Table des matières
Introduction
Le 6 février 2023, la Turquie et la Syrie ont été frappées par deux tremblements de terre consécutifs, entraînant une dévastation généralisée : plus de 50 000 vies ont été perdues, plus de 100 000 personnes ont été blessées, et des villes entières ont été réduites en ruines. Bien que ces catastrophes naturelles aient des causes échappant au contrôle de l’homme, elles peuvent révéler des vulnérabilités systémiques. Dans le cas de la Turquie, ces événements ont mis en lumière des défis importants, des études suggérant des problèmes structurels et des insuffisances dans la préparation qui ont exacerbé l’ampleur de la catastrophe. Parmi les facteurs contributifs figuraient l’utilisation de matériaux de construction inadéquats, l’absence d’autorisations et de permis (Soyaltin-Colella, 2023), une gestion insuffisante des risques sismiques lors du processus de construction des bâtiments[1], et une coordination insuffisante des opérations de recherche et de sauvetage au milieu de la catastrophe (Aksoy et Çevik, 2023).
Dans de telles situations de crise, les médias jouent également un rôle crucial grâce à leur pouvoir d’influence. Comme le soulignent Cardon et Granjon (2010), l’accès de plus en plus facile qu’ont les individus pour consommer et produire eux-mêmes de l’information donne naissance au web participatif. Au lieu de se tourner vers les médias de service public, de nombreuses personnes se sont tournées vers des comptes sur les réseaux sociaux numériques (RSN), gérés par des individus ou des organisations indépendantes, pour obtenir des informations en temps réel depuis le terrain. Twitter (désormais connu sous le nom de X) est apparu comme la plateforme de RSN la plus utilisée, avec un taux d’utilisation de 98 % (Adba Analytics, 2023).
Les études rapportent également 51 980 000 de publications liées au séisme (Özdemir, 2024) et 2 643 481 tweets contenant le mot « séisme » (en turc : deprem) entre le 5 et le 12 février 2023 (Demirhan et Hacıoğlu, 2024). Il est donc clair que Twitter a joué un rôle essentiel, se révélant un outil performant pour la gestion des situations d’urgence (Hoştut et al., 2023, p. 54). L’engagement citoyen sur ces plateformes prenait forme grâce aux utilisateurs qui participaient aux efforts de sauvetage, en sensibilisant sur les ressources accessibles et utiles, en collectant des fonds et en mobilisant des volontaires. De plus, l’utilisation des RSN a permis aux individus d’accéder à des sources pour mieux comprendre les contre-récits, comme le soulignent Karataş et Bek (2024).
Parler des contre-récits nous conduit à contextualiser le paysage médiatique turc et à souligner sa politisation. Quelques enquêtes[2] mettent en évidence une reprise des informations critiques sur la gestion des réponses au séisme par les plateformes médiatiques, où elles seront associées à certaines affiliations politiques. Cela montre une tendance selon laquelle le comportement de recherche d’informations s’aligne sur les affiliations politiques des individus.
Les études quantitatives confirment cette tendance, montrant que les individus qui doutent des sources gouvernementales ont tendance à se tourner vers des chaînes d’opposition telles que Halk TV, Tele 1 et Fox TV (désormais connu sous le nom de « NOW »). En revanche, ceux qui ont davantage confiance dans le gouvernement privilégient les médias publics, qui représentent 90 % du paysage médiatique[3], pour obtenir des informations. La politisation des médias, ainsi que le soulignent les études menées avant le séisme, a ouvert le champ à un scepticisme plus large de la population turque envers les médias : 70 % considèrent les médias comme « biaisés » et « peu fiables » (O’Donohue et al., 2020).
Ce scepticisme presque généralisé a contribué à l’augmentation de l’utilisation des sources en ligne pour accéder à des informations de première main, souvent fournies par des acteurs non-politisés. Avec deux figures publiques, Haluk Levent et Oğuzhan Uğur, utilisant efficacement la plateforme pour coordonner les efforts de secours, le cas de Twitter lors des séismes de 2023 met en évidence un « champ de bataille numérique » (Karataş et Bek, 2024). La plateforme a servi non seulement d’outil de mobilisation et de coordination des secours, mais aussi d’arène de débat numérique. Comme cette problématique constitue un exemple convaincant des dynamiques de communication et de malentendus dans la région méditerranéenne, cet article vise à explorer la question de recherche suivante, en adoptant une approche qualitative :
Quelles ont été les multiples utilisations de Twitter lors du séisme de 2023 en Turquie, et comment les formes d’engagement citoyen exprimées à travers le contenu généré par les utilisateurs turcs ont-elles contribué — ou échoué à contribuer — à relever les défis de la gestion des catastrophes ?
Cadre Théorique
Les aspects centraux de l’analyse qualitative de contenu incluent l’examen des thèmes clés, du contenu partagé et des tendances parmi les utilisateurs turcs des RSN avec un accent particulier mis sur les modèles théoriques issus de la littérature sur les catastrophes. En tenant compte de précédentes catastrophes naturelles de grande ampleur, la littérature a émergé de divers domaines tels que la communication de crise, la communication sur les risques liés aux catastrophes et la gestion des risques (Purworini et al., 2019 ; Steelman et McCaffrey, 2012 ; Güler et al., 2024 ; Gulesan et Boluk, 2021). Hart et al. (2012, p. 1), par exemple, identifient l’utilisation des RSN dans la réponse aux catastrophes, en la catégorisant comme suit : (I) substitution aux médias de service public, (II) identification de nouvelles sources d’information via le contenu généré par les utilisateurs, (III) plateforme permettant l’auto-organisation, et (IV) influence sur le flux d’informations. Ainsi, les RSN permettent de perturber le flux d’information traditionnel à sens unique, généralement de l’État vers le public, et offrent l’opportunité aux individus de devenir des participants actifs dans le discours public, faisant en sorte que les gens deviennent eux-mêmes les médias. À partir de l’analyse de l’activité des utilisateurs lors de séismes, l’étude de Gulesan et al. (2021) traite de la réponse à travers quatre phases distinctes, qui correspondent à un modèle de gestion des urgences utilisé lors de catastrophes nationales. Ces phases incluent l’atténuation, la préparation, la réponse et le rétablissement. En s’inspirant du travail de Seeger (2006), les auteurs mettent en relation ces phases de gestion de crise avec l’utilisation des RSN. Bien que les auteurs aient déjà appliqué ces phases dans le contexte des tremblements de terre, nous examinerons ce cadre théorique en le mettant en lien avec la littérature existante sur les catastrophes précédentes.
Selon Gulesan et al. (2021) et Seeger (2006), les premières phases sont celles dites d’atténuation et de préparation. Ces phases comprennent généralement des mesures visant à prévenir les situations d’urgence. Cependant, la différence entre ces phases réside dans le fait que la phase d’atténuation traite de la minimisation de l’impact potentiel des urgences futures avant qu’une catastrophe ne soit identifiée, tandis que la phase de préparation implique l’élaboration de plans stratégiques et la coordination avec les premiers intervenants. Cette phase vise à inclure des plans qui facilitent les opérations de réponse et de sauvetage. Cette notion est également présente dans les travaux de Revet (2018), qui traite des temporalités de prise en charge des catastrophes. La première phase, dans ce cas, réside également dans la « préparation et la prévision » d’une catastrophe, qui sont mises en place avant l’événement (pp. 124-125). L’auteur part donc du principe qu’il est possible d’anticiper et de réduire les effets d’une catastrophe à condition que les données soient collectées. Cependant, dans le contexte des RSN, il est important de noter qu’à ce stade, la collecte de données intervient après la catastrophe, comme le soulignent Gulesan et al. (2021, p. 4) : « Il n’est pas possible de collecter ces données avant qu’une catastrophe ne survienne, pendant la phase de ‘‘préparation’’, donc la participation civile doit être traitée après une catastrophe ».

Ensuite, ces phases sont suivies par la phase de réponse, qui représente une étape au cours de laquelle des stratégies sont mises en œuvre, comprenant des actions concrètes pour sauver des vies et prévenir des dommages supplémentaires dans les zones touchées. Cela correspond à la phase d’« urgence » identifiée par Revet (2018), qui la décrit comme un aspect de la gestion des catastrophes nécessitant des actions immédiates et des efforts de coordination dans la zone sinistrée. Dans le contexte numérique, cette étape met en évidence les activités sur les RSN pendant la catastrophe. Comme le souligne Hecker (2014), dans Le Tsunami Numérique, cette phase est conceptualisée comme celle durant laquelle des alertes sont émises par les agences gouvernementales vers les zones touchées. Les gestionnaires des RSN doivent également faire face à la désinformation provenant du public (p. 13). Pour les utilisateurs individuels, cependant, cette étape représente plus précisément le besoin de retrouver et contacter d’autres personnes, d’obtenir un soutien logistique et surtout d’exprimer des émotions et de manifester de la solidarité (Mizrak, 2024).
Enfin, la phase de rétablissement se concentre sur les efforts visant à restaurer le fonctionnement de la société après la catastrophe. Elle décrit également les actions destinées à revenir à un état stable, voire amélioré, marquant ainsi une étape de réhabilitation, similaire à ce que Revet (2018) désigne comme « la réparation et la résilience ». Dans l’article « Social media use in disaster recovery », Ogie et al. (2022) décrivent le rôle des RSN à cette étape comme une « technologie vitale », permettant aux utilisateurs de mobiliser des dons, des actions bénévoles et de manifester un soutien public dans les zones sinistrées. Ils identifient notamment la notion de « solidarité sociale » à ce stade, caractérisée par la formation de liens émotionnels et sociaux, tout en ouvrant un espace pour critiquer les réponses gouvernementales et sensibiliser aux inégalités révélées par la catastrophe (ibid., p. 10). Néanmoins, malgré ces aspects positifs, les auteurs soulignent également la présence de contenus polarisants et négatifs susceptibles de freiner le rétablissement communautaire.
Ces phases sont interconnectées plutôt que strictement chronologiques, et elles constituent un modèle théorique pour une gestion efficace des catastrophes. Il nous semble également important de prendre en compte les travaux de Dobry (1986), qui considère les crises, surtout les crises politiques, comme des « états particuliers des systèmes politiques concernés » (p. 16) dans une approche continuiste de la crise. Partant de l’hypothèse selon laquelle les systèmes sociaux entrent dans un état de « fluidité », il devient alors pertinent d’explorer si les frontières entre les utilisateurs individuels et les différents secteurs (public, privé, associatif, etc.) tendent à se brouiller lorsqu’ils collaborent, ou si elles demeurent distinctes durant ces phases, même s’il s’agit ici d’une crise liée à une catastrophe naturelle.
Méthodologie
La méthodologie choisie pour cette étude repose sur l’analyse qualitative de contenu, spécifiquement sous la forme d’une analyse de contenu déductive. Cette méthode qualitative est pertinente pour analyser des données et en interpréter la signification (Schreier, 2012). Plus concrètement, elle prend la forme d’une analyse thématique (Krief et Zardet, 2013), visant à identifier des thèmes récurrents au sein d’ « un ensemble d’instruments méthodologiques […] s’appliquant à des discours extrêmement diversifiés, et fondés sur la déduction ainsi que l’inférence » (Wanlin, 2007, p. 249).
Plus précisément, 160 contenus générés par des utilisateurs turcs et partagés sur Twitter entre le 1er février 2023 et le 1er mars 2023 ont été analysés. Bien que la taille de l’échantillon soit assez limitée, il est important de noter qu’elle a été déterminée lors du processus de collecte des données, lorsque le point de saturation a été atteint, c’est-à-dire lorsqu’aucune nouvelle information ou thématique n’émergeaient. L’objectif principal ici est d’identifier des déterminants significatifs plutôt que de répondre à des objectifs quantitatifs. Comme le soulignent Fusch et Ness (2015), les tailles d’échantillon doivent être en adéquation avec la question de recherche et refléter la diversité de la population cible. Dans ce cas, l’accent a été mis sur le contenu généré par les utilisateurs turcs en Turquie, sans prendre en compte les communautés diasporiques et les populations syriennes touchées par la catastrophe. Les tweets provenant de comptes individuels seront présentés de manière anonymisée, tandis que ceux provenant de comptes publics seront affichés sans anonymisation.
La période choisie permet de saisir l’activité sur les RSN avant, pendant et après la catastrophe. Elle garantit également une proximité avec les données examinées et fournit des informations précieuses sur le langage et les interactions entre les utilisateurs, enrichissant ainsi notre compréhension de l’usage des RSN dans ce contexte spécifique. Pour collecter les données, des mots liés au séisme (par exemple, ‘deprem’ = séisme, ‘yardım’ = aide, ‘enkaz’ = décombres) seront examinés (voir Demirhan et Hacıoğlu, 2024 ; Kaur et al., 2024).
En outre, les considérations théoriques seront comparées aux résultats empiriques du cas de la Turquie sous forme d’une analyse de contenu déductive. Les phases de cette analyse incluent l’élaboration d’une matrice de catégorisation, un tableau structuré utilisé pour organiser, catégoriser et analyser les données qualitatives. L’objectif reste ici d’identifier les thèmes récurrents et de les comparer aux phases de la gestion des catastrophes. Cette matrice de catégorisation gagne en validité lorsque les catégories identifiées dans les données reflètent des concepts théoriques (Schreier, op. cit.).
Résultats
Engagement du public dans la phase pré-catastrophe
Pour comprendre l’engagement du public dans la phase pré-catastrophe, il est pertinent d’analyser le contenu relatif à l’activité sismique généré par les utilisateurs. Ainsi, les tweets publiés entre le 1er et le 5 février 2023 ont été examinés. Les séismes sont intrinsèquement difficiles à prédire de manière déterministe (Kanamori, 2003). Bien que la Turquie ait précédemment mis en œuvre des plans de réduction des risques de catastrophe aux niveaux national et local avant le séisme (Balaban et al., 2023), l’impact dévastateur de ce séisme majeur a mis en lumière certaines lacunes dans ces efforts, soulignant la nécessité de mesures de préparation plus efficaces[4]. Cela est particulièrement évident dans l’absence d’avertissements explicites d’experts locaux concernant le risque d’un séisme majeur dans le contenu généré par les utilisateurs turcs. Cependant, le 3 février 2023, le géologue Naci Görür a alerté sur la pression dans le sud de la Turquie, partageant une carte avec des épingles jaunes indiquant les zones susceptibles de subir des dommages. Il a déclaré :
« Un séisme de magnitude 4,2 s’est produit à Yarbaşı-Düziçi/Osmaniye. Ce séisme se situe dans la zone de faille est-anatolienne. Nous sommes préoccupés par la section Çelikhan-Erkenek-Maraş de cette zone. Le séisme d’Elazığ en 2020 a chargé l’extrémité nord-est de cette section. Même s’il était de faible magnitude, ce séisme a également affecté l’extrémité sud-ouest. Le dernier séisme à cette extrémité était celui d’Adana en 1998. Avec amour… » (Görür, 2023).
Ces propos illustrent la tentative d’alerter sur les risques sismiques dans une zone spécifique avant l’événement catastrophique.

Cependant, malgré de tels avertissements, il semble qu’aucune action concrète n’ait été entreprise en dehors de ce signalement en ligne[5]. Karasözen et al. (2023) recommandent donc de fournir aux experts locaux des programmes de formation sur les risques sismiques. Étant donné la sismicité de la Turquie, une certaine vigilance concernant l’activité sismique est toutefois notable parmi le public, comme en témoignent des tweets exprimant une anxiété face à de potentiels événements. Des publications émanant également de comptes non gouvernementaux faisaient état de légers tremblements, reflétant bien l’attention portée par le public à l’activité sismique en cours.
Engagement du public pendant la phase de catastrophe

Pendant la phase de réponse, les tweets du 6 au 20 février 2023 ont été analysés. Bien que le modèle de gestion des catastrophes ne précise pas de cadre temporel pour cette phase, les efforts de secours urgents ont été menés jusqu’au 14ème jour après la catastrophe (voir Tayfur et al., 2023, p. 3), ce qui correspond au cadre temporel choisi. Les réponses analysées montrent une utilisation notable de la sphère numérique par le public pour exprimer ses besoins. Les utilisateurs se sont engagés dans la phase de réponse en : (I) exprimant leurs demandes dans la sphère publique, (II) en apportant des perspectives alternatives aux récits médiatiques, et (III) en s’engageant dans la gestion de la réputation en tirant parti de la catastrophe. Dans l’ensemble, le comportement des utilisateurs atténue ou aggrave les efforts, comme le montre la Figure 3, qui illustre le plan d’analyse des dynamiques des RSN lors de la phase de réponse.
Dans le cadre de l’expression des demandes, des utilisateurs individuels, ainsi que des organisations non gouvernementales (ONG)[6], ont partagé des mises à jour en temps réel, des images de l’aide distribuée, des plans, de la logistique et des informations sur l’allocation des ressources (cf. Figure 4). Ils ont également organisé des campagnes pour solliciter des actions qui viennent directement en aide aux victimes. En rendant publics ces efforts de coordination, ils ont souligné l’importance d’atténuer les conséquences de la catastrophe et ont contribué à plus de confiance et de transparence grâce à leurs interactions publiques.

Il a également été observé que les utilisateurs utilisaient les RSN pour soutenir les efforts de sauvetage en partageant les noms, numéros de téléphone et adresses des victimes (cf. Figure 5). Cette activité découle principalement de l’effondrement des réseaux téléphoniques et des lignes d’urgence inaccessibles dans de nombreuses régions. Désespérés par le manque de réponse (cf. Figure 6), les citoyens se sont tournés vers Twitter pour coordonner les efforts de sauvetage locaux et amplifier la portée des informations sur les personnes disparues. Il est intéressant de noter que certains utilisateurs ont opté pour l’anglais afin d’atteindre un public plus large et international, dans le but de sensibiliser à la situation. Certains utilisateurs mentionnent même avoir reçu des informations directement sur les personnes coincées sous les bâtiments, les partageant en espérant aider, amplifiant ainsi la visibilité du message. De plus, nous observons une augmentation significative du partage d’histoires personnelles, ce qui, au-delà de simples statistiques, permet d’humaniser le propos.


Cela a conduit à une montée notable des sentiments patriotiques, marquant une « phase héroïque » dans la réponse à ces événements (cf. Figure 7 et 8). Les catastrophes naturelles, en tant qu’événements collectifs provoquant une douleur partagée (voir Kaniasty et Norris, 2004, p. 2000), renforcent ces identités communautaires. Tandis que les médias mettaient en avant des récits de courage de citoyens ordinaires, les RSN ont prolongé ces histoires personnelles, nourrissant ainsi le sentiment patriotique.
Bien que cette catastrophe ait également touché la Syrie, les contenus examinés se concentraient quasi exclusivement sur les victimes nationales, sans mention des pertes syriennes. Par conséquent, même si une forme de souffrance collective est perceptible, celle-ci ne semble pas avoir été étendue à la situation du pays voisin. Néanmoins, pour contextualiser ces résultats, il convient de souligner que des études[7] mettent en évidence des différences démographiques dans l’utilisation des RSN. Par exemple, les Turcs ont privilégié Twitter et Instagram pendant les tremblements de terre, tandis que les réfugiés syriens ont davantage eu recours à Facebook et aux émissions de radio, en particulier les jeunes et les hommes syriens.


Malgré le fait que le contenu analysé souligne des aspects positifs durant la phase de réponse, l’insatisfaction à l’égard du système en place demeure manifeste, accentuée par la méfiance vis-à-vis des chiffres relatifs aux victimes touchées (voir Aksoy et Çevik, 2023). Cette insatisfaction pousse les utilisateurs à contrer ces récits en partageant leurs propres preuves, telles que des photos d’infrastructures endommagées et des victimes, afin de transmettre la véritable gravité de la catastrophe. Les utilisateurs frustrés exigent fréquemment la démission de certains politiciens et des entrepreneurs, affirmant : « Des milliers de personnes sont mortes, et il n’y a même pas une seule démission » (utilisateur de Twitter, 17 février 2023). Les études quantitatives indiquent également que les tweets visant les entrepreneurs obtiennent les taux d’engagement moyens les plus élevés (Karataş et Bek, 2024, p. 7).
Bien que certains utilisateurs cherchent à atténuer la catastrophe, des pratiques aggravantes sont également observées, en particulier parmi les utilisateurs ayant une faible sensibilisation aux risques (cf. Figure 3). La désinformation prolifère sur les RSN, avec des utilisateurs qui répandent de fausses informations, des messages en chaîne ou prétendent faussement être impliqués dans les efforts de sauvetage. Par exemple, le message suivant : « Certains murs le long de la frontière Turquie-Syrie se sont effondrés, permettant aux gangs syriens d’entrer en Turquie » (utilisateur de Twitter, 7 février 2023), qui exacerbe la polarisation sociétale du conflit déjà existante entre les Syriens et les communautés locales (cf. Ruhnke, 2024). Ou encore : « Le tremblement de terre de Kahramanmaraş a été causé par un puits de pétrole de 6 000 mètres foré par une entreprise américaine » (utilisateur de Twitter, 7 février 2023) ; ou des images retouchées d’une tente du Croissant-Rouge avec l’inscription « Toutes les cartes de crédit sont acceptées » (utilisateur de Twitter, 15 février 2023).

Méndez-Muros et al. (2024) soutiennent que plus de la moitié (51 %) des fausses informations sont caractérisées par un contexte erroné, comme des images de bâtiments effondrés à Miami présentées comme des bâtiments de Turquie. Ils identifient également d’autres éléments clés, tels que les théories du complot, les histoires sensationnalistes et les dommages à la réputation (cf. Méndez-Muros et al., 2023, p. 12). De plus, certains utilisateurs et personnalités publiques ont été perçus comme exploitant la catastrophe à des fins d’auto-promotion, en se filmant dans les zones touchées pour montrer l’aide qu’ils ont donnée ou en créant des comptes pour publier des images de la dévastation tout en sollicitant des dons. Aldamen et Hacimi (2023) confirment également ces résultats dans leur étude sur l’utilisation de Twitter par les maires à des fins de promotion et de marketing politiques (p. 37). Les utilisateurs ont d’ailleurs souvent remis en question la transparence de ces efforts, en particulier en ce qui concerne l’allocation des fonds collectés.
Engagement public dans la phase post-catastrophe
Dans la phase post-catastrophe ou de récupération (tweets du 20 février 2023 au 1er mars 2023), on observe sur Twitter une profonde introspection et une remise en question de l’état actuel de la société. Cette étape connaît une activité accrue sur les RSN, les utilisateurs engageant un discours critique, débattant de la gestion de la catastrophe et condamnant les autorités pour leurs lacunes perçues en matière de préparation, de transparence et de mise en œuvre des protocoles de sécurité. De plus, les individus manifestent une gamme de réponses affectives, allant de la colère et une grande tristesse à l’anxiété. Certains utilisateurs expriment de l’empathie pour les victimes, tandis que d’autres pleurent collectivement la perte de leurs proches.
Conformément à ces résultats, le mot « culpabilité » est mentionné de manière répétée parmi certains utilisateurs. Pour ceux qui ne sont pas directement affectés par la catastrophe, cela représente un phénomène intéressant, exploré par Boltanski (1993), qui examine le concept de spectateurs souffrant à distance. Cette « souffrance à distance » implique non seulement des réponses émotionnelles personnelles, mais peut également servir de catalyseur pour l’action collective, bien que parfois symbolique. Dans le cas des utilisateurs turcs, cet engagement émotionnel se manifeste dans le deuil collectif, où les comportements de recherche d’informations servent de moyen pour s’impliquer dans la réponse, même si leur participation se limite à lire et à partager du contenu.
En même temps, certains contenus montrent une forme de contrôle émotionnel, avec des critiques à l’égard des utilisateurs qui continuent leur vie quotidienne ou qui publient des messages non liés au tremblement de terre. Certaines personnes éprouvent une anxiété accrue concernant la possibilité d’une nouvelle catastrophe, en particulier celles de la région, tandis que d’autres restent vigilantes en prévision du grand tremblement de terre attendu un jour à Istanbul (souvent appelé « Büyük İstanbul Depremi ») (cf. Gülüm, 2024).
Les déclarations suivantes illustrent ce contrôle émotionnel :
- Utilisateur anonymisé (2023, 23 février) : D’abord il y avait la culpabilité : des gens dans le froid, à moitié nus – j’étais au chaud dans ma maison… puis je n’ai pas dormi pendant des jours, honteux même de la nourriture que je mangeais. Puis est venue la colère, une grande colère.
- Utilisateur anonymisé (2023, 21 février) : Depuis quelques semaines, je regarde constamment les nouvelles même aux toilettes et quand je finis par réussir à dormir, c’est seulement à ce moment-là que je ne pense pas au tremblement de terre. Mon téléphone est toujours dans mes mains et je suis toujours en ligne au cas où je pourrais être utile à quelqu’un. D’accord, continuons nos vies, mais pas comme ça. Ce n’est pas juste.
- Utilisateur anonymisé (2023, 20 février) : Le 3e jour du tremblement de terre, mon ami a mis une photo de sa nourriture. J’étais très en colère contre moi-même, comment ai-je pu être ami avec une telle personne ? Je l’ai ensuite bloqué de mon profil et supprimé son numéro.
- Utilisateur anonymisé (2023, 23 février) : Je suis malade de vérifier constamment si la lampe tremble, j’ai l’impression que tout ce sur quoi je marche et où je m’assois tremble.
Ainsi, comme le montre la Figure 4, il n’est pas certain que les personnes se soient réellement remises des souffrances collectives pendant la période post-séisme.
Discussion
Les modèles théoriques, tels que ceux présentés dans le modèle de gestion des catastrophes, peuvent aider à comprendre les différentes phases d’une catastrophe. L’application de ces modèles théoriques dans le domaine numérique fournit des perspectives précieuses sur la manière dont le contenu généré par les utilisateurs reflète ces phases. Dans le cas du tremblement de terre de 2023, les utilisateurs de Twitter en Turquie ont des publications qui reflètent ces phases quand ils cherchent à étendre leurs efforts et à faire entendre leurs voix, même à distance. Bien que certains tweets ont des connotations politiques, la réponse globale souligne un exemple puissant de participation citoyenne. Cependant, il est essentiel de conceptualiser l’aspect politique de cet engagement dans le contexte de l’utilisation de Twitter. Vernant (2013) dans son ouvrage Les Origines de la pensée grecque, conceptualise l’agora, un espace public, comme un symbole d’équilibre, un lieu où tous les citoyens pouvaient se rassembler et s’exprimer. Dans le contexte des RSN, Vedel (2006) évoque l’idée d’une agora d’Internet, qui cherche à reproduire ce rôle dans la sphère numérique. Il reste donc discutable que Twitter (ainsi que d’autres plateformes sociales) puisse véritablement être considéré comme un espace de parole non médiée, qui, idéalement, « devrait faciliter l’acquisition du savoir et, partant, favoriser l’érudition » (Lukasik, 2021, p. 170).
Bien que Twitter offre un lieu de débat public, il est donc crucial de noter que Twitter, en tant qu’outil médiatique (et économique), peut être perçu comme une composante de l’espace public, dans lequel les utilisateurs s’engagent dans une expression (parfois politique), plutôt que de considérer Twitter comme un outil politique. Cette expression politique dans ces espaces s’incarne à la fois dans les critiques envers les « médias centraux », comme le soulignent Cardon et Granjon (2010), mais surtout dans l’engagement informationnel des utilisateurs quand ils partagent leurs propres messages et font entendre leur voix de manière immédiate. Les résultats révèlent en effet que cet engagement citoyen se manifeste sous forme d’engagement informationnel, à travers l’expression affective, la mobilisation d’aide et la levée de fonds, plutôt que par une argumentation structurée et approfondie propre aux débats politiques formels. Certains éléments observés dans notre étude, tels que la remise en question des autorités publiques et la collaboration intersectorielle entre des utilisateurs individuels et des ONG, reflètent une dynamique de fluidité telle que définie par Dobry (1986). Toutefois, le cadre théorique de Dobry ne semble ici que partiellement applicable, dans la mesure où il s’agit d’une crise non politique, même si certaines caractéristiques des crises politiques émergent dans la sphère publique numérique.
De plus, même si cette expression citoyenne est cruciale, elle reste insuffisante à elle seule pour guider des réponses efficaces, notamment dans des situations à l’impact immédiat, telles que les catastrophes naturelles. Cela souligne l’interdépendance entre les médias de masse et les plateformes numériques dans la communication de crise, ce qui permet de tirer parti des points forts des deux et d’atteindre un plus large public. Cette communication de crise implique également de rendre compte des causes des catastrophes, plutôt que de se concentrer uniquement sur l’événement lui-même, comme le précisent les lignes directrices destinées aux journalistes et développées par l’UNISDR (United Nations Office for Disaster Risk Reduction)[8]. Ces lignes directrices sont essentielles pour promouvoir un discours public plus informé et pour lutter contre la désinformation, mais leur efficacité dépend de l’adhésion des médias à ces principes. Ces médias influencent fréquemment le ton et l’orientation des discussions en ligne, en particulier lorsque la désinformation se propage pendant les crises.
Les utilisateurs ayant une conscience plus aiguë des risques œuvrent à faciliter la démocratisation de l’accès à l’information, agissant comme des agents virtuels qui comblent les lacunes de la communication officielle (cf. Figure 3). En revanche, les utilisateurs ayant une moindre conscience des risques peuvent contribuer à la polarisation sociétale en diffusant de la désinformation, ce qui complique davantage la capacité du public à comprendre la crise. Des études quantitatives soutiennent également une augmentation de la désinformation après-coup, rendant son contrôle de plus en plus difficile (Aldamen et Hacimi, 2023 ; Yurdigül, 2024). Cela souligne la relation complexe entre le contenu des utilisateurs et les médias de masse, montrant comment des facteurs externes tels que les discours médiatiques et les opinions politiques façonnent la conscience du risque et les perceptions. Comprendre l’interaction entre récits médiatiques institutionnels et expressions citoyennes peut contribuer à améliorer la gestion des catastrophes et à renforcer la préparation face aux crises futures.
Conclusion
Cette étude a permis de souligner l’importance de l’engagement public à travers le contenu généré par les utilisateurs sur Twitter lors du séisme de 2023 en Turquie. La phase de pré-catastrophe a été marquée par l’absence d’alertes officielles, bien qu’un expert en sismologie ait exprimé des préoccupations. Cependant, ces avertissements ont été suivis d’une action insuffisante et d’une vigilance limitée du public face aux risques sismiques. Malgré la mise en œuvre de plans nationaux de réduction des risques de catastrophe, l’impact dévastateur du tremblement de terre a mis en évidence les limites de ces efforts, soulignant la nécessité de stratégies plus efficaces. Au cours de la phase de réponse, une analyse qualitative du contenu révèle que des utilisateurs individuels ainsi que des ONG se sont mobilisés dans l’espace numérique pour faciliter et coordonner les efforts de sauvetage. Motivés par une insatisfaction face à l’insuffisance de l’aide, les utilisateurs ont entrepris des actions auto-organisées et une production autonome de contenus. Ce changement reflète une tendance plus large vers une diffusion décentralisée de l’information, dans laquelle les individus s’appuient de plus en plus sur les RSN pour partager des informations de manière directe, rapide et stratégique. Bien que cette mobilisation collective soit manifeste, il n’est pas possible de savoir si elle atténue ou aggrave la crise.
Dans la phase post-catastrophe, les répercussions émotionnelles et psychologiques du tremblement de terre persistent, et l’engagement du public reflète un mélange complexe de solidarité. Bien que l’activisme citoyen sur les plateformes numériques joue un rôle important, il demeure insuffisant à lui seul pour diriger efficacement les efforts de sauvetage et de reconstruction. Cela étant dit, la coopération entre les médias traditionnels (presse écrite, radio, télévision) et l’espace numérique demeure essentielle pour renforcer la crédibilité de chacun et façonner la compréhension publique de la crise, car les divergences, telles que celles mises en évidence dans les résultats, tendent à aggraver les conséquences négatives, notamment la désinformation. Globalement, le contexte des situations de crise, telles que les catastrophes naturelles, ouvre la voie à l’augmentation de l’engagement citoyen et, selon Toros (2024), pourrait ouvrir la possibilité d’une transformation sociopolitique. C’est pourquoi ce sujet mérite une attention particulière, notamment en ce qui concerne la compréhension des dynamiques communicationnelles dans le contexte méditerranéen.
[1] BEAUMONT Peter, Turkey earthquake death toll prompts questions over building standards. The Guardian. [En ligne]. 7 février 2023 [consulté le 5 novembre 2024]. Disponible sur : https://www.theguardian.com/global-development/2023/feb/07/turkey-earthquakes-death-toll-prompts-questions-over-building-standards
[2] CDAC Network, An analysis of the communication and engagement ecosystem in earthquake-affected Türkiye, Londres, CDAC Network, 2023, 28 p.
[3] REUTERS INSTITUTE, Digital News Report 2021, 10e éd., Oxford, Reuters Institute, 2021, 164 p.
[4] AFAD, Mid-term review of the Sendai framework: National Report of Türkiye, Ankara, AFAD, 2022, 44 p.
AFAD, 81 ile ait İl Afet Risk Azaltma Planları, Ankara, AFAD, 2022 [consulté le 6 novembre 2023]. Disponible sur : https://www.afad.gov.tr/il-planlari
[5] HUBBARD Ben et SAFAK Timur, He Warned Turkey About Earthquakes. Now He Fears for Istanbul. Dans The New York Times. [En ligne]. 6 octobre 2023 [consulté le 31 octobre 2024]. Disponible sur : https://www.nytimes.com/2023/10/06/world/europe/turkey-earthquakes-naci-gorur.html
[6] À titre d’exemple, l’ONG Ahbap, organisation non gouvernementale turque.
[7] CDAC Network, Op. cit., p. 3
[8] Voir les lignes directrices pour les journalistes développées par l’UNISDR, Sendai framework for disaster risk reduction 2015–2030, n°1, Genève, Nations Unies, 2015, p. 37.
Références bibliographiques
AFAD, Mid-term review of the Sendai framework: National Report of Türkiye, Ankara, AFAD, 2022, 44 p.
AFAD, 81 ile ait İl Afet Risk Azaltma Planları, Ankara, AFAD, 2022 [consulté le 6 novembre 2023]. Disponible sur : https://www.afad.gov.tr/il-planlari
Aksoy Hürcan Aslı et Çevik Serkan, « Political and economic implications of the Turkish earthquakes: Centralisation of power has eroded state capacity », SWP Comment, 2023, n° 19, p. 1–6.
Aldamen Yasmin et Hacimic Edna, « Positive determinism of Twitter usage development in crisis communication: Rescue and relief efforts after the 6 February 2023 earthquake in Türkiye as a case study », Social Sciences, 2023, vol. 12, n° 8, p. 1-37.
Balaban Şenol Meltem, Doğulu Canay, Akdede Nil, Akoğlu Haldun, Karakayalı Onur, Yılmaz Sarper, Yılmaz Serkan, Ajobiewe Tolulope, Güzel Selin, İkizer Gözde, Akin Muge, Ünal Yeşim et Karancı Ayşe Nuray, « Emergency response, and community impact after February 6, 2023 Kahramanmaraş Pazarcık and Elbistan earthquakes: Reconnaissance findings and observations on affected region in Türkiye », Bulletin of Earthquake Engineering, 2024, vol. 22, n° 3, p. 1053-1081.
BEAUMONT Peter, Turkey earthquake death toll prompts questions over building standards. The Guardian. [En ligne]. 7 février 2023 [consulté le 5 novembre 2023]. Disponible sur : https://www.theguardian.com/global-development/2023/feb/07/turkey-earthquakes-death-toll-prompts-questions-over-building-standards
Boltanski Luc, La Souffrance à distance : Morale Humanitaire, Médias et Politique, Paris, Éditions Métailié, « Leçons De Choses », 1993, 288 p.
Cardon Dominique et Granjon Fabien, Médiactivistes, Paris, Presses de Sciences Po, « Contester », 2010, 152 p.
CDAC Network, An analysis of the communication and engagement ecosystem in earthquake-affected Türkiye, Londres, CDAC Network, 2023, 28 p.
Demirhan Tolga et Hacıoğlu İlker, « 6 Şubat 2023 Türkiye’deki deprem fırtınasının X (Twitter) özelinde tanımlayıcı analizlerinin yapılması », Fırat Üniversitesi Sosyal Bilimler Dergisi, 2024, vol. 34, n° 1, p. 285–300.
Dobry Michel, Sociologie des crises politiques : La dynamique des mobilisations multisectorielles, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, « Références », 2009, 432 p.
Fusch Patricia I. et Ness Lawrence R., « Are We There Yet? Data Saturation in Qualitative Research », The Qualitative Report, 2015, vol. 20, n° 9, p. 1408–1416.
GÖRÜR Naci, Analysis of a 4.2 magnitude earthquake in Yarbaşı-Düziçi/Osmaniye and its relation to the East Anatolian Fault Zone. dans Görür, Naci. X. [En ligne]. 3 février 2023 [consulté le 14 juillet 2025]. Disponible sur : https://x.com/nacigorur/status/1621544054470184962
Güler Abdurrahim, Gül Songül et Yıldırım Murat, « Social comparison, resilience, life satisfaction, depression, and anxiety among earthquake survivors in Turkey », International Journal of Disaster Risk Reduction, 2024, vol. 105, art. 104426, p. 1-9.
Gulesan Benlioglu Oya, Anil, Emrah et Boluk Sarisaray Pinar, « Social media-based emergency management to detect earthquakes and organize civilian volunteers », International Journal of Disaster Risk Reduction, 2021, vol. 65, art. 102543, p. 1-17.
Gülüm, Erol, « Remembering a disastrous past to imagine catastrophic future(s) on social media: The expected Istanbul earthquake », Media, Culture & Society, 2024, vol. 46, n° 5, p. 959–974.
Hart Tom, Brewster Christopher et Shaw Duncan, « Crisis communication and social media: The changing environment for natural disaster response », dans Papanikos Gregory T. (sous la dir. de), Tenth Annual International Conference on Communication and Mass Media, Athènes, ATINER, 2012, p. 14–17.
Hecker Marc, « Le tsunami numérique : Gérer les catastrophes naturelles à l’heure des réseaux sociaux », Études, 2014, n° 7, p. 9–18.
Hoştut Sibel, Güdekli Ayşad et Güzeldağ Fırat, « Safeguarding truth in turmoil: A study of the Turkish government’s strategic deployment of Twitter during the February 6, 2023, earthquakes », Bilig, 2024, vol. 108, p. 51–82.
HUBBARD Ben et SAFAK Timur, He Warned Turkey About Earthquakes. Now He Fears for Istanbul. Dans The New York Times. [En ligne]. 6 octobre 2023 [consulté le 31 octobre 2024]. Disponible sur : https://www.nytimes.com/2023/10/06/world/europe/turkey-earthquakes-naci-gorur.html
Kanamori Hiroo, « 72 – Earthquake Prediction: An Overview », International Geophysics, 2003, vol. 81, p. 1205-1216.
Kaniasty Krzysztof et Norris Fran H., « Social support in the aftermath of disasters, catastrophes, and acts of terrorism: altruistic, overwhelmed, uncertain, antagonistic, and patriotic communities », dans Ursano Robert J., Norwood Ann E. et Fullerton Carol S. (sous la dir. de), Bioterrorism: Psychological and public health interventions, Cambridge, Cambridge University Press, 2004, 229 p.
Karasözen Ezgi, Büyükakpınar Pınar, Ertuncay Deniz et Oral Elif, « A call from early-career Turkish scientists: Seismic resilience is only feasible with “earthquake culture” », Seismica, 2023, vol. 2, n° 3, p. 1-8.
Karataş Duygu et Bek Gencel Mine, « Digital battlegrounds: The interplay of social media, state power, and influencers in Türkiye’s earthquake response », Social Media + Society, 2024, vol. 10, n° 3, p. 1-12.
Kaur Harkiran, Sharma Pritika et Kadiyan Sahil, « Sentiment analysis of tweets associated with Turkey-Syria earthquakes 2023 », dans Giancarlo Fortino, Akshi Kumar, Abhishek Swaroop et Pancham Shukla (sous la dir. de), Proceedings of Third International Conference on Computing and Communication Networks, Singapour, Springer, 2024, 786 p.
Krief Nathalie et Zardet Véronique, « Analyse de données qualitatives et recherche-intervention », Recherches en Sciences de Gestion, 2013, vol. 95, n° 2, p. 211–237.
Lukasik Stéphanie, « Les réseaux socionumériques, un mirage pour l’érudition », Hermès, La Revue, 2021, n° 87, p. 169–175.
Méndez-Muros Sandra, Alonso-González Marián et Pérez-Curiel Concha, « Disinformation and fact-checking in the face of natural disasters: A case study on Turkey–Syria earthquakes », Societies, 2024, vol. 14, n° 4, p. 1-29.
O’DONOHUE Andrew, HOFFMAN Max et MAKOWVSKY Alan, Turkey’s changing media landscape, n°10, Washington D.C., Center for American Progress, 2020, 28 p.
Ogie Robert, James Sharon, Moore Alison Rotha, Dilworth Tasmin-Lara, Amirghasemi Mehrdad et Whittaker Joshua, « Social media use in disaster recovery: A systematic literature review », International Journal of Disaster Risk Reduction, 2022, vol. 70, art. 102783, p. 1-18.
Özdemir Kuşku Emel, « Social media in crisis communication: A case analysis of the 2023 Kahramanmaraş earthquakes », Akdeniz Üniversitesi İletişim Fakültesi Dergisi, 2024, vol. 44, p. 112–131.
Purworini Dian, Purnamasari Dini et Hartuti Puji Desi, « Crisis communication in a natural disaster: A chaos theory approach », Jurnal Komunikasi: Malaysian Journal of Communication, 2019, vol. 35, n° 2, p. 35–48.
Revet Sandrine, Les Coulisses du monde des catastrophes « naturelles », Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, « Le (bien) commun », 2018, 240 p.
REUTERS INSTITUTE, Digital News Report 2021, 10e éd., Oxford, Reuters Institute, 2021, 164 p.
RUHNKE Simon, HERTNER Laura, GUNDACKER Lidwina et WAGNER Simon, Going from bad to worse? Well-being of Syrian refugees in Turkey in the aftermath of the February 2023 earthquakes, n°1, Berlin, Berliner Institut für empirische Integrations- und Migrationsforschung (BIM), 2024, 19 p.
Schreier Margrit, « Qualitative content analysis », dans Flick Uwe (sous la dir. de), The SAGE Handbook of Qualitative Data Analysis, Londres, SAGE Publications, 2012, 665 p.
Seeger Matthew W., « Best Practices in Crisis Communication: An Expert Panel Process », Journal of Applied Communication Research, 2006, vol. 34, n° 3, p. 232-244.
Soyaltin-Colella Digdem, « When does bureaucracy function in autocratizing regimes? the court of auditors in Turkey », Turkish Studies, 2022, vol. 24, n° 2, p. 357-378.
Steelman Toddi A. et McCaffrey Sarah, « Best practices in risk and crisis communication: Implications for natural hazards management », Natural Hazards, 2012, vol. 65, n°1, p. 683-705.
Tayfur Ismail, Bayramoğlu Burcu, Şimşek Perihan et Gunduz Abdülkadir, « Medical response to the February 6, 2023, earthquakes in Hatay: Challenges faced in the deadliest disaster in the history of Türkiye », Disaster Medicine and Public Health Preparedness, 2024, vol. 18, p. 1-7.
TOROS Emre, The Impact of the 2023 Earthquakes on Türkiye’s Presidential and Parliamentary Elections, rapport n° 2024/22, Stockholm, International IDEA, 2024, 25 p.
UNISDR (United Nations Office for Disaster Risk Reduction), Sendai framework for disaster risk reduction 2015–2030, n°1, Genève, Nations Unies, 2015, 37 p.
Vedel Thierry, « The Idea of Electronic Democracy: Origins, Visions and Questions », Parliamentary Affairs, 2006, vol. 59, n°2, p. 226-235.
Vernant Jean-Pierre, Les origines de la pensée grecque, Paris, Presses Universitaires de France, « Quadrige », 2013, 156 p.
Wanlin Phillipe, « L’analyse de contenu comme méthode d’analyse qualitative d’entretiens : une comparaison entre les traitements manuels et l’utilisation de logiciels », Recherches Qualitatives, 2007, Hors Série, n°3, p. 243-272.
Yurdigül Yusuf, Bayraktar Recep et Çil Serdar, « A study on Kahramanmaraş Earthquake survivors : “Social media platforms were more effectively used than the traditional media” », Connectist: Istanbul University Journal of Communication Sciences, 2024, vol. 0, n°66, p. 211-229.
Les contenus de la revue