence d’un positionnement officiel quant à cette question, mais il ne dit pas clairement sa position, ni celle de la revue.

 

L’entrefilet dans le Quotidien du médecin nous donne une indication claire du soutien de la rédaction à l’autrice. En effet, le compte-rendu explique, après avoir cité son livre précédent, que L. Sebbar « s’est attachée à saisir un des derniers bastions du discours masculin, la pédophilie ». La dernière phrase précise que les voix qui s’expriment « ne cherchent pas à prendre une position dogmatique, mais à se situer par rapport à l’amour des enfants ».

 

Le numéro de printemps de Masques. Revues des homosexualités apporte à L. Sebbar et à son ouvrage un soutien plus ferme[42]. Le compte-rendu est signé par B. Lapouge[43] (Figure n°2) qui y présente son point de vue de victime d’un pédophile. Il revient sur le contexte du débat sur la pédophilie afin d’y présenter la place des femmes : elles sont vues comme les ennemies par les tenants du discours pédophile. Il souligne « les constantes » de ce discours qui sont exposées dans le Journal du pédophile : « La passion pour la photographie, le mythe de l’orpheline, de l’orphelin, le thème de l’ogre et du rapteur merveilleux, la prostitution libératoire, etc. »[44]. Le travail de L. Sebbar et sa capacité à décrire la pensée pédophile sont salués par B. Lapouge.

 

Figure n°1 : « Le pédophile et la maman, de Leila Sebbar », de Pierre Nouveau, Arcadie, mai 1980, Archives de l’IMEC, SBR 104.4.

 

Figure n°2 : « Le pédophile et la maman », de Benoit Lapouge, Masques printemps 1980, Archives IMEC SBR 104.4.

 

 

 

 

 

Ainsi, plusieurs intellectuels et journalistes ont écrit leur accord avec la dénonciation de l’inceste, de la pédophilie et des violences sexuelles à l’égard des enfants. Ils ont aussi exprimé leur soutien à l’autrice qui a été victime de plusieurs attaques portées par des pédophiles et des pro-pédophiles. Propos virulents, injures et attaques personnelles visant l’autrice ont ponctué le débat pendant quelques mois comme le démontre la sous-partie suivante consacrée à la virulence des échanges.

 

L’offensive rhétorique des pédophiles

Dans Le Pédophile et la maman, l’autrice prend la défense des enfants en interrogeant la nature de la relation pédophile, sa dissymétrie, l’absence de maturité de l’enfant pour entreprendre consciemment une telle relation et sa violence pour la victime. Cette accusation fait réagir les pédophiles qui ne conçoivent pas la relation pédophile comme empreinte de violence. Pour se défendre, certains se mettent dans la position de victime et indiquent leur souffrance suite aux accusations de pédophilie par l’écrit de L. Sebbar. Ils se disent accusés à tort, rappellent leur stigmatisation par la société et la justice ainsi que leur souffrance de ne pourvoir aimer au grand jour. Ainsi, les personnes accusées tentent de retourner l’opinion en leur faveur, cherchent à inverser la place du malheureux et du persécuteur. En effet, « Le persécuteur désigné peut, lui aussi, faire l’objet d’une défense qui, s’appuyant sur les souffrances qui lui sont infligées du fait même qu’il se trouve accusé, l’investissent à son tour dans la place du malheureux. Dans une topique de la dénonciation, l’énoncé s’inscrit donc dans une structure de controverses » (Boltanski, 1993 : 101). Les accusés, en l’espèce les pédophiles et ceux qui les défendent, s’assimilent aux opprimés. Dans le système hétéronormé, ils se pensent comme des dominés parmi les autres. C’est pourquoi il faut les défendre lorsque l’on est du bon côté de la cause politique. G. Matzneff indique, par exemple, « qu’on n’accable pas un homme qui est en prison, qui a fait une grave tentative de suicide et qui va passer devant la Cour d’Assises »[45]. Il poursuit en rappelant le principe de solidarité : « le devoir sacré d’un écrivain, s’il écrit sur cet homme, c’est de le défendre ». Les récits des victimes sont au mieux un « exemple […] un cas, à la vérité assez exceptionnel »[46], sinon ignorés.

 

Les pédophiles se positionnent en victimes, investissent la place du malheureux, la refusant de fait aux enfants avec lesquels ils entretiennent des relations illicites. Ils reprochent à leurs détracteurs de ne pas comprendre l’enfance et de dresser « la caricature de pédéraste »[47]. Ils soulignent qu’ils risquent des sanctions judicaires et la marginalisation sociale. Face à l’accusation, ils tentent donc de rendre la cause défendue par L. Sebbar illégitime. Ils se placent dans la position « des persécutés » (Boltanski, 1993), des incompris. Aussi, ils décrivent leur représentation de la relation du pédophile avec un enfant. Pour G. Matzneff, à titre d’exemple, « la tendresse, le désir et la confiance » sont les caractéristiques de la relation pédophile. Son argument s’appuie sur divers exemples littéraires, dont ses propres écrits et Lolita de Vladimir Nabokov.

 

Dans l’émission Nuits Magnétiques, G. Hervé nie même la présence de pédophilie dans la description de L. Sebbar en insinuant une incompréhension et une volonté d’accuser à tort. Il dit « Moi, je me suis demandé où est-ce qu’il y avait des pédophiles dans ce livre ? Je les ne les vois jamais avec des enfants. Dans le journal du pédophile […] il n’est absolument pas question de rencontre avec des enfants ou alors des rencontres d’observations dans les parcs, dans les librairies et autres, mais à aucun moment, on ne le voit avec un enfant. » G. Hervé utilise une stratégie de détournement en pointant l’absence des enfants dans le livre alors que le propos traite des adultes pédophiles. Cette stratégie déstabilise l’autrice surprise par la question et le déplacement de l’argumentaire sur un terrain inattendu, celui de l’absence de victimes. Déjà dans les années 1980, nous notons la présence de ces stratégies de déstabilisation de la parole féminine et d’invisibilisation des victimes comme le montre cet extrait de Nuits Magnétiques.

 

Un autre type d’argument apparaît dans l’émission Panorama précisément dans les propos de l’un des invités qui présente la pédophilie comme une chance et une sorte d’épanouissement. Présenter la pédophilie comme une échappatoire pour les enfants surprend journalistes et invités au point de les empêcher de réagir.

 

Dans les deux émissions, les pédophiles font preuve de cynisme, coupent la parole, se substituent par moment aux journalistes, moquent les propos de L. Sebbar et ceux de ses soutiens ou encore détournent les arguments. Autant de tactiques de déstabilisation et de discréditation qui sont mises en place à la radio comme dans la presse écrite.

 

Certains propos des pédophiles peuvent être qualifiés de véhéments envers ceux qui les dénoncent. « La dénonciation est surtout reconnue comme un engagement véritable et, par-là, comme une attitude morale respectable si on peut montrer qu’elle représente un coût ou un risque pour celui qui l’accomplit » (Boltanski, 1993 : 108). Le coût que paye L. Sebbar est celui de la haine et de la calomnie. Pour illustration, l’avant-propos anonyme du premier article paru dans Libération indique le positionnement de son auteur et donne le ton de l’article : « mauvais livre », formé « à partir d’interviews-pièges », « sans aucune information ni accès direct au sujet, l’enfant et ses passions »[48]. T. Duvert qui écrit l’article présente l’essai de L. Sebbar comme « stupide et snob », au « style parisien et futile », car elle y défend la position des mères qui ont une « rivalité amoureuse » avec les pédophiles. G. Matzneff associe encore la démarche de L. Sebbar à une « extraordinaire bassesse » digne de la « police politique ». Il qualifie les livres de « dégueulasseries ». L’insulte ne s’arrête pas là : « Ces romanciers, ce sont des rigolos et des menteurs ». C’est donc la démarche même des dénonciateurs, les procédés qu’ils utilisent qui sont pointés et attaqués pour les discréditer publiquement.

 

De surcroit, ceux qui dénoncent les pédophiles sont désignés comme étant ceux qui jouent le jeu des oppresseurs et conservateurs. Alain Sanzio reproche, par exemple, à L. Sebbar qu’« à travers ce discours [elle perpétue son] oppression. » Il poursuit en l’interpellant : « êtes-vous sûre de ne pas vous tromper de cible ? ». G Magazine est moins courtois dans l’article de Jean-Michel Sénécal qui écrit « Vous renchérissez. Dans sa tombe de l’Ile d’Yeu, le maréchal doit être fier de vous »[49]. Leïla Sebbar est associée aux personnes qui les persécutent. Les pédophiles invitent à s’indigner contre elle.

 

La controverse se développe donc par un recours à des articles polémiques, en particulier dans Libération et la presse homosexuelle. L’enjeu de ces articles est de blâmer la dénonciatrice et de la disqualifier. Ils tentent de discréditer l’autrice et sa réflexion comme dans Le Gai Pied[50] « Leïla Sebbar ne trouve à opposer aux pédérastes, dans le meilleur des cas, qu’un discours moral. » L’auteur du compte-rendu juge que l’essai a un air de scandale, « de la calomnie primaire alarmiste et hystérique ». Il va plus loin en niant la neutralité de l’autrice « Le profil qu’elle façonne s’apparente à celui de l’idéologie la plus intolérante, la plus moralisatrice et la plus courte d’idée ». Toutes ces réactions relèvent du registre de la colère. Toutefois, « la parole de l’énonciateur ne peut se réduire à l’invective. Rencontrant une résistance, l’énoncé doit se présenter également sous une forme controversable. Il doit fonder ses positions, argumenter. La violence de l’accusation doit être justifiée au moyen de preuves » (Boltanski, 1993 : 101). Quelles sont ici les « preuves de la réalité de la souffrance et, surtout du bien-fondé de l’accusation » (Boltanski, 1993 : 102) avancées par les pédophiles ?

 

La stratégie du numéro d’été de Masques, nous semble la plus perspicace. Puisque L. Sebbar a décidé de présenter différents points de vue dans son essai, le numéro de l’été 1980 de Masques va en faire de même. Les lecteur.rice.s n’ont plus qu’à se forger leur avis en comparant les points de vue : celui d’un jeune vivant une relation avec un pédophile, celui de sa mère et celui du pédophile. La revue reprend la segmentation des positionnements des protagonistes opérée par l’autrice dans son essai.

 

Afin de légitimer les propos de certains pédophiles, T. Duvert va rappeler que les auteurs des faits sont, entre autres, des écrivains à succès. Dans Libération, ce dernier fait le rappel de son Prix Médicis et sa confirmation en tant qu’auteur reconnu. Il s’agit là d’un argument d’autorité qui « consiste à faire appel à une autorité plutôt qu’à la raison, et d’utiliser une autorité appropriée aux connaissances de l’adversaire » (Schopenhauer, 1830 : 23). L’autorité est ici le prix littéraire et la reconnaissance par les pairs permettant à Duvert de se présenter comme une référence et en position de supériorité par rapport à Leïla Sebbar sur le terrain de la littérature.

 

Leïla Sebbar est-elle pointée comme « habitée par la passion de l’accusation » selon l’expression de Boltanski ? Les pédophiles qui s’expriment répondraient sans doute par l’affirmative. Par exemple, G. Matzneff assimile les écrivain.ne.s qui dénoncent la pédophilie à des membres de la police : « le commissaire Huston, les inspecteurs Lapouge et Pinard-Legry, le sergent de ville Sebbar »[51]. Le déshonneur par association se couple à un dénigrement. La métaphore policière est également utilisée par R. Schérer dans sa lettre ouverte dans laquelle il critique le livre de J.-L. Pinard-Legry et B. Lapouge. Il apparente leur rapprochement de citations aux « manipulations auxquelles se livrent les procès-verbaux de police ». Pourtant, il est difficile de parler d’une passion pour l’accusation de ces auteurs. La comparaison est utilisée pour décrédibiliser. Elle n’est pas accompagnée d’une démonstration ou d’exemple, ce qui est le cœur d’une argumentation.

In fine, les idées avancées par les tenants du discours pédophile relèvent davantage de l’insulte et recourent à des arguments fallacieux. Ils ne font pas la preuve objective qu’ils sont les malheureux dans cette histoire, à part en rappelant qu’ils sont passibles de poursuites judiciaires.

 

Le rôle timide des féministes dans la controverse

Seules deux féministes et F Magazine réagissent publiquement à ce débat. Tout d’abord, le numéro de février 1980 de F Magazine consacre un compte-rendu à l’essai. L’auteur rappelle le contexte avec le discours pédophile de l’après mai 1968 et présente brièvement le contenu. « Mais si l’on est irrité par un imaginaire si proche du quotidien, on s’attache à l’émotion qui parcourt ce regard sur l’enfance ». L’essai ne semble pas susciter un grand engouement et le soutien de F Magazine est modéré.

 

  1. Huston[52], qui avait déjà pris position en faveur de la protection des enfants dans son livre Jouer au papa et à l’amant, est la première féministe à réagir dans le numéro d’avril 1980 de La Quinzaine Littéraire. Son article revient d’abord sur le contexte général et quelques-uns des arguments. Elle présente ensuite le travail entrepris par L. Sebbar : « Elle a lu les défenseurs de la pédophilie avec une fascination et une méfiance grandissante. » Elle salue les questions que pose L. Sebbar et que le MLF[53] a évitées. N. Huston s’interroge ensuite sur un parallèle : « La « libération sexuelle » qu’ils préconisent pour les enfants ressemblerait-elle à celle préconisée pour les femmes par les libertins de tout crin, à savoir la liberté de dire « oui » au désir des hommes? »[54]. Elle réalise une courte analyse littéraire de ces « formes littéraires « féminines », toujours dévalorisées comme sous-littérature », le rôle de la première personne du singulier dans les trois parties et la place accordée à l’enfance. Elle termine en citant le premier essai de L. Sebbar (On tue les petites filles) pour souligner la continuité entre les deux ouvrages. « Le Pédophile et la maman pourrait apparaître comme l’antidote de ces récits de violences. En fait, d’un livre à l’autre, c’est d’un même questionnement qu’il s’agit : celui de toutes les façons qu’ont les adultes de commettre l’amour avec les enfants »[55]. Le parallélisme de la phrase, présent par les expressions “d’un livre à l’autre” et “d’un même questionnement qu’il s’agit”, vient souligner la similitude entre les dénonciations et l’engagement dans les deux livres de Leïla Sebbar. L’emploi du verbe « commettre » vient quant à lui désigner le côté illégal et violent des relations sexuelles pédophiles. Ce compte-rendu apporte donc un soutien à la fois sur la forme de l’œuvre, sur l’importance du thème et sur le positionnement de Leïla Sebbar.

 

Deuxième féministe à soutenir publiquement Leïla Sebbar, Xavière Gauthier envoie à Libération un courrier publié le 8 avril 1980 où elle réagit à l’article de T. Duvert « Lorsque l’enfant paraît » (Figure n°3). La solidarité féministe est ici avant tout une solidarité de réseau[56] et le soutien apporté à Leïla Sebbar par les deux féministes pourrait s’expliquer par leurs relations, leurs valeurs et luttes communes[57].

Figure n°3 : A propos de « Lorsque l’enfant paraît » de Xavière Gauthier, Libération, avril 1980. Archives de l’IMEC SBR 104.4.

 

Huston et X. Gauthier sont les deux seules femmes et féministes qui soutiennent L. Sebbar et qui réagissent lors de la médiatisation de l’essai. L’absence des féministes lors de cette polémique médiatique s’expliquerait en partie par les ancrages féministes de L. Sebbar. Nous soulignons que, par certains aspects, L. Sebbar se rapproche des féministes essentialistes. Or, ces dernières, comme les contributrices de Sorcières : Les femmes vivent, sont partiellement marginalisées parmi les féministes de leur époque parce qu’elles ont fait le choix de la maternité. Ainsi, seules des femmes et féministes ayant eu des enfants semblent s’être intéressées à la question de la pédophilie. Ceci pourrait en partie expliquer pourquoi les autres féministes ne sont pas intervenues dans le débat et n’ont pas manifesté de soutien à L. Sebbar et à son œuvre. En effet, dans les années 1970, l’idéologie libertaire occupait une place importante dans les milieux intellectuels et même féministes. « L’exigence de liberté individuelle était à ce point dominante qu’on n’était pas conscient de ses dérives. […] Il y avait une telle peur d’être considéré comme puritain, un empêcheur ou une empêcheuse de tourner de danser en rond, qu’on préférait se taire » (Perrot et Castillo, 2023 : 177). La puissance d’une idée est si importante que la contredire devient in fine tabou. L. Sebbar a fait partie de celle et ceux qui ont brisé ce tabou et subi les conséquences de ce choix.

 

 

Conclusion

Les faits exposés nous permettent de conclure à une dénonciation marquée par une dimension genrée et intersectionnelle. La dénonciation de la pédophilie est engagée et portée principalement par quelques féministes. C’est une parole genrée dans la mesure où celle qui la porte dans l’essai est une femme avec un parcours personnel particulier, soutenue principalement par des féministes et des membres de la communauté homosexuelle. La question de l’engagement des femmes dans la défense de cette cause se pose légitimement étant donné la part importante d’hommes qui s’opposent à Leïla Sebbar, au point de révéler une véritable asymétrie dans les temps de parole et les écrits.

La dimension genrée s’exprime ainsi dans la disparité dans les signatures des articles entre femmes et hommes. Nous relevons une forte présence des journalistes et intellectuels hommes qui signent les articles et ils sont largement mobilisés contre l’autrice. En effet, sur les 27 articles, 23 sont signés (dont 2 par des collectifs) et sur ces 21 textes signés individuellement, 17 le sont par des hommes. Seuls quatre occurrences sont signées par des femmes dont un droit de réponse signé par L. Sebbar elle-même et 2 courriers des lecteurs (dont un signé par Xavière Gauthier). Un seul vrai article est signé par une femme : Nancy Huston, féministe proche de L. Sebbar. Traiter de la pédophilie serait-il un domaine réservé aux hommes ? Notre corpus démontre clairement que la défense de la pédophilie était une mission masculine.

 

La dimension intersectionnelle est perceptible dans la synergie des causes réunissant des victimes des mêmes violences patriarcales. Femmes et enfants se retrouvent dans la même condition de victime. L. Sebbar, féministe engagée, porte ici la parole des enfants dans un contexte particulier où les slogans post-mai 1968 et l’idéologie libertaire occupent une grande place. C’est ce qui pourrait d’ailleurs expliquer, en partie, l’accueil médiatique mitigé de l’essai Le Pédophile et la maman et l’ambivalence des positionnements.

 

Cet accueil médiatique est limité par le nombre d’articles qui traitent de l’ouvrage et de la question de la pédophilie mais également par le nombre et la nature des rédactions qui s’y intéressent. Il s’agissait principalement de rédactions engagées pour la cause homosexuelle et spécialisées (notamment les revues littéraires). La nature des rédactions et des médias dénote également d’un certain élitisme de l’essai, de son lectorat éventuel et des publics susceptibles de s’intéresser à la thématique. Les revues féministes, les revues littéraires et France Culture n’étaient pas des médias grand public mais visaient un public instruit, citadin et engagé. L’accueil est mitigé parce que la parole de plusieurs journalistes et auteurs y compris parmi les soutiens de L. Sebbar n’est ni franche, ni claire. Certaines rédactions oscillent entre un soutien à la cause et une critique de l’autrice. D’autres soutiennent L. Sebbar face aux insultes et injures dont elle est victime mais ne se positionnent pas clairement quant à la pédophilie et les agressions sexuelles subies par les enfants.

 

Nous avons également relevé une forme d’invisibilisation médiatique de l’autrice qui défend les droits des enfants dans une société patriarcale et dans un contexte libertaire tolérant vis-à-vis des jouissances masculines, comme l’indique son absence sur des chaînes nationales qui ont pourtant convié plusieurs auteurs pédophiles ou défenseurs de la pédophilie. En témoigne également la différence importante dans le nombre d’émissions radiophoniques dans lesquelles Leïla Sebbar a pris la parole comparée à la multitude d’émissions mettant à l’honneur Gabriel Matzneff. Le temps de parole dans les deux émissions de France Culture, le positionnement des pédophiles qui coupent la parole, moquent les arguments de L. Sebbar et font preuve de cynisme et de distance indiquent une certaine difficulté à traiter cette thématique avec équité. Ils indiquent, en quelque sorte, une minoration de la parole de L. Sebbar par les tentatives de déstabilisation et de remise en cause de sa démarche. Les tentatives de discrédit de l’autrice et de son argumentaire se sont également exprimées dans les articles analysés et ont fait partie des différentes stratégies mises en place par les pédophiles pour limiter l’impact de l’essai dans les médias et dans l’opinion publique. Ces manières de faire font partie intégrante du système patriarcal et de ses mécanismes de défense.

 

Nous constatons, qu’en dépit des tentatives d’invisibilisation voulues de l’autrice et de médiatisation de la rhétorique pédophile médiatisée, le débat initié par l’essai de L. Sebbar et l’engagement des féministes contre les violences patriarcales et masculines d’une manière générale et les violences sexuelles subies par les mineurs, sont parvenus à organiser une dénonciation publique de ces agressions banalisées ou cachées et ont pointé l’inefficacité des dispositifs existants pour accompagner les victimes.

 

Même si la portée de l’essai est limitée, il a contribué à une publicisation d’un tabou social et politique et a dévoilé l’inaction des pouvoirs publics. Le débat initié entre pédophiles, féministes et personnes engagées contre les violences faites aux enfants contribue à l’émergence d’une mobilisation plus large. La dénonciation médiatique et sociale mettra plusieurs décennies avant de s’imposer avec les différentes prises de parole auxquelles nous assistons depuis quelques années[58]. Elle montre une continuité dans les stratégies militantes féministes et un continuum dans les modalités de contre-offensives patriarcales et les backslash qui visent celles qui dénoncent. Les tentatives d’invisibilisation, les injures et les agressions verbales et symboliques dont a souffert Leïla Sebbar après la parution de Le Pédophile et la maman rejoignent celles que subissent les victimes de violences patriarcales qui osent témoigner depuis le mouvement #MeToo et les féministes qui les soutiennent.

[1] Le mouvement #MeToo est un mouvement social encourageant la prise de parole des femmes afin de dénoncer le caractère courant des viols et des agressions sexuelles et de permettre aux victimes de s’exprimer. Le mouvement a été largement médiatisé à partir d’octobre 2017 à la suite de l’affaire Harvey Weinstein et est désormais considéré comme un mouvement mondial. Initié en ligne, le mouvement a touché plusieurs secteurs activités (cinéma, journalisme, politique…) et s’est, depuis sa médiatisation, déclenché dans plusieurs dizaines de pays.

[2] Michèle Perrot et Edouardo Castillo 2023 ; Camille Froideveaux-Metterie 2021.

[3] Nancy Huston et Yasmina Salhi 1976.

[4] Leila Sebbar, On tue les petites filles, une enquête sur les mauvais traitements, sévices, meurtres, incestes, viols contre les filles mineures de moins de quinze ans, de 1967 à 1977 en France, Paris, Stock, 1978.

[5] Autrice franco-algérienne, née à Aflou en Algérie en 1941. Docteure en Littérature de la Sorbonne, Leïla Sebbar a fait une carrière de professeur de Lettres. Féministe et engagée, Leïla Sebbar est l’autrice de plus de 150 ouvrages. Elle a participé à la fondation de la revue féministe Histoires d’Elles en 1976 et a collaboré à plusieurs revues féministes : SorcièresLes femmes viventLes Cahiers du GRIFles Nanas Beurs, etc.

[6] Annie Lochon et Zeineb Touati (2023). « La construction de l’indignation contre les violences envers les enfants dans la presse écrite des années 1970 en France. La réception de On tue les petites filles de Leïla Sebbar ». Colloque international « Vers une société sensible ? Morale / Politique/ Réflexivité », AISLF, Caen, Juin 2023.

[7] Leïla Sebbar a été poursuivie en justice par un pédophile mentionné anonymement dans l’essai On tue les petites filles. Elle a également reçu plusieurs courriers agressifs et menaçants. Dans l’un de ces courriers, un homme lui reproche d’avoir « délibérément mis en valeur tout ce qui est noir et les dossiers que vous avez commentés semblent vous avoir fait oublier que d’autres relations sont possibles » (IMEC, fonds Sebbar, 936 SBR 104.1 « On tue les petites filles – Courrier de lecteurs »).

[8] Leila Sebbar, Le Pédophile et la maman, Paris, Stock, 1980.

[9] L. Sebbar a déposé ses archives, en 2013 et 2018, à l’IMEC (Institut des Mémoires de l’Edition Contemporaine). Les archives relatives à l’essai Le pédophile et la maman proviennent d’une même boîte (fonds Sebbar, 936 SBR 104.4 Le pédophile et la maman : presse).

[10] Dans les archives de l’IMEC, nous ne disposons pas toujours des originaux des articles. Par ailleurs, certains documents archivés n’offrent pas la totalité des informations nécessaires à l’identification d’un texte (auteur, date, numéro de page), parfois tronquées à la photocopie. Nous avons donc procédé à une recherche sur les bases Persée et Gallica pour repérer les articles et les éléments manquants dans les archives de L. Sebbar.

[11] Nous avons retenu celui paru en premier.

[12] Les articles du corpus sont présentés de manière détaillée dans un tableau figurant à la fin de ce texte (Annexe 1).

[13] Seule La Quinzaine littéraire propose un article long et signé. Les trois autres revues ne réalisent que des articles courts (25 lignes pour Les Nouvelles Littéraires et 42 lignes pour Le Magazine Littéraire).

[14] L’émission Nuits magnétiques diffusée sur France Culture le 20 février 1980 et Panorama diffusée sur France Culture le 21 février 1980.

[15] Co-auteur de L’Enfant et le pédéraste avec Benoit Lapouge.

[16] Auteurs de Les Enfants de Fez paru en janvier 1980 chez Hallier.

[17] Vanessa Springora, Le Consentement, Paris, Grasset, 2020.

[18] Camille Kouchner, La Familia Grande, Le Seuil, 2021.

[19] Anne-Claude Ambroise-Rendu, 2014.

[20] Cf. Pierre Verdrager 2013 et Ambroise-Rendu 2014.

[21] Le bon sexe illustré de T. Duvert  (éditions de minuit, 1974); Une érotique puérile de R. Schérer (Galilée, 1978) et Les moins de seize ans de G. Matzneff (Julliard, 1974).

[22] La vidéo « Gabriel Matzneff, 50 ans de pédophilie décomplexée » de l’INA du 15.02.2021 montre la tolérance dont il bénéficiait dans les médias : https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/s1056075_001/gabriel-matzneff-50-ans-de-pedophilie-decomplexee, vérifiée le 22/11/2023.

[23] Le Monde, 22 janvier 1977.

[24] Le Monde, 8 novembre 1976, p. 14.

[25] Le Monde, 19 novembre 1976, p. 31

[26] Susan Brownmiller, Against Our Will: Men, Women, and Rape, 1975. Trad Le Viol, Paris, Stock, 1976.

[27] Marie-Odile Fargier, Le Viol, Paris, Grasset, 1976, Coll. Le Temps des femmes.

[28] Numéro paru en avril 1977 et dirigé par René Scherer et Guy Hocquenghem.

[29] Gérard Ponthieu (1976). « François, mon fils ». Sexpol. Sexualité politique, n°9 « enfances », p. 23.

[30] Gérard Ponthieu, (1976). « Confusion ». Sexpol. Sexualité politique, n° 10, p.28.

[31] Gérard Roussel, (1979). « Lettre d’un pédophile interné ». Sexpol. Sexualité politique, n°27 « des hommes… », p. 45-46.

[32] Sebbar Leïla (1979). « L’Ile atlantique, Tony Duvert, Editions de minuit ». Histoires d’Elles, n°12. URL: femenrev.persee.fr/doc/hisel_0154-8050_1979_num_12_1_2041_t1_0014_0000_10.: 14.

[33] Leila Sebbar, 1979, Ibid. : 14.

[34] Dans le n° 14 de juillet-août 1979.

[35] Nancy Huston, (1979). « Recherches, n° 37, « Fou d’enfance : qui a peur des pédophiles ?» ». Histoires d’Elles, n°14. URL : femenrev.persee.fr/doc/hisel_0154-8050_1979_num_14_1_2052_t1_0014_0000_1.

[36] Nancy Huston, Jouer au papa et à l’amant : De l’amour des petites filles, Paris, Ed. Ramsay, 1979, p. 14.

[37] Diffusée sur France culture le 29 mars 1979.

[38] Citons le Tribunal international des crimes contre les femmes qui se déroule à Bruxelles en mars 1976 ou encore Les dix heures contre le viol en juin 1976 à la Mutualité à Paris.

[39] Jean Bérard, 2014.

[40] Jonas, Espace collaboratif contre la pédophilie, « Le GRED Groupe de Recherche pour une Enfance Différente », janvier 2011. URL : https://plateformejonas.fr/wp-content/uploads/2022/01/5.1.11.-le-GRED-Groupe-de-Recherche-pour-une-Enfance-Differente.pdf.

[41] Ce qui expliquerait en partie la naissance d’autres magazines homosexuels Le Gai-Pied et Masques.

[42] Cependant le positionnement de Masques changera dans le numéro suivant de l’été 1980.

[43] Co-auteur avec Jean-Luc Pinard-Legry de L’enfant et le pédéraste, 1980.

[44] Masques, Printemps 1980, p. 17.

[45] Gabriel Matzneff, « Aux édition du quai de Gresves », Le Gai-Pied, n° 13, avril 1980, p. 6.

[46] René Schérer, « Lettre ouverte », Le Gai-Pied, n° 13, avril 1980, p. 7.

[47] Gabriel Matzneff, « Aux édition du quai de Gresves », Le Gai-Pied, Op. Cit.

[48] « Lorsque l’enfant paraît », Libération, 28 mars 1980, p. 11.

[49] Jean-Michel Sénécal, « Scènes de chasse en giscardie », G Magazine, n° 9, non daté, p. 32.

[50] Jacky Fougeray, « La maman et les pédophiles. Le grand air du scandale », Le gai Pied, n° 12.

[51] Gabriel Matzneff, « Aux édition du quai de Gresves », Le Gai-Pied, n° 13, avril 1980, p. 6.

[52] Nancy Huston a collaboré avec Leïla Sebbar au numéro des Temps Modernes « Petites filles en éducation », au mensuel Histoires d’Elles. Elles ont aussi écrit des articles dans la revue littéraire féministe Sorcières : Les femmes vivent.

[53] Mouvement de Libération des Femmes.

[54] Nancy Huston, « Leîla Sebbar. Le Pédophile et la maman. Voix de femmes. Stock éd., 295p. », La Quinzaine Littéraire, 1-15 avril 1980, pp. 25-26.

[55] Nancy Huston, Ibid., p. 26.

[56] Nous soulignons que X. Gauthier et L. Sebbar se connaissaient et avaient déjà collaboré dans le cadre de la revue féministe Sorcières : Les femmes vivent. L. Sebbar a, en effet, dirigé le numéro 13 de Sorcières : Les femmes vivent dont la thématique est « Poupées ». Au total, L. Sebbar a coordonné deux numéros pour Sorcières et y a écrit onze articles. Ce qui laisse supposer des échanges réguliers avec Xavière Gauthier et des rencontres entre les deux féministes. D’un autre côté, Nancy Huston a longtemps collaboré avec Leïla Sebbar à la revue Histoire d’elles et les deux femmes étaient réputées proches par leurs luttes communes et l’écriture.

[57] Guaresi, Magali et Maria Grazia Scrimieri. 2021.

[58] Vanessa Springora en 2020, Camille Kouchner en 2021 et Neige Sinno en 2023.



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Tudor Mihaela Alexandra, Bratosin Stephan, « Croire en la technologie », Communication, 2020, [En ligne], vol. 37/1 | 2020, URL : http://journals.openedition.org/communication/11021

Verdrager Pierre, L’enfant interdit. Comment la pédophilie est devenue scandaleuse. Paris, Armand Colin, 2013.

 

Annexe : Tableau de présentation du corpus

Date
Titre de l’article
Publication
Auteur
Rubrique
Orientation de la publication
Source
Mai 1980
Le pédophile et la maman, de Leila SEBBAR
Arcadie, n°317
Pierre NOUVEAU
Livres
Magazine homosexuel
Photocopie archives IMEC
Février 1980
Le pédophile et la maman
F Magazine
Non signé
« En librairie »
Féministe
Archives IMEC
N°9- 1980
Scènes de chasse en Giscardie
G magazine
Louis Bonnet
Jean-Michel SENECAL
« La presse en revue »
Magazine culturel homosexuel
Archives IMEC
Mars 1980
La maman et les pédophiles
Gai Pied (Le), n°12
Jacky Fougeray (commentaire)
Yves Charfe
(interview)
L’actualité
+ annonce en Une
Magazine homosexuel
Archives IMEC
Avril 1980
Pédoquoi ? Pédéraste
Un édito de Gilles Bardette, trois articles, dont un droit de réponse de Leïla
Gai Pied (Le), n°13
Gilles Bardette
Gabriel Matzneff (aux éditions du quai de Grèves),
Leïla Sebbar (droit de réponse),
René Scherer
(Lettre ouverte)
Le débat sur la pédophilie (annoncé en Une)
+
Les nouvelles
Magazine homosexuel
Archives IMEC
1-15 avril 1980
Leila Sebbar
Le Pédophile et la maman
« Voix de femmes »
La Quinzaine Littéraire, n°322
Nancy Huston
Mœurs
Littéraire
Archives IMEC
Juillet-août 1980
« Pédophile, dit-elle »
Le Magazine Littéraire, n° 136,
Non signé
Inconnue
Littéraire
Archives IMEC
Sans date
Le pédophile et la maman de Leïla Sebbar
Le Quotidien du médecin
Non signé
Avec d’autres comptes-rendus dans la catégorie essais
Médical
Archives IMEC. Photocopie par l’éditeur
14-21 février 1980
Le pédophile et la maman de Leïla Sebbar, Stock 2/ « voix de femmes », 302p.
Les Nouvelles Littéraires
Non signé
Inconnue
Littéraire
Archives IMEC. Photocopie par l’éditeur
28 mars 1980
« Lorsque l’enfant paraît (1) »
Libération
Tony Duvet
MOTS
Quotidien de gauche
Original dans les archives l’IMEC
29-30 mars 1980
« Lorsque l’enfant paraît (2) les homosexuels puritains »
Libération
Tony Duvet,
MOTS
Quotidien de gauche
Archives IMEC
8 avril 1980
« A propos de lorsque l’enfant paraît »
Libération
Trois courriers de lecteurs dont
Xavière Gauthier
Courrier
Quotidien de gauche
Archives IMEC
17 avril 1980
Encore Heureux qu’on va vers l’été
Libération
G André Dhavid
Courrier
Quotidien de gauche
Archives IMEC
Printemps 1980
« L’enfant et le pédéraste »,
Masque, Revue des homosexualités
Alain Sanzio
Débat
Magazine homosexuel
Archives IMEC complétées sur Gallica,
Été 1980
Un débat peut en cacher un autre (pp. 94-95)
L’enfant et le Pédéraste – J.L. Pinard-Legris & B. Lapouge (éditions Le Seuil)
La maman et le pédophie – Laîla Sebbar (Edition Stock)
Témoignage à plusieurs voix
Suis-je la seule à aimer les enfants de 10 ans
Gred (Groupe de Recherche pour une Enfance Différente)
Entretien avec Leïla Sebbar
En réponse à nos contradicteurs
L’Ame ouverte à l‘art Antique
Masques, Revue des homosexualités
Alain Sanzio
Alain Sanzio
Alain Sanzio
Danièle, Pascal, Julien
Joelle (publié dans Libération)
GRED
Alain Sanzio
J.-L. Pinard-Legris et B. Lapouge
Alfred Jarry
(Reproduction)
Dossier : Controverse aimer les enfants
Magazine homosexuel
Gallica

Pour citer cet article

et , "De l’asymétrie de la dénonciation des violences sexuelles en France", REFSICOM [en ligne], 17 | 2025, mis en ligne le 28 décembre 2025, consulté le Saturday 01 August 2026. URL: https://refsicom.org/1602


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