Covid-19 et stratégies de conquête du pouvoir d’État en Côte d’Ivoire

Résumés

S’inscrivant à la fois dans le modèle théorique de Laswell et de Braddock, cette étude analyse dans une approche qualitative, l’instrumentalisation politique en Côte d’Ivoire de la Covid-19. À quelques mois de l’élection présidentielle du 31 octobre 2020, des acteurs politiques se sont investis, à travers des dons, dans la lutte contre les impacts socio-économiques de la pandémie auprès des populations défavorisées. Mais, la scénarisation et la publicisation de leurs actions humanitaires dénotent de leur stratégie de visibilité dans la conquête et la reconquête du pouvoir d’État.
In keeping with both Lasswell's and Braddock's theoretical model, this study analyzes, in a qualitative approach, the political instrumentalisation of Covid-19 in Côte d'Ivoire. A few months before the presidential election of October 31, 2020, political actors have invested, through donations, in the fight against the socio-economic impacts of the pandemic on disadvantaged populations. However, the scripting and publicizing of their humanitarian actions reflect their strategy for visibility in view of the conquest and recapture of state power.

Texte intégral
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Table des matières

Introduction

Dans les sociétés dites démocratiques, l’exercice du pouvoir passe par sa conquête, à moins de le prendre par la force (Charaudeau, 2013). Les périodes pré-électorales et électorales incarnent ces moments où les prétendants aux hautes fonctions politiques déploient des stratégies en vue de se faire élire ou réélire. Mieux, dans un tel système politique, les acteurs politiques profitent de toutes les occasions pour se positionner vis-à-vis de leurs adversaires en se faisant connaître, aimer, en vue de susciter le vote de leurs concitoyens. Il s’agit pour eux de maximiser leurs « soutiens électoraux » (Gerstlé et Berton, 2014). En démocratie, généralement une campagne électorale commence bien avant la période déterminée par le code électoral comme étant la campagne officielle (Gingras, 2010 ; Trétarre, 2012). C’est manifestement l’ambiance qui prévaut en Côte d’Ivoire à quelques mois de l’élection présidentielle d’octobre 2020. Dans ce pays, l’approche des scrutins électoraux déclenche beaucoup de passions aussi bien chez des acteurs politiques que dans l’espace public (Agney, 2018). Les premiers cités affûtent leurs armes en définissant des stratégies pour les batailles futures, quand nombre de citoyens prennent fait et cause pour leur candidat. Toutefois, la crise sanitaire du Coronavirus, va freiner leurs velléités en modifiant l’ordre des priorités.

À l’instar des autres nations du monde, la Côte d’Ivoire est confrontée à la pandémie de la Covid-19 et à ses conséquences dommageables pour les populations. L’agenda politique du moment (révision de la liste électorale, inscription des nouveaux majeurs sur la liste, renouvellement des cartes nationales d’identité et des cartes d’électeur, des débats autour de la Commission Electorale Indépendante, etc.) qui rythmait et captait l’attention aussi bien des forces politiques que de la population a été relégué au second plan. Les polarisations socio-politiques se sont ainsi construites autour de la crise sanitaire.

En effet, pour lutter contre les impacts socio-économiques de la Covid-19 après l’apparition du premier cas, le 11 mars 2020, la Côte d’Ivoire a mis en place un plan de riposte sanitaire humanitaire et social autour de la solidarité sous la forme de dons en faveur des populations vulnérables. Piloté par la ministre en charge de la cohésion sociale, cet appel à la solidarité a suscité la participation de divers groupes sociaux, notamment des organisations de la société civile, des entreprises publiques et privées, des ONG et des associations caritatives.

Les hommes politiques n’ont pas hésité à s’inscrire dans cet élan de solidarité, mais la scénarisation et la médiatisation excessive qui accompagnent les cérémonies de dons aux personnes vulnérables laissent penser que cet engouement est sous-tendu par des desseins inavoués. Il s’agit de se rendre « plus apparent » (Cotteret, 1991) en prélude à des joutes électorales. C’est ainsi que se signalent ici et là, des ministres, des présidents d’institutions de la République, des élus locaux, des leaders de mouvements et de groupements politiques « vendant » leur image à travers des kits sanitaires quelquefois estampillés à leur effigie. Les espaces de remise des présents sont transformés en une scène politique sur laquelle sont tenus des discours pour attirer l’attention et séduire nombre de leurs concitoyens. Ainsi, l’effet surprise de la crise sanitaire étant passé, les politiques semblent avoir vu en cette pandémie une opportunité, notamment celle du déplacement subtil du jeu électoral autour de la Covid-19. Cette crise a fait apparaître chez eux, de véritables enjeux de positionnement et de médiatisation symbolique.

Au demeurant, la surmédiatisation de leurs actions et la multiplication de leurs messages suscitent des interrogations. Que cache la participation active des acteurs politiques dans la distribution des dons ? Quelles sont les intentions réelles que renferment leurs discours ? Doit-on y voir une ambition de se positionner pour la conquête ou la reconquête du pouvoir d’État en octobre 2020 ? Quelles sont les répercussions de ces actes et discours propagandistes sur l’environnement sociopolitique ivoirien ?

Il est loisible de noter que l’hypothèse fondamentale de cette réflexion qui énonce que les discours portés par des acteurs politiques lors des élans de solidarité à la population, loin de se borner à la lutte contre la pandémie de la COVID-19, s’inscrivent dans une logique de conquête ou de reconquête de la magistrature suprême de 2020. Ce sont justement les divers effets de cet agenda politique qui ne dit pas son nom (souterrain, inavoué, occulte, en toile de fond…) que cette étude vise à montrer et à décrypter. Il s’agit, en des termes plus clairs, de démontrer comment des leaders et des partis politiques se servent de la crise sanitaire à Coronavirus pour se faire connaître des populations et se positionner vis-à-vis de leurs adversaires sur l’échiquier politique, en vue des joutes électorales.

Cette réflexion s’inscrit dans le modèle théorique de Lasswell (1952). Son intérêt est de mettre l’accent sur la finalité et les effets de la communication à travers cinq questions fondamentales (qui ? quoi ? à qui ? comment ? par l’intermédiaire de quels canaux ? avec quel (s) effet (s) ?).

La question du « qui ? » renseigne sur l’identité de l’émetteur et ses caractéristiques, c’est-à-dire celui qui prononce le discours ; celle du « quoi ? » renvoie à l’essence et à la construction du message ; « à qui ? » pour comprendre l’utilité du discours et savoir à qui il est destiné. La question du « comment ? » sert à connaître le canal par lequel est transmis le discours politique, c’est-à-dire les moyens de sa diffusion. Quant à la question de « quels effets ? », elle cherche à savoir si l’objectif visé a été atteint. Pour rendre ce modèle plus opérant dans l’analyse du discours politique, Braddock (1958) ajoutera deux aspects complémentaires exprimés par deux questions qui sont : « dans quelles circonstances ? » et « dans quel but ? ». La première s’interroge sur le contexte de l’apparition du discours et la seconde pose la question de l’attente. Il s’agit de savoir si le discours est un message de campagne ou une stratégie par laquelle l’acteur cherche à communiquer son point de vue ou son positionnement politique à la population.

Les théories ci-dessus convoquées permettent de décrypter en premier lieu, les discours portés par des acteurs politiques et diffusés par les médias sociaux numériques lors des cérémonies de remise de dons. En second lieu, elles permettent de connaître l’influence de ces discours sur la population.

La méthodologie utilisée est celle de l’analyse de contenu lexico-thématique. Le corpus étudié, disponible essentiellement sur des sites de presse en ligne[1] … Suite... sur Youtube[2]https://www.youtube.com/watch?v=qcnZNOCndwM/ … Suite... et sur Facebook[3] … Suite..., est constitué de 20 vidéos, 15 photos, 10 captures d’écran et 15 extraits audio. Il porte sur des cérémonies de remise de dons aux personnes défavorisées par des personnalités politiques. Par ailleurs, une analyse des commentaires de ces publications a été nécessaire pour mieux appréhender l’effet du discours de ces leaders politiques sur la population. La collecte des données s’est déroulée de mars (date marquant le début de la pandémie en Côte d’Ivoire) à juin 2020.

Cette recherche s’articule autour de trois parties. La première décrit l’environnement sociopolitique de la Côte d’Ivoire. La seconde examine l’instrumentalisation politique des dons liés à la Covid-19 et la dernière analyse les commentaires des citoyens.

Les forces politiques en présence en Côte d’Ivoire

 L’élection présidentielle du 31 octobre 2020 présente un enjeu capital pour les leaders politiques ivoiriens. À quelques mois de cette échéance électorale, le paysage politique ivoirien connaît de nombreux bouleversements. En effet, on assiste à l’éclatement de certaines alliances. C’est le cas du RHDP, coalition politique qui comportait à l’origine le Rassemblement des Républicains (RDR) de Alassane Ouattara, le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire et le Rassemblement Démocratique Afrique (PDCI-RDA) de Henri Konan Bédié et d’autres partis tels que le Mouvement des Forces d’Avenir (MFA) créé par Anaky Kobenan, le Parti Ivoirien des Travailleurs (PIT) de Francis Wodié, l’Union Pour la Côte d’Ivoire (UPCI) de Gnamien Konan et l’Union pour la Démocratie et la Paix en Côte d’Ivoire (UDPCI) de Mabri Toikeusse.

Le FPI est éclaté en deux tendances : Affi et les Gbagbo Ou Rien (GOR) ; le Rassemblement Des Républicains (RDR) s’est aussi divisé en deux camps après le retrait de Soro Guillaume.

Parallèlement, on note la création de nouveaux partis et la transhumance de certains acteurs. Tout ceci s’inscrit dans le jeu de positionnement stratégique auquel se livrent les leaders politiques dans l’espace public. C’est ainsi que se présente le climat politique ivoirien marqué par le multipartisme instauré depuis avril 1990, date ayant consacré une liberté d’opinion et favorisé la naissance d’une centaine de partis et de mouvements politiques. Certains de ces partis et formations se sont constitués en groupements politiques qui dominent le paysage sociopolitique ivoirien. A l’approche des élections présidentielles, quatre grandes forces politiques se sont constituées, à savoir, le RHDP, la Coalition pour la Démocratie, la Réconciliation et la Paix (CDRP), Ensemble pour la Démocratie et la Souveraineté (EDS) et le Générations des Peuples Solidaires (GPS).

Le premier bloc, c’est-à-dire le RHDP est la coalition au pouvoir depuis la chute de l’ex-Président Laurent Gbagbo le 11 avril 2011. Créée en mai 2005, cette alliance était composée à l’origine, du Rassemblement des Républicains (RDR) de Alassane Ouattara, du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire et du Rassemblement Des Africains (PDCI-RDA) de Henri Konan Bédié et de tendances de partis autrefois dans l’opposition, à savoir le Mouvement des Forces d’Avenir (MFA) de Issiaka Ouattara, du Parti Ivoirien des Travailleurs (PIT) du Pr Joseph Séka Séka, de l’Union Pour la Côte d’Ivoire (UPCI) de Gnamien Konan et de l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (UDPCI) de Mabri Toikeusse. Incarnant la droite ivoirienne, ce groupement de partis, se réclame de l’idéologie politique du père fondateur de la Côte d’Ivoire, Félix Houphouët-Boigny. Mais, sa transformation en parti unifié en juillet 2018, va entraîner de facto le retrait du PDCI-RDA, de l’UPCI puis de l’UDPCI en août 2020. Ces départs ont entrainé une grave crise entre les alliés. Depuis lors, le PDCI-RDA s’est retrouvé dans l’opposition avec d’autres partis.

Le deuxième bloc est composé de la Coalition pour la Démocratie, la Réconciliation et la Paix (CDRP). Sous la houlette du PDCI-RDA de Henri Konan Bédié, cette plateforme comprend plus d’une quinzaine de partis politiques dont l’Union Pour la Côte d’Ivoire (UPCI)a de Soro Brahima, le Parti Ivoirien des Travailleurs (PIT) tendance Aka Ahizi, du Rassemblement pour la Côte d’Ivoire (RACI) de Soro Kanigui et le Mouvement pour la promotion des Valeurs nouvelles de Côte d’Ivoire (MVCI) de Sékongo Félicien.

Le PDCI-RDA qui est un poids lourd dans cette alliance, a été créé par le premier président de la République, Félix Houphouët-Boigny. Unique parti politique de 1960 à 1990, le PDCI a dirigé la Côte d’Ivoire pendant 39 ans. Il perd le pouvoir sous la gouvernance de Henri Konan Bédié après le coup d’État ourdi contre lui en décembre 1999. Passé dans l’opposition après sa rupture avec le RHDP, il tente de reconquérir la magistrature suprême malgré les conflits internes qui ont suscité le départ de certains de ses militants au RHDP. Il s’agit notamment de Achi Patrick (Ministre d’État et secrétaire général de la Présidence de la République), de Daniel Kablan Duncan (ex-Vice-Président de la République), de Adjoumani Kobenan (actuel porte-parole du RHDP et ministre de l’Agriculture et du Développement rural). Le 03 juillet 2019, avec d’autres dignitaires favorables au RHDP unifié, Adjoumani Kobenan lança au sein du PDCI-RDA, un nouveau courant dénommé « Sur les traces d’Houphouët Boigny ».

Le troisième bloc est composé de la plateforme dénommée Ensemble pour la Démocratie et la Souveraineté (EDS). Présidé par le Pr Georges Armand Ouégnin, son idéologie s’appuie sur la vision de Laurent Gbagbo qui en est d’ailleurs le référent politique. EDS est composé de plusieurs formations politiques dont l’Union des Nouvelles Générations (UNG) de Stéphane Kipré, de l’Union Républicaine pour la Démocratie (URD) de Danièle Boni Claverie, le Rassemblement Pour la Paix (RPP), l’Alliance Ivoirienne pour la République et la Démocratie (AIRD), le Congrès Panafricain des Jeunes et des Patriotes (COJEP). De même, ce groupement compte en son sein, le Front Populaire Ivoirien (FPI), tendance Gbagbo beaucoup plus connue sous l’appellation « Gbagbo Ou Rien » (GOR). Faut-il le rappeler, le FPI a été fondé clandestinement en 1982 par l’ancien chef d’État, Laurent Gbagbo. Ayant pour idéologie le socialisme démocratique, ce parti a gouverné la Côte d’Ivoire de 2000 à 2011. Après la chute de son Président en avril 2011, le parti s’est scindé en deux camps, à savoir les « Gbagbo Ou Rien » (GOR), dirigé par Assoa Adou sur mandat de Laurent Gbagbo et le groupe des « rénovateurs » représenté par l’ancien Premier Ministre Pascal Affi N’Guessan.

Le quatrième bloc est celui des Générations des Peuples Solidaires (GPS) de Soro Kigbafori Guillaume, l’ex-allié du pouvoir. Ancien chef-rebelle puis Premier Ministre et Président de l’Assemblée Nationale, il démissionne de la présidence du parlement après son refus d’adhérer au RHDP unifié. En créant le GPS, qu’il qualifie de mouvement citoyen, Soro Guillaume ambitionne de participer à la vie politique de sa nation et conquérir le fauteuil présidentiel. Soutenu par le Rassemblement pour la Côte d’Ivoire (RACI), parti qui lui est proche, il dépose sa candidature pour la magistrature suprême de 2020 malgré le mandat d’arrêt lancé contre lui le 23 décembre par l’État ivoirien et sa condamnation à 20 ans de prison.

Hormis ces groupements politiques, la vie politique est aussi animée par certains opposants indépendants dont les partis ne sont affiliés à aucun groupement politique. Il s’agit en l’occurrence de Liberté et Démocratie pour la République (LIDER) de Mamadou Koulibaly. Ancien président de l’Assemblée Nationale sous le régime FPI, il a créé son parti en 2011 après son retrait du FPI. Enfin, il y a l’Union pour la Démocratie et pour la Paix en Côte d’Ivoire (UDPCI), formation politique fondée par le général Robert GuéÏ, Albert Mabri Toikeusse en est le leader depuis la mort de ce dernier. Membre du RHDP jusqu’ en juillet 2020, Mabri et l’UDPCI se sont retirés de cette alliance le 2 août 2020 pour postuler à la présidentielle d’octobre 2020 mais ses plus proches y sont restés.

Toutes ces forces politiques se mènent une guerre sans répit en vue de conquérir ou de reconquérir la magistrature suprême en octobre 2020. Ainsi, à quelques mois de cette échéance électorale, les différents états-majors usent de stratégies et de subtilité pour séduire la population. Les gestes de solidarité à l’endroit des couches sociales les plus vulnérables ou exposées au Coronavirus occupent, depuis l’apparition du virus, une place importante dans leur quête de positionnement.

Instrumentalisation politique des dons de la Covid-19 à la population

Les aspirants au fauteuil présidentiel savent que la conquête ou la reconquête du pouvoir ne s’improvise pas : elle requiert l’anticipation et la compétition. C’est pourquoi, les différents camps vont rivaliser d’ingéniosité dans leurs stratégies d’occupation du terrain.

Le premier leader politique à poser des actions de solidarité dès l’annonce du premier cas de Coronavirus en Côte d’Ivoire est Soro Guillaume. Bien qu’étant en exil en France, ce dernier met en mission son mouvement politique (GPS). Le samedi 21 mars, il offre des kits sanitaires (eau de javel, gel hydro-alcoolique, gants, etc.) aux populations vulnérables à travers ses délégations régionales du pays. Cette action caritative est massivement relayée par ses groupes de soutien sur Facebook qui, par des posts, vantent la générosité de leur leader : « Guillaume Soro vient de donner le ton. Il a fait parler son cœur dans le cadre de la lutte contre la pandémie du Covid-19 en remettant des kits sanitaires aux populations vulnérables à travers les délégations régionales… Ce geste doit interpeler les hommes politiques ivoiriens car depuis cette crise sanitaire mondiale, aucun n’a levé le petit doigt pour faire quoi que ce soit ».

L’exemple du leader de GPS a eu de la résonnance sur des partis et des leaders politiques qui vont se lancer, à leur tour, dans des actions sociales auprès des populations. La particularité au sein du RHDP de Alassane Ouattara, porte sur ses dons estampillés d’emblée de son logo (voir image 1).

Image 1 : Dons estampillés du logo du RHDP
Source : https://www.afriksoir.net/cote-divoire-rhdp-dons-coronavirus-le-rhdp-etiquette-ses-dons-contre-le-coronavirus-et-choque-des-ivoiriens/

Cette image présente des cartons et des seaux portant clairement la mention « Don RHDP ». Cette présentation des dons aux couleurs du parti au pouvoir, semble être une stratégie de communication utilisée pour véhiculer un message. Cela répond à un objectif politique spécifique : celui d’amener insidieusement des individus en général et singulièrement leurs partisans à se mobiliser pour l’élection d’octobre 2020. Comme tel, la plupart de leurs actions de solidarité se sont déroulées dans des localités réputées pour leur attachement au Rassemblement Des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix. Pour preuve, le vendredi 27 mars 2020, le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, dans le cadre de la lutte contre le Coronavirus, a offert de nombreux vivres et non vivres aux populations des trois départements, des quatre sous-préfectures et des trois communes que compte la région de la Bagoué. Cette circonscription est réputée pour son attachement au RHDP, région natale de Bruno Nabagné Koné, Ministre de la Construction, du Logement et de l’Assainissement. C’est ce dernier lui-même qui a annoncé ce don.

Le deuxième exemple est celui de Sidiki Konaté, Ministre de l’Artisanat et de la Promotion des PME et des cadres de la région du Tonkpi. Le samedi 28 mars 2020, ils ont offert plusieurs dispositifs de lavage des mains et de protection (savons, gels, gants, cache-nez) d’une valeur de 20 millions aux ressortissants de cette localité. Pendant cette cérémonie, le coordonnateur régional du RHDP, Sidiki Konaté, a invité ses détracteurs à faire autant au lieu de critiquer : « Ceux qui pensent que c’est politique […]. On voit des petits malins qui disent pourquoi ils ont collé l’étiquette RHDP ? C’est simple, c’est un groupe de personnes qui s’est réuni et qui a fait son don. Donc ils mettent leur étiquette. Est-ce qu’on n’a jamais vu ça dans le monde ? Quand l’UNICEF fait un don elle met son étiquette. Nous sommes des cadres qui faisons ce don ».

Il y a également l’exemple d’Hamed Bakayoko, Ministre d’État, Ministre de la Défense et, par ailleurs, Maire de la commune d’Abobo (Abidjan). Pour lutter contre la Covid-19, celui-ci a organisé, le jeudi 26 mars 2020, une cérémonie de remise de kits sanitaires aux différentes couches sociales de sa commune, fief du RHDP. Le dernier exemple est celui de Cissé Bacongo, Maire de la commune de Koumassi qui a offert du matériel de pulvérisation comprenant des pulvérisateurs, des bottes, des gants, des désinfectants, des lunettes de protection et des imperméables, le mercredi 25 mars 2020.

Toujours au niveau du RHDP, le Premier Ministre Amadou Gon Coulibaly[4]Premier ministre, ministre du budget et du portefeuille de l’État, chef … Suite... a participé activement à la lutte contre la pandémie en apportant son assistance aux différentes couches socio-politiques (personnes défavorisées, confessions religieuses, étudiants, etc.). Ainsi, le jeudi 26 mars, plus d’une quinzaine de mouvements de la société civile ont reçu de sa part, du matériel hygiénique (seaux, gels hydro-alcooliques, masques, etc.) d’un montant de 30 millions de Fcfa au siège de AGC TV[5]https://www.facebook.com/agcwebtv/ C’est une chaîne de télévision en … Suite..., à Cocody II-Plateaux. S’adressant aux bénéficiaires au nom du Premier Ministre empêché, Fabrice Coulibaly a fait remarquer que « le Premier Ministre donne toujours l’exemple par ses actions. » Prenant la parole à son tour, Diabagaté Issouf, président du « mouvement action Prado » et par ailleurs, porte-parole des récipiendaires, a exprimé toute sa satisfaction en saluant l’initiative du Chef du Gouvernement : « Nous, présidents de mouvements de soutien au Premier Ministre, sommes heureux et lui exprimons notre reconnaissance. Tout ce don ira aux populations qui sont dans les quartiers défavorisés. Nous allons quadriller le district d’Abidjan en faisant le porte-à-porte pour leur donner au nom du Premier Ministre, pour que la propagation du Covid-19 soit stoppée ». Les images suivantes sont une illustration des dons du Chef du gouvernement destinés aux populations.

Image 2 : Des récipiendaires des dons à l’effigie et aux initiales de Gon Coulibaly

Source : https://www.lemediacitoyen.com/dons-a-leffigie-de-gon-coulibaly-la-primature-fait-des-precisions/

Sur l’image 2, des dons comprenant des seaux et des sacs imprimés à l’effigie et aux initiales du Premier Ministre sont disposés devant des récipiendaires.

L’image 3 présente des gels hydro-alcooliques disposés sur des seaux pour le lavage des mains, marqués des initiales du Premier Ministre « A. G. C. » qui veut dire Amadou Gon Coulibaly. Ce dernier a été désigné par le conseil du RHDP, parti dont il est issu, comme son candidat à l’élection présidentielle d’octobre 2020. Le Président de la République, par ailleurs Président du RHDP unifié, le décrit comme « quelqu’un de méthodique, travailleur et dévoué, maitrisant ses dossiers ». Le Chef du Gouvernement a certes de nombreux talents, que ce soit au plan personnel, professionnel et politique, mais ne fait pas l’unanimité au sein de sa formation politique. Son choix a provoqué le mécontentement de certains cadres de son parti, dont Mabri Toikeusse, deuxième vice-président du RHDP unifié et leader de l’UDPCI. Cela a même motivé son retrait de la coalition au pouvoir. En effet, Amadou Gon Coulibaly a souvent été taxé d’impopulaire, de distant, de leader peu charismatique. En somme, « il a un déficit de popularité dans le pays », « il n’est pas le bon candidat » comme le relèvent certains militants de son parti. C’est pourquoi, le Chef de l’État, pour construire l’image de son dauphin avant l’échéance électorale, va le propulser au-devant de la scène, dès le début de l’année 2019. Le Premier Ministre sillonnera les régions, mettant en avant les réalisations lancées par le gouvernement dans le cadre de son programme social. La détermination d’Amadou Gon Coulibaly dans la riposte contre le Coronavirus n’est pas fortuite. Elle a été intentionnellement bien pensée.

Il s’agit de créer un « capital sympathie » dans le cœur des populations en le rapprochant davantage de celles-ci. En faisant des dons par ci et par là, le candidat du RHDP veut se rendre « apparent », « visible ». Même s’il n’est pas physiquement présent sur le « théâtre des opérations », les dons marqués de son visage lui permettent véritablement de sortir de l’anonymat. Cela vise à le garder présent dans l’esprit des bénéficiaires par le truchement de ses gestes de solidarité. Cette action caritative fortement symbolique est une façon d’affiner ainsi, la dimension de proximité du candidat Amadou Gon Coulibaly et de le rendre populaire auprès de ses concitoyens. Qu’en est-il des autres leaders et partis de l’opposition ?

Du côté de l’opposition, des femmes leaders étaient en première ligne dans le combat contre la Covid-19 malgré les restrictions mises en place par le Conseil National de Sécurité (CNS[6]Le Conseil de National de Sécurité fut créé en 2012 dans le cadre de … Suite...). Il s’agit du FPI, tendance Gbagbo, du PDCI-RDA et de l’UDPCI.

L’ex Première Dame, Madame Simone Ehivet Gbagbo, l’actuelle deuxième vice-Présidente du Front Populaire Ivoirien (FPI), tendance Gbagbo, a offert, le mardi 7 avril 2020, 3 tonnes de riz aux étudiants vivant en confinement dans les cités universitaires du district d’Abidjan. Cette cérémonie s’est déroulée au siège de la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI) sis à l’université Félix Houphouët-Boigny. Suspectant l’actuel régime de profiter de la crise sanitaire pour faire des réformes politiques, Madame Simone Ehivet Gbagbo a vivement interpellé le pouvoir à faire une trêve politique : « Face à cette menace, il est impérieux que le pouvoir suspende toutes ces réformes impopulaires qu’il a annoncées de faire par ordonnance ou par promulgation. Pour appliquer des réformes, il faut un peuple en vie, un pays vivant !  Il est indispensable de l’autre côté que le peuple, les associations de la société civile et toute l’opposition politique acceptent d’observer une trêve en suspendant la manifestation de leurs colères légitimes jusqu’à ce que la victoire contre le Coronavirus soit remportée ».

C’est également le cas d’une autre ex-Première Dame Henriette Konan Bédié, épouse du président du PDCI-RDA. À travers sa fondation « Servir », elle a fait un important don aux autorités de la région de l’Iffou[7]La région de l’Iffou dont Daoukro est le chef-lieu est la ville natale … Suite... , le mercredi 22 avril 2020.  Ce sont des seaux à robinet pour lavage de mains, des masques de protection, du savon liquide et du gel hydro-alcoolique. Le choix de la région de l’Iffou n’est pas dépourvu d’arrière-plan politique. En effet, cette localité étant le territoire du Président Henri Konan Bédié, reste majoritairement favorable au PDCI-RDA. Ainsi, en menant ses actions de solidarité auprès des « siens », Madame Henriette Konan Bédié veut maintenir le contact avec leur voix électorale.

Les femmes de l’UDPCI ont contribué aussi à cette lutte. Clarisse Mahi, cadre de la région de Man (l’Ouest du pays) puis deuxième vice-Présidente chargée de la stratégie et des questions juridiques à l’UDPCI, a mené des actions sociales pour le compte de son parti. Avec des femmes de sa formation politique, elle a remis des kits de lavage des mains, de gels hydro-alcooliques, de masques médicaux et de gants de protection, d’une valeur de 3 millions de francs CFA aux habitants de cette commune. Selon la représentante de l’UDPCI, « tous les partis politiques devraient parler d’une même voix, en ce qui concerne cette crise sanitaire ».

Par ailleurs, la haute Direction du PDCI-RDA conduite par le Pr Maurice Kakou Guikahué, Secrétaire exécutif en chef dudit parti, a manifesté sa solidarité à ses militants de Grand-Bassam, en leur apportant un important don en vivres et non vivres (des cartons de lait, des sacs de riz, des cartons d’huile, de la tomate, du sucre, du savon, des cache-nez et du gel hydro alcoolique). Profitant des échanges, le responsable de la section PDCI-RDA de Grand-Bassam a tenu à rassurer le président du parti en ces termes : « Rien ne pourra nous faire oublier notre objectif principal, la victoire du PDCI, à la présidentielle d’octobre ».

Dans cette conquête, les actions sociales des acteurs politiques de la coalition au pouvoir ont été surmédiatisées par les médias d’État (presse, radios et télévisions) contrairement à celles des partis de l’opposition qui étaient quasi inexistantes sur ces supports. De fait, depuis le changement de régime en 2011, ceux-ci n’ont plus eu accès aux médias de service public pour diffuser leurs informations à cause de la mainmise de l’actuel régime sur ces appareils. Cette surmédiatisation disproportionnelle a donc provoqué l’indignation de l’opposition politique. De même, les acteurs de l’opposition se sont insurgés contre la politique de deux poids, deux mesures, concernant les déplacements entre les villes d’Abidjan et celles de l’intérieur. Tandis qu’ils sont contraints de se confiner et de respecter les mesures d’urgence édictées par le gouvernement et le Conseil National de Sécurité (CNS), les autorités politiques du RHDP unifié quant à elles, sillonnent aisément les différentes régions du pays pour faire leurs dons aux populations au nom de leur parti. Cela a occasionné de vives réactions chez des leaders de l’opposition qui ont vu en ces gestes des stratégies délibérément orchestrées par le pouvoir pour gagner de l’avance sur eux. Ils soupçonnent ainsi le parti au pouvoir d’exploiter la crise sanitaire à des fins électorales, c’est-à-dire, pour se rapprocher des populations en se constituant un électorat acquis à sa cause.

L’analyse des commentaires démontre que les actions de solidarité menées par l’ensemble des acteurs politiques, aussi bien ceux de l’opposition que ceux du pouvoir ne sont pas passées inaperçues dans l’espace public.

Analyse de la réaction de la population

L’apparition du premier cas de la maladie à Coronavirus en Côte d’Ivoire a créé la psychose au sein de la population. Cette angoisse généralisée se justifie d’abord par la propagation rapide de la Covid-19. Elle est ensuite suivie du manque d’infrastructures sanitaires satisfaisantes pour la prise en charge efficace des personnes atteintes, et, pour finir, par ses répercussions socio-économiques sur la population, singulièrement sur les couches sociales les plus défavorisées. Le principe de la fondation d’une société étant celui de la solidarité (Lamizet, 2011), l’appel à « l’union sacrée et à la solidarité » mis en avant par le Chef de l’État, Alassane Ouattara pour combattre la pandémie a trouvé un écho favorable auprès de donateurs de tout bord (partenaires au développement, organisations de la société civile, entreprises, acteurs politiques, etc.) Mais, les élans de solidarité suscités par des acteurs politiques ont entraîné diverses réactions chez nombre de citoyens, y compris chez certaines autorités politiques. De nombreuses voix se sont donc élevées sur la toile pour dénoncer la politisation manifeste des actions humanitaires. Il y a d’un côté, ceux qui désapprouvent ses dons et de l’autre, ceux qui y adhèrent. Par ailleurs, il y a aussi quelques-uns se disant « neutres ». A y regarder de près, ces avis sont émis selon l’appartenance politique des internautes. L’environnement politique ivoirien étant fonction des opinions politiques existantes, il se résume bien souvent en « pro-RHDP unifié » (des citoyens proches du parti au pouvoir) et ceux qui sont proches des camps adverses, (« pro-Bédié de PDCI-RDA », « pro-Gbagbo ou Rien », EDS, GPS, etc.).

Les partisans de l’opposition ont été d’abord été scandalisés de voir des dons faits avec des cartons estampillés à l’effigie d’un parti politique, ensuite, par des dons provenant d’un ministre, ou ceux effectués au nom du Premier Ministre. Pour eux, un don ne saurait porter de coloration politique, comme en témoignent leurs propos : « Un don politisé », « C’est leur campagne qui a commencé comme ça. Ils font de la récupération », « C’est l’argent du contribuable que le parti au pouvoir prend pour faire don en son nom », « Quel est le sort de ceux qui ne militent pas au RHDP ? Ne sont-ils pas aussi des Ivoiriens ? », « Alors à quand le don au nom du gouvernement à tous les ivoiriens sans exclusif ? ».

Réagissant aux propos tenus par des militants de l’opposition, des internautes proches du régime se sont réjouis de cet élan de solidarité engagé par leur parti. Ils se vantent même d’être des stratèges : « Mais c’est un don du RHDP, où est le mal ?», « Nous au RHDP, on pense d’abord au bien-être des Ivoiriens. Ces dons des cadres du RHDP sont pour la population. Demandez aux opposants qui souhaitent notre départ imminent de faire autant », « Nous sommes trop stratèges, bonne santé à tous », « Celui qui a fait ce don n’est pas le gouvernement, mais un parti politique qui entretient son électorat ». Toutefois, une troisième opinion très modérée va essayer de dépassionner le débat en plaidant pour la distribution équitable des dons : « J’espère que la distribution se fera sans distinction, et certains ne vont pas refuser », « L’État doit protéger l’ensemble de ceux qui vivent sur le territoire. Si les institutions font des dons, il est important de définir les couches les plus vulnérables par exemple. Et voir comment distribuer à tout le monde, sans tri et sans discriminer qui que ce soit ».

Parmi ces réactions, il importe de relever celle de Yasmina Ouegnin, Député de la commune de Cocody. Excédée par les dons tapageurs des acteurs politiques de tout bord, la transfuge du PDCI-RDA, l’initiatrice du groupe parlementaire « Vox populi » a exprimé sa profonde indignation en condamnant l’instrumentalisation de la détresse des populations dans un but de propagande politique : « Que c’est ignoble d’exploiter le malheur du peuple en y trouvant l’occasion idéale pour procéder à des calculs mesquins en vue de redorer son blason ou améliorer son image. En tant que Fille, Mère et Citoyenne de Côte d’Ivoire, je déplore, refuse et condamne avec la dernière énergie toute récupération partisane, clanique et politicienne qui pourrait être la motivation principale de ces dons ou actions ».

La lutte contre la maladie à coronavirus intervient dans un contexte particulier où les Ivoiriens s’apprêtent à élire le Président de la République en octobre 2020. L’extraordinaire mobilisation humanitaire qui a contribué à une série d’actions pour d’une part, sensibiliser les citoyens et d’autre part, participer financièrement et matériellement aux initiatives de prévention et de protection des populations sur tout le territoire national,n’auraitmalheureusement été bénéfique qu’aux acteurs politiques, selon certains observateurs.

Conclusion

L’accession à la magistrature suprême passe par des périodes de campagne. Autrement dit, la conquête du pouvoir requiert la mise en place d’une stratégie de communication dite électorale (N’Da, 2017). Pour ce faire, des leaders et les mouvements politiques sont amenés à définir des stratégies pour communiquer avant ou pendant la campagne électorale. L’intérêt manifeste de certains acteurs politiques ivoiriens aussi bien ceux de l’opposition que de la coalition au pouvoir, dans la lutte contre la pandémie du Coronavirus est guidé par une quête de « visibilité ». Comme le dit Charaudeau (2014, p. 221) « les hommes politiques ont toujours eu besoin de visibilité (accéder à la scène publique), d’image (séduire) et de lisibilité de leur projet politique (être compris) ». Il s’agit pour eux d’être « apparents ». En effet, un acteur politique ne devient pas le plus « apparent par le nombre de mandats accumulés. Il est plutôt élu parce que sa capacité à communiquer lui a permis d’être le plus « apparent » (Cotteret, Op. cit. p. 9). Dans le contexte de l’élection présidentielle d’octobre 2020, la forte médiatisation et la scénarisation des dons semblent s’inscrire dans cette logique.  Effectivement, dans les régimes démocratiques, la lutte pour la prise du pouvoir se joue en partie sur le terrain symbolique (Thompson, 1995) à travers une lutte pour la publicité́ des idées politiques, mais surtout à travers une lutte pour la visibilité́ entre des acteurs politiques qui cherchent à imposer une image médiatique favorable de soi et défavorable des adversaires (Amossy, 1999 ; Martel, 2018 ; Turbide, 2015). En investissant donc l’espace public à travers des gestes de solidarité, chaque camp politique cherche à se positionner ou à se repositionner vis-à-vis de ses opposants afin de conquérir l’opinion. Cela passe inéluctablement par la définition d’une stratégie de communication ayant un triple objectif, notamment faire connaître le candidat, convaincre les électeurs de ses qualités et obtenir des voix (N’Da, Op. cit.).

L’appel à la solidarité sur la pandémie a servi de toute évidence de prétexte aux leaders politiques pour entreprendre la pré-campagne électorale ayant pour but de « maintenir l’impact sur la cible, de maintenir la notoriété et de créer la proximité », comme énoncé par François (2013 : p. 208). Ainsi, l’hypermédiatisation et la publicisation de leurs actions, leurs gestes, leurs discours contribuent à construire, de façon progressive, leur identité́ politique, leur notoriété, leur popularité, au total, leur image dans l’espace politique.

En définitive, l’enjeu de l’engagement des personnalités politiques dans la lutte contre le Coronavirus est certes sanitaire et humanitaire, mais il comporte aussi et avant tout, un volet fondamentalement politique : la conquête ou la reconquête du poste présidentiel.

Références

Références
- 1 https://www.afriksoir.net/covid-19-cote-divoire-le-pdci-fait-un-important-don-a-ses-militants-de-grand-bassam/ https://news.abidjan.net/h/671836.html/https://afrique.latribune.fr/think-tank/tribunes/2020-06-26/cote-d-ivoire-a-qui-profite-le-jeu-du-don-et-du-contre-don-dans-la-lutte-contre-la-pandemie-850933.html, https://polaf.hypotheses.org/6732/https://www.afrique-sur7.fr/439609-coronavirus-don-rhdp-scandale/ https://www.fratmat.info/article/205139/Politique/Amadou%20Gon%20Coulibaly/lutte-contre-le-coronavirus–le-premier-ministre-offre-des-vivres-aux-etudiants-de-la-cite-mermoz/
https://www.yeclo.com/dons-covid-19-les-petits-calculs-du-rhdp-pour-2020/
https://www.fratmat.info/article/203027/Société/Coronavirus%20(covid-19)/lutte-contre-le-covid-19-amadou-gon-coulibaly-fait-un-don-de-materiel-d039hygiene-de-30-millions-fcfa-a-des-mouvements-de-la-societe-civile/
- 2 https://www.youtube.com/watch?v=qcnZNOCndwM/ https://www.youtube.com/watch?v=gAEyzpPXxr4/ https://www.youtube.com/watch?v=NmuUZefZ8Pw/
- 3 https://www.facebook.com/watch/live/?v=534847510504530&ref=watch_permalink
- 4 Premier ministre, ministre du budget et du portefeuille de l’État, chef du gouvernement, Amadou Gon Coulibaly a été désigné par le Président Alassane Ouattara comme le candidat du RHDP à l’élection présidentielle de 2020. Malheureusement, il meurt le 8 juillet 2020.
- 5 https://www.facebook.com/agcwebtv/ C’est une chaîne de télévision en ligne créée pour faire la Diffusion et la promotion des activités gouvernementales, politiques et sociale du ”Lion” de la Côte d’Ivoire chef du gouvernement.
- 6 Le Conseil de National de Sécurité fut créé en 2012 dans le cadre de la réforme du secteur de la sécurité. Rattaché à la présidence de la République, il se présente comme un organe de décision des questions sécuritaires de grande ampleur (défense et sécurité humaine au sens large)
- 7 La région de l’Iffou dont Daoukro est le chef-lieu est la ville natale de l’ex-président Henri Konan Bédié, appelé affectueusement par ses militants « le sphinx de Daoukro ». Cette région est réputée pour être majoritairement proche du PDCI-RDA dont le président est Henri Konan Bédié.


Références bibliographiques

  • Agney Ahou Florence, « L’activisme des groupes de soutien politique pour la présidentielle de 2020 sur Facebook en Côte d’Ivoire », in Communication en Question, N°10, Juin / Juillet 2018, pp. 100-123
  • Amossy Ruth « L’ethos au carrefour des disciplines : rhétorique, pragmatique, sociologie des champs », dans Ruth AMOSSY (dir.), Images de soi dans le discours. La construction de l’ethos, Lausanne, Delachaux et Niestlé, 1999, pp. 127-154.
  • Braddock Richard, « An extension of the Laswell Formula », in Journal of communication, vol. 8, Issue 2, juin 1958, pp.88-93
  • Charaudeau Patrick, Le discours politique. Les masques du pouvoir, Limoges, Lambert-Lucas, 2014, 255 p.
  • Charaudeau Patrick, La conquête du pouvoir, Paris, L’Harmattan, 2013, 250 p.
  • Cotteret Jean Marie, Gouverner c’est paraître, Paris, PUF, 1991, 136 p.
  • François Patrick, Le marketing politique. Stratégies d’élection et de réélection, Paris, L’Harmattan, 2013, 387 p.
  • Gerstlé Jacques, Berton Magni Raul, la campagne présidentielle, Paris, L’Harmattan, 2014, 219 p.
  • Gingras, Anne-Marie, La communication politique : Etat des savoirs, enjeux et perspectives, Québec : Presse de l’Université du Québec, 2010, 295 p.
  • Lamizet Bernard, Le langage politique, Paris, Elippses, 2011, 255 p.
  • Laswell Harold, « L’analyse du contenu et le langage de la politique », Revue française de science politique, N°3, 1952, pp. 505-520
  • Martel Guylaine. « La performance communicationnelle en contexte médiatique. L’exemple du débat politique télévisé », Mots. Les langages du politique, vol. 92, N°1, 2010, pp. 83-102.
  • N’Da Paul, Sociologie politique. Pour comprendre ce qui se joue, se décide et se passe ici et ailleurs, avec sa géométrie variable, Paris, L’Haramttan, 2017, 417 p.
  • Olivier Turbide, « La construction d’images publiques dans le discours politique médiatique », Communiquer [En ligne], 14 | 2015, mis en ligne le 17 juillet 2015, consulté le 23 septembre 2020. URL : http://journals.openedition.org/communiquer/1624 ; DOI : https://doi.org/10.4000/communiquer.1624
  • Thompson John B, The Media and Modernity. A Social Theory of the Media, Cambridge, Polity Press, 1995, 314 p.
  • Trétarre François, Campagnes électorales, Paris, Lextenso éditions, 2012, 640 p.

Pour citer cet article

, "Covid-19 et stratégies de conquête du pouvoir d’État en Côte d’Ivoire", REFSICOM [en ligne], Communication de crise, médias et gestion des risques du Covid-19, mis en ligne le 07 décembre 2020, consulté le Tuesday 15 September 2026. URL: https://refsicom.org/803


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